SERMENT
SElitJiiE'H.T
...L'on ne seust en nule terre Nul plus bel cors de famé querre.
Roman de la Rose.
PAR tes yeux si beaux sous les voiles De leurs franges de longs cils noirs, Soleils jumeaux, doubles étoiles, D'un cœur ardent ardents miroirs;
Par ton front aux pâleurs d' albâtre, Qpe couronnent des cheveux bruns, Où Thaleine du vent folâtre Parmi la soie et les parfums ;
Par tes lèvres, fraîche églantine, Grenade en fleur, riant corail, D'où sort une voix argentine A travers la nacre et l'émail;
Par ton sein rétif qui s'agite Et bat sa prison de satin.
Par ta main étroite et petite, Par l'éclat vermeil de ton teint;
Par ton doux accent d'Espagnole,
Par l'aube de tes dix-sept ans,
Je t'aimerai, ma jeune folle,
Un peu plus que toujours, — longtemps I
... Quelqae bonne féeUrgèle, Promettant palais et trésor Au Blleul mis sous sa tutelle, Pour te promener t'aurait-elle Ravi sur son nuage d'or?
JOSEPH DBLOftMB.
SI quelque jeune fée à Taile de saphir, Sous une sombre et fraîche arcade.
Blanche comme un reflet de la perle d'Ophir, Surgissait à mes yeux, au doux bruit du zéphyr, De récume de la cascade,
Me disant : « Que veux-tu ? larges coffres pleins d'or,
Palais immenses, pierreries?
Parle; mon art est grand. Te Êiut-il plus encor? Je te le donnerai ; je puis faire un trésor
D'un vil monceau d'herbes flétries ! •
Je lui dirais : « Je veux un ciel riant et pur
Réfléchi par un lac limpide.
Je veux un beau soleil qui luise dans Tazur, Sans que jamais brouillard, vapeur, nuage obscur,
Ne voilent son orbe splendide;
« Et pour bondir sous moi je veux un cheval blanc.
Enfant léger de l'Arabie, A la crinière longue, à Tœil étincelant, Et, comme rhippogriffe, en une heure volant
De la Norwège à la Nubie;
« Je veux un kiosque rouge, aux minarets dorés.
Aux minces colonnes d'albâtre, Aux ^masques arceaux, d'œufs pendants décorés. Aux murs de mosaïque, aux vitraux colorés
Par où se glisse un jour bleuâtre;
« Et quand il fera chaud, je veux un bois mouvant
De sycomores et d'yeuses.
Qui me suive partout au souffle d'un doux vent. Comme un grand éventail sans cesse soulevant
Ses masses de feuilles soyeuses.
« Je veux une tartane avec ses matelots.
Ses cordages, ses blanches voiles Et son corset de cuivre où se brisent les flots, Qui me berce le long de verdoyants îlots ^
Aux molles lueurs des étoiles.
« Je veux, soir et matin, m'éveiller, m'endormir,
Au son de voix italiennes.
Et pendant tout le jour entendre au loin frémir Le murmure plaintif des eaux du Bendemir,
Ou des harpes éoliennes;
« Et je veux, les seins nus, une Aimée agitant
Son écharpe de cachemire Au-dessus de son front de rubis éclatant.
Des spahis, un harem, comme un riche sultan
Ou de Bagdad ou de Palmyre.
« Je veux un sabre turc, un poignard indien
Dont le manche de saphirs brille ; Mais surtout je voudrais un cœur fait pour le mien, Q)ii le sentit, Taimat, et qui le comprit bien, Un cœur naïf de jeune fille I »
LE LUXEiK'BOUliG
Enfant, «Uns les ébats de Tenfanct joueuse.
). DBLORMB.
u Luxembourg souvent, lorsque dans les allées Gazouillaient des moineaux les joyeuses volées, Qu'aux baisers d'un vent doux, sous les abîmes bleus D*un ciel tiède et riant, les orangers frileux Hasardaient leurs rameaux parfumés, et qu'en gerbes Les fleurs pendaient du front des marronniers superbes. Toute petite fille, elle allait du beau temps A son aise jouir, et foldtrer longtemps, Longtemps, car elle aimait à l'ombre des feuillages Fouler le sable d'or, chercher des coquillages, Admirer du jet d'eau l'arc au reflet changeant Et le poisson de pourpre, hôte d'une eau d'argent ; Ou bien encor partir, folle et légère tète, £t, trompant les regards de sa mère inquiète. Au risque de brunir un teint frais et vermeil, Livrer sa joue en fleur aux baisers du soleil I