‹ Œuvres de TissotChapitre 103 sur 160 · ES · texte numérisé non relu

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eussent produit cet effet. Elle avait été saignée une fois du bras, plusieurs fois du pied et sept fois du cou ; elle avait été purgée cinq ou six fois avant ou après des bouillons apéritifs ; ensuite elle avait pris un opiat stomachique, dans lequel entraient lekina, le cinabre, la poudre de gutlelle. Quand le temps fut plus doux, elle prit une vingtaine de bains domestiques, plutôt froids que tièdes.

Enfin nous lui recommandâmes l'usage des remèdes martiaux ; et dès ce temps là jusqu'au iO de février 1745 je la perdis de vue, la croyant guérie : cependant elle ne l'est point. Elle a eu chaque hiver de nouvelles atlaques de cet accident vif, avec cette différence que la catalepsie ne les précède pas toujours et que la privation de sentiment n'est pas si parfaite; CdV un jour, dans son attaque, ayant été sur un pont, on la trouva qui parlait à son image qu'elle voyait dans l'eau; et aux fêtes de Woël, pendant son attaque, elle distinguaitconfusémeot unepersonne à ses côtés; elle s'en souvient même, et dit que le long usage du mars a produit ce changement.

Comment une suspension si parfaite de tous les sens peut-elle survenir dans l'instant et se dissiper de même? Comment la concilier avec cette liberté de l'imagination, celte vivacité des pensées et celte promptitude à faire tous les mouvements volontaires? Il faut que l'étut des cataleptiques diffère intérieurement bien peu de celui des somnambules. Les bains froids que les auteurs proposent comme un gi andsecours dans ce mal, ne faisaient rien dans ce cas, et n'opéraient pas plus sur le somnambule dont parle Adrianus Alémanus, qui traversait la Seine à la nage durant son attaque. — Au reste, celle fil le s'est aujourd'hui aguerrie contre ce mal, et ne se fait pas une peine d'en parler; jamais elle n'en a été alarmée comme d'un mal dangereux, elle en était seulement honteuse. Elle n'est plus si pâle qu'elle était; elle sent la même chaleur et la même pesanteur de tète au commencement des accès, et vers la fin une cardialgie qui la réveille.

Cet exemple n'est pas le seul que j'aie eu de la complication de ces maladies dans le même sujet, mais avec des circonstances différentes. J'ai vu à l'hôpital d'Alais, en 1724, un vieillard qui avait un jour la catalepsie, le second jour un accès de démence, le troisième jour un accès de fièvre-quarte, le quatrième jour la catalepsie, et ainsi dç suite; mais les

accidents cataleptiques n'étaient pas si marqués que dans la fille qui a fait le sujet de ce mémoire.

§ 8. Ces observations sufiisent pour donner une idée nette de celte maladie sous ses différentes formes, et je n'en connais point qui pussent rendre cette histoire plus complète ; j'ajouterai seulement ici deux remarques essentielles.

1° M. Boerhaave dit que la catalepsie arrive quelquefois dans les violentes fièvies, mais qu'elle est très-passagère (1); j'ai vu en effet quatre fois dans ces fièvres une espèce d'occupation absolue.

Le malade paraît ne pas voir quoiqu'il ait les yeux ouverts, n'entendre ni ne sentir ; si on lui met de l'eau dans la bouche, elle y reste; ses membres sont souples, on les manie comme on veut, mais ils ne restent oii on les met que quand ils y sont bien reposés ; ils ne gardent point l'attitude qu'on leur donne contre les lois de la pesanteur ; et j'avoue que je n'envisage pas cet état comme cataleptique, mais comme une espèce d'état soporeux. Je l'ai vu deux fois avant des liémorrhagies, une autre fois avant un vomissement très-ahondant ; la quatrième fois il ne fut suivi d'aucune évacuation, mais il n'en fut pas plus fâcheux. Est-ce cet état qu'Hippocrate a désigné par le nom de caloche, dans les fièvres aiguës, et qu'il a regardé comme un mal (2)?

Cela est Irès-vraisemblahle ; et M. Yan Swieten, qui l'a observé, a trouvé que ce symptôme était aussi d'un mauvais pré-?

sage, et sans doute si la crise qu'il précède ordinairement n'arrivait pas, l'événement pourrait être fâcheux. Mais il ne paraît pas non plus l'envisager comme une catalepsie, puisque les membres nerestaienl point dans l'altitude qu'on leui; donnait ; et il faut se souvenir que quel-! quefois, surtout chez les enfants, cet accident dépend des vers, et cesse dèS' qu'on en a rendu (3). Schenck a plusieurs observations de catalepsies, qui ne sont

(1) Praxis medica, ad aph. 1040.

(2) Lnssati, shigidluosi et correpti catoche, maliim. Coac, n° 45.

(3) Beiiediclus, De curât, morb., lib. i, cap. XXVI, rapporte l'exemple d'une jeune fille de liuit ans qui, dans une fièvre ardente, fut sept jours dans cet état, et à qui on mit un suppositoire d© miel, qui lui fil rendre quarante-deux vers sans aucune matièrè, et elle revint d'abord à elle. Bonnet, Uerwr, çompilat.f p. 102.

ET DE LECl

que des catalepsies de celte espèce , ou plutôt qui ne sont pas des catalep-ics. Il a vu cet état revenir avec les accès de fièvre intermittente ; et M. Lazeriic cite aussi l'exemple d'unefemme qui, dans uue fièvre continue avec redoublements, eut dans quatre redoublements une véritable attaque de catalepsie, qui commençait et finissait avec le redoublement. Le visage était bien coloré, la respiration naturelle, le pouls fréquent, grand, égal, et la faiblesse des extrémités intérieures extrême (1). Ballonius cite deux observations de malades qui moururent cataleptiques, l'un après plusieurs mois d'une fièvre double tierce, l'autre après plusieurs mois aussi d'une fièvre tierce qui l'avait jeté dans le marasme (2). Mais en lisant tout ce que l'auteur dit sur cette maladie, on peut juger avec certitude : 1° qu'il ne s'agit point d'une vraie catalepsie, mais de cette espèce de stupeur qui termine souvent les long;ues fièvres ; 2» qu'il n'est pas rare de trouver quelques symptômes cataleptiques très-passagers dans ces longues maladies du cerveau compliquées d'accidents apoplectiques, convulsifs , spasmodiques , paralytiques , dans lesquelles il parait que le cerveau passe successivement par tous les dérangements qu'il peut éprouver; mais ce ne sont point de vraies catalepsies, quoiqu'on en trouve plusieurs sous ce nom-là, comme je l'ai dit, même chez d'excellents observateurs, tels que Heers, Wepfer, Hoffman. J'ai rapporté, en parlant des effets du chagrin , l'histoire singulière d'un homme qui eut, pendant deux mois, les bras cataleptiques, mais le reste du corps ne l'était pas. M. Marx a vu, à la Haye, un domestique qui, ayant vu tout-à-coup la maison de son maître enflammée, eu fut si effrayé qu'il tomba dans une catalepsie qui dura long-temps, ensuite il devint stupide et finit par être maniaque. Il vit aussi à Londres une fille que le départ d'un frère chéri pour un très-long voyage, jeta dans la tristesse, dans les vapeurs, enfin dans une vraie catalepsie, puisque tous ses membres restaient parfaitement dans l'état dans lequel on les mettait (3). Uue observation d'une maladie qui n'était point une catalepsie, mais qui avait des symptômes de catalepsie dans chaqueac-

(1) De morbis capitis, cap. xv.

(2j Consiliamedic, lib. ir, hist. i, tom.

(3) Marx, De spcismis, § 61.

CCS , et qui doit être rapportée ici, c'est celle dont parle M. de Sauvnges (1;. Une femme de vingt -quatre ans ayaiil été insultée par un paysan, éprouva depuis ce moment-là des attaques d'une espèce singulière de calalepsie, qui revenaient périodiquement, que la plus petite cause rapelait et qui duraient une demi-heure ou une heure ; elle perdait tout-à-coup le. sentiment, ne voyant, ne sentant, n'entendant quoi que ce soit, et conservant ses doigts, ses mains, tous ses membres dans l'attitude qu'on leur donnait, et exprimant par ses murmures, ses discours, ses gestes même, l'idée qu'elle avait dans l'esprit, et qui paraissait toujours être celle de son ennemi. Ou avait employé inutilement beaucoup de secours à Rivesalte ; transportée à Montpellier, elle se trouva d'abord mieux pur le seul éloignement de l'objet de sa douleur, et elle se remit sans autre secours, à ce qu'il parait, que la distraction.

En résumant toutes ces observations, on voit que l'on a eu raison de diviser la calalepsie en parfaite, en imparfaite, en composée (2) ; la parfaite est celle dans la(iuelle il y a perte entière des sens : on en a vu quelques exemples; l'imparfaile celle dans laquelle on les conserve jusqu'à un certain point, telle est celle du condisciple de Galien ; la composée est celle à laquelle il se joint des accidents qui lui sont tout-à-fait étrangers, telles que celle de la jeune Renauld et celle que décrit M. de Sauvages dans les mémoires de l'Académie de 1742. On pourrait même distinguer de celle-ci l'accessoire , sous laquelle on comprendiait toutes ces observations qui présentent des symptômes cataleptiques dans une maladie qui n'est pas une catalepsie.

§ 9. Après avoir déciit la maladie, il reste à chercher quelles en sont les causes éloignées? quelle eu est la cause prochaine? quel en est le pronostic? quel est le traitement qu'elle exige ? — On a déjà vu que le chagrin en est la cause la plus générale ; elle peut aussi être produite par de fortes méditations , surtout si elles ont pour objets des sujets religieux , qui intéressent le sentiment autant qu'ils fixent l'altention , et qu'ils occupent l'imagination; le cerveau alors

(1) Nosolog. inethod., in-4", lom. ir, p. 207.

(2) Preisinger, De morbis capitis, c. n, art. 7; p. 47.

et piis par toutes ses avenues , si l'on peut se servir de celte expression. Une troisième cnuse, c'est la ])lclho;e des vaisseaux du cerveau. Aétius a déjà vu une crtlale|)sie Irès- longue se terminer par une liéniorrliagie des narines : l'ivresse qui donne une pléthore passagère, peut y conduire; et Platerus dit l'avoir vu. Les fièvres d'accès, mal traitées, sont une cinquième cause observée par Dodonée; les vers l'ont aussi produite plusieurs fois ; j'en ai rapporté un exemple dans une des notes précédentes; et M.

Van SAvieten vit une femme qui, étant auprès du feu, occupée à faire frire des châtaignes, fut tout-à-coup saisie d'une vraie catalepsie ; logé très-près , il y fut sur-le-champ ; elle vomit en sa présence deux vers vivants, et continua fout de suite sa frilui'e, sans se souvenir qu'elle avait été interrompue (I). Est-ce aux vers qu'il faut ra[)porler, comme le demande l'observateur lui-même, M. de Sauvages, la catalepsie d'une jeune fille de huit ans, qu'il vit à l'hôpital général. Elle en cul plusieurs accès, et entre autres, un de douze heures, pendant lequel les bras et les jambes gardaient exactement l'attitude qu'on leur donnait ; mais il y avait spasme dans la mâchoire inférieure et clôture convulsive des paupières Ce qui lit sans doute penser à M. de Sauvages que les vers en pouvaient être la cause, c'est qu'elle se plaignait de douleurs vagues dans le bas-ventre , et d'un sentiment d'un corps qui montait du I)as-ventre à la gorg^e, et qu'elle fut guérie uniquement par la panacée mercurielle (2). La Meltrie l'a vue succéder à l'hystérie. Mais le froid et l'humidité peuvent ils être places parmi ces causes? .fe ne le crois pas ; et Scnnert a déjà fort bien remarqué que l'on a mal à propos regardé comme calalepli(|ues ceux qui sont enruidis par un froid extrême (3j : l'humidilé n'opère pas non plus des accidents semblables; un sol humide, une saison rigoureuse, îles aliments peu sasalubrcs peuvent bien nuire aux nerfs , tes disposer à des maladies, mais il faut des causes plus actives pour produire un mal de cette espèce. Home compte

(1) § lO'iO, I. 111, p. 516.

(2) Classes morborum, t. l, p. 820.

(3) « Plane alleriiis generis est Iiœc

• congclaiio, quaî fit a l'rigore liiberno,

• qua-Jî de quu laie est sermo, » p. 721.

aussi la vapeur du charbon et un rpanchement dans le cerveau : et Platerus avait en effet déjà observé quelques symptômes cataleptiques sur un homme qui .avait beaucoup bu et qui avait été exposé à la vapeur du charbon. M. Boerhaavea réduit ces causes aux suivantes, qui rentrent dans celles que je viens d'indiquer: une longue fièvre intermittente, surtout quarte ; une disposition mélancolique ; les règles ou les hémorrhoïdes arrêtées ; une violente frayeur; une méditation profonde et suivie sur un même objet ; une fièvre violente chez un homme sanguin. Son commentateur prouve que chacune de ces causes peut opérer ces effets, et les observations précédentes en font foi. C'étaient les règles retardées qui occasionnèrent la singulière maladie décrite par La Mettrie ; et les règles de la malade de M. Reynell étaient aussi dérangées. — Il est constant que les femmes sont beaucoup plus sujettes à cette maladie que les hommes, et quelques médecins étaient même allés jusqu'à croire qu'elle n'attaquait jamais les hommes, mais ils se trompaient. — On a dit qu'elle attaquait principalement en hiver , niais c'est une de ces assertions fondées sur l'opinion que le froid la produit, et non pas sur les faits.

§ 10. La durée des accès varie considérablement; M. Van SAvieten en a vu de trois ou quatre minutes et de dix huit heures ; mais il remarque avec raison que l'accès de trois jours , dont parle Aétius, ne paraît pas avoir été un véritable accès cataleptique. La première attaque de la dame de Vesoul, qui est la cataleptique par excellence, paraît avoir duré quatre ou cinq heures; celle dont parle Lambert, l'était tout le vendredi et tout le samedi sans interruption ; cependant il paraît qu'en général les accès sont plutôt de quelques minutes que de quelques heures. M. Gounin cite un exemple d'accès de catalepsie les plus courts possibles. M. C***, d'un tempérament bilieux , mélancolique , ayant les cartes à la main pour jouer, ou le fusil prêta tirer à la chasse, est souvent resté immobile dans la même posture où l'accident de la catalepsie le surprenait; il avait les yeux ouverts, et ne voyait rien, il ne sentait rien : et quand l'accidtnt finissait, dans l'espace de quelques Paicr , plus ou moins, il ne lui restait aucun souvenir de ce qui s'était passé pendant l'attaque, ni même en quoi était la triomphe des cartes , ou sur quel gibier

ET DE LEQRS MALADIES

il avait voulu décharger son fusil (1). On trouve un autre exemple d'une maladie fort annlrguc dans h s Actes des Curieux de la Nature (2). Une paysanne, âgée d'environ quinze ans , est tourmentée depuis plus de cin(| ans par des accès de catalepsie, qui sont à la vérité de peu de durée, mais qui reviennent plusieurs fois par jour, sans qu'il précède aucun sentiment de froid : elle s'arrête lout-à-coup en marchant comme une statue, tous ses sens, tant intérieurs qu'extérieurs, étant comme assoupis ; elle ne voitpoint, quoiqu'elle ait les yeux ouverts; elle n'entend point lorsqu'on l'appelle ; elle reste immobile dans sa place , et ne tombe point , quoique chargée de pesants fardeaux ; elle ne pense pas même à s'en délivrer. Quelquefois , lorsqu'elle doit s'approcher de la Sainte-Table, elle s'arrête tout-à-coup, de manière que le prêtre est obligé de rester à l'autel, et d'attendre ; mais, revenant aussitôt comme d'un profond sommeil , elle se trouve quelques moments après dans son premier état de santé , sans se ressouvenir de ce qui s'est passé : dans les intervalles des accès , elle fait assez bien toutes SCS fonctions. Il n'y a qu'une ressource pour sa guérison , ce serait l'écoulement des mois qui n'ont point encore paru (3).

§ 1 1. N. Pison a dit que la catalepsie était une maladie très-dangereuse; Seunert l'assure aussi, et il ajoute que si les malades ne sont pas secourus d'abord, ils

(1) « Cette attaque passagère de cata- » lepsie qui n'est suivie d'aucune rêverie, » ne nie paraît produite, ajoute l'auteur, » que par un léger embourbement du » sang autour de quelques fibres de l'em- » porium, qui produit, de la manière que

> je l'ai déjà expliqué, des accidents ca-

> talepliques; mais cet accident ne dure » guère dans ce malade, parce que l'ô- » lasticité considérable des vaisseaux, et » la force du torrent du sang qui presse • p;ir derrière, débouche bientôt l'ob- » slruclion des vaisseaux , et redonne la » première liberté de circulation au sang » et aux esprits. » Bibliothèque de médecine, par M. Planque, tom. m, p. 288.

Journal de Trévoux, 1714, p. IGCO.

(2) Dec.ii, ann. l,obs. 1, parM. Jean- Miclicl Fchr.

(3) Peut-être que cette observation et la précédente sont plutôt des anestliésies que des catalepsies : j'ai suivi le nom que les médecins, qui les ont observées, leur donnent.

meurent enJormis, comme s'ils étaient tués par le froid d'hiver. M. Hoffmann dit que celle qui vient des passions ou des fortes contentions d'esprit n'est pas extrêmement lâcheuse; mais que celle qui vient d'un sang épais, visqueux, impur, et des excrétions sanguines dérangées , est très-fâcheuse: M. Yogel adopte aussi un pronostic assez funeste, et dit qu'elle se guérit très - difficilement , à moins qu'elle ne dépende des vers et des cmbarr;is dans l'estomac. M. Boerhaave établit qu'elle se termine le plus souvent par la mort, et que quelquefois elle dégénère en épilepsie, en convulsions, en folie , en atrophie. Ces pronostics effrayants sont-ils réels, ou doit-on envisager celte maladie sous un coup-d'œil moins funeste? — C'est d'après les observations des maladies que l'on doit former les pronostics, et presque toutes celles que j'ai rapportées ne donnent point cette idée de la catalepsie. Le cataleptique de Tulp revint , quand on lui cria qu'il épouserait la femme qu'il aimait ; la dame de Vesoul se remit parfaitement; la servante anglaise, observée par Reynell , se remit également. La Gourdin , la Renault , après avoir été très - mal , se sont guéries; toutes les malades de M.

Van Swieten paraissent aussi s'êlre rétablies : ainsi cet habile médecin a eu raison, dans son Commentaire, de ne point adopter le pronostic de M. Boerhaave ; et il déclare qu'il a appris par ses propres observations, et par celles des autres, que souvent on guérissait de cette maladie, et qu'ensuite on pouvait jouir d'une santé parfaite, et que, chez un petit nombre seulement, elle a dégénéré en épilepsie, ou en convulsions. La femme attaquée en faisant une friture fut guérie sur-le-champ et tout à-fait, parce que la cause était sans doute absolument détruite; les autres ont été malades plus long temps. On peut cependant sans doute mourir de la catalepsie. Hollier et Jacot l'attestent, et les malades dont j'ai donné l'histoire d'après Didier, moururent ; mais on voit qu'ils étaient malades indépendamment de la cat.depsie; et il faut aussi remarquer que si l'assertion d Hollier est positive (1), le cas que Ja-

(1) « Vidi pauperem senem, exsuccum » et extcnuatum ; hoc malo raptum, qui » niensœ accumbebat apertis oculis, » crecto ac firmo corpore, manu dapibus » adniota, ut viverc et prandere morluus • vidcrelur. i

cot cite est très-équivoque. En le lisant, on voit qu'il s'agit de quelqu'un qui mourut à table ; mais n'est-ce [las tout ce qu'on en peut conclure, et ne peut-il pas êti'e mort apoplectique tout comme cataleptique, puisque pendant qu'il avait les yeux ouverts, qu'il était ferme, qu'il avalait, qu'il portait la main au plat, il n'était sûrement pas mort, car un mort de catalepsie tombe sans doute sur-lecUamp comme un autre : ou, après avoir été quelque temps cataleptique, mourutil apoplectique ? C'tist ce qui nous reste douleux.

Quant à la dcgéncration en d'aulres maladies, on a vu, dans quelques observations, ce passage prompt de l'hystérie à la catalepsie, au délire, au somnambulisme , aux convulsions, et réciproquement : mais ce n'est pas proprement le changement stable d'une maladie en une auîre; et quoique N. Pison dise qu'elle se termine en mélancolie, et Marcel Donat, en épilepsie, je rappellerai ici ce que j'ai dit plus haut, ce sont des décisions plutôt que des faits. M. Boerliaave dit bien, il est vrai, que le cataleptique qu'il observa sur le seuil de la porte , mourut airophique (1); mais il était extrêmement hypochondre, et, dans cet état, on n'a pas besoin d'être cataleptique pour tomber dans le mnrasme ; la cataleptique de Dodonée , qui périt ensuite comateuse , prouve seulement que les effets d'une cause négligée deviennent plus fâcheux.

■ — J'ai déjà dit ce que je pensais de la catalepsie dans les maladies aiguës; et l'on peut , je crois , conclure que si la vraie catalepsie est très-rare, elle est aussi très - peu dangereuse ; qu'elle n'existe pas réellement dans les maladies aiguës, et qu'elle ne dégénère ordinairement point en d'autres maladies; que cependant cela est possible , comme il l'est qu'elle devienne mortelle, mais il n'y a pas encore des observations bien caractérisées qui le démontrent.

§ 12. Quand la pléthore ou le vin ont produit la catalepsie , sans doute les vaisseaux du cerveau étaient trop pleins, et on les aurait trouves tels, si le malade fût mort dans l'accès; Hollier dit que dans les cadavres de ceux qui étaient morts de c italepsie, il trouva les vaisseaux pleins d'un sang épais et brûlé, tt un épanchcment de matière séreuse; on a adopté cft engorgement par un sang visqueux et dense ; mais si l'on n'a iioint

(1) Prax, med., t. iv, p. 325.

d'exemple de mort occasionnée par la simple catalepsie, comment statuer sur l'état du cerveau de ceux qu'elle a tués ? et n'cst-il pas bien évident, comme je l'ai déjà dit plusieurs fois, que quelques ressemblances avec les symptômes de la catalepsie ont fait donner ce nom à une maladie qui en était absolument différente , et que l'on a pris pour cause de la catalepsie les vices que l'on a trouvés dans le cerveau des gens qui n'en avaient pas été attaqués. L'observation d'un marchand de Liège, placé par Yan Heers parmi les cataleptiques, mais qui ne le fut jamais, et dans le cerveau duquel on trouva beaucoup de dérangements, prouve démonstralivemeul ce que je viens de dire ; ainsi on ne peut point établir quel est l'état apparent du cerveau dans la catalepsie. D'ailleurs, dans les catalepsies sympathiques, telles que celle produite par les vers, celle qui arrive à propos d'une frayeur ou d'un chagrin au milieu d'une parfaite santé, on sent bien que l'on ne peut pas recourir à de telles causes; cependant il e^t bien certain que, soit que cet état dépende des dérangements palpables dans le cerveau, ou de l'aclion sympathique de quelque organe éloigné, ou de l'effet immédiat de quelque passion, il est bien certain , dis-je , que pour opérer les singuliers phénomènes de la catalepsie , le sensorinm doit être dans un état maladif , différent de ce qu'il est dans les autres maladies du cerveau ; et c'est cet état , cette cause prochaine de la catalepsie , dont il est difficile de se faire une idée (Ij.

(1) Les anciens, je donne ce nom tous les médecins antérieurs à la doctrine, d'Ilervey, l'expliquaient, les uns par une intempérie froide cl stîclie , par un suc mélancolique; d'aulres, trouvant que l'intempérie était insuffisante, y joignaient une humeur qui s'épanchait toutà coup dans les artères et les veines du cerveau, comme on le voit dans Pison.

Sennert pensait avec Scaliger, que c'était une congélation des esprits animaux, qui ne manquaient ni dans le cerveau, ni dans les organes des sens, mais qui y étaient rendus immobiles, et comme ligôs, par une vapeur congelante, qui parait s'élever du suc mélancolique, p. 718. Sylvius voyait dans le cerveau la même coagulation que quand il mêlait dans son laboratoire de l'esprit volatil d'urine avec de l'espril-de-vin très-purifié ; les esprits animaux devenaient alors pour lui VOJJ'a Helmonlii.

ET DE LEDBS MALADIES

M. Hoffmann acru que les nerfs étaient dans un état de spasme à leur origine, et que cet état enipêcliait le cours des esprits animaux ; mais il faut faire attention que ce cours n'est intercepté que dans les nerfs sentants. M. Boerhaave dit que la cause prochaine est l'immobilité du sensoriura qui reste dans l'état dans lequel il se trouvait au premier moment de l'attaque , qu'il y a donc un repos absolu du sang, des glandes et des émissaires du cerveau; mais M. Van Swieten remarque fort bien qu'il n'y a point de cessation dans le mouvement du sang , et que ce repos ne peut avoir lieu que dans les esprits animaux ; il ajoute que ces esprits ne manquent pas, et il le prouve par trois raisons : la première, c'est qu'au moment oii l'accès finit, le malade est aussi fort qu'auparavant; la seconde, c'est que les muscles restent dans l'état oii l'accès les trouve; et la troisième enfin, c'est que les membres ganlentles attitudes qu'on leur donne, et dans lesquelles l'action musculaire seule peut les conserver. Il ajoute ensuite , et celte observation est importante, qu'en fléchissant le bras d'un catalcpli(jue, on voit le deltoïde se fjonfler comme dans la flexion volontaire (1).

Toutes ces remar(]ues, surtout les deux dernières, sont heureuses et utiles, mais elles sont encore bien éloignées de former une explication, et, sans espérer que l'on y parvienne jamais, je crois que l'on peut en approcher davantage, ou plutôt on peut assigner un peu plus distinctement ce qui se passe dans le cerveau pendant l'accès d'une catalepsie parfaite.

Les impressions des objets ne parviennent point au sensorium; on n'en aperçoit aucune, voilà le premier fait de la catalepsie. — L'âme n'exerce aucun empire sur le corps, voilà le second fait. Mais ce manque d'action sur le sensorium vientil uniquement de ce que l'àme, n'apercevant plus rien par le corps, n'est plus déterminée à lui rien ordonner, ou de ce que réellement le sensorium se refuse à ses volontés? L'une et l'autre de ces causes ont lieu sans doute. La première se présume avec la plos grande vraisemblance , et la seconde paraît démontrée par quelques observations, et surtout par celle du condisciple de Galien, qui, quoiqu'il eîit quelque perception, ne pouvait cependant opérer aucun mouvement.

— Le troisième fait, e'est^que le mouvement imprimé aux muscles y détermine un afflux suffisant d'esprits animaux pour les entretenir dans la situation dans laquelle on les met.

De tout cela il résulte que le sensorium n'est plus sensible aux impressions des sens, ni de la volonté; et cet état est commun à la catalepsie avec toutes les maladies soporeuses et avec l'épilepsie : ce qui la dislingue, c'est donc cet afflux déterminé dans les muscles par le mouvement que des causes externes leur impriment, et ce caractère lui est particulier. Mais un afflux indépendant de toute sensation et de toute volonté se remarque aussi dans l'épilepsie , qui est une maladie si fréquente : il est donc moins extraordinaire qu'il ne le paraît d'abord, et si l'on se rappelle ce que j'ai établi ailleurs sur le mouvement des esprits animaux dans les sensations et dans le mouvement musculaire, on comprendra que celui-ci peut rester possible, quoique l'autre cesse de l'être. On le remarque dans les cas oh le sentiment se perd, et oii le mouvement musculaire subsiste :

l'étonnant se borne donc ici à ce que cet afflux est déterminé par le seul mouvement imprimé mécaniquement aux muscles. Il serait ridicule de croire pouvoir expliquer ce fait; cependant serait -il permis de conjecturer que si dans l'épilepsie le sensorium est dans un étal de convulsion qui détermine violemment les esprits animaux dans les muscles et y produit des mouvements involontaires, dans la catalepsie il se trouve dans un élat de tension insuffisant pour déterminer spontanément le cours des esprits animaux, mais tout prêt à le déterminer et à le maintenir partout oîi la résistance dans les extrémités nerveuses sera diminuée , ou partout oii se passera quelque changement qui puisse servir de stimulus ; et le mouvement imprimé au muscle ne peut-il pas opérer cet effet ? Personne ne doute, je pense, que quand le cœur est mis en mauvement par le sang, ce mouvement n'y détermine un afflux d'esprils animaux ; le mouvement que la, main des spectateurs imprime aux muscles du cataleptique ne peut-il pas opérer le même effet? Je suis bien éloigné d'affirmer que ce soit là le vrai mécanisme de la catalepsie ; mais je n'y vois rien d'impossible, et il me paraît qu'il suffit pour expliquer tous les phénomènes :

ainsi je hasarderai de dire que la catalepsie €st cet état de teusioa du sensoriuia

qui le met hors d'état d'être sensible aux impressions des objets externes et à celles de l'âme, mais qui fuit que les esprits animaux , pressés à leur origine , se portent d'un cours continué, et avec une force suffisante dans tous les endroits dans lesquels il survient une irritation quelconque, ou un manque d'équilibre. Ce phénomène, dû au mouvement des esprits animaux, aurait dû suffire pour empêcher de les croire épaissis et comme congelés. ■ — Dans le cataleptique somnambule de M. de Sauvages, l'état du sensorium changeait très - promptcment ; il paraît qu'il était d'abord catHleptique' couiplet , mais bientôt il n'y avait que l'action sentante qui fût éteinte, l'action déterminante se ranimait avec la plus grande force.

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