CHAPITRE I
Notre monde est bien petit à côté du monde antique ; nos fêtes sont mesquines auprès des effrayantes somptuosités des patriciens romains et des princes asiatiques; leurs repas ordinaires passeraient aujourd’hui pour des orgies effrénées, et toute une ville moderne vivrait pendant huit jours de la desserte de Lucullus soupant avec quelques amis intimes. Nous avons peine à concevoir, avec nos habitudes misérables, ces existences énormes, réalisant tout ce que l’imagination peut inventer de hardi, d’étrange et de plus monstrueusement en dehors du possible.
Nos palais sont des écuries où Caligula n’eût pas voulu mettre son cheval; le plus riche des rois constitutionnels ne mène pas le train d’un petit satrape ou d’un proconsul romain. Les soleils radieux qui brillaient sur la terre sont à tout jamais éteints dans le néant de l’uniformité; il ne se lève plus sur la noire fourmilière des hommes de ces colosses à formes de Titan, qui parcouraient le monde en trois pas, comme les
chevaux d’'Homère; — plus de tour de Lylacq, plus de Babel géante escaladant le ciel de ses spirales infinies, plus de temples démesurés faits avecdes quartiers de montagne, plus de terrasses royales que chaque siècle et chaque peuple n’ont pu élever que d’une assise, et d’où le prince accoudé et rêveur peut regarder la figure du monde comme une carte déployée; plus de ces villes désordonnées faites d’un inextricable entassement d’édifices cyclopéens, avec leurs circonvallations profondes, leurs cirques rugissant nuit et jour, leurs réservoirs remplis d’eau de mer et peuplés de léviathans et de baleines, leurs rampes colossales, leurs superpositions de terrasses, leurs tours au faîte baigné de nuages, leurs palais géants, leurs aqueducs, leurs cités vomitoires et leurs nécropoles ténébreuses ! Hélas! plus rien que des ruches de plâtre sur un damier de pavés.
L'on s'étonne que les hommes ne se soient pas révoltés contre ces confiscations de toutes les richesses et de toutes les forces vivantes au profit de quelques rares privilégiés, et que de si exorbitantes fantaisies n’aient point rencontré d’obstacles sur leur chemin sanglant. C’est que ces existences prodigieuses étaient la réalisation au soleil du rêve que chacun faisait la nuit, — des personnifications de la pensée commune, — et que les peuples se regardaient vivre symbolisés sous un de ces noms météoriques qui flamboient
inextinguiblement dans la nuit des âges. Aujourd’hui, privé de ce spectacle éblouissant de la volonté toute-puissante, de cette haute contemplation d’une âme humaine dont le moindre désir se traduit en actions inouïes, en énormités de granit et d’airain, le monde s’ennuie éperdument et désespérément; l’homme n’est plus représenté dans sa fantaisie impériale.
L'histoire que nous écrivons et le grand nom de Cléopâtre qui s’y mêle nous ont jeté dans ces réflexions malsonnantes pour les oreilles civilisées. Mais le spectacle du monde antique est quelque chose de si écrasant, de si décourageant pour les imaginations qui se croient effrénées et les esprits qui pensent avoir atteint aux dernières limites de la magnificence féerique, que nous n'avons pu nous empêcher de consigner ici nos doléances et nos tristesses de n’avoir pas été contemporain de Sardanapale, de Teglath Phalazar, de Cléopâtre, reine d’Égypte, ou seulement d'Héliogabale, empereur de Rome et prêtre du Soleil.
Nous avons à décrire une orgie suprême, un festin à faire pâlir celui de Balthazar, une nuit de Cléopâtre. Comment, avec la langue française, si chaste, si glacialement prude, rendronsnous cet emportement frénétique, cette large et puissante débauche qui ne craint pas de mêler le sang et le vin, ces deux pourpres, et ces furieux élans de la volupté inassouvie se ruant à
l'impossible avec toute l’ardeur de sens que le long jeûne chrétien n’a pas encore matés?
La nuit promise devait être splendide; il fallait que toutes les joies possibles d’une existence humaine fussent concentrées en quelques heures; il fallait faire de la vie de Meïamoun un élixir puissant qu’il pût boire en une seule coupe. Cléopâtre voulait éblouir sa victime volontaire, et la plonger dans un tourbillon de voluptés vertigineuses, lenivrer, l’étourdir avec le vin de l’orgie, pour que la mort, bien qu’acceptée, arrivât sans être vue ni comprise.
Transportons nos lecteurs dans la salle du banquet.
Notre architecture actuelle offre peu de points de comparaison avec ces constructions immenses dont les ruines ressemblent plutôt à des éboulements de montagnes qu’à des restes d’édifices. Il fallait toute l’exagération de la vie antique pour animer et remplir ces prodigieux palais dont les salles étaient si vastes qu’elles ne pouvaient avoir d’autre plafond que ie ciel, — magnifique plafond, et bien digne d’une pareille architecture!
La salle du festin avait des proportions énormes et babyloniennes ; l’œil ne pouvait en pénétrer la profondeur incommensurable ; de monstrueuses colonnes, courtes, trapues, solides à porter le pôle, épataient lourdement leur fût évasé sur un socle bigarré d’hiéroglyphes, et.
soutenaient de leurs chapiteaux ventrus de gigantesques arcades de granit s’avançant par assisescomme desescaliers renversés. Entre chaque pilier un sphinx colossal de basalte, coiffé du pschent, allongeait sa tête à l’œil oblique, au menton cornu, et jetait dans la salle un regard fixe et mystérieux. Au second étage, en recul du premier, les chapiteaux des colonnes, plus sveltes de tournure, étaient remplacés par quatre têtes de femmes adossées avec les barbes cannelées et les enroulements de la coiffure égyptienne; au lieu de sphinx, des idoles à tête de taureau, spectateurs impassibles des délires nocturnes et des fureurs orgiaques, étaient assises dans des chaises de pierre comme des hôtes patients qui attendent que le festin commence.
Un troisième étage d’un ordre différent, avec des éléphants de bronze lançant de l’eau de senteur par la trompe, couronnait l'édifice; pardessus, le ciel s’ouvrait comme un gouffre bleu, et les étoiles curieuses s’accoudaient sur la frise.
De prodigieux escaliers de porphyre, si polis qu'ils réfléchissaient les corps comme des miroirs, montaient et descendaient de tous côtés et liaient entre elles ces grandes masses d’architecture.
Nous ne traçons ici qu’une ébauche rapide pour faire comprendre l'ordonnance de cette construction formidable avec ses proportions hors de toute mesure humaine. — Il faudrait le
pinceau de Martinn, le grand peintre des énormités disparues, et nous n’avons qu’un maigre trait de plume au lieu de la profondeur apocalyptique de la manière noire; mais l’imagination y suppléera; moins heureux que le peintre et le musicien, nous ne pouvons présenter les objets que les uns après les autres. Nous n’avons parlé que de la salle du festin, laissant de côté les convives; encore ne l’avons-nous qu’indiquée. Cléopâtre et Meïamoun nous attendent; les voici qui s’avancent.
Meïamoun était vêtu d’une tunique de lin constellée d’étoiles avec un manteau de pourpre et des bandelettes dans les cheveux comme un roi oriental. Cléopâtre portait une robe glauque, fendue sur le côté et retenue par des abeilles d’or; autour de ses brasnus jouaient deux rangs de grosses perles; sur sa tête rayonnait la couronne à pointes d’or. Malgré le sourire de sa bouche, un nuage de préoccupation ombrait légèrement son beau front, et ses sourcils se rapprochaient quelquefois avec un mouvement fébrile. Quel sujet peut donc contrarier la grande reine ? Quant à Meïamoun, il avait le teint ardent et lumineux d’un homme dans l’extase ou dans la vision; des effluves rayonnants, partant de ses tempes et de son front, lui faisaient un nimbe d’or, comme à un des douze grands dieux de l’'Olympe.
Une joie grave et profonde brillait dans tous
ses traits ; il avait embrassé sa chimère aux ailes inquiètes sans qu’elle s’envolât; il avait touché le but de sa vie. Il vivrait l’âge de Nestor et de Priam ; il verrait ses tempes veinées se couvrir de cheveux blancs comme ceux du grand-prêtre d’Ammon, il n’éprouverait rien de nouveau, il n’apprendrait rien de plus. Il a obtenu tellement au delà de ses plus folles espérances, que le monde n’a plus rien à lui donner.
Cléopâtre le fit asseoir à côté d’elle sur un trône côtoyé de griffons d’or et frappa ses petites mains l’une contre l’autre. Tout à coup des lignes de feux, des cordons scintillants, dessinèrent toutes les saillies de l’architecture; les yeux des sphinx lancèrent des éclairs phosphoriques, une haleine enflammée sortit du mufle des idoles; les éléphants, au lieu d’eau parfumée, soufflèrent une colonne rougeitre; des bras de bronze jaillirent des murailles avec des torches au poing; dans le cœur sculpté des lotus s’épanouirent des aigrettes éclatantes.
De larges flammes bleuâtres palpitaient dans les trépieds d’airain, des candélabres géants secouaient leur lumière échevelée dansune ardente vapeur ; tout scintillait et rayonnait. Les iris prismatiques se croisaient et se brisaient en l’air; les facettes des coupes, les angles des marbres ct des jaspes, les ciselures des vases, tout prenait une paillette, un luisant ou un éclair. La clarté ruisselait par torrents ettombaitde marche
en marche comme une cascade sur un escalier de porphyre : l’on aurait dit la réverbération d’un incendie dans une rivière; si la reine de Saba y eût monté, elle eût relevé le pli de sa robe croyant marcher dans l’eau comme sur le parquet de glace de Salomon. A travers ce brouillard étincelant, les figures monstrueuses des colosses, les animaux, les hiéroglyphes semblaient s’animer et vivre d’une vie factice; les béliers de granit noir ricanaïent ironiquement et choquaient leurs cornes dorées, les idoles respiraient avec bruit par leurs naseaux haletants.
L’orgie était à son plus haut degré; les plats de langues de phénicoptères et de foies de scarus, les murènes engraissées de chair humaine et préparées au garum, les cervelles de paon, les sangliers pleins d'oiseaux vivants, et toutes les merveilles des festins antiques décuplées et centuplées, s’entassaient sur les trois pans du triclinim. Les vins de Crète, de Massique et de Falerne écumaient dans les cratères d’or couronnés de roses, remplis par des pages asiatiques dont les belles chevelures flottantes servaient à essuyer les mains des convives. Des musiciens jouant du sistre, du tympanon, de la sambuque etdelaharpe à vingt et une cordes, remplissaient les travées supérieures et jetaient leur bruissement harmonieux dans la tempète de bruit qui planait sur la fête : la foudre n’aurait pas eu la voix assez haute pour se faire entendre.
Meïamoun, la tête penchée sur l’épaule de Cléopâtre, sentait sa raison lui échapper; la salle du festin tourbillonnait autour de lui comme un immense cauchemar architectural; il voyait, à travers ses éblouissements, des perspectives et des colonnades sans fin; de nouvelles zones de portiques se superposaient aux véritables, et s’enfonçaient dans les cieux à des hauteurs où les Babels ne sont jamais parvenues. S’il n’eût senti dans sa main la main douce et froide de Cléopâtre, il eût cru être transporté dans le monde des enchantements par un sorcier de Thessalie ou un mage de Perse.
Vers la fin du repas, des nains bossus et des morions exécutèrent des danses et des combats grotesques ; puis des jeunes filles égyptiennes et grecques, représentant les heures noires et blanches, dansèrent sur le mode ionien une danse voluptueuse avec une perfection inimitable.
Cléopâtre elle-même se leva de son trône, rejeta son manteau royal, remplaça son diadème sidéral par une couronne de fleurs, ajusta des crotales d’or à ses mains d’albâtre, et se mit à danser devant Meïamoun éperdu de ravissement. Ses beaux bras arrondis, comme les anses d’un vase de marbre, secouaient au-dessus de sa tête des grappes de notes étincelantes, et ses crotales babillaient avec une volubilité toujours croissante. Debout sur la pointe vermeille de ses petits pieds, elle avançait rapidement et ve-
nait effleurer d’un baiser le front de Meïamoun, puis elle recommençait son manège et voltigeait autour de lui, tantôt se cambrant en arrière, la tête renversée, l’œil demi-clos, les bras pâmés et morts, les cheveux débouclés et pendants comme une bacchante du mont Ménale agitée par son dieu; tantôt leste, vive, rieuse, papillonnante, infatigable et plus capricieuse en ses méandres que l’abeille qui butine. L’amour du cœur, la volupté des sens, la passion ardente, la jeunesse inépuisable et fraîche, la promesse du bonheur prochain, elle exprimait tout.
Les pudiques étoiles ne regardaientplus, leurs chastes prunelles d’or n’auraient pu supporter un tel spectacle; le ciel même s'était effacé, et un dôme de vapeur enflammée couvrait la salle.
Cléopâtre revint s'asseoir près de Meïamoun.
La nuit s’avançait, la dernière des heures noires allait s'envoler; une lueur bleuâtre entra d’un pied déconcerté dans ce tumulte de lumières rouges, comme un rayon de lune qui tombe dans une fournaise; les arcades supérieures s’azurèrent doucement, le jour paraissait.
Meïamoun prit le vase de corne que lui tendit un esclave éthiopien à physionomie sinistre, et qui contenait un poison tellement violent qu’il eût fait éclater tout autre vase. Après avoir jeté sa vie à sa maîtresse dans un dernier regard, il porta à ses lèvres la coupe funeste où la liqueur empoisonnée bouillonnaïit et sifflait.
so2 ANVOUVELLES
Cléopâtre pâlit et posa sa main sur le bras de Meïamoun pour le retenir. Son courage la touchait; elle allait lui dire : « Vis encore pour m'aimer, je le veux... » quand un bruit de clairon se fit entendre. Quatre hérauts d'armes entrèrent à cheval dans la salle du festin ; c’étaient des officiers de Marc-Antoine qui ne précédaient leur maître que de quelques pas. Elle lâcha silencieusement le bras de Meïamoun. Un rayon de soleil vint jouer sur le front de Cléopâtre comme pour remplacer son diadème absent.
« Vous voyez bien que le moment est arrivé; il fait jour, c’est l’heure où les beaux rêves s’envolent, » dit Meïamoun. Puis il vida d’un trait le vase fatal et tomba comme frappé de la foudre. Cléopâtre baissa la tête, et dans sa coupe une larme brûlante, la seule qu’elle ait versée de sa vie, alla rejoindre la perle fondue.
« Par Hercule! ma belle reine, j’ai eu beau faire diligence, je vois que j'arrive trop tard, dit Marc-Antoine en entrant dans la salle du festin; le souper est fini. Mais que signifie ce cadavre renversé sur les dalles ?
— Oh! rien, fit Cléopâtre ensouriant; c’est un poison que j’essayais pour m'en servir si Auguste me faisait prisonnière.. Vous plairait-il, mon cher seigneur, de vous asseoir à côté de moi et de voir danser ces bouffons grecs ?.… »
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Ÿ rNQ cents ans après la guerre de
CS) Troie, etseptcentquinze ansavant
C notre ère, c'était grande fête à Sar-
S des. — Le roi Candaule se ma-
riait. — Le peuple éprouvait cette espèce d’in-
quiétude joyeuseetd’émotionsansbutqu’inspire
aux masses tout événement, quoiqu'il ne les
touche en rien et se passe dans des sphères supérieures dont elles n’approcheront jamais.
Depuis que Phœbus-Apollon, debout sur son
quadrige, dorait de ses rayons les cimes du mont
Tmolus fertile en safran, les braves Sardiens
allaient et venaient, montant et descendant les
rampes de marbre qui reliaient la cité au Pactole, cette opulente rivière dont Midas, en s’y baignant, a rempli le sable de paillettes d’or. On eût dit que chacun de ces honnêtes citoyens se mariait lui-même, tant ils avaient l’air important et solennel.
Des groupes se formaient dans l’agora, sur les degrés des temples, le long des portiques. À chaque angle de rue, l’on rencontrait des femmes traînant par la main de pauvres enfants dont les pas inégaux s’accordaient mal avec l’impatience et la curiosité maternelles. Les jeunes filles se hâtaient vers les fontaines, leur urne en équilibre sur la tête ou soutenue de leurs bras blancs comme par deux anses naturelles, pour faire la provision d’eau de la maison, et pouvoir être libres à l'heure où passerait le cortège nuptial. Les lavandières repliaient avec précipitation les tuniques et les chlamydes à peine sèches, et les empilaient sur des chariots attelés de mules. Les esclaves tournaient la meule sans que le fouet de l’intendant eût besoin de chatouiller leurs épaules nues et couturées de cicatrices. — Sardes se dépêchait d’en finir avec ces soins de chaque jour dont aucune fête ne dispense.
Le chemin que le cortège devait parcourir avait été semé d’un sable fin et blond. D’espace en espace, des trépieds d’airain envoyaient au ciel des fumées odorantes de cinnamome et de
nard. — C’étaient, du reste, les seules vapeurs quitroublassentla puretédel’azur. — Lesnuages d’une journée d’hymen ne doivent provenir que des parfums brûlés. — Des branches de myrtes et de lauriers-roses jonchaient le sol, et sur les murs des palais se déployaient, suspendues à des anneaux de bronze, des tapisseries où l’aiguille des captives industrieuses, entremêlant la laine, l'argent et l’or, avait représenté diverses scènes de l’histoire des dieux et des héros : Ixion embrassant la nue; — Diane surprise au bain par Actéon; — le berger Pâris, juge du combat de beauté qui eut lieu sur le mont Ida, entre Héré aux bras de neige, Athéné aux yeux vert de mer, et Aphrodite parée du ceste magique; — les vieillards troyens se levant sur le passage d'Hélène auprès des portes Scées, sujet tiré d’un poème de l’aveugle du Mélès. — Plusieurs avaient exposé de préférence des scènes tirées de la vie d'Héraclès le Thébain, par flatterie pour Candaule, qui était un Héraclide, descendant de ce héros par Alcée. Les autres s'étaient contentés d’orner de guirlandes et de couronnes le seuil de leurs demeures en signe de réjouissance.
Parmi les rassemblements échelonnés depuis l'entrée de la maison royale jusqu’à la porte de la ville par où devait arriver la jeune reine, les conversations roulaient naturellement sur la beauté de l'épouse, dont la renommée remplis-
sait toute l’Asie, et sur le caractère de l'époux, qui, sans être tout à fait bizarre, semblait néanmoins difficilement appréciable au point de vue ordinaire.
Nyssia, la fille du satrape Mégabaze, était douée d’une pureté de traits et d’une perfection de formes merveilleuses, — c'était du moins le bruit qu’avaient répandu les esclaves qui la servaient, et les amies qui l’accompagnaient au bain; car aucun homme ne pouvait se vanter de connaître de Nyssia autre chose que la couleur de son voile et les plis élégants qu’elle imprimait, malgré elle, aux étoffes moelleuses qui recouvraient son corps de statue.
Les barbares ne partagent pas les idées des Grecs sur la pudeur : — tandis que les jeunes gens de l'Achaïe ne se font aucun scrupule de faire luire au soleil du stade leurs torses frottés d'huile, et que les vierges Spartiates dansent sans voiles devant l’autel de Diane, ceux de Persépolis, d'Ecbatane et de Bactres, attachant plus de prix à la pudicité du corps qu’à celle de l'âme, regardent comme impures et répréhensibles ces libertés que les mœurs grecques donnent au plaisir des yeux, et pensent qu’une femme n’est pas honnête, qui laisse entrevoir aux hommes plus que le bout de son pied, repoussant à peine en marchant les pis discrets d’une longue tunique.
Malgré ce mystère, ou plutôt à cause de ce
mystère, la réputation de Nyssia n’avait pas tardé à se répandre dans toute la Lydie et à y devenir populaire, à ce point qu’elle était parvenue jusqu’à Candaule, bien que les rois soient ordinairement les gens les plus mal informés de leur royaume, et vivent comme les dieux dans une espèce de nuage qui leur dérobe la connaissance des choses terrestres.
Les Eupatrides de Sardes, qui espéraient que le jeune roi pourrait peut-être prendre femme dans leur famille, les hétaires d'Athènes, de Samos, de Milet et de Chypre, les belles esclaves venues des bords de l’Indus, les blondes filles amenées à grands frais du fond des brouillards cimmériens, n’avaient garde de prononcer devant Candaule un seul mot qui, de près ou de loin, pût avoir rapport à Nyssia. Les plus braves, en fait de beauté, reculaient à l’idée d’un combat qu’elles pressentaient devoir être inégal.
Et cependant personne à Sardes, et même en Lydie, n'avait vu cette redoutable adversaire; personne, excepté un seul être, qui depuis cette rencontre avait tenu sur ce sujet ses lèvres aussi fermées que si Harpocrate, le dieu du silence, les eût scellées de son doigt : — c'était Gygès, chef des gardes de Candaule. Un jour, Gygès, plein de projets et d’ambitions vagues, errait sur les collines de Bactres, où son maître l’avait envoyé pour une mission importante et secrète ; il songeait aux enivrements de la toute-puis-
sance, au bonheur de fouler la pourpre sous une sandale d’or, de poser le diadème sur la tête de la plus belle; ces pensées faisaient bouillonner son sang dans ses veines, et, comme pour suivre Pessor de ses rêves, il frappait d’un talon nerveux les flancs blanchis d’écume de son cheval numide.
Le temps, de calme qu'il était d’abord, était devenu orageux comme l’âme du guerrier, et Borée, les cheveux hérissés par les frimas de la Thrace, les joues gonflées, les bras croisés sur la poitrine, fouettait à grands coups d’aile les nuages gros de pluie.
Une troupe de jeunes filles qui cueillaient des fleurs dans la campagne, effrayées de la tempète, regagnaient la ville en toute hâte, remportant leur moisson parfumée dans le pan de leur tunique. Voyant de loin venir un étranger à cheval, elles avaient, suivant l’usage des barbares, ramené leur manteau sur leur visage; mais, au moment où Gygès passait auprès de celle que sa fière attitude et ses vêtements plus riches semblaient désigner comme maîtresse de la troupe, un coup de vent plus fort avait emporté le voile de l’inconnue, et, le faisant tournoyer en l’air comme une plume, l'avait chassé si loin qu’il était impossible de le reprendre. — C'était Nyssia, la fille de Mégabaze, qui se trouva ainsi, le visage découvert, devant Gygès, simple capitaine des gardes du roi Can-
daule. Était-ce seulement le souffle de Borce qui avait causé cet accident, ou bien Éros, qui se plaît à troubler les âmes, s’était-il amusé à couper le lien qui retenait le tissu protecteur ? Toujours est-il que Gygès resta immobile à l’aspect de cette Méduse de beauté, et il y avait longtemps que le pli de la robe de Nyssia avait disparu sous la porte de la ville, que Gygès ne songeait pas à reprendre son chemin. Bien que rien ne justifiât cette conjecture, il avait eu le sentiment qu’il venait de voir la fille du satrape, et cette rencontre, qui avait presque le caractère d’une apparition, concordait si bien avec la pensée qui l’occupait dans ce moment, qu’il ne put s'empêcher d’y voir quelque chose de fatal et d’arrangé par les dieux. — En effet, c'était bien sur ce front qu’il eût voulu poser le diadème : quel autre en eût été plus digne? Mais quelle probabilité y avait-il que Gygès eût jamais un trône à faire partager ? Il n'avait pas essayé de donner suite à cette aventure et de s’assurer si c'était vraiment la fille de Mégabaze dont le hasard, ce grand escamoteur, lui avait révélé le visage mystérieux. Nyssia s'était dérobée si promptement qu’il lui eût été impossible de la retrouver, et d’ailleurs il avait été plutôt ébloui, fasciné, foudroyé en quelque sorte, que charmé par cette apparition surhumaine, par ce monstre de beauté.
Cependant, cette image, à peine entrevue un
moment, s'était gravée dans son cœur en traits profonds comme ceux que les sculpteurs tracent sur l’ivoire avec un poinçon rougi au feu. Il avait fait, sans pouvoir en venir à bout, tous ses efforts pour l’effacer, car l’amour qu’il éprouvait pour Nyssia lui causait une secrète terreur. — La perfection portée à ce point est toujours inquiétante, et les femmes si semblables aux déesses ne peuvent qu'être fatales aux faibles mortels ; elles sont créées pour les adultères célestes, et les hommes, même les plus courageux, ne se hasardent qu’en tremblant dans de pareilles amours. — Aussi aucun espoir n’avait-il germé dans l’âme de Gygès, accablé et découragé d'avance par le sentiment de l’impossible. Avant d'adresser la parole à Nyssia, il eût voulu dépouiller le ciel de sa robe d’étoiles, ôter à Phœbus sa couronne de rayons, oubliant que les femmes ne se donnent qu’à ceux qui ne les méritent pas, et que le moyen de s’en faire aimer, c’est d’agir avec elles comme si l’on désirait en être haï.
Depuis ce temps, les roses de la joie ne fleurirent plus sur ses joues : le jour, il était triste et morne, et semblait marcher seul dans son rêve, comme un mortel qui a vu une divinité; la nuit, il était obsédé de songes qui lui montraient Nyssia assise à côté de lui, sur des coussins de pourpre, entre les griffons d’or de l’estrade royale.
Donc Gygès, le seul qui pût parler de Nyssia en connaissance de cause, n’en ayant rien dit, les Sardiens en étaient réduits aux conjectures, et il faut convenir qu'ils en faisaient de bizarres et tout à fait fabuleuses. La beauté de Nyssia, grâce aux voiles dont elle était entourée, devenait comme une espèce de mythe, de canevas, de poème que chacun brodaïit à sa guise.
« Si ce que l’on rapporte n’est pas faux, disait en grasseyant un jeune débauché d’Athènes, la main appuyée sur l’épaule d’un enfant asiatique, ni Plangor, ni Archenassa, ni Thaïs ne peuvent supporter la comparaison avec cette merveille barbare; pourtant j'ai peine à croire qu’elle vaille Théano de Colophon, dont j'ai acheté une nuit au prix de ce qu’elle a pu emporter d’or, en plongeant jusqu'aux épaules ses bras blancs dans mon coffre de cèdre.
— Auprès d'elle, ajouta un Eupatride qui avait la prétention d’être mieux informé que personne sur toutes choses, auprès d’elle, la fille de Cœlus et de la Mer paraïîtrait comme une servante éthiopienne.
— Ce que vous dites là est un blasphème, et, quoique Aphrodite soit une bonne et indulgente déesse, prenez garde de vous attirer sa colère.
— Par Hercule! — ce qui est un serment de valeur dans une ville gouvernée par ses descendants, — je n’en puis rabattre d’un mot.
— Vous l'avez donc vue?
— Non, mais j'ai à mon service un esclave qui a jadis appartenu à Nyssia et qui m'en a fait cent récits.
— Est-il vrai, demanda d’un air enfantin une femme équivoque dont la tunique rose tendre, les joues fardées et les cheveux luisants d’essence annonçaient de malheureuses prétentions à une jeunesse dès longtemps disparue, est-il vrai que Nyssia ait deux prunelles dans chaque œil? — Cela doit être fort laid à ce qu’il me semble, et je ne sais pas comment Candaule a pus’éprendre d’une pareille monstruosité, tandis qu’il ne manque pas à Sardes et dans la Lydie de femmes dont le regard est irréprochable. »
Et en disant ces mots avec toute sorte de mignardises et d’afféteries, Lamia jetait un petit coup d'œil significatif sur un petit miroir de métal fondu qu’elle tira de son sein et qui lui servit à ramener au devoir quelques boucles dérangées par l’impertinence du vent.
« Quant à ce qui est de la prunelle double, cela m'a tout l’air d’un conte de nourrice, dit le patricien bien informé ; mais il est sûr que Nyssia a le regard si perçant, qu’elle voit à travers les murs; à côté d’elle, les lynx sont myopes.
— Comment un homme grave peut-il débiter de sang-froid une absurdité pareille ? interrompit un bourgeois à qui son crâne chauve et le flot de barbe blanche où il plongeait ses doigts tout en parlant, donnaient un aspect de prépondé-
rance et de sagacité philosophique. La vérité est que la fille de Mégabaze n’y voit naturellement pas plus clair que vous et moi; seulementle prêtre égyptien Thoutmosis, qui sait tant de secrets merveilleux, lui a donné la pierre mystérieuse qui se trouve dans la tête des dragons, et dont la propriété, comme chacunlesait, estde rendre pénétrables au regard, pour ceux qui la possèdent, les ombres et les corps les plus opaques. Nyssia porta toujours cette pierre dans sa ceinture ou sur son bracelet, et c’est ce qui explique sa clairvoyance. »
L'interprétation du bourgeois parut la plus naturelle aux personnages du groupe dont nous essayons de rendre la conversation, et l’opinion de Lamia et du patricien fut abandonnée comme invraisemblable,
« En tout cas, reprit l'amant de Théano, nous allons pouvoir en juger, car il me semble que j'ai entendu résonner les clairons dans le lointain, et, sans avoir la vue de Nyssia, j’aperçois là-bas le héraut qui s’avance, des palmes dans les mains, annonçant l’arrivée du cortège nuptial et faisant ranger la foule. »
A cette nouvelle qui se propagea rapidement, les hommes robustes jouèrent des coudes pour arriver au premier rang; les garçons agiles, embrassant le fût des colonnes, tâchèrent de se hisser jusqu'aux chapiteaux et de s’y asseoir; d’autres, non sans avoir excorié leurs genoux à
lécorce, parvinrent à se percher assez commodément dans l’Y de quelque branche d’arbre; les femmes posèrent leurs petits enfants sur le coin de leur épaule en leur recommandant bien de se retenir à leur cou. Ceux qui avaient le bonheur de demeurer dans la rue où devaient passer Candaule et Nyssia penchèrent la tête du haut de leurs toits, ou, se soulevant sur le coude, quittèrent un moment les coussins qui les soutenaient.
Un murmure de satisfaction et de soulagement parcourut la foule qui attendait déjà depuis de longues heures, car les flèches du soleil de midi commençaient à être piquantes.
Les guerriers pesamment armés, avec des cuirasses de buffle recouvertes de lames de métal, des casques ornés d’aigrettes de crin de cheval teint en rouge, des knémides garnies d’étain, des baudriers étoilés de clous, des boucliers blasonnés et des épées d’airain, marchaient derrière un rang de trompettes qui soufflaient à pleine bouche dans leurs longs tubes étincelants au soleil. Les chevaux de ces guerriers, blancs comme les pieds de Thétis, pour la noblesse de leurs allures et la pureté de leur race, auraient pu servir de modèle à ceux que Phidias sculpta plus tard sur les métopes du Parthénon.
À la tête de cette troupe marchait Gygès, le bien nommé, — car son nom en lydien signifie beau. Ses traits, de la plus parfaite régularité,
paraissaient taillés dans le marbre, tant il était pâle, car äl venait de reconnaître dans Nyssia, quoiqu’elle fût couverte du voile des jeunes épousées, la femme dont la trahison du vent avait livré la figure à ses regards auprès des murs de Bactres.
« Le beau Gygès paraît bien triste, se disaient les jeunes filles. Quelque fière beauté a-t-elle dédaigné son amour, — ou quelque délaissée lui a-t-elle fait jeter un sort par une magicienne de Thessalie? L’anneau-cabbalistique qu’il a trouvé, à-ce qu’on dit, au milieu d’une forêt dans les flancs d’un cheval de bronze, aurait-il perdu sa vertu, — et, cessant de rendre son maître invisible, l’aurait-il trahi tout à coup aux regards étonnés de quelque honnête mari qui se croyait seul dans sa chambre conjugale ?
— Peut-être a-t-il perdu ses talents et ses drachmes au jeu de Palamède, ou bien est-ce le dépit de n’avoir pas gagné le prix aux jeux Olympiques? Il comptait beaucoup sur son cheval Hypérion. »
Aucune de ces conjectures n’était vraie. Jamais l’on ne suppose ce qui est.
Après le bataillon commandé par Gygès, venaient de jeunes garçons couronnés de myrtes, qui accompagnaient sur des lyres d’ivoire, en se servant d’un archet, des hymnes d’épithalame sur le mode lydien ; ils étaient vêtus de tuniques roses brodées d’une grecque d’argent, et leurs
cheveux flottaient sur leurs épaules en boucles épaisses.
Ils précédaient les porteurs de présents, esclavesrobustes dont les corps demi-nus laissaient voir des entrelacements de muscles à faire envie au plus vigoureux athlète.
Sur les brancards, soutenus par deux ou quatre hommes, ou davantage, suivant la pesanteur des objets, étaient posés d'énormes cratères d’airain, ciselés par les plus fameux artistes; — des vases d’or et d'argent aux flancs ornés de basreliefs, aux anses gracieusement entremèêlées de chimères, de feuillages et de femmes nues; — des aiguières magnifiques pour laver les pieds des hôtes illustres; — des buires incrustées de pierres précieuses et contenant les parfums les plus rares, myrrhe d'Arabie, cinnamome des Indes, nard de Perse,essence deroses de Smyrne : — des kamklins ou cassolettes avec couvercles percés de trous; — des coffres de cèdre et d’ivoire d’untravail merveilleux, s’ouvrant avec des secrets introuvables pour tout autre que l’inventeur, et contenant des bracelets d’or d’Ophir, des colliers de perles du plus bel orient, des agrafes de manteau constellées de rubis et d’escarboucles ; — des toilettes renfermant les éponges blondes, les fers 2 friser, les dents de loup marin qui servent à polir les ongles, le fard vert d'Égypte, qui devient du plus beau rouge en touchant la peau, les poudres qui noircissent les
paupières et les sourcils, et tout ce que la coquetterie féminine peutinventer de raffinements. — D’autres civières étaient couvertes de robes de pourpre de la laine la plus fine et de toutes les nuances, depuis l’incarnat de la rose jusqu’au rouge sombre du sang de la grappe; — de calasiris en toile de Canope qu’on jette blanche dans la chaudière du teinturier, et qui, grâce aux divers mordants dont elle est empreinte, en sort diaprée des couleurs les plus vives; — de tuniques apportées du pays fabuleux des Sères, à l'extrémité du monde, faites avec la bave filée d’un ver qui vit sur les feuilles, et si fines qu’elles auraient pu passer par une bague.
Des Éthiopiens luisants comme le jais, la tête serrée par une cordelette pour que les veines de leur front ne se rompissent pas dansles efforts qu’ils faisaient pour soutenir leur fardeau, portaient en grande pompe une statue d’Hercule, aïeul de Candaule, de grandeur colossale, faite d'ivoire et d’or, avec la massue, la peau du lion de Némée, les trois pommes du jardin des Hespérides, et tous les attributs consacrés.
Les statues de la Vénus céleste et de la Vénus Génitrix, taillées par les meilleurs élèves de l’école de Sicyone dans ce marbre de Paros dont l’étincelante transparence semble faite tout exprès pour représenter la chair toujours jeune des immortelles, suivaient l'effigie d’Hercule dont les contours épais et les formes renflées faisaient
encore ressortir l'harmonie et l'élégance de leurs proportions.
Un tableau de Bularque, payé au poids de l’or par Candaule, peint sur le bois du larix femelle, et représentant la défaite des Magnètes, excitait l'admiration générale pour la perfection du dessin, la vérité des attitudes et l'harmonie des couleurs, quoique l'artiste n’y eût employé que les quatre teintes primitives : le blanc, l’ocre attique, la sinopis pontique et l’atrament. — Le jeune roi aimait la peinture et la sculpture plus peut-être qu’il ne convient à un monarque, et il lui était arrivé souvent d’acheter un tableau au prix du revenu annuel d’une ville.
Des chameaux et des dromadaires splendidement caparaçonnés, le col chargé de musiciens jouant des cymbales et du tympanon, portaient les pieux dorés, les cordes et les étoffes de la tente destinée à la jeune reine pour des voyages et des parties de chasse.
Ces magnificences, en toute autre occasion, auraient ravi le peuple de Sardes; mais sa curiosité avait un autre but, et ce ne fut pas sans quelque impatience qu’il vit défiler cette portion du cortège. — Les jeunes filles et les beaux garçons, agitant des torches enflammées, et semant à pleines mains la fleur du crocus, n’obtinrent même pas son attention. L'idée de voir Nyssia préoccupait toutes les têtes.
Enfin Candaule apparut monté sur un char
attelé de quatre chevaux aussi beaux, aussi fougueux que ceux du Soleil, inondant de mousse blanche leur frein d’or, secouant leur crinière tressée de pourpre et contenus à grand’peine par le cocher, debout à côté du prince et renversé en arrière pour avoir plus de force.
Candaule était un jeune homme plein de vigueur, justifiant bien son origine herculéenne : sa tête se joignait à ses épaules par un cou de taureau presque sans inflexion; ses cheveux, noirs et lustrés, se tordaient en petites boucles rebelles et couvraient par places la bandelette du diadème ; ses oreilles, petitesetdroites, étaient vivement colorées; mais son front s’étendait large et plein, quoique un peu bas, comme tous les fronts antiques; son œil plein de douceur et de mélancolie, ses joues ovales, son menton aux courbes douces et ménagées, sa bouche aux lèvres légèrement entr'ouvertes, son bras d’athlète terminé par une main de femme, indiquaient plutôt une nature de poète que de guerrier. En effet, quoiqu'il fût brave, adroit à tous les exercices du corps, domptant un cheval aussi bien qu’un Lapithe, coupant à la nage le courant des fleuves qui descendent des montagnes grossis par les fontes de neige, en état de tendre Parc d’Odyssée et de porter le bouclier d'Achille, il ne paraissait pas avoir l’esprit préoccupé de conquêtes, et la guerre, si entraînante pour les jeunes rois,-n'avait pour lui qu’un attrait mé-