‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 3 sur 122 · AL. CHARTIER · texte numérisé non relu

AL. CHARTIER

NUIT et jour, malgré moi, lorsque je suis loin d'elle, A ma pensée ardente un souvenir fidèle La ramène : — il me semble ouïr sa douce voix Comme le chant lointain d'un oiseau ; je la vois Avec son collier d'or, avec sa robe blanche.

Et sa ceinture bleue, et la fraîche pervenche De son chapeau de paille, et le sourire fin Qjii découvre ses dents de perle, — telle enfin Q}ie je la vis un soir dans ce bois de vieux ormes Qui couvrent le chemin de leurs ombres difformes ; Et je l'aime d'amour profond : car ce n*est pas Une femme au teint pâle et mesurant ses pas, Au regard nuage de langueur, une Anglaise Morne comme le ciel de Londres, qui se plaise, La tête sur sa main, à rêver longuement, A lire Grandisson et Werther ; non, vraiment : Mais une belle en&nt inconstante et frivole, Qui ne rêve jamais; une brune créole

Aux grands sourcils arqués, aux longs yeux de velours Dont les regards furtifs vous poursuivent toujours; A la taille élancée, à la gorge divine, Q}ie sous les plis du lin la volupté devine.

l6 PREMIÈRES POÉSIES

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