‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 105 sur 122 · AU SOMMEIL · texte numérisé non relu

AU SOMMEIL

Et qui n'as de tous deux que ce qu'ils ont de beau ; Douce transition de la lumière à Tombrc, Du repos k la mort et du lit au tombeau ; Sons les épais rideaux de ton alcôve sombre.

Du fond de ta caverne inconnue au soleil, Je t'implore à genoux, écoute-moi, Sommeil !

Je t'aime, 6 doux Sommeil I et je veux à ta gloire, Avec l'archet d'argent, sur la lyre d'ivoire Chanter des vers plus doux que le miel de l'Hybla ; Pour fapaiser, je veux tuer le chien obscène Dont le rauque aboiment si souvent te troubla, Et verser l'opium sur ton autel d'ébène.

Je te donne le pas sur Phœbus-Apollon, Et pourunt c'est un dieu jeune, sans barbe et blond, Un dieu tout rayonnant aussi beau qu'une fille. Je te préfère même à la blanche Vénus, Lorsque, sortant des eaux, le pied sur sa coquille. Elle fait au grand air baiser ses beaux seins nus. Et laisse aux blonds anneaux de ses cheveux de soie Se suspendre l'essaim des zéphyrs ingénus; Même au jeune lacchus, le doux père de joie, A l'ivresse, à l'amour, k tout, divin Sommeil 1

Tu seras bienvenu, soit que l'aurore blonde Lève du doigt le pan de son rideau vermeil, Soit que les chevaux blancs qui traînent le soleil Enfoncent leurs naseaux et leur poitrail dans l'onde. Soit que la nuit dans l'air peigne ses noirs cheveux. Sous les arceaux muets de la grotte profonde Où les songes légers mènent sans bruit leur ronde, Reçois bénignement mon encens et mes vœux, Sommeil, dieu triste et doux, consolateur du monde !

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QUAND Michel- Ange eut peint la chapelle Sixtine, ^£t que de Téchafaud, sublime et radieux Il fut redescendu dans la cité latine,

Il ne pouvait baisser ni les bras ni les yeux,

Ses pieds ne savaient pas comment marcher sur terre :

Il avait oublié le monde dans les cieux.

Trois grands mois il garda cette attitude austère, On l'eût pris pour un ange en extase devant Le saint triangle d'or, au moment du mystère.

Frère, voilà pourquoi les poètes, souvent.

Buttent à chaque pas sur les chemins du monde : Les yeux fichés au ciel, ils s'en vont en rêvant.

Les anges, secouant leur chevelure blonde.

Penchent leur front sur eux et leur tendent les bras, Et les veulent baiser avec leur bouche ronde.

Eux marchent au hasard et font mille faux pas ; Ils cognent les passants, se jettent sous les roues. Ou tombent dans des puits qu'ils n'aperçoivent pas.

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