LE LAURIER DU GÉNÉRALITÉ I
LE L^AU%IE% 'DU GÈ%.È%jiLIFE
ANS le Généralife il est un laurier-rose, Gai comme la victoire, heureux comme Tamour.
Un jet d'eau, son voisin, l'enrichit et l'arrose; Un e perle reluit dans chaque fleur éclose.
Et le frais émail vert se rit des feux du jour.
Il rougit dans l'azur comme une jeune fille ; Ses fleurs, qui semblent vivre, ont des teintes de chair. On dirait, à le voir sous l'onde qui scintille. Une odalisque nue attendant qu'on l'habille, Cheveux en pleurs, au bord du bassin au flot clair.
Ce laurier, je l'aimais d'une amour sans pareille; Chaque soir, près de lui j'allais me reposer; A l'une de ses fleurs, bouche humide et vermeille, Je suspendais ma lèvre, et parfois, ô merveille ! J'ai cru sentir la fleur me rendre mon baiser...
Généralife, 1843.
140 ESFANA
L^A LUn.E ET LE SOLEIL
E soleil dit à la lune :
« Qiie fais-tu sur l'horizon ?
Il est bien tard, à la brune, Pour sortir de sa maison.
« L'honnête femme, à cette heure, Défile son chapelet.
Couche son enfant qui pleure.
Et met la barre au volet.
« Le follet court sur la dune ; Gitanas, chauves-souris.
Rôdent en cherchant fortune ; Noirs ou blancs, tous chats sont gris.
« Des planètes équivoques Et des astres libertins.
Croyant que tu les provoques.
Suivront tes pas clandestins.