L EPICURIEN
Cependant sur le lac tout est tumulte et joie. Et l'animation largement s'y déploie; Le commerce, l'amour et le culte des dieux Y forment un spectacle étrange et radieux.
Une procession sur les marches des temples Avec ses prêtres blancs vêtus de robes amples Se développe au son des cymbales d'argent.
Des embarcations au sillon diligent Descendent vers la mer, venant de ces contrées Cbi'assourdissent du Nil les chutes ef&rées, Avec leur cargaison riche comme un trésor.
Plumes, gemmes, parfums, ivoire et poudre d*or. Au passage exhalant l'odeur aromatique Que prennent les vaisseaux au soleil exotique.
Ici des pèlerins, en&nts de tous pays.
Avant de repartir pour Bubaste ou Sais,
Dans une baie ombreuse où l'onde est plus tranquille
Poussent l'esquif léger avec la rame agile.
D'autres sous les lotus bercent leur frais sommeil.
Ou par des chants joyeux se tiennent en éveil.
Plus loin, des acacias parfument de leurs grappes
Une plage où, du lac fendant les claires nappes,
Folâtre un jeune essaim de riantes beautés
En attraits surpassant les charmes si vantés
De celle dont la chaîne, aimable au captif même.
Tint deux maîtres du monde et rompit au troisième.
Astre dont le rayon,
S'épanchant sur le monde aux heures taciturnes.
Fait éclore le rêve avec les fleurs nocturnes,
Non cette lune froide et brumeuse du nord
Versant aux jeunes cœurs, comme un philtre de mort.
Le sang pâle et glacé de la vestale chaste;
Mais l'ardente Phcebé qui règne dans Bubaste
Et ne voit rien, du haut de son brillant séjour.
Chez l'homme et chez les dieux d'aussi beau que l'amour !
Rhodope, cette nymphe à la beauté splendide, Q}ii vit, dit-on, plongée en un demi-sommeil. Sur l'or et les bijoux inconnus au soleil, La Dame de la Pyramide 1
Vous qui voulez courir La terrible carrière.
Il faut vivre ou mourir Sans regard en arrière.
Vous qui voulez tenter L'onde, l'air et la flamme, Terreurs à surmonter Pour épurer votre âme.
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Si, méprisant la mort, Votre foi reste entière, En avant 1 — le cœur fort Reverra la lumière,
Et lira sur l'autel Le mot du grand mystère Q^i'au profane mortel I>érobe un voile austère.
vil ,
Bois cette coupe I — Osiris la savoure A petits traits dans l'empire des morts; Il la fait boire au peuple qui l'entoure, Chaque fantôme en effleure les bords«
Bois cette coupe 1 — Elle est tout frais remplie D'une eau puisée au fleuve du Léthé; En la vidant tout le passé s'oublie Comme un vain songe au matin emporté !
Le plaisir, fausse ivresse, Vin mêlé de poison ; La science, maîtresse A la dure leçon ;
L'espoir, brillant et vide, Semblable aux lacs amers.
Trompant la lèvre avide Aux sables des déserts ;
L'amour, dont la main noue Des liens innocents Où le serpent se joue En replis mal&isants ;
Tout ce que tu connus de mauvais ou d'inSime Disparaîtra soudain dans un oubli profond, De tout ressouvenir laissant pure ton âme, Qpand ta soif de la coupe aura tari le fond.
Bois cette coupe I — Elle est pleine d'un divin baume. Qjjand Isis vint aux cieux, Horus entre les bras, Elle dit à son fils, lui montrant son royaume : « Bois cette coupe, et toujours tu vivras I »
Je te dis et te chante, ainsi que la déesse.
Toi qui des vastes cieux un jour hériteras :
« Fusses-tu dans l'abîme, âme et corps en détresse, Bois cette coupe, et toujours tu vivras I »
La Mémoire viendra, menant le chœur des Rêves, Rêves d'un temps plus beau, plus ancien et plus pur. Quand l'âme, hôte des cieux, n'avait pas sur les grèves Laissé choir le duvet de ses ailes d'azur;
l'épicurien 231
Souvenirs glorieux, pareils à cette flamme Q)ie lance, en s'éteignant, sur les eaux l'astre d'or. Qui montre ce que fut et ce que n'est plus l'âme. Mais ce qu'elle pourrait brillamment être encor.
O bel arbre d'Abyssiniel
Nous te prions, par ton fruit d'or,
Par la pourpre à l'azur unie
Dans ta fleur plus splendide encor,
Par la muette bienvenue
Dont ta ramure, en s'abaissant.
D'un air hospitalier salue
L'étranger sous ton dais passant.
O bel arbre d'Abyssinie !
Qjiand la nuit, sans lune, descend.
Combien ta rencontre est bénie Du voyageur au pas pesant I Du bout caressant de tes branches Tu viens baiser ses yeux mi-clos.
Sur lui tendrement tu te penches Et tu lui dis : « Dors en repos ! »
O bel arbre d'Abyssinie I Ainsi, vers moi, penche ton front qui plie.
Par une de ces nuits où Tétoile d'amour, Isis, de son croissant dessinant le contour, Dans le fleuve sacré mire son front de vierge. Où les couples, guettant sa lueur de la berge. Calculent en quel temps son cours recommencé Doit la remettre aux bras du Soleil-fiancé.
. . . .- Le fleuve, qui naguère
Glissait entre ses bords, garni des deux côtés Par des palais de marbre et de riches cités, Pareils à des joyaux sertis dans une chaîne, Inondant à présent la vallée et la plaine.
Comme un géant qui sort de son lit brusquement. S'étale et couvre tout de son flot écumant.
A MAKGCEKITB 255
^ t\C^1iGUE%ITE
A MADAME MAK.GVEKITEDAtBEllVKDBLAGKA»CBtXE
SONVET I
LES poètes chinois, épris des anciens rites.
Ainsi que Li-Tai-Pé, quand il Élisait d^ vers, Mettent sur lenr pupitre an pot de marguerites Dans leurs disques montrant l'or de leurs cœurs ouverts.
La vue et le parfum de ces fleurs £tvorites.
Mieux que les pêchers blancs et que les saules verts. Inspirent aux lettrés, dans les formes prescrites, Sur un même sujet des chants toujours divers.
Une autre Marguerite, une fleur féminine, Qpc dans le céladon voudrait planter la Chine, Sourit à notre table aux regards éblouis.
Et pour la Marguerite, un mandarin morose.
Vieux rimeur abruti par Tabus de la prose.
Trouve encore un bouquet de vers épanouis.
19 juillet 186$.