‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 101 sur 122 · MAGDALENA 5IJ · texte numérisé non relu

MAGDALENA 5IJ

Son front est si charmant, son regard est si doux, Q^e l'ange qui la garde, amoureux et jaloux, Q^and le désir craintif rôde et s'approche d'elle, Fait luire son épée et le chasse à coups d'aile.

O pâle fleur d'amour éclose au paradis, Qui répands tes parfums dans nos déserts maudits. Comment donc as-tu fait, ô fleur ! pour qu'il te reste Une couleur si fraîche, une odeur si céleste ? Comment donc as-tu £iit, pauvre sœur du ramier, Pour te conserver pure au cœur de ce bourbier? Qjiel miracle du ciel, sainte prostituée.

Que ton cœur, cette mer si souvent remuée.

Des coquilles du bord et du limon impur N'ait pas, dans l'ouragan, souillé ses flots d'azur. Et qu'on ait toujours vu sous leur manteau limpide La perle blanche au fond de ton âme* candide! C'est que tout cœur aimant est réhabilité, Q^'il vous vient une autre âme, et que la pureté Qjii remontait au ciel redescend et l'embrasse. Comme à sa sœur coupable une sœur qui Êiit grâce ; C'est qu'aimer c'est pleurer, c'est croire, c'est prier; C'est que l'amour est saint et peut tout expier. Mon grand peintre ignoré, sans en savoir les causes, Dans ton sublime instinct tu comprenais ces choses : Tu fis de ses yeux noirs ruisseler plus de pleurs. Tu gonflas son beau sein de plus hautes douleurs; La voyant si coupable et prenant pitié d'elle. Pour qu'on lui pardonnât, tu l'as faite plus belle. Et ton pinceau pieux sur le divin contour A promené longtemps ses baisers pleins d'amour. Elle est plus belle encor que la vierge Marie, Et le prêtre à genoux qui soupire et qui prie. Dans sa pieuse extase, hésite entre les deux.

Et ne sait pas laquelle est la reine des deux. O sainte pécheresse I ô grande repentante I Madeleine, c'est toi que j'eusse, pour amante. Dans mes rêves choisie, et toute la beauté, Tout le rayonnement de la virginité Montrant sur son front blanc la blancheur de son âme, Ne sauraient ra*émouvoir, ô femme vraiment femme, Comme font tes soupirs et les pleurs de tes yeux. Ineffable rosée à faire envie aux cieux 1 Jamais lis de Saron, divine courtisane.

Mirant aux eaux des lacs sa robe diaphane, N'eut un plus pur éclat ni de plus doux parfums. Ton beau front inondé de tes longs cheveux bruns Laisse voir, au travers de ta peau transparente. Le rêve de ton âme et ta pensée errante. Comme un globe d'albâtre éclairé par dedans I Ton œil est un foyer dont les rayons ardents Sous la cendre des cœurs ressuscitent les flammes; O la plus amoureuse entre toutes les femmes I Les séraphins du ciel â peine ont dans leur cœur Plus d'extase divine et de sainte langueur; Et tu pourrais couvrir de ton amour profonde Comme d'un manteau d'or la nudité du monde!

Toi seule sais aimer comme il £iut qu'il le soit Celui qui t'a marquée au front avec le doigt; Celui dont tu baignais les pieds de myrrhe pure. Et qui pour s'essuyer avait ta chevelure ; Celui qui t'apparut au jardin, pâle encor D'avoir dormi sa nuit dans le lit de la mort. Et, pour te consoler, voulut que la première Tu le visses rempli de gloire et de lumière.

En Élisant ce tableau, Raphaël inconnu.

N'est-ce pas? ce penser comme à moi t'est venu,

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