ARTICLE PREMIER. — LES SYMPTOMES
SECTiOiS — Tableau tiré des ouvrages des médecins.
Hippocrate, le plus ancien et le plus exact des observateurs , a déjà décrit les maux produits par l'abus des plaisirs de l'amour, sous le nom de comomptinn dorsale{\). « Cetle maladie naît , dit il, de la » moelle de l'épine du dos. Elle attaque » les jeunes mariés ouïes libidineux. Ils «n'ont pas de lièvre; et, quoiqu'ils » mangent bien, ils maigrissent et se con- » sunient. Us croient sentir des fourmis » descendre de la tête le lonîjde l'épine. » Toutes les fois qu'ils vont à la selle , ou V qu'ils urinent, ils perdent abondamment » une liqueur séminale très-liquide ; ils u sont inh:ibiles à la génération, et ils » sont souvent occupés de l'acte vénérien )) dans leurs songes. Les promenades, sur- » tout dans les routes pénibles, les es- » souftTent, Us afl'aiblisscnt , leur procu- )) rent des pesanteurs de lêle et des bruits j< d'oreille ; enfin une fièvre aiguë {libi-
» rla) termine leurs jours. » Je parlerai dans un autre endroit de cette espèce de fièvre. Quelques médecins ont attribué à la même cause et ont appelé secondeconsomption dorsaied' Hjppocrate, une maladie qu'il décrit ailleurs (l), et qui a quelque rapport avec celte première. Mais la conservation des forces, qu'il spécifie particulièrement, me paraît une preuve convainc.inte que cette maladie ne dépend point de la même canse que la première. Elle paraît être plutôt une fièvre rhumatismale.
« Ces plaisirs, dit Celse, dans son ex- )) ccllent livre sur la conservation de la » santé, nuisent toujours aux personnes » faibles, et leur fréquent usage affaiblit » les forces (2). » L'on ne peut rien voir déplus effrayant que le tableau qu'Aretée nous a laissé des maux produits par une trop grande évacuation de semence. « Les » jeunes gens, dit-il, prennent et l'air et » les infirmités des vieillards ; ils devien- » nent pâles, efféminés, engourdis, pa- M resseux, lâches, stupides, et même im- )j bécilles ; leurs corps se courbent, leurs
(1) De morbis, lib. ii, c. xlix, Foôs,
(1) De'glandulis, Foès, p. 273.
(2) De re mediça, 1. 1, cap. ix, c. i«
l'onanxsme.
j) jambes ne peuvent plus les porter; ils 3) ont un dégoût général ; ils sont inha- » biles à tout ; plusieurs tombent dans la » paralysie (1) ». Dans un autre endroit, il met les plaisirs de l'amour dans le nombre des six causes qui produisent la paralysie (2).
Galien a vu la même cause occasionner des maladies du cerveau et des ncrt's , et détruire les forces (3), et il rapporte ailleurs qu'un homme, qui n'était pas toutà-fait guéri d'une violente maladie, mourut la même nuit qu'il paya le tribut conjugal à sa femme. — Pline, le naturaliste, nous apprend que Cornélius-Gallus , ancien préleur, et Titus Etlierius , chevalier romain, moururent dans l'acle même du coït (4). — « L'estomac se dérange , » dit Aétius , tout le corps s'affaiblit, l'on •» tombe dans la pâleur, la maigreur, le » dessèchement, les yeux se cavent(5) ». — Ces témoignages des anciens les plus respectables sont confirmés par ceux d'une foule de modernes. Sanctorius , qui a examiné avec le plus grand soin toutes les causes qui agissent sur nos corps, a observé que celui-ci affuiblissiit l'estomac, ruinait les digestions, empêchait l'insensible transpiration, dont les dérangements ont des suites si fâcheuses, produisait des chaleurs de foie et des reins , disposait au calcul, diminuait la chaleur naturelle, et entraînait ordinairement la perte ou l'affaiblissement de la vue. — Lomnius , dans ses beaux commentaires sur les passages de Celse (6) que j'ai cité, appuie le témoignage de son auteur par ses propres observations. « Les émissions fréquentes )) de semence relâchent, dessèclient, affai- «blissent, énervent et produisent une » foule de maux ; des apoplexies , des lé- » thargies , des épilepsies , des assoupis- » semenls , des pertes de vue , des trem- « blemenls , des paralysies, des spasmes, j) et toutes les espèces de goutte les plus » douloureuses (7) ».
On ne lit point sans horreur la des-
(1) De signis et caus. diut. morb., lib. il. c. V.
(2) li. I, c. vil, p. 34, édit. Boerbaave.
(3) Conim. tert. in 1. u, Hyp. de morb. vulg. 1, Oper., t. m, p. 583.
(4) Historia mundi , lib. vu, c. viu, p. 124.
(5) Tetrab. m, serm. lii, c. xxxiv.
(C) Med. static., sect. vi, aph. 15, 19, 21, 23 61 24.
(7) Comment, du sanit. tuend., p. m.
cription que nous a laissée Tulpius, ce célèbre bourgmestre et médecin d'Amsterdam. « Non - seulement , dit-il , la » moelle de l'épine maigrit, mais tout le » corps et l'esprit languissent également; » l'homme périt misérablement. Samuel » Vespertius fut attaqué d'une fluxioa » d'une humeurexcessivementâcre, qui se » jeta d'abordsur le derrière de la tête et la » nuque ; elle passa de là sur l'épine , les » lombes , les flancs et l'articulation de » la cuisse, et fit souffrir à ce malheureux » des douleurs si vives, qu'il devint lout- » à-fait défiguré, et tomba dans une pe- » tite fièvre qui le consumait, mais pas » assez vile à son gré , et son état était » tel , qu'il invoqua plus d'une fois la >. mort avant qu'elle vînt l'arracher à ses i> maux (l) ».
Rien, dit un célèbre médecin de Louvain , n'affaiblit autant, et n'abrège autant la vie (i). — Blancard a vu des gonorrhées simples, des consomptions, des hydropisies qui dépendaient de cette cause (3); et Muysavu un homme encore d'un bon âge , attaqué d'une gangrène spontanée du pied, qu'il attribua à des excès vénériens (4). — Las Mémoires des curieux de la nature parlent d'une perte de vue : l'observation mérite d'être rapportée en entier. « On ignore , dit l'au- » leur, quelle sympathie les testicules ont » avec tout le corps, mais surtout avec les » yeux ». Salmulth a vu un savant hypochonJriaque devenir fou , et un autre homme se dessécher si prodieusement le cerveau, qu'on entendait cet organe vaciller dans le crâne; l'un et l'autre pour s'être livrés à des excès du même genre. J'ai vu moi-même un homme de cinquante-neuf ans, qui, trois semainesaprès avoirépousé une jeune femme, tomba tout-à-coup dans l'aveuglement, et mourut au bout de quatre mois (5). — « La trop grande » dissipation des esprits animaux affaiblit » l'estomac, ôte l'appétit , et la nutrition » n'ayant plus lieu le mouvement du cœur )) s'alïaiblit, toutes les parties languissent, » l'on tombe même dans l'épilepsie (6J ».
(1) Obs. med., 1. m, c. xxiv.
(2) Zypacus, Fundam. med., Part, ir, art. 6.
(3) Inslit. med., P. ii, c. xxviii.
(4) Praxis cliirurgica, dec. i, obs. 4.
(5) Dec. H, ann. 5, append., obs. 88, p. 5G.
(0) Schelammer, Ars medendi univ.; 1. n, speçt, II, ç. jv, § 23.
Nous ignorons, il est vrai, si les esprits animaux et la liqueur génitale sont la même chose; mais l'observation nous a appris, comme ou le verra plus bas, que ces deux fluides ont une grande analogie, et que la perte de l'un ou de l'autre produit les mêmes maux. HolTmann a vu les plus fâcheux accidents suivre la dissipation de la semence. « Après de longues » pollutions nocturnes, dit-il, non-seu- M lement les forces se perdent, le corps « maigrit, le visage pâlit, mais de plus » la mémoire s'affaiblit , une sensation » continuelle de froid saisit tous les niem- » bres ; la vue s'obscurcit, la voix devient » rauque; tout le corps se détruit peu à » à peu (I); le sommeil, troublé par des » rêves inquiétants , ne répare point ; et » l'on éprouve des douleurs semblables à » celles que l'on ressent après qu'on a été » meurtri par des corps (2). »
Dans une consultation pour un jeune homme qui, entre autres maux , s'était attiré, parla masturbation , une faiblesse totale des yeux , il dit : « Qu'il a vu plu- » sieurs exemples de gens qui, même dans «l'âge fait, c'est-à-dire quand le corps » jouit de toutes ses forces, s'étaient atj> tirés non - seulement des rougeurs et » des douleurs extrêmement vives dans » les yeux, mais encore une si grande fai- » blesse de vue, qu'ils ne pouvaient lire, » ni écrire quoi que ce soit. J'ai même M vu, ajoule-t-il , deux gouttes sereines » produites par cette cause (3). » L'on verra avec plaisir l'histoire même de la maladie qui donna lieu à cette consultation, s Un jeune homme s'clant livré à » la masturbation à l'âge de quinze ans, » et l'ayant exercée très-fréquement jus- )) qu'à vingt trois, tomba , pendant cette «période, dans une si grande faiblesse » de tête et des yeux , que souvent ces » derniers étaient saisis de violents spas- » mes dans le temps de l'émission de la » semence. Dès qu'il voulait lire quelque n chose, il éprouvait un étourdissement j) semblable à celui de l'ivresse ; la pu- » pille se dilatait exlraordinairement; il » souffrait dans l'œil des douleurs exces- » sives ; les paupières étaient très-pesan- » tes, elles se collaient toutes les nuits; » ses yeux étaient toujours baignés de alarmes, et il s'amassait dans les deux
j> coins , qui étaient tics - douloureux , » beaucoup d'une matière Idancliàtrc.
» Quoiqu'il manneât avec plaisir , il était » réduit à une extrême maigreur; et, dès )j qu'il avait mangé, il tombait dans une w espèce d'ivresse. » Le même auteur nous a conservé utie autre observation , dont il avait été le témoin oculaire, et que je crois devoir placer ici. « Un jeune » homme de dix-huit ans, qui s'était li- » vre fréquemment à une servante , tomba » tout-à-coup en faiblesse , avec un Irem* » blement général de tous les membres , » le visage rouge et le pouls très-faible. » Ou le tira de cet état au bout d'une M heure, mais il resta dans une langueuf » générale. Le même accès revenait Irès- )) fréquemment avec une très-forte an* » goisse; et il lui procura, au bout de huit «jours, une contraction et une tumeut » au bras droit, avec une douleur au » coude qui redoublait toujours avec l ac- « cès. Le mal alla pendant long-temps en «augmentant, n)algré beaucoup de re- «mèdes: enfin, Hoffmann le guérit(lj. »
Boerhaave peintces maladiesavec celte force et celte précision qui caractérisent tousses tableaux. « La trop giande perle « de semence produit la lassitude, la dé- «bililé, l'immobilité, des convulsions, » la maigreur, le dessèchement, des dou* « leurs dans les membranes du cerveau , » émousse les sens, et surtout la vue , «donne lieu à la consomption dorsale, îi «l'indolence, et à diverses maladies qui » ont de la liaison avec celles-là (2) ». — Les observations que ce grand homme communiquait à ses auditeurs, en leur expliquant cet aphori.-me, et qui portent sur les différents moyens d'évacuations , ne doivent pas être omises, o J'ai vu un » malade dont la maladie commença par » une lassitude et une faiblesse dans le » corps,surloul vers les lombes: elle futac- » compagnée du jeu des tendons , de spas- « mespériodiquesetdelamaigreur,de nia- » nière à détruire tout le corps ; il sentait « aussi de la douleur dans les membranes « mêmesducerveau; douleurs que les ni;i- » lades nomment ardeur sèche, qui brûle « continuellement en dedans les parties » les plus nobles. — J'ai vu aussi un jeune » homme attaqué de la consomption dor-
(1) Consult. Caut, 2 et 5, cas 102, t; III, p. 195.
(2) Même endroit, cas 103.
(3) Même endroit, cas 103.
(1) De morbis ex nimia vcnere, § iô, Oper. omn. suppl. second, pars prim., p. 496.
(2) Ihsiiiut., p. 766 de" la trad. do M. D. L. 1«.
l'onanisme.
B sale. Il était d'une fort jolie figure , et 3) quoiqu'on l'eût souvent averti de ne 3) point trop se livrer aux plaisirs, il s'y » livra néanmoins , et il devint si dil'for- 5) me avant la mort , que cette grosseur » charnue qui paraissait au-dessus des 3) apophyses épineuses des lombes, s'é- 3) tait entièrement afifaissée. Le cerveau » même, dans ce cas, paraît être consu- » mé;en effet, les malades deviennent stu- » pides, ils deviennent si roides, que je » n'ai point vu une aussi grande immobili- 3) té dii corpsproduiteparuneautre cause.
» Les yeux mêmes sont si hébétés , qu'ils 3) n'ont plus la faculté de voir (l). »
De Senac peignait, dans la première édition de ses Essaie , les dangers de la masturbation , et annonçait aux victimes de cette infamie toutes les infirmités de la vieillesse la plus languissante , à la fleur de leur âge. L'on peut voir , dans les éditions suivantes, les raisons de la suppression de ce morceau, et de quelques autres. — Ludwig, en décrivant les maux qui surviennent à la suile des évacuations trop abondantes, n'oublie pas la spermatique. « Les jeunes gens de l'un ou de 3) l'autre sexe qui se livrent à la lasciveté, » ruinent leur santé en dissipant des for- » ces qui étaient destinées à amener leur » corps à son point de plus grande vi- » gueur, et enfin ils tombent dans la conusomption (2). » — De Gotter donne un détail des accidents les plus tristes , dépendants de cette cause; mais il serait trop long de le copier : je renvoie à son ouvrage même tous ceux qui entendent la langue dont il s'est servi (3j.
Après avoir rapporté la description de la consomption dorsale d'Hippocrate , telle qu'on l'a lue plus haut, Van Swieten ajoute : « J'ai vu tous ces acciJcn'iS, » ït plusieurs autres, chez les malheureux 3) ([ui s'éta:ent livrés à de honteuses polj) lutions. J'ai employé inutilement, pen- » dant trois ans, tous les secours de la » médecine pour un jeune homme qui s'éj> tait attiré , par cette infâme manœuvre, 3) des douleurs vagues , étonnantes et gé- 3)nérales, avec une sensation taiilôt de 3)clnleur, tantôt d'un froid très-incom- » mode par tout le corps , mais surtout 3) aux lombes. Dans la suite , ces dou- » leurs ayant un peu diminué , il sen-
(I) Comment, sur le même enciroil, t. VII, p. 214.
(-2) liisiil. pliys., § 870el 87-2.
(3) De inseiisibil. pcrs. i.ap, ull.
B tait un si grand froid dans les cuisses et » dans les jambes, quoiqu'au tact ces par- » lies parussent conserver leur chaleur na- )) turelle, qu'il se chauffait continuelle- » ment auprès du feu, même pendant les » plus grandes chaleurs de l'été. J'admirai » surtout, pendanttout ce temps, un mou- » vement continuel de rotation des les- 3> ticules dans le scrotum ; et le malade » éprouvait dan.^ les lombes la sensation «d'un mouvement semblable, qui lui » était très à charge. (1) » Ce détail nous laisse ignorer si ce malheureux termina sa vie au bout de trois ans , ou s'il continua à languir pendant quelque temps, ce qui est bien plus fâcheux : il n'y a cependant pas une troisième issue.
KIoekof, dans un très-bon ouvrage sur les maladies d'esprit qui dépendent du corps, confirme, par ses observations, celle qu'on vient de lire. « Une trop » grande dissipation de semence affaiblit » le ressort de toutes les parties solides; » de là naissent la faiblesse, la paresse, » l'inertie, les phthisies, les consomptions » dorsales, l'engourdissement et la dépra- «valion des sens, la s'.upidilé, la fo- » lie , les évanouissements, les conviilu sions(2) 1). — Hoffman avait déjà remarqué que les jeunes sens qui se livrent à l'infâme pratique de la masturbation , perdaient peu à peu toutes les facullcs de leur âme, surtout la mémoire , et devenaient tout à-fait inhabiles à l'étude (3).
Levis (4) décrit tous ces maux. Je ne transcrirai ici de son ouvrage que ce qui a rapport à ceux de l'âme. « Tous les » maux qui naissent des excès avec les M femmes, suivent plus prompîement en- » core, et dans un âge tendre, l'abomina- )) ble pratique de la pollution de semence, » qu'il serait difficile de peindre avec des » couleurs aussi affreuses qu'elle le mé- » rite : pruliqucà bi(|uelle les jeunes gens » se livrent, sans conn:iitre toute l'énor- » mité du crime, et tous les maux qui en )/ sont les suites physiques (6). L'âme se » ressent de tous les maux du cor|is, mais » surtout de ceux qui naissent de celle » cause. La plus noire mélancolie, l'in-
(1) Apli. 586, t. ir, p. 46.
(2) De niorb. anini. ab infirm. mcdul. cereb., p. 5.
(5) Oper. omn. fol., I. m, p. 293.
(4) A practical lassai iipoii ilie tabès dorsalis. Loiul. 17'i8, el Iroisiùnic tidii.,
(5} Ibicl., p. 12.
l'onanisme.
» différence pour Ions les plaisirs fne » pourrait-on pas dire l'aversion?), l'iin- » possibilité de prendre part à ce qui fait » le sujet d(! la conversation des compaj) gnies dans lesquelles ils se trouvent sans » y être; le sentiment de leur propre mi- »sère, le désespoir d'en être les artisans » volontaires, la nécessité de renoncerai! » hoilieur du mariage, sont les idées » bourretantes qui contraignent ces mal- )) heureux h se séparer du monde, fort » heureux si elles ne les portent pas à ter- » miner eux-inènies leur carrière (I). »
De nouvelles observations confirmeront plus bas la vérité de cet effrayant tableau. Celui qu'a fait Slorcq , dans le bel ouvrage qu'il a publié sur l'histoire et le traitement des maladies , n'est pas moins terrible; mais je renvoie à l'ouvrage même, dont aucun médecin ne peut se passer, ceux qui voudront le voir (2). Avant que de passer aux observations qui m'ont été communiquées , je terminerai celte section par le beau morceau qui se trouve dans l'excellentouvrage dont Gaubius a enrichi la médecine. Won-seulement il peint les maux, mais il en indique les causes, avec celle force, celte vérité, celle sagacité et cette précision qui n'appartiennent qu'aux plus grands maîtres. C'est un morceau précieux, dont on n>e saura gré de conserver le coloris, en le rapportant tel que l'auleur l'a écrit. « Immode- V rata scminis profusio , non solum uti- » lissimi hunioris jaclura , sed ipso etiam » motu convulsivo, quo emittilur, frewquenlius repetito , imprimis lieclit. Eté- » nim summam voluptatem universalis M eicipit virium resolutio, quœ crebro » ferri nequit , quin enervet. Collaloria uaulem corporis quo magis emulgenlur, » eo plus humorum aliunde ad se tra- » hunt, succisque sic ad genitalia deriva- » tis, reliquae partes depauperantur. Inde » ex nimia venere, lassitiido , débilitas, » immobilitas , incessus de lumbis; en- » ccphali dolores, convulsiones fcnsuum «omnium, maxime visus, hebeludo, cae- » citas, faluitas, circulatio febrilis, ex- H siccalio, macics , tabès et pulmonica et i> dorsalis efïeminatio. Augentur liaec ma- » la alque insanabilia fiunt ob perpetuum >; in veiierem prurilum, quem mens, non » minus quam corpus , tandem contrahit, » quoque efftcilur, ut et dormientcs ob- » scena phan'asmala exerceant, et in tiii-
(1) Ibid., p. 19.
(2) Medicus aniiuus, t. i/, p. 215, etc.
» tiginem pronae parles quavis occasione impelum concipiant onerique et stimule » fit quamlibet exigua reparati spermatis » copia levissimo conatu, et vel, fine hoc, » de relaxatis loculis relapsura. Quocirca » liquet, quare adolesccnlia florem adeô X pessumdet iste excessus
sECTio-N u. ■ — Observations communiquées.
Je ne suivrai d'autre ordre que celui des dates de réception. J'ai vu , me dit mon illustre ami Zimmermann , un homme de vingt-trois ans, qui devint épileptiquc , après s'être affaibli le corps par de fréquentes masturbations. Toules les fois qu'il avait des pollutions nocturnes, il tombait dans un accès d'épilepsie parfait. La même chose lui arrivait après Us masturbations, dont il ne s'abstenait point malgré les accidenls et tout ce que l'on ])0uvait lui dire. Quand l'accès était passé , il éprouvait des douleurs très-fortes aux reins et autour du coccyx. Cependant, ayai;t enfin cessé celte manœuvre pendant quelque temps, je le guéris des pollutions, et j'espérai même de le guérir de l'épilepsie, dont les accès avaient déjà disparu . Il avait repris les forces, l'appétit, le sommeil et une très belle couleur , après avoir ressemblé à un cadavre. Mais étant revenu à ses masturbations, qui étaient toujours suivies d'une attaque , il eut enfin les accès dans les rues même , it on le trouva mort un matin dans sa cliambre , tombé hors de son lit, et baigné dans son sang. Qu'on me permette ici une question qui se présenta à moi quand je lus celle observation : ceux qui se tuent d'un coup de pistolet, qui se noient volontairement, ou qui s'égorgent, sontils plus comptables de leur mort , sont-ils plus suicides que cet homme-ci? Sans entrer dans le détail, mon ami ajoute qu'il en connaît un autre qui est dans le même cas : j'ai a])pris depuis qu'il avait fini de la même manière. J'ai connu, c'est encore Zimmermann qui parle , un homme d'un très-beau génie et d'un savoir presque universel, à qui de fréquentes pollutions avaient fait perdre toute l'activité de son esprit, et dont le corps était exactement dans l'état de celui du malade qui consulta Boerhaave (2), et que je rapporterai ailleurs.
(1) Inslilul. palhologiîe m'ïdicin dis ; auclore H. D. Gaubio. Lug. Bat., 1758.
(2) Consult. med., t. jj, p. 36.
Je dois les deux faits suivants à Rast le fils, célèbre nié(li.:cin de Lyon, avec qui j'ai eu le plaisir de passer quelques mois à Monlpellier. Un jeune homme de M'iitpellier, étudiant en médecine, mourut par l'excès de ces sortes de débauclies. L'idée de son crime avail tellement frappé son esprit , qu'il mourut dans une espèce de désespoir, croyant voir l'enfer ouvert à ses côtés, itrèt à le recevoir. Un enfant de cette ville, âgé de six à sept ans , instruit , je crois , ])ar une servante, se pollua si souvent, que la fièvre lente qui survint l'enleva bientôt. Sa fureur pour cet acte était si granile qu'on ne put l'en empêcher jusqu'aux derniers jours de sa vie. Lorsju'oa lui représentait qu'il liâlait sa mort, il se cousolaiten disant qu'il irait plus tôt trouver son père, mort depuis quelques mois.
Miege, célèbre médecin de Bàle, connu dans le monde savant par d'excellentes dissertations, et à qui sa patrie a robliq:ation de l'inoculation, qu'il conlinueà pratiquer avec autant de succès que d'habileté, m'a communiqué une lettre du professeur Stelielin , nom cher aux lettres, dans laquelle j'ai trouvé quelques observations intéressantes et utiles. J'en réserve quelques-unes pour la suite de cet ouvrage, cil elles seront mieux placées: c'est ici le lieu des deux autres. Le fils de M*'*'*, à^é de quatorze à quinze ans, est mort tic convulsions, et d'une espèce d'épilepsie, dont l'origine venait uniquement de la masturbation ; il a été traité inutilement par les médecins les plus expérimentés de notre ville. Je connais aussi une jeune demoiselle de douze à treize ans, qui, par cette détestable m.inœuvre , s'est attiré une consomplion , avec le ventre gros et tendu, une perte blanche et une incontinence d'urine. (^)uoique les remèdes l'aient soulagéi-, elle languit toujours, et je crains des suites funestes.
SECTION lu. — Tableau tire de l'Onania.
Depuis la publication de cet ouvrage, j'ai ap, ris, par le canal le plus respectable, que l'on ne devait pas ajouter une entière créance aux faits de la coUcition anglaise, et que cette raison, ((uciques calomnies, des obscénités , et la supposition d'un privilège impérial , avaient fait prohiber la traduction allemandedans l'enqjire. Ces motifs m'auraient déterminé à supprimer tout ce que j'ai tiré de cet ouvrage; miiis qucl([ues considérations m'ont engagé à le conserver sous la mo-
dification de cet avis. La première est que quelques-unes de ces raisons ne rcgardc'iit (jne l'édition allemande. La seconde, que, quoi(|u'il puisse s'y trouver queli|ue3 faits supposés, et que quelquesuns paraissent même porter ce caractère, il est cependant prouvé que le plus grand nombre n'est que trop vrai. Enfin, une troisième considération qui m'a décidé, c'est ce que je trouve dans la même lettre de Steiielin. « J'ai reçu, dit il, une lettre de Hoffmann de Maëstricbt, dans laquelle il me marque avoir vu un masturbateur qui s'était déjà attiré une consomption dorsale, qu'il traita sans succès, et qui fut guéri par les remèdes de l'Onania, dont le docteur Bckkers, à Londres, doit être l'auteur, et si bien guéri, qu'il est redevenu gros et gras , et qu'il a quatre entants. » — L'Onania anglais est un vrai chaos , l'ouvrage le plus indigeste qui se soit écrit depuis long-temps. On ne peut lire que les observations, toutes les réûevions tle l'auteur ne sont que des trivialités théologiques et morales.
Je ne tirerai de cet ouvrage, qui est assez long, qu'un tableau des accidents les plus ordinaires dont les malades se plaignent : la vivacité, l'expression énergique de la douleur et du repentir (|ui se trouvent dans un petit nombre de lettres, et ([ui ne peuvcnl point se trouver dans l'extrait, ne doivent jias affaiblir l'impression d'horreur ([ue leur lecture inspire , parce que cette impression dépend des faits; et les lecteurs m'auront l'obligation de leur épargner la lecture d'un bien |)kis grand nombre d'antres lettres sans tour et sans style. Je rang'erai sous six chefs les maux dont se plaignent les malades anglais, en commençant par les plus fâcheux, ceux de l'âme.
1" Toutes les facLillés intellectuelles s'affaiblis-ent ; la mémoire se perd , les idées s'obscurcissent , les malades tombent même quelquefois dans une légère démence ; ils ont sans cesse une espèce d'inquiétude intérieure, une angoisse continuelle , un reproclie de leur conscience si vif, qu'ils versent souvent des larmes. Ils sont S'ijcts à des vertiges; tous leurs sens, mais surtout la vue et l'ouïe , s'affaiblissent; leur sommeil, s'ils peuvent dormir, est troublé par des rêves fâcheux. — 2" Les forces du corps manquent entièrement : l'accroissement de ceux qui se livrent h ces abominations avant qu'il soit fini, est ciinsidéral)lement dérange. Les uns ne dorment jiointdu tout, les autres sont dans un assoupissement presque cou-
l'onanisme.
tinuel. Presque tous deviennent hypochondriaques ou hystériques , et sont accal)lés lie tous les accidents qui accompagnent ces fâcheuses maladies; tris lesses, soupirs, larmes, palpitations, sul'focations, dcl'aiilances. L'on en a vu cracher des matières calcaires. La toux , lu fièvre lente, la consomption, sont les châtiments que d'autres trouvent dans leurs propres criaies. — 3° Les douleurs les plus vives sont un autre objet de plaintes des malades; l'un se plaint de la tête, l'autre de la poitrine, de l'estomac, des intestins , de douleurs de rhumatisme extérieures, quelquefois d'un engourdissement douloureux dans toutes les parties de leur corps , dès qu'on les comprime le plus légèrement. — 4" L'on voit nonseulement des boutons au visage , c'est un symptôme des plus communs, mais même de vraies pusiules suppurantes sur le visage, dans le nez, sur la poitrine, sur les cuisses, des dém.ingeaisons cruelles de ces mêmes parties. Un des malades se plaignait même d'excroissances charnues sur le front. — S» i^es organes de la génération éprouvent aussi leur part des misères dont ils sont la cause premièie. Plusieurs malades deviennent incapables d'érection: chez d'autres, la liqueur séminale se répand au moment du plus léger prurit et de la plus faible érection, ou dans les efforts qu'ils fout pour aller à la selle. Un grand nombre est attaqué d'une gonorrhée habituelle, qui abat entièrement les forces et dont la matière ressemblesouvent,ouàunesaniefétide, ouà une mucosité sale. D'autres sont tourmentés par des priapismes douloureux. Les disuries, lesslranguries , les ardeurs d'urine, l'affaiblissement de son jet, font cruellement souffrir quelques malades. Il y en a qui ont des tumeurs très-douloureuses aux testicules, à la verge, à la vessie, au cordon spermalique. Enfin, ou l'impossibilité du coït, ou la dépravation de la liqueur génitale, rendent stériles presque tous ceux qui se sont livrés longtemps à ce crime. — G° Les fonctions des intestins sont quelquefois totalement dérangées, et quelques malades se plaignent de constipations opiniâtres, d'autres d'héraorrhoïdes ou d'un écoulement de matière fétide par le fondement. Cette dernière observation me rajipelle le jeune homme dont paile Hoffmann , qui , après chaque masturbation, était attaqué de la diarrhée , nouvelle cause de la perte de ses forces.
SECTION IV. — Obserf^ntîons de l'auteur.
Le tableau qu'otTre ma première observation est terrible; j'en fus effrayé moimême la |)reniière fois que je vis l'infortuné qui en est le sujet. Je sentis alors, plus que je n'avais fait encore , la nccessité de montrer aux jeunes gens toutes les horreurs du précipice dans lequel ils se jettent volontairement. L. D*"^'*, horloger, avait été sage , et avait joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de dix-sept ans : à cette époque il se livra à la masturbation, qu'il réitérait tous les jours, souvent jusqu'à trois fois, et l'éjrtculatioa était toujours précédée et accompagnée d'une légère perte de connaissance, et d'un mouvement convulsif dans les muscles exten^eurs de la tête, qui la reliraient fortement en arrière, pendant que le col se gonflait extraordinairenient. 11 ne s'était pas écoulé un an qu'il commença à sentir une grande faiblesse après chaque acte; cet avis ne fut pas suffisant pour le retirer du bourbier: son âme, déjà toute livrée à ces infamies , n'était plus capable d'autres idées, et les réitérations de son crime de\ inrent tous les jours plus fréquentes , jusqu'à ce ((u'il se trouva dans un état (|ui lui fit craindre la mort. Sage trop tard , le mal avait déjà fait tant de progrès, qu'il ne pouvait être guéri ; et les parties génitales étaient devenues si irritables et si faibles qu'il n'était plus besoin d'un nouvel acte de la part de cet infortuné pour faire épancher la semence. L'irritation la plus légère procurait sur-le-champ une érection imparfaite, qui était immédiatement suivie d'une évacuation de celle liqueur , qui augmentait journellement sa faiblesse. Ce spasme , qu'il n'éprouvait auparavant que dans le temps de la consommation do l'acte, et qui cessait en même temps, était devenu hubituel, et l'alLaiiuait souvent sans aucune cause apparente, et d'une façon si violente, que, pendant tout le temps de l'accès, qui durait quelquefois quinze heures , et jamais moins de huit, il éprouvait , dans toute la parlie postérieure du col , des douleurs si violentes qu'il poussait ordinairement , non pas des cris, mais des hurlements; et il lui était impossible , pendant tout ce temps-là, d'avaler rien de solide ou de liquide. Sa voix était devenue enrouée, mais je n'ai pas remarqué qu'elle le fût davantage dans le temps de l'accès. Il perdit totalement ses forces; obligé de renoncer à sa profession , incapable de
l'onanisme.
tout , acc.iblc de misère , il languit presque sans secours pendant quelques mois; d'autant plus à plaindre, qu'un reste de mémoire , qui ne tarda pas à s'évanouir, ne servait qu'à lui rappelersans cesse les causes de son malheur, et à l'augmenter de toute l'hoireur des remords. J'appris son état, je me rendis chez lui; je trouvai moins un être vivant, qu'un cadavre gisant sur la paille, maigre, pàle, sale , répandant une odeur infecte , presque incapable d'aucun mouvement. 11 perdait souvent par le nez un sang pàle et aqueux , une bave lui sortait continuellemint de la bouche ; attaqué delà diarrhée, il rendait ses excrémenis dans son lit , sans s'en apercevoir ; le ilux de semence était continuel; ses yeux chassieux, troubles, éteints, n'avaient plus la faculté de se mouvoir ; le pouls était extrêmement petit, vile et fréquent; la respiration très-gênée, la maigreur excessive, excepté aux pieds, qui commençaient à être œdémateux. Le désordre de l'esprit n'était pas moindre ; sans idées, sans mémoire, incapable de lier deux phrases, sans réOesions, sans inquiétude sur son sort, sans autre sentiment que celui de la douleur, qui revenait avec tous les accès au moins tous les trois jours. Etre bien au-dessous de la brute, spectacle dont on ne peut pas concevoir l'horreur, l'on avait peine à reconnaiti e qu'il avait appartenu autrefois à l'espèce humaine. Je parvins assez promptement , à l'aide des remèdes fortiiians , à détruire ces violents accès spasmodiques , qui ne le rappelaient si cruellement au sentiment que par les donleurs: content de l'avoir soulagé à cet égard , je discontinuai des remèdes qui ne pouvaient pas améliorer son état. Il mou rut au bout de quelques semaines, en juin 1757, œdémateux par tout le corpi.
Tous ceux qui se livrent à celle odieuse et crimnielle habitude ne sont |ias aussi cruellement punis; mais il n'en est point qui ne s'en ressentent du plus au moins. La fréquence des actes, la variété des tempéraments, pli'.sieurs circonst inccs élr.mgères occasionnent des dill'érences considérables.Les maux que j'ai vus le plus souvent sont : 1 » un dérangement total de l'estomac, qui s'annonce chez les uns par des perles d ap[iétit ou p ir des appétits irrégulicrs ; chez les autres par des douleurs vives, surtout dans le temps de la digestion, par des vomissements habituels qui résistent à tous les reiuèdef, tant que l'on reste dans ses mauvaises liabiUides.
2" Un affaiblissement des organes de la respiration, d'oii résultent souvent des toux sèches, presque toujours des enrouements, des faiblesses de voix, des essoufflements dès qu'on se donne un mouvement un peu violent. 3° Un relâchement total du genre nerveux.
Il n'est pas nécessaire de connaître beaucoup l'économie animale, pour sentir que ces trois causes peuvent produire toutesles maladies de langueur, et l'expérience prouve qu'elles les produisent tous les jours. Les premiers accidents qui en résultent , chez les masturbaleurs , sont, outre ceux que je viens d'indiquer, une diminution considérable dans les forces , une pâleur plus ou moins considérable, quelquefois une légère jaunisse , mais continuelle; souvent des boutons , qui ne passent que pour faire place à d'autres, et se reproduire continuellement par tout le visage, maissurtoutau front, aux tempes et près du nez; une maigreur considérable, unesensibilité étonnante aux changements des saisons, surtout au froid; une langueur dans les yeux, un affaiblissement de la vue , une diminution considérable de toutes les facultés , surtout de la mémoire. " Je sens bien , m'écrivait un pa- « tient, que cette mauvaise manœuvre » m'a diminué la force des facultés , et » surtout la mémoire (l) » Qu'il me soit permis d'insérer ici les fragments de quelques lettres, qui réunis, formeront un tableau assez complet des désordres physiques que produit la masturbation , et dont la langue dans laquelle j'écrivais m'empêcha de faire usage dans la préniière édition de cet ouvrage. « J'eus le )) malheur , comme bien d'autres jeunes » gens (c'est dans l'âne mûr qu'il m'écrit) i> de me laisser aller à une habitude aussi » pernicieuse pour le corps que pour « l'âme ; l'â^e, aidé de la raison , a cor- M rigé depuis quelque tetnps ce misérable » penchant : mais le mal est fait. A l'af- » feclion et sensibilité extraordinaire du » genre nerveux, et aux accidents qu'elle » occasionne , se joignent une faiblesse, «un malaise, un ennui, une détresse » qui semblent m'assiéger comme à l'en- » vi ; je suis miné par une perte de se- » menée presque continuelle; mon visage » devient presque cadavéreux , tant il » est pâle et plombé. La faiblesse de moii'j » corps rend tous mes mouvements diffi-1 » ciles; celle de mes jambes est souvent
(1) En dalc du 15 septembre 1755.
l'onanismé.
j) telle, que j'ai beaucoup de peine à me » tenir debout ; et que je n'ose pas me » hasarder à sorlir de ma chambre. Les » digestions se font si mal , que la nour- )) riture se présente aussi en nature, trois )> ou quatre heures après l'avoir prise , w que si je ne venais que de la nieltie » dans mon estomac. Ma poitrine se rem- » plit de plilegmes, dont la présence me «jette dans un état d'angoisse , et l'ex- » pectoration, dans un élat d'épuisement. « Voilà un tableau raccourci de mes mi- » sères , qui sont encore augmentées par )) la triste certitude que j'ai acquise, que » le jourqui suit sera encore plus fâcheux w que le précédent; en un mot, je ne » crois pas que jamais créature humaine » ait été alïligée de tant de maux que je » le suis. Sans un secours particulier de la » Providence, j'aurais bien de la peine à » supporter un fardeau si pesant. » — Je lus en frémissant, dans la lettre d'un autre malade, ces mois terribles qui me rappelèrent ceux de l'Onania. « Si la reli- » gion ne me retenait pas, j'aurais déjà » terminé une vie d'autant plus cruelle , » qu'elle l'est par ma propre faute. » Il n'est point au monde, en effet, d'état pire que celui de l'angoisse : la douleur n'est rien en comparaison , et quand elle se joint à une foule d'autres maiix, il n'est point étonnant qu'un malade désire la mort comme son plus grand bien , et regarde la vie comme un malheur réel, si Ton peut appeler vie un état aussi triste.
Viverc cnm nequcani , sit niihi posse mori , Dulce mori ini^eris, sed luors opiala recidit. il/.
La description suivante est plus courte et moins terrible. « J'ai eu le malheur, dès » ma tendre jeunesse , je crois entre huit » et dix ans, de contracter cette perni- » cieuse habitude, qui, de bonne heure, a 3) ruiné mon tempérament , mais surtout » depuis quelques années , je suis dans » un accablement extraordinaire ; j'ai les » nerfs extrêmement faibles ; mes mains » sont sans forces, toujours tremblantes, 1 » et dans une sueur continuelle ; j'ai de I » violents maux d'cslomac , des douleurs ( » dans les bras , dans les jiimbes , quel- ; » quel'ois aux reins et à la poitrine, soui 3) vent de la toux: mes yeux sont ton- ] » jours faibles et cassés; mon appétit est ji » dévorant, et cependant je maigris beaui » coup, et j'ai tous les jours plus mauvais 1 » visage. » L'on verra , dans la section i du traitement, le succès des remèdes dans t ce cas. Je ne détaillerai pas la cure du premier k cause de sa longueur. « J^a a»-
» ture , écrivait un troisième , m'ouvrit » les yeux sur la cause de la lançueur M dans laquelle je me trouvais, et sur le » danger de l'abîme oii je me précipitais, » soit par des boulons ou vessies qui sur- » venaient à la partie qui servait d'instru- » ment à mon crime , soit par la faiblesse » que j'éprouvais au milieu du crime mê- » me, et qui ne me permettait pas de dou- » 1er quelle était sa cause. »
Je pourrais ajouter ici un grand nombre de relations de mal.idies pour lesquellesj'ai été consulté depuis lu seconde édition de cet ouvrage; mais ce serait des répétitions inutiles , et je me borne à deux ou trois des plus récentes.
Un homme, qui est dans la fleur de sonàg'e, m'écrivait, il n'y a que peu de jours: « J'ai contracté fort jeune une af- )' freuse coutume qui a ruiné ma santé ; M je suis accablé d'embarras et de tour- H noiements de tête , qui m'ont fait crainw dre l'apoplexie, et pour lesquels on m'a » saigné; mais on s'a[terçut d'abord que » l'on avait eu tort. J'ai la poitrine serrée, » et par conséquent la respiration gênée; » j'ai fréquemment des douleurs d'esto- » mac , et je souffre successivement pres- » que par tout le corps ; je suis tout le » jour assoupi et inquiet : pendant la nuit » mon souimeil est troublé et agité, et » il ne me répare point; j'ai souvent des » démangeaisoiis, je suis pâle, j'ai les yeux 1) affaiblis et douloureux , le teint jaune , » la bouche mauvaise , etc. » — « Je ne «puis faire, m'écrivait un second, deux » cents pas sms me reposer; ma faiblesse » est extrême : j'ai des douleurs conti- » nuelles dans tout le corps , mais sur- » tout dans les épaules; je souffre beau- » coup des maux de poitrine; j'ai conservé » de l'appétit, mais c'est un malheur, puis- » que j'ai des douleurs d'estomac dès que )) j'ai mangé, et que je rends tout ce que » je mange : si je lis une page ou deux , )) mes yeux se remplissent de larmes , et » me (ont souflTrir , j'ai souvent des sou- » pirs très - involontaires. Fiio xylino » flaccidius vereii um, omnisque erectio- » nis iinpotens , seinen quidein , manu V solUcilatuin , ejfluere finit , ncqua~ » quam vet o ejaculat ; adeo cœleriim u imminutum et relraclum , ut ocidi de » scxu vix judicnre possint.» L'on trouvera les détails el les succès du traitement dans la suite de cet ouvrage; je les donnerai , parce que c'est le plus affaibli et le plus docile des malades que j'aie vus. — Un troisième , qui s'ét iit livré à celle horrible manoeuvre dès l'âge de
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douze ans, paraissait plus attaqué dans les facultés inlellectuelles que dans la santé corporelle. « Je sens ma chaleur 3) diminuer sensiblement ; le sentiment » est considérablement émoussé chez moi, » le feu de l'imagination extrêmement » ralenti , le sentiment de l'existence in- » finiment moins vif; tout ce qui passe à » présent me paraît presque un songe; j) j'ai plus de peine à concevoir, et moins » de présence d'esprit ; en un mot , je me » sens dépérir, quoique je conserve du » sommeil, de l'appétit, et assez bon vi- » sage. »
Une suite qui n'est pas rare , c'est l'hypochondrialgie ; et si les hypochondriaques se livrent à cette pratique, elle empire tous les accidents du mal, et le rend totalement incurable. J'ai vu les inquiétudes, les agitations, les anxiétés les plus cruelles, être l'effet de ces deux causes réunies; et des observations réitérées m'ont prouvé que , dans les hypochondriaques , qui sont sujets à avoir quelquefois des attaques de délire ou de manie, la masturbation hâte toujours les accès. Le cerveau, affaibli par cette double cause, perd successivement toutes ses facultés elles malades tombent enfin dans une inxrbécillité, qui n'est suspendue que par quelques attaques de frénésie. Les Mémoires des curieux de la nature parlent d'un homme mélancolique, qui, suivant le conseil d'Horace, cherchait quelquefois à dissiper ses tristesses par le vin, et qui s'étant trop livré à un autre genre de plaisir dans les premiers jours de son second mariage , tomba dans une manie si terrible, qu'il fallut l'enchaîner (1).
Jakin nous a conservé, dans ses Commentaires sur Rhazes , l'histoire d'un mélancolique , que des excès dans le même genre jetèrent dans une consomption accompagnée de manie, qui le tuèrent en peu de jours (2). — On sait que les paroxysmes épilepliques , accompagnés d'une effusion de liqueur séminale, laissent plus d'épuisement encore, et surtout plus d'étoiirdissement que les autres. Le coït excite les accès de ce mal dans ceux qui y sont sujets, et c'est à cette cause que Van Swieten attribue le grand accablement dans lequel les malades tombent, si les accès sont fréquents (3). Didier avait connu un marchand de
(1) Dec. 11, an. A, obs. 1G6, p. 227.
(2) Schenckius, 1. 1, obs. 2. De mania, p. 152.
Montpellier, qui ne sacrifiait jamais h Yénus sans avoir aussitôt après une attaque d'épilepsie (I). — Galien rapporte une observation semblable (2), et Henri Van Heers témoigne la même chose (3).
J'ai eu occasion de m'en convaincre moimême. Van Swieten a connu un épileptique qui fut attaqué de l'accès la nuit de ses noces (4). Hoffmann connaissait une femme très-lubrique, qui avait le plus souvent un accès d'épilepsie après chaque acte vénérien. On peut placer ici ce que dit Boerhaave , dans son Traité des maladies des nerfs, que, dans l'ardeur vénérienne , tous les nerfs sont affectés , quelquefois jusqu'à la mort. Il rapporte l'exemple d'une femme qui tombait , à chaque coït, dans une syncope assez longue, et celui d'un homme qui mourut dans le premier coït ; la force du spasme l'avait jeté sur-le-champ dans une paralysie totale (5) : et je trouve, dans l'excellent ouvrage dont Sauvages vient d'enrichir la médecine, l'observation très-singulière, et peut-être unique, d'un homme qui, au milieu de l'acte, était attaqué (et le mal a duré douze ans) d'un spasme qui lui raidissait tout le corps , avec- perte de sentiment et de connaissance. « lia ut illum pra; oneris « impotentia, in alteram lecti parlem ex- » cutere cogeretur uxor, et evacuatio » spermalis lenta flaccidoque veretro de- »mum succedebat, rémittente corporis )) rigiditale (6). » Je connais plusieurs faits analogues; de Haller en a indiqué un pfrand nombre dans ses remarques sur les Insliluts de Boerlrnave (7), et l'on en trouve plusieurs autres chez les observateurs.
On a vu plus haut que la masturbation procurait l'épilepsie, et cela arrive plus souvent peut-être qu'on ne le croit : estil étonnant que ces actes rappellent les accès, comme je l'ai vu plus d'une fois , dans ceux qui y sont déjà sujets? est-il étonnant qu'elle rende celte maladie incurable? — Cette rigidité totale de tout
(1) Quest. niedic. an epilepsis mercurius viiœ.
(2) De locis affeclis, 1. v.. c. vi.
(3) Observationes medicaî oppido ra rœ, obs. 8.
(4) § 1073, t. ni, p. 412.
(5) De morb. nerv., p. 462.
(6) Nosologia meiliodica , seu classes morborum, t. v, p. 230.
(7) Ad§658, n. f.*, t, V, p. A46.
l,*bNANISME.
Je corps, dont paile Boerhaave, est un des symptômes les plus riires; je ne l'avais vue qu'une fois, quand on imprima la dernière édition de cet ouvrage, mais dans le degré le plus complet. Le mal avait commencé par une raideur du col et de l'épine ; il gagna successivement tous les membres , et je vis cet infortuné jeune homme, quelque temps avant sa mort, ne pouvant avoir d'autre situation que d'être couché à la renverse dans un lit, sans pouvoir remuer ni les pieds, ni les mains, incapable de tout autre mouvement , et réduit à ne prendre d'aliments que ceux qu'on lui mettait dans la bouche; il vécutquelques semaines dans ce triste état, et mouruî, ou plutôt s'éteignit, presque sans souffrance. — J'ai vu depuis un autre exemple terrible de celte rigidité totale et mortelle, qui mérite bien d'être rapporté. Je fus demandé, le 10 février 17G0, pourvoira la campagne un homme de quarante ans, qui avait été très-fort et très-robuste , mais qui avait fuit beaucoup d'excès en femmes et en vin , et qui s'était souvent exercé à ce qu'on appelle des tours de force. Son mal avait commencé , il y avait plusieurs mois , par une faiblesse dans les jambes, qui le faisait chanceler en marchant, comme s'il avait trop bu; il tombait quelquefois, même en se promenant dans la plaine ; il ne pouvait descendre les degrés qu'avec beaucoup de peine, et il n'osail presque plus sortir de son appartement. Ses mains tremblaient beaucoup. Il ne pouvait écrire quelques mots qu'avec beaucoup de difficulté , et il les écrivait fort mal ; mais il dictait aisément, quoiquesa langue, qui n'avaitjamaiseuunebien grande volubilité, commençâtà en avoir un peu moins.
Sa mémoire le servait bien , et la seule chose qui piil faire soupçonner quelque lésion dans les facultés, c'est qu'il ét.ùt moins attentif au jeu de dames, et que sa physionomie était assez chingée ; il avait de l'appétit, et il dormait, niais il avait un peu de peine à se tourner dans le lit.
Il me parut que les excès en femmes et en vin étaient la cause première du mal , et je pensais que les fours de force qu'il avait souvent f;iils, pouvaient être la cause de ce (jue lés muscles étaient plus parliculièrement attaqués. La saison était peu favor.iMe aux remèdes, mais il fallait cependant chercher à arrêter les progrès du mal ; je lui conseillai des frictions sur tout le corps avec de la fla-
nelle, et quelques fortifiants ; je me propo ais d'en augmenter les doses, et de leur joindre l'usage du bain froid dans le commencement de l'été. Au bout de quelques semaines, le tremblement des mains paraissait un peu diminué. Il y eut une consultation au mois d'avril : on attribua le mal à ce que le malade avait écrit pendant quelques mois, il y a deux ans, dans une chambre nouvellement recrépie : on employa des bains lièdes, des frictions graisseuses, des poudres qu'on dit être diaphorétiques et antispasmodiques ; il ne survint aucun changement. Au mois de juin, une seconde consultation décida qu'il irait prendre les eaux de Leuk en Valais : au retour il avait plus de tremblement et plus de raideur. Depuis lors (septembre 1760, jusqu'au mois de janvier 1764) je ne l'ai revu que trois ou quatre fois. En 1762, sur la foi de je ne sais quelle annonce, il fit venir de Francfort les remèdes de rOnania, qui n'opérèrent rien. Il en prit, l'année dernière, d'un médecin étranger avec aussi peu de succès. Le mal a fait, dès le commencement, des progrès lents, maisjournaliers; et, plusieurs mois avant sa mort, il ne pouvait plus se soutenir sur ses jambes; il ne pouvait plus remuer seul les bras ni les mains; l'embarras de la langue augmenta, et il perdit tellement la voix qu'on ne pouvait l'entendre qu'avec beaucoup de peine ; les muscles extenseurs delà tête la laissaient continuellement tomber sur la poitrine; il avait toujours de l'inquiétude dans les reins; le sommeil et l'appétit diminuèrent successivement : les derniers mois de sa vie, il avait beaucoup de peine à avaler ; depuis Noël il survint de l'oppression , avec une fièvre irrégulière; les yeux s'éteignirent singulièrement : il p;;ssait, quand je le revis, au mois de janvier, tout le jour et une grande partie de la nuit sur un fauteuil, penché en arrière, les jambesétendues sur une chaise, la lôle tombant à chaque instant sur la poitrine, ayant toujours une personne debout auprès de lui , sans cesse occupée à le changer d'attitude, à lui relever la tête, à l'aliincnler, à lui donner du tabac, à le moucher, et à écouter attentivement tout ce qu'il disait. Les derniers jours de sa vie il élait réduit à prononcer lettre par lettre , et on les écrivait à mesure qu'il les prononçait. Voyant que je ne lui donnais aucune espérance, et que je n'employais que quelques lénitifs pour ropprcssiou et la lièvre , pressé par le
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désir de vivre, il fit h un de ses amis, pour venir me la faire tout de suite, la confidence de la cause à l.tquelle il attribuait tous ses maux, en lui avouant que c'était la masturbation ; qu'il avait commencé cette infamie il y avait plusieurs années; qu'il l'avait continuée aussi long-temps qu'il l'avait pu, et qu'il avait senti croître ses maux à mesure qu'il s'y livrait. Il me confirma cet aveu quelques jours après, et c'est ce qui l'avait déjà déterminé à employer les remèdes de rOnania.
L'excès dans les plaisirs de ramourne produit pas seulement des maladies de langueur; il jetle quelquefois dans des maladies aiguës, et toujours il dérange celles qui dépendent d'une autre cause; il produit très-aisément la malignité, qui n'est, selon moi, que le défaut de forces dans la nature. Hippocrale nous a déjà laissé, dans ses histoires des maladies épidémiques, l'observation d'un jeune homme qui , après des excès vénériens et vineux, fut attaqué d'une fièvre accompagnée des symptômes les plus fâcheux, les plus irréguliers, et enfin mortelle (1).
Tout ce que Hoffmann dit sur celle matière mérite d'être rapporté. Après avoir parlé du danger des plaisirs de l'amour pour les blessés, il examine celui que courent les personnes qui ont la fièvre en s'y livrant , et il commence par citer une observation de Fabrice de Hilden, qui dit qu'un homme ayant eu commerce avec une femme, le dixième jour d'une pleurésie qui avait été terminée le septième par des sueurs abondantes , fut attaqué par une forle fièvre et un tremblement considérable, et mourut le treizième jour. Il donne ensuite l'histoire d'un homme de cinquante ans, goutteux, et livré aux femmes et au vin, qui, dans les premiers jours de la convalescence d'une fausse pleurésie, fut attaqué , immédiatement après le coït, d'un tremblement général , avec une rougeur excessive au visage, la fièvre, et lous les symptômes de la maladie dont il relevait, mais beaucoup plus violemment que la première fois; et il fut dans un bien plus grand danger. Il parle d'un homme qui ne se livrait jamais à des excès vénériens sans avoir une fièvre d'accès pendant plusieurs jours. Il finit par une observation de Bartholin , qui vit un nouveau
(1) Epitl., l. m, secl. 111, cpg. IG. Foès, p. 1117,
marié attaqué le lendemain de ses noces, après des excès conjugaux , d'une fièvre aiguë, avec un grand abattement , des défaillances, des soulèvements d'estomac, une soif immodérée, des rêveries, l'insomnie, beaucoup d'inquiétudes : il guérit par le repos et quelques fortifiants (Ij.
W. Chesneau vit deux jeunes mariés attaqués, la première semaine de leurs noces, d'une violente fièvre continue , avec une rougeur et un gonflement considérable du visage; l'un des deux avait une violente douleur au croupion : ils périrent l'un et l'autre au bout de peu de jours (2). — Vandermonde décrit une fièvre produite par la même cause , qui fut aussi très-longue, et accompagnée des accidents les plus effrayants, mais dont l'issue fut plus heureuse que chez le malade d'Hippocrate. Je ne rapporterai pas ici la description qu'il en donne, parce qu'elle est un peu longue ; mais je conseille aux médecins de la lire dans l'ouvrage même, qui aujourd'hui se trouve partout. Je parlerai plus bas du traitement. De Sauvages peint celte maladie sous le nom de/îèire ardente des épuisés ; le pouls est lantôl fort et plein, tantôt faible et petit; les urines sont rouges , la peau sèche et chaude , la soif considérable ; ils ont des nausées , et ne peuvent point dormir (3). — J'ai vu, en 17GI et 17C2, deux jeunes hommes trèssains, très-forts, très-vigoureux, qui furent attaqués, l'un le lendemain, l'aulre la seconde nuit de leurs noces, sans aucun frisson , d'une fièvre très-forte, avec le pouls vite et dur, des rêveries, beaucoup de légers mouvements convulsifs, une inquiétude insoutenable, et la peau très-sèche; le second avait beaucoup d'altération et beaucoup de peine à uriner. Je pensai d'abord que l'excès du vin pouvait aussi avoir quelque part à ces accidents; mais je fus pleinement dissuadé , au moins pour le second. Ils furent guéris l'un et l'aulre au bout de deux jours, circonstance qui, jointe à l'époque de la maladie et à ses caractères , ne laisse aucun doute sur sa cause. — De tristes observations m'ont appris que les maladies aiguës dans les masturbations étaient très-dangereuses; leur marche
(1) De morb. ex nrm. vener., § 20,21.
(2) Nie. Chesneau, Observ. med. lib.
quinq., I. v, obs. 50, 37.
(3) Nosolog., t. M, p. 2G2.
l'onanisme!
est ordinairementirréguli' re, leurs symptômes biznrrt-s , leurs prriodes dérangées; on ne trouve point de ressources dans le tempérament ; l'art est obligé de tout faire; et, comme il ne procure jamais de crises parfaites , quand, après beaucoup de peine, la maladie est surmontée , le malade reste dans un état de langueur plutôt que de convalescence, qui exige une continuation de soins les plus assidus, pour empêcher qu'il ne tombe dans quelque maladie chronique; et je vois que Fonseca avait déjà averti de ce danser. Plusieurs jeunes gens, ditil , même trcs-robustes , jont utt iqués , ajirès des excès avec des femmes dans une même nuit , ou d'une fièvre aifjuc qui les lue, ou ils tombent dans des maladies lâcheuses dont ils ont beaucoup de peine à guérir ; car, quand le corps est affaibli par des excès vt nériens, s'il est attaqué par quelque maladie aiguë, il n'y a point de remède (l j.
Un jeune g,trçon , qui n'avait pas encore sei7.e ans, s'était livré à la m.istiirbution avec tant île fureur, qu'enfin, au lieu de sperme, il n'avait amené que du sang, dont la sortie fat bienlôt suivie de douleurs excessives, et d'une inflammalion de tous les organes de la génération. Me trouvant par hasard à la campagne, on me consulta ; j'ordounai des cataplasmes extrêmement émollients , qui produisirent l'effet que j'en attendais ; mais j'ai appris depuis qu'il était mort peu de temps après de la petite- vérole, et je ne doute point que les atleinti s qu'il avait portées à son tempérament par ses infâmes fureurs n'aient beaucoup contribué à rendre cette maladie mortelle. Quel avis aux jeunes gens! — Tous ceux qui ont souvent occasion de traiter le mal vénérien savent que, dans les sujets usés par la fréquence des débauches, il devient fréqnem-nent morM. J'ai vu les plus affreux spectacles en ce genre,
SKCTioN V. ■ — Sui!c de ta inaslurbnlioii chez les femmes.
Les observations précédentes paraissent (oiiles, si l'on en excepte ceHc de Steiielin . ng.iider principalement les hommes : ce sera i tr'ailcr incumplciement cette maiièrc quelle ne pas avertir le sexe, qu'en conr.ml la même carrière de mauv.iises œuvres, il s'expose aux mè-
(1) Desaniiule luenda, p. ilO.
Tissot.
mes dangers; que plus d'i;ne fois il s'est; attire tous les maux que je viens de décrire , et que tous les jours les femmes livrées à cette luxure périssent misérablement ses victimes. L'Onania anglais est rempli d'aveux qu'on ne lit point sans être saisi d'horreur et de compassion ; le mal paraît même avoir plus d'aciivité dans le sexe que chez les hommes. Outre tous les symptômes que j'ai déjà rapportés , les femmes sont plus parliculièremcnt exposées à des accès d'hysiérie ou de va|ieur-< aiVreux , à des jaunisses incur.ibles , à des «rampes cruelles de l'estomac et du dos, à de vives douleurs de nez, à des pertes bl.mciies, dont ràc.relé est une source eonlinuelle de douleurs les plus cuisanle.'; ; à des chutes, à des ulcéraiiuns de matrice, et à toutes les inlirmilés que ces deux maux eiitiaînenl ; à des prolong ■meiits et à des darlresdu clitoris, à des fureurs utérines qui , leur enlevant à bi fois la puileur et li raison , les mettent au ni- \eau dcsl) ul. s le, plus lascives, jusqu'à ce qu'une mort dcsespé ée les arrache aux douleurs et à l'infamie. — Le visage, ce miroir fidèle de l'état de l'âme et du corps, e4 le premier à n:ius faire apercevoir des dér.uigeuicnts intérieurs. L'embonpoint et le coloris , dont la réunion furme cet air de jeunesse qui seul peut tenir lieu de beauté, et sans lequel l;i beauté ne produit plus d'autre impression que celle d'une admiration froide ; l'embonpoint, dis-je, et le coloris disparaissent les premiers; la maigreur, le plombé du teint, la rudesse de la peau leur succèdent immédiatement ; les yeux perdent leur éclat, se ternissent et peignent, par leur langueur, celle de ioutc la machine; les lèvres perdent leur vermillon, les dents leur blancheur, et entin il n'est pas rare que la figure reçoive un échec considérable jtar !a déformation lot.ile de la taille. — Le rachitis , ce qu'on appelle communément 1,1 noiiii e , n'est pas une maladie qui, comme l'a écrit le grand Boeriiaave, n'attaque jamais depuis l'âge de trois ans.
L'on voit communément des jeunes gens de l'un et de i'-^uîre sexe, mais siirt'Hif; parmi les femuiis , qui , après aroiï été bien faites jus [U h huit, dix, douze, q(!alorze, même seize ans, tombent peu à I)eu dans un dérangemi'nt de la taille par la couriiure de l'éjdue; et le désordre devient (|uelquefois ti ès - considérable. Ce n'est pas ici la place des détails de cette nuiljdie , ni de l'énumération des
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causes qui la produisent. Hippocrate en a déjà indiqué deux ((). J'aurai peut-être occasion de communiquer, dans un autre ouvrage , ce que plusieurs observations m'ont appris là-dessus; mais ce que je dois dire ici, c'est que, parmi ces causes, la masturbation occupe un des premiers rangs.
HoÉfmann avait déjà dit que les jeunes gens qui se livrent aux plaisirs de l'amour avant d avoir fait leur crue, maigrissaient et décroissaient au lieu de croître (2); et l'on sent qu'une cause qui peut empêcher l'accroissement doit à plus forte rjison en troubler l'ordre , et produire ces inégalités dans sa marche, qui contribuent à la maladie dont je parle. — Un symptôme commun aux deux sexes , el que je place dans cet article parce qu'il est plus fréquent chez les femmes, c'est l'indifféretice que celte infamie laisse pour les plaisirs légitimes de l'hymen , lors même que les désirs et les forces ne sont pas éteints : indifférence qui non-seulement fait bien des célibataires, mais qui souvent poursuit jusquedanslelit nuptial. Une femme avoue, dans la collection du docteur Bekkers, que cette manœuvre a pris tant d empire sur ses sens, qu'elle déteste les moyens légitimes d'amortir l'aiguillon de la chair. Je connais un homme qui, instruit de ces abominations par son précepteur , éprouva le même dégoût dans le commencement de son mariage; el l'angoisse de celle situation , jointe à l'épuisement dù à ses manœuvres, le jeta dans une profonde mélancolie , qui céda cependant à l'usage des remèdes nervins et fortifiants. — Avant que d'aller plus loin, qu'on me permette d'inviter les pères et les mères à réfléchir sur l'occasion du malheur de ce dernier malade, et il en est plus d'un dans ce même cas. Si l'on peut être trompé à ce point dans le choix de ceux à qui l'on confie le soin important de former l'esprit et le cœur des jeunes gens, que ne doit-on pas craindre, et de ceux qui, n'étant di-stinés qu'à développer leurs talents corporels , sont examinés moins rigoureusement sur les mœurs, et des domestiques qu'on engage souvent , sans s'informer s'ils en
ont ? Le jeune enfant dont j'ai parlé d'après Rast fut instruit au mal , comme on l'a vu , par une servante ; la collection anglaise est pleine d'exemples pareils, et je ne pourrais produire qu'un trop grand nombre déjeunes plantes perdues par le jardinier auquel on avait confié le soin de leur tournure. Il est, dans cette espèce de culture, des jardiniers des deux sexes. Quels remèdes, me dira-t-on , à ces maux ? La réponse sort de ma sphère, je la ferai courte. Apporter la plusgrande attention au choix d'un précepteur , et veiller sur lui el sur son élève avec celte vigilance qui, dans un père de famille attentif et éclairé, découvre ce qui se fait dans les endroits les plus obscurs de sa maison; de cette vigilance qui découvre le bois du cerf échappé à tous les autres yeux, et qui est toujours possible, quand on veut fortement l'avoir :
Docui( enim fabula dominum TÏdere plurinium in rebui
cuis. (PlISD.)
Ne laisser jamais les jeunes gens seuls avec les maîtres suspects, empêcher tout commerce avec les domestiques. — Il n'y a pas long temps qu'une fille, âgée de dix-huit ans, qui avait joui d'une trèsbonne santé , tomba dans une faiblesse étonnante ; ses forces diminuaient journellement; elle était tout le jouraccablée par l'assoupissement , et la nuit par l'insomnie ; elle n'avaitplus d'appétit, et une enfl ure œdémateuse s'était répandue par tout le corps. Elle consulta un habile chirurgien, qui, après s'être assuré qu'il n'y avait point de dérangement dans les règles, soupçonna la masturbation. L'effet que produisit sa première question lui confirma la justesse de son soupçon, et l'aveu de la malade le changea en certitude ; il lui fit sentir le danger de celte manœuvre , dont la cessation et quelques remèdes ont arrêté en très-peu de jours les progrès du mal , et produit même quelque amendement. — Outre la masturbation ou la souillure manuelle, il est un autre souillure qu'on pourrait apfelev ch'toridienne , dont l'origine connue remonte jusqu'à la seconde Saplio ,
Lcsbidci, infamcm quee me fecisti», aniat» ;
(1) Apbor. sect. vi, 46.
(2) De seiate conjugio opporluna, § 10, supplem. secund , p. 340. Toute cette dissertation mérite d'être lue, quoiqu'elle pût être mieux faite.
et qui , trop commune parmi les femmes de Rome, à l'époque oii toutes les mœurs s'y perdirent, fut plus d'une fois l'objet des épigrammes et des satires de ce siècle :
Leonum ancIHas posila Laufella coi-ona frtTocat, e( tellit feBdeulu prnmia c»!«!j
Ipsa Medulliiia friclum trissanlls adorât. Palmam inter dominas TÏrtus natalibus sequat (i;.
La nature, dans ses jeux, donne à quelques femmes une demi-ressemblance aux hommes, qui, mal examinée, a fait croire pendant bien des siècles à la chimère des hermaphrodites. La taille surnaturelle d'une partie li ès-petite à l'ordinaire , et sur laquelle Tronchin a donné une savante dissertation, opère tout le miracle, et l'abus odieux de celle partie, tout le mal. Glorieuses, peut-être, de cette espèce de ressemblance, il s'est trouvé de ces femmes imparfaites qui se sont emparées des fonctions viriles (2). Le danger n'est cependant pas moindre que dans les autres moyens de souillure; les suites en sont également affreuses. "Toutes ces routes mènent à l'épuisement , aux langueurs, aux douleurs, à la mort. Ce dernier genre mérite d'autant plus d'attention , qu'il est fréquent de nos jours, et qu'il serait aisé de trouver plus d'une Laufella et d'une Medullina, qui, comme ces Romaines, estiment assez les dons de la nature pour croire qu'ils doivent faire disparaître les différences arbitraires de la naissance. — L'on a vu souvent des femmes aimer des filles avec autant d'empressement que les hommes les plus passionnés, et concevoir même la jalousie la plus vive contre ceux qui paraissaient avoir de l'affection pour elles. — Il est temps de finir de si tristes détails ; je me lasse de peindre les turpitudes et les misères de l'humanité. Je n'accumulerai pas ici un plus grand nombre de faits ; ceux qui me restent trouveront naturellement leur place ailleurs , et je passe à l'examen des causes, après cette observation générale ; c'est que les jeunes gens nés avec une constitution faible ont , à parité de crimes, bien plus de maux à redouter que ceux qui sont nés vigoureux.
Aucun n'évite le châtiment; tous ne l'éprouvent pas également sévère. Ceux surtout qui ont à craindre l'hérédité de quelques maladies paternelles ou maternelles, qui sont menacés de la goutte, du calcul, de l'étisie, des écrouelles, qui ont eu quelques atteintes de toux, d'asthme,
(1) Juven., sat. vr,' v. 321.
(2) nias dixit Grsecia Tribades, Gallls dicuntur Ribaudes : monslrum quotidie nascens, et cui eo confidenlius sese tradunt puellae, quod abest fœcundilas, et Ut dixit Juvenalis:
9aod akortir» ntti e«( opuiij^
de crachement de sang, de migraines, d'épilepsie , qui ont du penchant à cette espèce de nouùre dont J'ai parlé plus haut ; tous ces infortunés, dis-je, doivent être intimement persuadés que chaque acte de ces débauches porte une forte atteinie à leur constitution , hâte à coup si!ir l'apparition des maux qu'ils craignent , en rendra les accès infiniment plus fâcheux , et les jettera , à la fleur de leur âge, dans toutes les infirmités de la vieillesse la plus languissante.
Taitarea» siTura constat inirc tIos.