‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 2 sur 122 · MALHERBE · texte numérisé non relu

MALHERBE

VIRGINITÉ du cœur, hélas ! si tôt ravie I Songes riants, projets de bonheur et d'amour, Fraîches illusions du matin de la vie, Pourquoi ne pas durer jusqu'à la fin du jour?

Pourquoi?... Ne voit-on pas qu'à midi la rosée De ses larmes d'argent n'enrichit plus les fleurs ; Qjie l'anémone frêle, au vent froid exposée.

Avant le soir n'a plus ses brillantes couleurs ?

Ne voit-on pas qu'une onde, à sa source limpide, En passant par la &nge, y perd sa pureté; due d'un ciel d'abord pur un nuage rapide Bientôt ternit l'éclat et la sérénité?

Le monde est fait ainsi : loi suprême et funeste! Comme l'ombre d'un songe au bout de peu d'instants. Ce qui charme s'en va, ce qui fait peine reste : La rose vit une heure, et le cyprès cent ans.

MOYE'K'oiGE

Y ot un grant et vieil chastex A messire Yvùn qui fut tex:

Ot tours, don)ons, machecouUs, Fossés d'iave nette remplis.

Murs de fine pierre de taille, Couverts d'engins por la bataille.

Ancien fabliau.

QUAND je vais poursuivant mes courses poétiques, }e m'arrête surtout aux vieux châteaux gothiques. J'aime leurs toits d'ardoise aux reflets hleus et gris, Aux faîtes couronnés d'arhustes rabougris; Leurs pignons anguleux, leurs tourelles aiguës; Dans les réseaux de plomb leurs vitres exiguës. Légendes des vieux temps où les preux et les saints Se groupent sous l'ogive en fantasques dessins; Avec ses minarets moresques, la chapelle Dont la cloche qui tinte à la prière appelle; J'aime leurs murs verdis par l'eau du ciel lavés, Leurs cours où l'herbe croit à travers les pavés, Au sommet des donjons leurs girouettes frêles' Que la blanche cigogne effleure de ses ailes; Leurs ponts-levis tremblants, leurs portails blasonnés, De monstres, de griffons, bizarrement ornés ; Leurs larges escaliers aux marches colossales. Leurs corridors sans fin et leurs immenses salles.

HOTEN-AGE 13

Où, comme une voix faible, erre et gémit le vent, Où, recueilli dans moi, je m'égare, rêvant, Parés de souvenirs d'amour et de féerie.

Le brillant moyen-âge et la chevalerie.

ÈLÈGIE I

Dame, d'amer déesse.

Pour votre grâce avoir.

Vous offre ma jeunesse, Mes biens et mon avoir.

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