DU TRAITEMENT
Le traitement d'une maladie si rare et si peu observée ne doit pas être fort avancé ; mais heureuseuient, lors même que la maladie existe, elle est souvent si courte qu'elle n'a pas besoin de traitement. Il paraît que les secours que l'on donna à la dame de Vesoul lui furent peu utiles, et qu'elle se guérit sans rien faire. Je présenterai ce que l'on a dit de mieux, et j'y joindrai quelques réflexions, dont les médecins qui auront occasion de voir cette maladie pourront apprécier la justesse ou l'inutilité. — Pison prescrit une cure très-longue et méthodique, adaptée à ses idées sur les causes. Il veut un air chaud et humide, des aliments légers, une boisson légèrement incisive, comme l'hydromel; la saignée si la malade est robuste , des frictions, des ventouses, des lavements, des onctions huileuses ou aromatiques, suivant les circonstances; des purgatifs s'ils sont nécessaires , mais seulement après avoir bien préparé le corps, et ce précepte sage prouve qu'on n'avait pas encore oublié alors l'importance de la coction. Sennert, pour résoudre les esprits coagulés et dissiper le suc méinncolique , ordonne les boissons céphaliques, la saignée si elle est indiquée, les lavements, les évacuants, les fomentations aromatiques; mais il veut que les remèdes aient de la force, et qu'on n'en emploie point de fjibles. — M. Boerhaave veut que la cure varie suivant les diflférentes causes : en réveillant partout les stimulants, tels que la lumière, le bruit, les s ils volatils, la douleur, les frictions; en procurant des hémorrhagies du nez, les règles, les hé-
morrlioïdes ; en animant par les sternutatoires, les émétiques, les vésicatoires , les cautères, les sétons ; en délayant par un régime humectant. — La méthode de M. Hoffmann est très-détaillée et bien raisonnée. Cette maladie offre deux indications, dit -il : dissiper ce spasme des fibrilles nerveuses, qu'il regarde comme la cause prochaine du mal; détruire les causes éloignées.
La première indication se remplit par les secours que l'on donne dans le temps de l'accès ; et ces secours sont , ou une saignée, ou l'hémorrhagie des narines, si si !e sang paraît se porter beaucoup à la tête ; des lavements, si on peut les appliquer ; des frictions sur la nuque avec des huiles anii-spasmodiqaes ; des esprits volatils, surtout acides, car il avertit que les volatils alcalins trop pénétrants pourraient être dangereux. — La seconde partie du traitement se remplit en guérissant la mélancolie, si elle est la cause du mal, en dissipant et en prévenant la pléthore , en chassant les vers. Quand les passions ou l'application en sont la cause, on doit peu attendre des remèdes; mais alors, dit M. Hoffmann, les voyages, le changement d'air, celui d'objets, peuvent être de la plus grande utilité. — Si on lit attentivement toutes les observations dans lesquelles la catalepsie paraît avoir été la maladie principale, on verra que presque toujours elle s'est manifestée, ou après l'application, ou après le chagrin , ou, sans aucune cause assignable, au milieu de la plus p.irfaite santé, comme chez la jeune Gourdin, ou dans les dérangements des règles ; presque toujours la respiration est libre, le pouls est lent, plutôt faible que fort ; le visage n'est pas trop coloré : tous ces symptômes en général n'annoncent point la pléthore , et n'indiquent pas la saignée; je ne trouve que la Goiirdin chez qui elle paraisse avoir été nécessaire; ainsi, en général, elle paraît peu convenable. Les lavements sont souvent impossibles. On ne voit pas que cette maladie soit souvent un symptôme d'hypochondrie; le traitement de l'hypochondrie n'est donc pas indiqué.
Les émétiques, les purgatifs, à moins de preuve évidente de saburre dans les premières voies, seraient plutôt nuisibles qu'utiles. Il paraît donc, en général, que l'on doit se permettre Irès-peu de remèdes dans l'accès, et je croirais, en général, que la plus grande tranquillité, des frictions douces sur les cuisses et sur les jambes, quelques lasses d'une légère in-
ET DE LEURS MALADIES
fusion de ttiélisse assez chaude , et cela est possible, puisqu'ils n'ont pas la mâchoire serrée, et qu'ils avalent, seraient les remèdes les plus convenables. Si l'accès parait avoir tenu à une cause accidentelle, qui se soit entièrement dissipée, il lî'y a plus rien à faire, si ce n'est de donner au malade les directions propres à raffermir un genre nerveux qui est sans doute trop mobile. S'il y a un vice plus marqué, si la catalepsie dépend de quelque vice inhérent à la constitution , on doit le rechercher et le traiter convenablement. Si quelqu'un est sujet à de fréquentes attaques de catalepsie , avec le pouls petit et calme, la respiration aisée, le visage naturel, il me paraît que le bain froid serait le remède indiqué. M. Marx nous a conservé le traitement de la fille de Londres que le chagrin du départ de son frère rendit cataleptique, et je crois devoir le donner ici. Après , dit-il, qu'on eut tenté plusieurs remèdes anli-hystériques , le docteur Smith la guérit en lui donnant d'abord un vomitif, avec l'ipécacuanha et le tartre émétique ; il essaya l'électricité, et, à chaque secousse électrique, le membre se mouvait, niais il n'y eut aucun effet durable ; des épispastiques , qui auraient donné à d'autres des convulsions et une inilammation , ne lui rougirent seulement pas la peau de la plante des pieds; les parties inférieures paraissaient paralytiques. Il lui fit appliquer un autre épispastique depuis la nuque jusqu'au croupion. Ce remède et le bain froid la rétablirent peu à peu parfaitement ; seulement l'épine du dos se courba un peu. La plante des pieds, que l'épispastique n'avait pas seulement rougie pendant qu'il était appliqué, fit de grandes douleurs lorsque le sentiment commença à revenir. — Quand, dans les maladies graves et longues du cerveau , il arrive des mouvements de catalepsie, ils n'exigent sûrement d'autre traitement que celui qu'indique la maladie même , et je parlerai de ce traitement dans le chapitre oii je traiterai des maladies anomales de la tête.
La catalepsie est, comme l'épilepsie , une maladie que des fourbes jouent quelquefois ; et ce que j'ai dit des moyens de reconnaître la fourberie en parlant de celte première maladie, peut aussi en partie s'appliquer ici. Une femme la jouait il y a quelques années à Londres; on s'en douta, et pour s'en assurer on lui suspendit un poids considérable au bras qu'on avait étendu ; elle le sou-
tint , ce qui dévoila la fraude , et elle l'avoua (IJ.
DE l'aNESTHÉsIE.
J'aurais peut-être dû parler del'anesthésie, ou perte du sentiment, en traitant de la perle des sens; mais comme je lui crois plus de rapport, dans ses causes et dans ses symptômes, avec la catalepsie qu'avec les maladies paralytiques, j'ai préféré d'en parler ici. Celte maladie est une cessation absolue, au moins en apparence, des sens internes et externes: elle diffère de la catalepsie par le manque d'aptitude dans les membres à retenir l'allilude qu'on leur donne ; de l'extase, parce que, quoiqu'elle puisse être l'elTet d'une violcnle affection, il paraît que l'âme en perd l'idée. Dans l'extase, le sens interne reste, mais si concentré sur un objet qu'il n'aperçoit pas les autres ; dans la véritable anesihésie, on a lieu de croire qu'il se perd. Je dis on a lieu de croire, jiarce que l'on n'a pas des observations assez nombreuses et assez détaillées pour en juger avec confiance ; d'ailleurs vraisemblablement les malades ne pourront jamais rendre un compte exact de leur état; on voit cependant que, comme la catalepsie , elle a ses degrés , et que la perte de sentiment est plus complète dans les unes que dans les autres (2). L'observation suivante, faite en 1717,
(1) Marx, De spmmis, liai., 1765, § 19.
(2) Je crois devoir remarquer ici, que M. de Sauvages place parmi les aneslliésies deux maladies qui m'ont paru mieux placées parmi les paralysies; anœsthesia ab spiiia bijida, el anœsihenia plethorica, dass. morb. 40, t. i, p. 762, et une troisième, à laquelle il donne le nom d'aneslliésie , d'après M. Juncker, mais qui, iclle que la décrit M. Juncker, n'est qu'une simple asphyxie^ ou syncope : cette syncope, si ordinaire aux enfanis qui viennent de naître, qui sont quelquefois absolument immobiles et comme morts. Juncker, tab. 157, p. 1016, l'appelle anœstliesia, seu immobditas infaiitis. La seconde de ces dénominations explique l'autre. M. de Sauvages dit que cet état diffère de l'asphyxie, parce que l'enfant conserve sa couleur, sa chaleur, et la régularité de son pouls; que le plus souvent cependant il ressemble à l'asphyxie; dans ce dernier cas, c'est doue une vraie asphyxie; et je n'ai jamais vu le premier, quoique j'aie vu naître beaucoup d'enfants. Quand il existe, s'il existe, n'esl-çe pas un simple sommeil? Je douiq
paraît une véritable anesthésie. Il s'agit d'un homme qui , au moment où il avait cru pouvoir se sauver d'une prison dans laquelle il était injustement détenu , se vit arrêté , et perdit pour jamais toute espérance de liberté. Yoici les propres mots d'un témoin oculaire et fidèle : « Depuis ce fatal moment , qui » mit le comble à ses malheurs, il ne lui }> échappa ni parole ni soupir ; il ne vou- » lut prendre aucune nourriture, et j'at- » teste , quelque incroyable que paraisse w le fait, qu'il vécut onze jours sans qu'au- » cun aliment solide ni liquide entrât » dans son corps. On l'eût pris pour une )) statue. J'eus beau examiner toutes ses » attitudes pendant tout ce temps -là, » qu'il ne sortit pas de son lit, je n'aper- » eus pas le moindre mouvement dans » ses membres, non pas même dans ses w yeux. L'empereur, en ayant été averti, » ordonna qu'on le forçât à boire et à » manger. On le menaça, on lui mit cent )) fois la baïonnette et le pistolet à la gor- » ge; on se servit d'un entonnoir pour « lui faire avaler des bouillons et autres j) liqueurs : toutcela futinutile, il rejetait }) tout ce qu'on lui donnait sans aucune » émotion, et il mourut enfin comme un « autre s'endort (1). »
Voici une autre observation qui appartient aussi à l'anesthésie, et qui, comme la première , est une suite de chagrins. Un jeune cordonnier tomba peu à peu, à la suite d'un violent chagrin, dans une si grande insensibilité , qu'il ne paraissait affecté par aucun objet. Il restait assis sur son lit comme une statue, les yeux fixés sur le plancher; on avait beau l'interroger , il ne répondait pas un mot ; c'était inutilement qu'on le menaçait, les coups de gaule, les piqûres, les brûlures, produisaient à peine une légère indication de sentiment ; il prenait cependant quelques aliments. Cet état dura deux ans, malgré la saignée, les émétiques, les vésicatoires, les sels de toute espèce, tous les stimulants possibles, les bainsfroids et la glace sur la tête, dernier remède qui paraissait cependant lui occasionner une sensation momentanée. Ce fut dans cet état que M. Muzzel , célèbre praticien à Berlin, eut l'idée heureuse de lui inoculer la gale, qui, au bout de quatre jours,
que jamais ce soit une aneslhésie : les causes qui l;i produisent ne peuvent pas exister chez les enfants.
(1) Mémoires du marquis de l'A*****, p.
lui donna une fièvre très - violente ; le neuvième, il commença à parler, et, le vingt-unième, il fut parfaitement rétabli, mais sans conserver aucune idée de tout ce qui s'était passé. — Une troisième observation est celle d'un homme extrêmement hypochondre qui , irrité et afQigé tout à la fois d'une perte considérable relativement à sa fortune, occasionnée par la mauvaise foi d'un ami qui l'avait trompé avec autant d'art que de méchanceté, tomba tout-à-coup dans un tremblement assez fort , qui dura plus de deux heures , et pendant lequel je le fis mettre au lit sans qu'il parût le sentir, sans qu'il parlât et sans qu'il regardât, avalant cependant dans ce premier moment ce que je lui donnais. Le tremblement étant passé, au lieu de la chaleur que j'attendais , le pouls se ralentit, tomba jusqu'à cinquante-quatre , avec assez de faiblesse , et le malade resta soixante et dix -sept heures sans parler , sans bouger , sans remuer , même les yeux, sans dormir , sans rien avaler et sans rien rendre. Je me contentai de fomentations presque générales avec une infusion composée d'herbes légèrement aromatiques , de dix parties d'eau et d'une de vin. Le quatrième jour il commença à s'agiter, le pouls se ranima , devint un peu fiévreux; le malade parut un peu jaune , parla , mais en rêvant, et avala tout ce qu'on lui donnait, mais il n'avait aucune idée de son état ni même le souvenir d'avoir rien eu qui lui fit de la peine : il fallut lui annoncer de nouveau l'événement qui avait causé sa maladie ; il l'apprit avec assez de tranquillité; cependant, au bout de quelques jours , il devint jaune , et fut plus de trois mois fort triste, silencieux et sédentaire.
Dans tous ces cas, on voit que les saignées, les éméliques, les forts stimulants, ne doivent être d'aucun usage. Il ne me paraît pas que les bains froids soient indiqués; ils auraient certainement nui à mon malade, et je crois que beaucoup de tranquillité, des bains tièdes, ou des fomenlations , si l'on ne peut pas employer les bains , et des lavements , d'.ibord émollients, ensuite un peu nutritifs, sont les secours les plus convenables. — L'ivresse, les naicotiques , la vapeur du charbon, peuvent produire des symptômes qui ressemblent parfaitement à ceux de l'anesthésie, mais qui demandent des trailemenlsdifférenls,ctqui n'entrent pas dans mon plan.
ET DE LEURS HALADIES