‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 100 sur 122 · MAGDALENA · texte numérisé non relu

MAGDALENA

Car Tinspiration descend toujours des deux, Et mon ange gardien, quand vint cette pensée, De son bouclier d*or ne l'a pas repoussée. C'est l'heure de l'extase où Dieu se laisse voir, L'Angélus éploré tinte aux cloches du soir:

Comme aux bras de l'amant une vierge pâmée, L'encensoir d'or exhale une haleine embaumée; La voix du jour s'éteint; les reflets des vitraux. Comme des feux follets, passent sur les tombeaux. Et l'on entend courir, sous les ogives frêles, Un bruit confus de voix et de battements d'ailes; La foi descend des cieux avec l'obscurité ; L'orgue vibre ; l'écho répond : « Éternité I » Et la blanche statue, en sa couche de pierre. Rapproche ses deux mains et se met en prière ; Comme un captif brisant les portes du cachot. L'âme du corps s'échappe, et s'élance si haut Qji'elle heurte, en son vol, au détour d'un nuage. L'étoile échevelée et l'archange en voyage ; Tandis que la raison, avec son pied boiteux, La regarde d'en bas se perdre dans les cieux. C'est à cette heure-là que les divins poètes Sentent grandir leur front et deviennent prophètes. O mystère d'amour 1 ô mystère profond!

Abîme inexplicable où l'esprit se confond 1 Qjii de nous osera, philosophe ou poète.

Dans cette sombre nuit plonger avant la tête ? Qjielle langue assez haute et quel cœur assez pur, Pour chanter dignement tout ce poème obscur ? Qui donc écartera l'aile blanche et dorée Dont un ange abritait cette amour ignorée?

Qui nous dira le nom de cette autre Ëloa ?

Et quelle âme, ô Jésus, k t'aimer se voua ?

Murs de Jérusalem, vénérables décombres,

Vous qui les avez vus et couverts de vos ombres, O palmiers du Carmell ô cèdres du Liban!

Apprenez-nous qui donc il aimait mieux que Jean ? Si vos troncs vermoulus et si vos tours minées Dans leur écho fidèle ont, depuis tant d*années. Parmi les souvenirs des choses d'autrefois.

Conservé leur mémoire et le son de leur voix. Parlez et dites-nous, 6 forêts! ô ruines!

Tout ce que vous savez de ces amours divines. Dites quels purs éclairs dans leurs yeux reluisaient Et quels soupirs ardents de leurs cœurs s*éLançaient I Et toi, Jourdain, réponds 1 sous les berceaux de palmes, Qpand la lune trempait ses pieds dans tes eaux calmes. Et que le ciel semait sa face de plus d'yeux Qpe n'en traîne après lui le paon tout radieux. Ne les as-tu pas vus sur les fleurs et les mousses Glisser en se parlant avec des voix plus douces Qpe les roucoulements des colombes de mai, Qpe le premier aveu de celle que j'aimai ; Et dans un pur baiser, symbole du mystère, Unir la terre au ciel et le ciel à la terre ?

Les échos sont muets, et le flot du Jourdain Murmure sans répondre et passe avec dédain; Les morts de Josaphat, troublés dans leur silence. Se tournent sur leur couche, et le vent frais balance Au milieu des parfums, dans les bras du palmier, Le chant du rossignol et le nid du ramier.

Frère, mais voyez donc comme la Madeleine Laisse sur son col blanc couler à flots d'ébène Ses longs cheveux en pleurs, et comme ses beaux yeux Mélancoliquement se tournent vers les cieux ! Qu'elle est belle ! Jamais, depuis Eve la blonde, Une telle beauté n'apparut sur le monde ;

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