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diocre; il se contentait de repousser les attaques des voisins ambitieux sans chercher à étendre ses États. — Il préférait bâtir des palais pour lesquels ses conseils ne manquaient pas aux architectes, faire des collections de statues et de tableaux des anciens et des nouveaux peintres; il avait des ouvrages de Téléphanes de Sicyone, de Cléanthes et d’Ardices de Corinthe, d'Hygiémon, de Dinias, de Charmade, d’Eumarus et de Cimon, les uns au simple trait, les autres coloriés où monochromes. — On disait même que Candaule, chose peu décente pour un prince, n'avait pas dédaigné de manier de ses mains royales le ciseau du sculpteur et l’éponge du peintre encaustique.
Mais pourquoi nous arrêter à Candaule? Le lecteurestsans doutecommele peuple de Sardes, et c’est Nyssia qu’il veut connaître.
La fille de Mégabaze était montée sur un éléphant à la peau rugueuse, aux immenses oreilles semblables à des drapeaux, qui s’avançait d’un pas lourd, mais rapide, comme un vaisseau parmi des vagues. Ses défenses et sa trompe étaient cerclées d’anneaux d’argent ; des colliers de perles énormes entouraient les piliers de ses jambes. Sur son dos, que recouvrait un magnifique tapis de Perse aux dessins bariolés, s'élevait une espèce d’estrade écaillée de ciselure d’or, constellée d’onyx, de sardoïnes, de chrysolithes, de lapislazuli, de girasols ; sur cette estrade était assise
la jeune reine si couverte de pierreries qu’elle éblouissait les yeux. Une mitre en forme de casque, où des perles formaient des ramages et des lettres à la mode orientale, enveloppait sa tête ; ses oreilles, percées aux lobes et sur l’ourlet, étaient chargées d’ornements en façon de coupes, de croissants et de grelots; des colliers de boules d’or et d’argent, découpés à jour, entouraient son cou au triple rang et descendaient sur sa poitrine avec un frisson métallique; des serpents d’émeraude aux yeux de rubis et de topazes, après avoir décrit plusieurs spirales, s’agrafaient à ses bras en se mordant la queue : ces bracelets se rejoignaient par des chaînes de pierreries, et leur poids était si considérable que deux suivantes se tenaient agenouillées à côté de Nyssia et lui soutenaient les coudes. Elle était revêtue d’une robe brodée par les ouvriers de Tyr de dessins étincelants de feuillages d’or aux fruits de diamants, et par-dessus elle portait la tunique courte de Persépolis qui descend à peine au genou et dont la manche fendue est rattachée par une agrafe de saphir; sa taille était entourée, de la hanche jusqu'aux reins, par une ceinture faite d’une étoffe étroite, bigarrée de zébrures et de ramages qui formaient des symétries et des dessins, suivant qu'ils se trouvaient rapprochés par l’arrangement des plis que les filles de l’Inde savent seules disposer. Son pantalon de byssus, que les Phéniciens nomment
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syndon, se fermait au-dessus des chevilles par des cercles ornés de clochettes d’or et d’argent, et complétait cette toilette d’une richesse bizarre et tout à fait contraire au goût grec. Mais, hélas! un flammeum couleur de safran masquait impitoyablement le visage de Nyssia qui paraissait gênée, bien qu’elle eût un voile, de voir tant de regards fixés sur elle, et faisait souvent signe à un esclave placé derrière d’abaisser le parasol de plumes d’autruche pour la mieux dérober à l’empressement de la foule.
Candaule avait eu beau la supplier, il n'avait pu la déterminer à quitter son voile, même pour cette occasion solennelle. La jeune barbare avait refusé de payer à son peuple sa bienvenue de beauté. — Le désappointement fut grand; Lamia prétendit que Nyssia n’osait se découvrir de peur de montrer sa double prunelle; le jeune débauché resta convaincu que Théano de Colophon était plus belle que la reine de Sardes, et Gygès poussa un soupir, lorsqu'il vit Nyssia, après avoir fait agenouiller son éléphant, descendre sur les têtes inclinées des esclaves damascènes comme par un escalier vivant jusque sur le seuil de la demeure royale, où l’élégance de l’architecture grecque se mêlait aux fantaisies et aux énormités du goût asiatique.