‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 3)Chapitre 78 sur 139 · LA NEIGE · texte numérisé non relu

LA NEIGE

Sur la vitre des mansardes Elle étale ses pdlears, Et fait aux lunes blaÊirdes Un teint de pâles couleurs.

Des Vénus trop court vêtues En cachant la nudité, La neige tisse aux statues Un voile de chasteté.

Bonne en ces heures maussades, En ces mortelles saisons, Elle fournit des glissades Pour le jeu des polissons !

Elle coiffe la montagne D'un cimier fol et changeant, Et jette sur la campagne Son manteau de vif-argent.

Sous les pieds de la fillette Elle étend son blanc tapis, Et pour Tamant qui la guette Rend ses pas plus assoupis.

Elle attache la pituite Au nez transi des bourgeois; Mais au rêveur qui médite Elle dit, trouvant la voix :

« C'est moi qui suis ta Giselle,

Ta vaporeuse willi;

Je suis jeune, je suis belle,

J'ai froid ; — ouvre-moi ton lit I

« Déposant ma houppelande Et mes gants en peau de daim, Je te dirai la légende Du grand paradis d'Odin. »

Or, un poète un peu tendre, Et qui chez lui fait du feu.

Ne peut jamais faire attendre Une fillette à Tœil bleu !

I" janvier 1850.

SONNET 209

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