‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 3)Chapitre 41 sur 139 · ST^'H.CES · texte numérisé non relu

ST^'H.CES

AiNTENANT, — dans la plaine ou bien dans la montagne, Chêne ou sapin, un arbre est en train de pousser, En France, en Amérique, en Turquie, en Espagne, Un arbre sous lequel un jour je puis passer.

Maintenant, — sur le seuil d'une pauvre chaumière. Une femme, du pied agitant un berceau, Sans se douter qu'elle est la parque filandière, Allonge entre ses doigts l'étoupe d'un fuseau.

Maintenant, — loin du ciel à la splendeur divine. Comme une taupe aveugle en son étroit couloir. Pour arracher le fer au ventre de la mine, Sous le sol des vivants plonge un travailleur noir.

Maintenant, — dans un coin du monde que j'ignore. Il existe une place où le gazon fleurit.

Où le soleil joyeux boit les pleurs de l'aurore. Où l'abeille bourdonne, où l'oiseau chante et rit.

126 ESPANÂ

Cet arbre qui soutient tant de nids sur ses branches. Cet arbre épais et vert, frais et riant à l'œil, Dans son tronc renversé l'on taillera des planches. Les planches dont un jour on fera mon cercueil I

Cette étoupe qu'on file et qui, tissée en toile, Donne une aile au vaisseau dans le port engourdi, A l'orgie une nappe, à la pudeur un voile, Linceul, revêtira mon cadavre verdi I

Ce fer que le mineur cherche au fond de la terre Aux brumeuses clartés de son pâle fenal, Hélas 1 le forgeron quelque jour en doit faire Le clou qui fermera le couvercle fatal 1

A cette même place où mille fois peut-être J'allai m'asseoir, le cœur plein de rêves charmants, S'entr'ouvrira le gouffre où je dois disparaître. Pour descendre au séjour des épouvantements 1

Manche, 1843.

EN PASSANT PRÈS d'uN CIMETIÈRE I27

E'hL TUSSWK^T

TliÈS 'D'U'H. CIMETIÈ%E

Qu'est-ce que le tombeau ? — Le vestiaire où l'âme, Au sortir du théâtre et son rôle joué, Dépose ses habits d'enfant, d'homme ou de femme. Comme un masque qui rend un costume louél

Manche, 1844.

128 ESPAMA

LES TTiOIS G%^CES

'DE G'HE'hL^'DE

vous, Martirio, Dolorès, Gracia, Soeurs de beauté, bouquet de la tertulia.

Que tout fin cavalier nomme à la promenade Les Nymphes du Jénil, les perles de Grenade, A vous ces vers écrits en langage inconnu Par l'étranger de France à l'Alhambra venu, Où votre nom, seul mot que vous y saurez lire, Attirera vos yeux et vous fera sourire.

Si, franchissant flots bleus et monts aux blonds sommets. Ce livre jusqu'à vous peut arriver jamais.

Douce Martirio, je crois te voir encore.

Fraîche à faire jaunir les roses de l'aurore. Dans ton éclat vermeil, dans ta fleur de beauté. Comme une pèche intacte au duvet velouté, Avec tes yeux nacrés, ciel aux astres d'ébène, Et ta bouche d'œillet épanouie à peine.

Si petite vraiment qu'on n'y saurait poser.

Même quand elle rit, que le quart d'un baiser.

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