‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 35 sur 122 · LA TÊTE DE MORT · texte numérisé non relu

LA TÊTE DE MORT

Et me ressouvenant des fables qu*on débite,

EnÊint, je croyais voir au fond de cet orbite,

Q]ie Pceil n*anime plus, de bla&rdes lueurs ;

Et, quand il me Cillait passer là, des sueurs

M'inondaient, tour à tour brûlantes et glacées:

J'aurais £ait le serment que les dents déchaussées

De cet épouvantail en ricanant grinçaient,

Et que confusément des mots s'en élançaient.

A présent, jeune encor, mais certain que notre âme,

Inexplicable essence, insaisissable flamme,

Une fois exhalée, en nous tout est néant,

Et que rien ne ressort de l'abime béant

Où vont, tristes jouets du temps, nos destinées,

Comme au cours des ruisseaux les feuilles entraînées,

Sans peur je la regarde, et je dis : « Quelques ans.

Que sais- je! quelques mois, un espace de temps

Beaucoup plus court, demain, après-demain peut-être,

Les yeux de mes amis ne pourront me connaître.

Tête de mort livide à mon tour. — Celle-ci

Est celle d'une femme autrefois morte ici,

Dont voilà le portrait qui, dans son cadre, semble

Vous regarder, sourire et remuer; l'ensemble

De ses traits ingénus, de fraîcheur éclatants,

Montre qu'elle touchait à peine à son printemps.

Pourtant elle mourut; bien des larmes coulèrent

Sans doute à son convoi, bien des fleurs s'eflfeuillèrent

Sur sa tombe, tributs de pieuses douleurs

Sans doute. — Mais le temps sait arrêter les pleurs.

Et, des premiers chagrins l'amertume passée.

Bientôt l'on oublia la belle trépassée.

— Belle, qui le dirait? où sont ces cheveux blonds

Qui roulent vers son col si soyeux et si longs,

Cette joue aux contours ondoyants, aussi fraîche

Qu'au beau soleil d'été le duvet d'une pêche,

Ces lèvres de corail au sourire en£anrin, Ce front charmant à voir, cette peau de satin Où comme un fil d'azur transparait chaque veine. Ces yeux bleus que l'amour, passion creuse et vaine. N'a jamais fait pleurer? — Un crâne blanc et nu. Deux trous noirs et profonds où l'œil fut contenu, Une face sans nez, informe et grimaçante.

Du sort qui nous attend image menaçante :

Voilà ce qu'il en reste, avec un souvenir Qui s'éteindra bientôt dans le vaste avenir. »

BALLADE yi

"BuiLLuiDE*

Regarder les ondes de l'air

Puis, admirant sur les sillons Les ailes des gais papillons De mille couleurs parsemées.

Les croire des fleurs animées.

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