‹ Œuvres de Théophile Gautier: PoésiesChapitre 36 sur 122 · CRABBE · texte numérisé non relu

CRABBE

Sonne, sonne, ami Dampicrre.

Ballade des chasseurs.

Un peu plus loin considérez cette alouette qui s'élève peu k peu du milieu des blés: en voltigeant en haut, elle chante si mélodieusement qu'il ne se peut mieux ; vous diriez qu'elle va en chantant boire dans les nuées.

Le Confiteor de Vinfidèle éprouvé.

QUAND à peine un nuage, Flocon de laine, nage Dans les champs du ciel bleu, Et que la moisson mûre.

Sans vagues ni murmure, Dort sous le ciel en feu;

* Le sujet de cette ballade est le même que celui de la pièce intitulée : Far-nienie ; mais le rythme en est si dissemblable, que j'ai cru pouvoir la conserver sans inconvénient.

(NoU de l'auteur, 1830.)

Qp^nd les couleuvres souples Se promènent par couples Dans les fossés taris; Q}iand les grenouilles vertesi Par les roseaux couvertes, Troublent l'air de leurs cris ;

Aux fentes des murailles duand luisent les écailles Et les yeux du lézard, Et que les taupes fouillent Les prés, où s'agenouillent Les grands boeufis à l'écart,

Qp'il fait bon ne rien Êiire, Libre de toute affaire, Libre de tous soucis, Et sur la mousse tendre Nonchalamment s'étendre.

Ou demeurer assis ;

Et suivre l'araignée, De lumière baignée.

Allant au bout d'un fil A la branche d'un chêne Nouer la double chaîne De son réseau subtil,

Ou le duvet qui flotte.

Et qu'ui\ souffle ballotte Comme un grand ouragan, Et la fourmi qui passe Dans l'herbe et se ramasse Des vivres pour un an,

Le papillon frivole

Qjii de fleurs en fleurs vole

Tel qu'un page galant,

Le puceron qui grimpe

A l'odorant olympe

D'un brin d'herbe tremblant;

Et puis s'écouter vivre, Et feuilleter un livre, Et rêver au passé En évoquant les ombres, Ou riantes ou sombres, D'un long rêve eflfacé,

Et battre la campagne, Et bâtir en Espagne De magiques châteaux, Créer un nouveau monde Et jeter à la ronde Pittoresques coteaux.

Vastes amphithéâtres De montagnçs bleuâtres, Mers aux lames d'azur, Villes monumentales, Splendeurs orientales.

Ciel éclatant et pur.

Jaillissantes cascades, Lumineuses arcades Du palais d'Obéron, Gigantesques portiques Colonnades antiques, Manoir de vieux baron

Avec sa châtelaine»

Qpi regarde la plaine Du sommet des donjons, Avec son nain difforme.

Son pont-levis énorme.

Ses fossés pleins de joncs,

Et sa chapelle grise, Dont l'hirondelle frise Au printemps les vitraux.

Ses mille cheminées De corbeaux couronnées.

Et ses larges créneaux.

Et sur les hallebardes Et les dagues des gardes Un éclair de soleil, Et dans la forêt sombre Lévriers en grand nombre Et joyeux appareil,

Chevaliers, damoiselles.

Beaux habits, riches selles Et fringants palefrois, Varlets qui sur la hanche Ont un poignard au manche Taillé comme une croix 1

Voici le cerf rapide.

Et la meute intrépide 1

Hallali, hallali 1

Les cors bruyants résonnent,

Les pieds des chevaux tonnent,

Et le cerf affaibli

Sort de l'étang qu'il trouble ; L'ardeur des chiens redouble:

Il chancelle, il s'abat.

Pauvre cerfl son corps saigne»

La sueur à flots baigne Son flanc meurtri qui bat;

Son œil plein de sang roule Une larme, qui coule Sans toucher ses vainqueurs ; Ses membres froids s'allongent ; Et dans son col se plongent Les couteaux des piqueurs.

Et lorsque de ce rêve Qpi jamais ne s'achève Mon esprit est lassé, J'écoute de la source Arrêtée en sa course Gémir le flot glacé.

Gazouiller la fauvette Et chanter l'alouette Au milieu d'un ciel pur; Puis je m'endors tranquille Sous l'ondoyant asile De quelque ombrage obscur.

Un^E ^tJiCE

Son âme avait brisé son corps.

VICTOR HUGO

Diex por amer Tavoit faicte.

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