‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 3)Chapitre 40 sur 139 · IN DESERTO I · texte numérisé non relu

IN DESERTO I

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LES pitons des sierras, les dunes du désert, Où ne pousse jamais un seul brin d'herbe vert; Les monts aux flancs zébrés de tuf, d'ocre et de marne, Et que Téboulement de jour en jour décharné, Le grès plein de micas papillotant aux yeux, Le sable sans profit buvant les pleurs des cieux, Le rocher refrogné dans sa barbe de ronce, L'ardente solfatare avec la pierre-ponce, Sont moins secs et moins morts aux végétations Qiie le roc de mon cœur ne l'est aux passions. Le soleil de midi sur le sommet aride Répand à flots plombés sa lumière livide, Et rien n'est plus lugubre et désolant à voir Que ce grand jour frappant sur ce grand désespoir. Le lézard pâmé bâille, et parmi l'herbe cuite On entend résonner les vipères en fuite.

Là, point de marguerite au cœur étoile d'or, Point de muguet prodigue égrenant son trésor; Là, point de violette ignorée et charmante, Dans l'ombre se cachant comme une pâle amante ; Mais la broussaille rousse et le tronc d'arbre mort, Que le genou du vent, comme un arc, plie et tord.

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Li. pis d'oiseaa cbintear, ni d^abeiUe en voyage. Pas de ranîier plaintif déplorant son veuvage ; M-::> bien quelque vautour, quelque aigle montagnard. Sur le disque cndammé axant son oril hagard.

Et qui. du haut du pic où son pied prend racine. Dans i*or tiuve du soir durement se dessine.

Tel était le rocher que Moise, au désert.

Toucha de sa baguette, et dont le flanc ouvert, Tressaillant tout à coup, fit jaillir en arcade Sur les lèvres du peuple une fraîche cascade. Ah ! s'il venait à moi, dans mon aridité.

Quelque reine des cœurs, quelque divinité, Une magicienne, un Moïse femelle.

Traînant dans le désert les peuples après elle. Qui frappât le rocher dans mon cœur endurci ! Comme de l'autre roche, on en verrait aussi Sortir en jets d'argent des eaux étincelantes. Où viendraient s'abreuver les racines des plantes; Où les pâtres errants conduiraient leurs troupeaux Pour se coucher à l'ombre et prendre le repos; Où, comme en un vivier, les cigognes fidèles Plongeraient leurs grands becs et laveraient leurs ailes.

La Guardia.

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