A MADAME MARGUERITE DARDENNE DE LA ORANGERIE
SONNET II
IL est, dans la légende, une vierge martyre, Q.ui mène en laisse une hydre aux tortueux replis. Près d'une roue à dents, tenant en main un lis, L'Ange d'Urbin Ta peinte, et le monde Tadmire.
Aux prés, pousse une fleur, qu'en son naïf délire L'inquiète amoureuse avec ses doigts pâlis (Questionne, comptant les pétales cueillis Et suspendant son âme au dernier qu'elle tire.
Mystérieusement, dans son nid de satin,
Brille un joyau sans prix qui porte un nom latin
Et dont le troupeau vil dédaigne le mérite.
Ne cherchez pas le mot de l'énigme à côté :
Martyre, fleur, joyau, vertu, parfum, beauté. Tout cela simplement veut dire: MargueriteI
19 juillet 1866.
l'impassible 235
L'I^T^SSI'BLE
SONNET
LA Satiété dort au fond de vos grands yeux ; En eux, plus de désirs, plus d'amour, plus d'envie ; Ils ont bu la lumière, ils ont tari la vie, Comme une mer profonde où s'absorbent les cieux.
Sous leur bleu sombre on lit le vaste ennui des Dieux, Pour qui toute chimère est d'avance assouvie, Et qui, sachant l'effet dont la cause est suivie. Mélangent au présent l'avenir déjà vieux.
L'infini s'est fondu dans vos larges prunelles, Et devant ce miroir qui ne réfléchît rien L'Amour découragé s'assoit, fermant ses ailes.
Vous, cependant, avec un calme olympien.
Comme la Mnémosyne à son socle accoudée, Vous poursuivez, rêveuse, une impossible idée.
Chamarande, juillet 1866.