FRISSON
Les fleurs de la gelée Sur la vitre étoilée Courent en rameaux blancs, Et mon chat qui grelotte Se ramasse en pelote Près des tisons croulants.
Moi, tout transi, je souffle, A griller ma pantoufle, A rougir mes chenets. Mon feu qui se déploie Et sur la plaque ondoie En bleuâtres filets^
Adieu les promenades Sous les fraîches arcades Des verdoyants tilleuls, A travers les prairies.
Les bruyères fleuries Et les pâles glaïeuls;
Parmi les plaines blondes Où le vent roule en ondes Le seigle déjà mûr, Par les hautes fuuies Au long des jeunes haies Et des ruisseaux d'azur I
Adieu les églantines Et, moissons enfantines.
Les bleuets dans les blés.
Les vertes sauterelles Et les pissenlits frêles Sans cesse échevelés 1
Xl6 PREMIÈRES POÉSIES
Adieu dans Therbe haute La grenouille qui saute, Et sous le frais buisson Le lézard qui regarde La cigale criarde Qjii sonne sa chanson 1
Adieu les demoiselles Aux diaphanes ailes.
Aux minces corsets d'or, Le papillon qui brille Et que la jeune fille Poursuit comme un trésor;
Le soir dans la nacelle Qui penche et qui chancelle Au moindre souffle d'air, Les courses d'une lieue Sur l'immensité bleue Du lac profond et clair;
Et puis les danses molles Et les caresses folles Sur les prés de velours.
Lorsque la blanche lune Au sein de la nuit brune Jette SCS demi-jours 1
De longtemps l'hirondelle Ne viendra, de son aile Effleurant mes carreaux.
Battre la capucine Dont la pourpre dessine Un cadre à mes barreaux.