ARTICLE II. LHS CAUSES
SECTION VI. — Importance de la liqueur séminale.
Comment une trop grande émission de semence produit-elle tous les maux que je viens de décrire ? C'est ce que je dois examiner actuellement. On peut réduire ces causes à deux , la privation de cette liqueur, et les circonstances qui en accompagnent l'émission. Le détail anatomique des organes qui se séparent , les conjectures plus ou moins probables sur la façon dont se fait cette séparation, les observations sur ses qualités sensibles, seraient autant d'objets déplacés dans cet ouvrage. Il ne s'agit ici que de prouver son utilité par les témoignages des médecins les plus respectables , j'en ai déjà rapporté quelques-uns, et de déterminer ses effets sur le corps. La section suivante sera destinée à l'examen des effets que doivent produire les circonstances qui accompagnent l'émission. — Hippocrate a cru qu'elle se séparait de tout le corps , mais surtout de la lêle. La semence de l'homme vient, dit-il, de toutes les humeurs de son corps ; elle en est la partie la plus importante. Ce qui le prouve, c'est la faiblesse qu'éprouvent ceux qui en perdent par l'union charnelle, quelque petite que soit la dose qu'ils en perdent. Il y a des veines et des nerfs qui de toutes les parties du corps vont se rendre aux parties génitales ; quand celles-ci se trouvent remplies et échauflfées , elles éprouvent un prurit, qui, se communiquant dans tout le corps, y porte une impression de chaleur et de plaisir; les humeurs entrent dans une espèce de fermentation qui en sépare c» qu'il y a de plus précieux et de plus balsamique, et cette partie, ainsi séparée du r«ste, est portée par la moelle de l'épine
l'onanisme.
aux organes génitaux (!)• Galien adopte ces idées. «Celle humeur, dit-il, n'est n que la plus subtile de toutes les autres ; » elle a ses veines, ses nerfs qui la por- 3) tenl de tout le corps aux testicules (2). i> En perdant la semence, dit-il ailleurs, j) on perd en même temps l'esprit vital; » ainsi il n'est point élonnant qu'un coït j) trop fréquent énerve , puisqu'il prive » le corps de ce qu'il a de plus pur (3).» Le même auteur nous a conservé, dans son Histoire de la Philosophie, les opinions des différents philosophes anciens sur ce sujet; qu'on me permette de les rapporter ici. Aristole, dont les ouvrages physiques seront estimés tant qu'on connaitrii le prix des observations, le mérite et la dilBculté qu'il y a à en ouvrir la carrière, l'appelle Vexcrc'mentdu dernier aliment (ce qtii signifie , en termes plus r.birs, la partie la plus perfectionnée de nos aliments) , qui a la faculté de reproduire des corps semblables à celui qui l'a produit. l'YlIiagore dit que c'est la jle.ur du sang le plus pur. Alcmajon, son élève, physicien et médecin distingué , l'un des premiers qui aient connu l'importance de disséquer les animaux, et celui des philosophes païens qui paraît avoir eu les idées les plus vraies de la nature de l'âme, Alcmajon, dis-je, la regardait comme une portion du cerveau, et il n'y a que deux ou trois ans qu'un médecin célèbre a adopté et amplifié ce système : il indique les passages par lesquels le cerveau va aux testicules qu'il regarde comme des ganglions, et non pas comme des glandes, et c'est par la dissipation du cerveau qu'il explique tous les phénomènes de l'épuisement vénérien.
— Platon envisageait cette liqueur comme un écoulement de la moelle de l'e'pine. Démocrite pensait comme II ippocrate et Galien. Epicure, cet homme respectable, qui a connu mieux que personne que l'homme n'était heureux que par les plaisirs, mais qui en même temps a fixé ces plaisirs par des règles que le héros chrétien ne désavouerait pas; Epicure, dont la doctrine a été si cruellement défigurée et déniarée par les stoïciens, que ceux qui ne l'ont connue que par leur canal s'y sont laissé surprendre,
(1) De gcniiiiro. Foes., p. 231.
(2) De spermale, lib. i, c. i, tom. vjii,
(3) De seniinc, lib. i, cap. xxv, t. i,
et ont pris pour un débauché, dit Fénélon, un homme d'une continence exemplaire, et dont les mœurs ont toujours été très-réglées ; j'ajouterai , dont les principes sont la censure la plus sévère des dogmes de ces prétendus sectateurs modernes, qui, ne connaissant de lui que son nom, en abusent indignement pour autoriser des systèmes d'infamie qu'il abhorrait, et dont les sages, qui aiment le vrai, ne doivent pas permettre qu'on déshonore la mémoire , si tant est que des gens perdus puissent déshonorer quelqu'un ; E[)icure, dis-je, regardait la semence comme une parcelle de l'âme et du corps, et fondait sur cette idée les préceptes qu'il donnait de la conserver soigneusement.
Quoique plusieurs de ces sentiments diffèrent en quelque chose, tous prouvent combien l'on a cru cette humeur précieuse. — L'on a demandé : est-elle analogue à quelque autre humeur? estelle la même que ce liquide qui, sous le nom d'esi)r[ls animaux, parcourties nerfs, concourt à toutes les fonctions un peu importantes de la machine animale, et dont la dépravation produit une infinité de maux si fréquents et si bizarres? Pour répondre positivement à cette question , il faudrait connaître intimement la nature de ces deux humeurs. Nous sommes loin de ce degré de connaiss.ince, et nous n'avons à proposer que d'ingénieuses et de probables conjectures. — « L'on com- » prend aisément, dit M. Hoffmann, com- )) ment il y a un rapport si étroit entre le » cerveau et les testicules, puisque ces ji deux organes séparent du sangla lym- » phe la plus subtile et la plus exquise , » qui est destinée à donner la force et le » mouvement aux parties , et à servir » même aux fonctions de l'âme. Aussi il » est impossible qu'une dissipation trop » abondante de ces liqueurs ne dtHruise » pas les forces de l'âme et du corps (I). » Le liquide séminal , dit- il ailleurs, se » distribue, comme les esprits animaux )) séparés par le cerveau, dans tous les )) nerfs du corps : il paraît être delà même » nature ; de là vient que plus ou en )) dissipe, moins il se sépare de ces es- » prits ». Gotler est dans la même idée : « Le sperme est la plus parfaite et la plus «importante des liqueurs animales, la » plus travaillée , le résultat de toutes les )> digestions ; son intime rapport avec
(1) Même endroit, cas 105> p. 293.
l'onanisme.
» les esprits animaux prouve que, comme » eux , elle tire son origine des humeurs » les plus parfaites (1)». En un mot, il paraît par ces tomoitjnages , et pir une fouie d'autres qu'il serait diflicile de citer, que c'est une liqueur extrêmement importiinle, qu'on pourrait appeler iVit/j/e essentielle des liqueurs animales, ou plus exactement peut être , l'esprit recteur , dont la dissipation laisse les autres humeurs faibles , et , en quelque façon , éventées.
Quellequesoit, dira t on, l'importance de celte humeur, puis|u'elle est séparée des autres, puisqu'elle est déposée dans ses réservoirs, de quel usage peut-elle être au corps? L'on accorde qu'une trop grande évacuation des humeurs, qui circulent actuellement dans les viiisseaux, qui parla même fournissentii lanutrition, telles que le sang, la sérosité, la lymphe, etc., doit ;iffaib!ir; mais il est plus difficile de comprendre comment une humeur qui ne circule plus, qui est isolée, peut produire cet effet. Je réponds d'abord que des exemples semblables, et trop fréquents pour n'être pas généralement connus, auraientdù prévenir cette objection. 11 n'y a personne qui n'aitvu qu'une évacuation de lait, pour me borner à celle-ci , quoique médiocre et peu longue, aGfaiblit à un point dont les influences se font quelquefois ressentir pendrint le reste de la vie, une nourrice dont la santé n'est pas vigoureuse, et que la plus robuste succombe au bout d'un certiin terme. La raison en est sensible : en vidant trop souvent les réservoirs destinés à recevoir quelque liqueur, l'on détermine les humeurs, par une suite né' cessaire deslois de la machine, à y atïluer en plus grande abond«uce : cette sécrétion devient excessive ; louies les autres en souffrent, surtout la nutrition, qui n'est qu'une espèce de sécrétion; l'animal languit et s'affaiblit. Mais, en second lieu, il y a pour la semence une réponse qui n'a pas lieu pour le lait : le lait est une liqueur simplement nutritive , dont la trop grande sécrétion ne nuit qu'en diminuant trop la quantité des humeurs : la semence est une liqueur active dont
(1) Do persplc insensibili, c. xvii, § 5, p. 219.
En 1720, le docteur G. A. Jacques soutint à Paris une thèse sur cette question : An Immorum prœstaniior semen? et, suivant l'usage, il répondit affirmativement,
la présence produit dés effets nécessaires au jeu des organes, qui cesse si ou l'évacué ; une liqueur, par là même, dont l'émission superflue nuit par un double endroit. Je m'explique : il est des humeurs, telles sont la sueur et la transpiration , qui abandonnent le corps au moment où elles sont séparées des autres humeurs, et expulsées des vaisseaux de la circulalion. Il en est d'autres, telle est l'urine, qui, après cette séparation et cette exjmlsion , sont retenues pendant un certain temps dans des réservoirs destinés a cela, et dont elles ne sortent (|ue qu.iud elles sont en assez grande quantité pour exciter sur ces réservoirs une irritution qui les force mécaniquement à se vider. Il en est de troisièmes, qui sont séparées et retenues , comme les second* s, dans des réservoirs , non point dans la vue d'être du moins entièrement évacuées , mais pour acquérir, dans ces réservoirs, une perfection qui les rend propres à de nouvelles fonctions , quand elles rentrent dans la masse des humeurs. Telle est, entre plusieurs autres, la lii|ueur génitale. Séparée dans les testicules , elle passe de là par un canal assez long dans les vésicules séminales, et est constamment repompée par les vaisseaux absorbants, et de proche en proche, rendue à à la masse totale des humeurs. C'est une vérité que l'on démontre par bien des preuves : une seule suffit. Dans un homme sain , la séparation de celle liqueur se fait continuellement dans les testicules ; elle se rend dans ses réservoirs, dont l'étendue est très-bornée, et ne peut peut-être pas en contenir tout ce qui se sépare dans un jour : cependant il est des hommes continents qui n'en évacuent point pendant des années entières. Que deviendrait-elle si elle ne rentrait pas continuellement dans les vaisseaux de la circulation ? rentrée qui est extrêmement facilitée parla structure de tous les organes qui servent à la séparation, à la roule et à la conservation de cette humeur. Les veines y sont beaucoup plus considérables que les artères, et cela dans une proportion qui ne se trouve tout aussi grande ailleurs (l).
(1) J'adopte, ou je parais adopter ici le système commun, que les veines ordinaires absorbent. Dans le système de llunster, qui croit que l'absorption ne se fait que par les veines lymphatiques, les parties génilales sont également propres
502 l'onai
Aussi, il est probable que ce repompement ne se fait pas seulement dans les vésicules séminales, mais qu'il a déjà lieu dans les testicules, dans les épididymes , qui sont une e>pèce de premier réservoir adhérent aux testicules, et dans le canal déférent, qui est celui par lequel la semence va du testicule à la vésicule séminale.
Galien avait su que les humeurs s'enrichissent de la semence retenue , quoiqu'il en ignorât le mécanisme. « Tout w en est plein , dit-il , chez ceux qui ne î) commercent pas avec les femmes; l'on » n'en trouve point chez ceux qui se li- » vrent souvent à ce commerce ». Il se donne ensuite beaucoup de peine pour découvrir comment une petite quantité de cette humeur peut donner autant de force au corps ; enfin il décide « qu'elle » est d'une vertu exquise , et qu'ainsi » elle peut communiquer très-prompte- 3) ment de sa force à toutes les parties du » corps (I)». Il prouve ensuite, par plusieurs exemples, qu'une petite cause produit souvent de grands effets, et conclut ainsi : « Est-il donc étonnant que o les testicules fournissent une liqueur » propre à répandre une nouvelle vi- » gueur sur tout le corps? Le cerveau 3) produit bien les sensations et les mou- » vements, et le cœur donne aux artères 3) la force de battre ». Je finirai celte section par rapporter ce que dit de la semence l'un des plus grands hommes de ce siècle. « La semence est gardée dans » les vésicules séminales jusqu'à ce que » l'homme en fasse usage , ou que les j) écoulements nocturnes l'en privent.
}> Pendant tout ce temps-là , la quantité » qui s'y en trouve excite l'animal à j> l'acte vénérien ; mais la plus grande » quantité de celte semence , la plus vo- » latilc , la plus odorante , celle qui a le 3) plus de force , est repompée par le » sang, et elle produit, en y entrant, des » changements bien surprenants : la bar- » be, les poils, les cornes; elle change 3) la voix et les mœurs, car l'âge ne pro- B duit pas dans les animaux ce change- 3) ment, c'est la semence seule qui les 3( opère , et on ne les remarque jamais H dans les eunuques (2) ».
à une très-grande absorption, puisque les Vaisseaux de celle espèce y sont Irèsabondanls.
(1) De semine, 1. i, c. xxxiv, t. i, p.
(2) Haller, Prlra.^lîn, pbys,, § 790.
Comment la semence opère-t-elle ces efiels ? C'est là un de ces problêmes dont la solution n'est peut-être pas encore miire. Ce qu'on peut cependant dire avec beaucoup de probabilité , c'est que cette liqueur est un stimulus, un aiguillon qui irrite les parties qu'il touche ; son odeur forte , et l'irritation évidente qu'elle exerce sur les organes de la génération, ne laissent aucun doute la-dessus , et l'on comprend que ces particules âcres étant continuellement repompées et remêlées aux humeurs, aiguillonnent légèrement, mais sans interruption, les vaisseaux, qui, par là même, se contractent avec plus de force; leur action sur les fluides est plus efficace ; la circulation est plus animée, la nutrition plus exacte; toutes les autres fonctions se font d'une manière plus parfaite : quand ce secours manque, plusieurs fonctions ne se développent jamais; c'est le cas des cnnuques (l); toutes se font mal. Il se présente ici une question assez naturelle; pourquoi les ennuques n'éprouvent-ils pas les mêmes maux r[ue ceux qui s'épuisent par les débauches vénériennes? Il n'est guère possible de répondre exactement à cette question qu'à la fin de la section suivante.
SECTION va. — Examen des clrconslanccs qui accompagnent rémission.
Il y a plusieurs évacuations qui se font sans qu'on s'en aperçoive : toutes les autres se font dans l'ctat de parfaite santé, avec une facilité qui f^iil qu'elles n'ont aucune influence sur le reste de la machine; le plus léger mouvement dans l'organe qui en renferme la matière suffit à l'expulsion. Il n'en est pas de même de l'évacuation du sperme. 11 ne faut rien moins que des ébranlements généraux, une convTilsion de toutes les parties, uneaugmcntation de vitesse dans le mouvement de toutes les humeurs, pour la déplacer et lui donner issue. Est-ce trop
L'on peut consulter sur ces matières Wliarton, De glandulis; Russel, De œconomia naturaî in gland, morb. , p. 92 ; Skmeider, De regressu seniiiiis ad niassam sanguineam ; Suppl. aux Actes des savants de Leipsick, t. v, p. 2.52, et uno foule d'autres auteurs physiologistes.
(1) Ceux qui voudront lire un très-bon ouvrage sur ces hommes imparfaits doivent ise prççurer Welhos, De çasiralis.
l'onanisme;
hasarder de dire qu'on peut regarder ce concours nécessaire de toute la machine, au moment de son évacuation , comme une preuve sensible de l'influence qu'il a sur tout le corps? Le coït, dit Démocrite, est une espèce d'épilepsie. « C'est, » dit de Hailer, une action très- violente, » qui est très-voisine de la convulsion , » et qui, par là même, affaiblit étonnam- » ment , et nuit à tout le système ner- » veux. "L'on a vu dans les observations que j'ai rapportées plus haut, et dans quelques-unes de celles que j'ai citées, l'émission accompagnée de vraies convulsions, d'une espèce d épilepsie; et la même observation fournit les preuves évidenles de l'influence que ces mouvements violents eurent sur la santé du malheureux qui en est le sujet. La promptitude avec laquelle l'affaiblissement suit l'acte a paru à bien des gens, et avec raison , une preuve que ce ne pouvait être la seule privation de semence qui l'occasionnait : mais ce qui prouve déraonstrativemenl combien le spasme doit affaiblir, c'est l'affaiblissement qu'éprouvent tous les malades qui ont des accès de maladies convulsives : celui qui suit les accès d'épilepsie est quelquefois excessif. — Ce n'est qu'au spasme qu'on peut attribuer l'effet que le coït produisit sur l'amman d'une ville de Suisse, dont F. PJatérus nous a conservé l'histoire , et qui, s'étant remarié déjà vieux, fut saisi, en voulant célébrer ses noces, d'une suffocation si violente, qu'il fut obligé de cesser. Le même accident le reprit toutes les fois qu'il tenta le même essai. Il s'adressa à une foule de charlatans : l'un lui promit, après lui avoir fait prendre plusieurs remèdes , qu'il n'avait plus aucun danger à courir. Il hasarda une nouvelle tentative sur la parole de son Esculape; le succès en fut d'abord le même; mais, plein de confiance, il voulut aller jusqu'au bout et mourut dans l'acte même entre les bras de sa femme (l).
Les palpitations violentes qui accompagnent quelquefois le coït sont aussi un symptôme convulsif. Hippocrate parle d'un jeune homme à qui des excès en vin et en femmes avaient occasionné , entre autres symptômes, des palpitations continuelles (2); et Dolœusen a vu un saisi,
(1) Felic. Plaleri, Observ. lib. prim.
suffocaiio ex congressu, p. 174.
(2) Epid., 1. m, s. 7, œg. 17, l'oes., p,
dans l'acte même , d'une palpitation sï violente, qu'il aurait été étouffé s'il avait persisté (Ij. L'on trouve dans Hoffmann d'autres faits semblables. — L'observation de l'enfant cité plus haut est encore une preuve qui n'a pas échappé à la sagacité de Rast, du pouvoir de la cause convulsive, puisqu'à cet âge il ne pouvait guère évacuer qu'une humeur des prostates, et non point une véritable semence. — Ces remarques ont été saisies par le plus grand nombre de bons auteurs qui ont écrit sur cette matière. Galien paraît les avoir déjà faites. « La volupté elle- » même, dit-il, affaiblit les forces vita- » les. » Fleming n'a pas omis celte cause dans son beau poème sur les maladies des nerfs :
Qulu eliam npr»os frangit qurecutuque voluplas (a).
Sanctorius établit positivement que les mouvements affaiblissent plus que l'émission du sperme; et il est bien étonnant que Gotter, son commentateur, ait cherché à persuader le contraire. La raison qu'il en donne , en assurant que ces mouvements n'affaiblissent pas plus que d'autres mouvements quelconques, parce qu'ils ne sont pas convulsifs, ne persuadera personne. Un exemple, s'il peut en citer un, ne fait pas loi. Lister, Woguez, Quincy, qui ont commenté le même ouvrage avant lui , ne pensent pas comme lui, et ils attribuent une partie du danger à l'affaiblissement que laissent les convulsions. Le coït, dit Noguez, est une convulsion ; il dispose les nerfs aux mouvements convulsifs, et la plus légère occasion les fait naître (H). — J.-B. Borelli , l'un des premiers créateurs de la physiologie , ne les avait pas envisagés comme Gotter; il est positif sur cet article : « Cet acte est accompagné d'une » espèce d'affection convulsive, qui porte » les plus rudes atteintes au cerveau et » à tout le genre nerveux (4). » Senac attribue positivement aux nerfs les faiblesses qui suivent le coït. La cause la plus vraisemblable de la syncope qui survient quand un abcès s'ouvre dans l'intérieur de l'abdomen, « c'est, dit-il, l'ac- » tion des nerfs qui se mettent alors en
(t) Eneyclop. medic, lib. u, cap. vi, p. 347.
(2) Neuropalliia, 1. 1, V. 375,
(3) Secl. VI, aph. 10.
(4) De molu animal., 1. ii, c. xii, pfop.
504 l'on*nisme.
)> jeu. Cela est confirmé par rabaHemenl ■» ou parla syncope qui suivent l'efTiision » du spt'rmc; car ce n'est qu'aux nerfs » qu'on peut imputer ceitc défaillance >i (ij. » — Lewis (2) attribue plus à cette cause qu'à l'autre, ainsi que Sanctorius.
— Dès qu'il y a convulsion , le genre nerveux se trouve dans un clat de tension, ou plus exactement, dans un degré d'action Citraordinaire , dont la suite ju'ccssaire est un relâchement excessif.
Tout organe qu'on a monté au -de-sus de son Ion retombe au-dessous; par là même, les fonctions qui en dépendent se l'ont nécessairement mal; et, comme les nerfs influent sur toutes , il n'en est ■[ioint qui n'éprouve quelipie dérangemciit quand ils sont affaiblis. — Une raison qui conlril)ue aussi à l'affriiblisscmcnt du genre nerveux , c'est l'augmentation de 11 quanlilc du siing dans le cerveau pendant l'aclc vénérien, ausmeutalion bien dcnionirre, et qui est allée plusieurs fois jusqu'à produire l'apoplexie : l'on en trouve ])lusicurs exemples dans les observateurs; el Hoffmann rapporte celui d'un soldai qui, se livrant à cet acte avec fureur, mourut apoplectique dans le coït même : l'on trouva le cerveau plein de sxng. C'est par cette même augmentation de sang qu'on explique pourquoi ces excès produisent la manie (3). Cette quantité de sang distend. int les nerfs, les affaiblit; ils résistent moins aux impressions, el c'tst ce qui fait leur faiblesse.
— En réiléchissant sur les effets de ces deux causes, l'évacuation de la semence el les mouvements convulsifs, il est aisé d'expliquer les désordres qui doivent en i-ésulter dans l'économie animale. L'on peut les ranger sous trois classes : la dépravation des digestions, l'alTaiblissernenl du cerveau et du genre nerveux , le dérangement de la transpiration. L'on verra qu'il n'est aucune maladie chronique qu'on ne puisse déduire de celte tri|>le cause. — Le relâchement dans lequel ces excès jettent dérange les fonctions de tous les organes, dit un des auteurs qui a le mieux écrit sur la diététique; et la digestion, la coction, la transpiration , les autres évacuations ne se font plus comme il faut ; d'oii il résulte une diminution sensible des forces, de la
mémoire, et même de l'entendement ; un obscurcissement dans la vue , tous les maux de nerfs, toutes les es|>èce.i de gouttes ou de rhumatismes, une faiblesse étonnante dans le dos , la consomption , la faiblesse des org-nes de la génération, des urines sanglantes, un dérangement dans l'appétit, des maux de tête, et un grand nombre d'autres maladies qu'il Cjt inutile de détailler ici, en un mot, rien n'abrège tant la vie que l'abus des plaisirs (le l'amour (l j.
10 L'estomac est la partie qui se ressent la première de toutes les causes qui affaiblissent, et cela, parce que c'est celle donl les fonclionsdemandent la plus grande iierfection dans l'organe. La plus grande parlie des autres sont autant passives qu'actives : l'estomac est presque entièrement actif; aussi dès que ses forces diminuent , ses fondions se dérangent : vérité d'observation, qui, jointe à la suivante et à la variété des impressions premières, el souvent fâcheuses, que ce qu'on avale produit sur ce viscère , rend raison de la fréquence, de la bizarrerie et de l'opiiiiàtreté de ses maladies. 11 est de toutes les parties du corps l'une de celles qui reçoit le plus grand nombre de nerfs, et dans laquelle, par là même, il se distribue une plus grande quantité d'esprits animaux. Ce qui affaiblit l'action des uns, et diminue la quantité ou altère la qualité des autres, doit donc diminuer la force de ce viscère plus rpie d'aucun autre; et c'est ce qui arrive dans les excès vénériens. L'importance de la fonction à laquelle il est destine fait que, dès qu'elle se fait moins bien, toutes les autres s'en ressentent.
Huju!! rnim validus firniat tcnor omnîa incinbra i Ât contra cjnsdcm frah^uiitur cuiicla doiore (s^.
Dès que les digestions se font imparfaitement, les humeurs prennent un caractère de crudité qui les rend impropres à toutes leurs destinations, mais qui empêche surtout la nutrition, dont dépend la réparation des forces. Il suflit , pour s'assurer de l'influence générale de l'estomac, d'observer l'état d'une personne qui éprouve une digestion laborieuse :
les forces se perdent dans quelqiu s minutes, un malaise général rend la faiblesse plus à charge, les organes de sens s'émousscnt, l'âme même n'exerce ses
(1 ) Trailé du cœur, lib. iv, c. xii, § 3,
(2) Aplior. 4, p. G.
(3} De morb anini, vcner. 17.
(1) Lynch guide to beallb, p, 306.
(2) Q. Serenus Samm.
l'onanisnîe.
facultés qu'iîîiparfititement; la mémoire etsurlout l'iraa^inntion paraissent anéanties; rien, en un mot, ne ra|iproclie plus un homme dVsprit d'un sot, (ju'une indigestion pénible. Une belle observation, rapportée par Payva, médecin portugais, habitué à Rome, répand un grand jour sur l'affaiblissement prodigieux dans lequel les excès de ce prenrc jettent l'estomac. « Quand les désirs vénériens, dit-il, » sont montés chez les jeunes gei^s à leur » plus haut degré, ils éprouvent une es- )' pèce de sensation agréable s l'orifice » de l'estomac; mais, s'ils salisfoiit ces » désirs avec trop d'impétuosité et au- » delà de leurs forces, ils éprouvent dans » ce même end.-oit une sensation exlrè- » mement désagréable et fâcheuse, qu'ils » ne peuvent pas exprimer, et ils payent )) bien chèrement leurs excès par la mai- « gicur, le m:irasme etc., dans lesquels » ils tombent (t). » — Arélée avait déjà connu Celte vérité (2), et Boerha ive emploie les mêmes expressions que Payva :
il ajoute que ce ."sentiment douloureux se dissipe à mesure qu'ils reprennent leurs forces (3) : il confirme la même chose ailleurs, en y joignant une règle de pt;^tique Irès utile; c'est que, quand il survient des accès d'épilepsie après des escès vénériens , il faut penser à fortifier les nerfs de l'estomac (4).
2° f^a faiblesse du genre nerveux, qui dispose h tous les accidents paralytiques et spasmodiqucs, est produite, comme je l'ai déjà dit, par les mouvements convulsifs qui accompagnent l'émission; en second lieu 5 par le vice des digestions : dès q i'clles pèchent, les nerfs s'en ressentent d'autant plus , que le fluide qui les pénètre étant le dernier ou\rage de la coction, celui qui la suppose la plus parfaite, quand elle est altérée, il est celui des fluides animaux qui en est le plus
(1) In tenligino ardenlissima juvenutn inest quid grr.ti in orc vcniriculi, in concubitum si ruant salacissimi, cl ullra vires lenlant opus, lune in orc veniriouli nianet illud ingralissimum amarumque quod exprimera nequeunl : pœnas et luunt, el pœnitenlia dolent : hiuc macies, marasmus, etc. G. R. de Payva, De affeclu alli'abilario , mirachiali , etc., p. 27.
(2) De morb. cbronic, 1. ii, c. Vf, stomaclius deleclationis Iristitiœquc princcps csl.
(ô) De morb. nervor., p. 'loi.
(4) Ibid., p. 807.
sensiblement affecté , celui sur lequel la crudité des humeurs a le plus d'influence. Enfin, ce qui auguienle cet alVaiblisscment , c'est l'évacuition d'une humeur analogue aux esprits animaux, et qu'à raison de cette analogie on ne peut point évacuer sans diminuer la force du genre nerveux , dont les doutes modestes de quel([ues grands hommes, qui n'osent alfiiiiier en physique que ce dont la vérité tombe sous leurs sens, el les objections de queh|ues physiologistes subalternes ou systématiques, ne m'empèclient pas d'attribuer la force à ces esprits. D'ailleurs. ind(''peiidamment du dommage qui résulte de cette évacuation, relativeme it à la quantité d'esprits animaux, elie nuit, en ce qu'elle prive les vaisseaux de ce léger aiguillonnement que produit le sperme repompé, et qui contribue si fort à la coction. E le nuit donc, et en soustrayant une partie d'esprits animaux, ou au moins d'une humeur très-précieuse, et en diminuant la coction, sans laquelle ces esprits ne sont préparés qu'imparfaitement et insulFisamment. — Il y a , entre les maladies de l'estomac et celles des nerfs , un cercle vicieux. Les premières font naître les secondes , et celles - ci, une fois formées, contribuent infinitnent à les augmenter. Quand l'observation journalière ne le prouverait pas, la seule inspection analomique de l'eslomac sutlirait pour eu convaincre. La quantité de nerfs qui s'y distribuent démontrent combien ils sont nécessaires à ses fonctions , et combien, par là même , elles doivent être dérangées quand ils ne sont pas en bon état.
3" Enfin, la transpiration se fait moins bien. Sancloriiis a même déterminé la quantité dont elle diminuait ; et celte évacuation, la plus considér.ible de toutes , ne peut pas être supprimée qu'il n'en résulte promptement une foule de symptômes dilïérents. — L'on comprend aisément qu'il n'est point de maladies qui ne peuvent être produites par celle triple cause. Je n'entrerai pas dans l'explication de tous les symptômes particuliers ; ce détail prolongerait trop ce petit ouvrage, et n'intéresserait que tes médecins auxquels il est inutile; l'on peut voir ce qu'en dit Gorter (I). — Clitton Winlringham a très - bien détaillé les dangers de cette évacuation, relativement
(1) De perspirat., cap, xvii, § 8, 12, et aph.
l'onanisme.
aux gouUeuK , et son explication mérite d'être lue (l). — Feu Gunzius (2) , enlevé à la médecine à la fleur de son âg^e, a donné une explication mécanique trèsingénieuse des inconvénients de ces excès relativement à la respiration ; il parle dans cet etidioit d'un homme qui s'était attiré par là une toux continuelle; symptôme que j'ai vu chez un jeune homme qui mourut victime de l'onanisme. 11 était venu à Montpellier pour faire ses études; ses excès clans cette infamie le jetèrent dans l'étisie , et je me rappelle que sa toux était si forte et si continuelle, que tous ses voisins en élaient incommodés. On le saigna fréquemment dans la vue, sans doute, d'abréger ses souffrances. Une consultation lui ordonna d'aller prendre les bouillons de torlue chez lui (il était, si je ne me trompe, Dauphinois), et lui promit une guérison complète. Il mourut deux heures après. — Ce qu'on comprend le moins aisément , ou plutôt ce qu'on ne comprend point du tout, c'est cet affaiblissement prodigieux des facultés de l'âme. La solution de ce problême tient à la question insoluble pour nous, de l'influence des deux substances l'une sur l'autre, et nous sommes réduits à l'observation des phénomènes. Nous ignorons et la nature de l'esprit et celle du corps; mais nous savons que ces deux parties de l'homme sont intimement unies, que tous les cliangcnients que l'une éprouve sont ressentis par l'autre; une circulation un peu plus ou moins vite, un sang un peu plus ou moins épais, quelques onces d'aliments de plus ou de moins, la même quantité d'un aliment plutôt que d'un autre, une tasse de café au lieu d'un peu de vin, un sommeil plus ou moins long ou tranquille, une selle un peu plus ou moins abondante, une transpiration trop forte ou trop faible, changent du tout au tout notre façon de voir et de juger les objets : d'une heure à l'autre , les révolutions de la machine nous font sentir et penser très - différemment , et nous font, à leur gré, de nouveaux principes des vices et des vertus , tant sont vrais les vers du premier satirique moderne :
Tout, suivatil rintellect, change cl'orJfe et de rang: Ainsi cVst la nalure et Diunieur des peisonncs,
(1) The Works of thc laie Cliflon, Win- Iringham, c. ii, p. 85, elc.
(2) Comment, in libr. de hunaoribus, p. 228.
Et non la quatll6 qui rftid leâ cîioses bonnes.
C'est un mal bien étrange au cerveau des humains ( i).
Tant est exact le tableau que Lucrèce a tracé de cette union intime.
— Gigni pariter cum corporc, et una Crescere sentimus, pariterque senescere mentem* Nam vi-lul infii-nio puer! teni'roque Tagantur Corpore, sic aninii nequitnr seulenlia tenuis. Inde ubi robustis adolevit viiibus œtas, Consilium qui que mijjus, et aiictior est anîmi vis 1 Po.'-l ubi jain validis quassatum est viribus a,'Ti Corpus, et obtusis eeciderunt viribiis artus; Clautîicat inpeijium, délirât linpuaque, mensque* Onmia (leUciunt, atque inio lempore desunt: Quiii etiam niorbis in corpoi-is avius errai. Saepe auinius, démentit enini deliraquc fatur (a).
L'observation nous apprend également que, de toutes les maladies, il n'y en a point qui affecte l'âme plus promplement que celle du genre nerveux; les épilcpliques qui , au bout de quelques années, tombent presque ordinairement dans l'imbécillité , en fournissent une triste preuve , qui en même temps nous apprend qu'il n'est point étonnant si des actes qui , comme on l'a dit plus haut , sont toujours légèrement épilepliques , produisent cet affaiblissement du cerveau , et par là même des facultés. — L'affaiblissement du cerveau et du genre nerveux est suivi de celui des sens, et cela est naturel. Sanctorius, HolTmann.et quelques autres, ont cherché à expliquer pourquoi la vue souffrait plus parliculièreniciit; mais leurs raisons , qui sont vraies, ne me paraissent pas suffisantes. Les principales, et celles qui sont particulières à cet organe, sont la multitude des parties qui composent l'œil, et qui , étant toutes susceptihles de différents vices, le rendent infiniuient plus sujet à des dérangements que les autres. Les nerfs, en second lieu, servent ici à plusieurs usages , et sotit en très - grand nombre. Enfin, cet afflux d'humeurs sur cette partie pendant le temps de l'acte, afflux dont la scintillation qu'on aperçoit alors dans les yeux des animaux forme une preuve sensible , produit dans les vaisseaux d'abord une faiblesse, et ensuite des engorgements, dont la perte de la vue est une suite nécessaire. — Il est aisé actuellement de répondre à la question proposée plus haut, pourquoi les eunuques, qui n'ont point de semence, ne sont-ils pas exposés aux maladies que nous venons de décrire? — Il y en a deux raisons très- suffisantes. La première,
(1) Régnier, satire 5.
(2) De nalura reruni, 1, iii, v. 4iC.
l'onanisme.
c'est que, s'ils ne retirent pas les avantages que produit cette liqueur , quand elle a été préparée et repompée, d'un autre côlé , ils ne perdent point cette partie précieuse du sang' destinée à devenir semence. Ils n'éprouvetit pas ces chaneements qui sont dus à la semence préparée, et que j'ai indiqués plus haut; niais ils ne doivent pas non plus être exposés aux maux qui viennent de la privation de cette humeur non préparée. L'on pourrait, si l'on veut, me permettre d'employer les termes des métaphysiciens , distinguer la semence en semence à faire, senifti in pntenda; c'est cette partie précieuse des humeurs que les testicules séparent : et semence faite, semen in actu. Si la première ne se sépare p.is, la machine manque des secours qu'elle relire de la semence préparée , et n'éprouve point les changements qui en dépendent; mais elle ne s'appauvrit pas; elle n'acquiert pas, mais elle ne perd pas; on reste dans l'état d'enfance. Quand la semence se sépare et s'évacue, c'est alors une privation, un appauvrissement réel.
La seconde raison , c'est que les eunuques n'éprouvent point ce spasme auquel j'ai attribué une grande partie des maux qui suivent ces excès. — Les accidents qu'éprouvent les i'emmcs s'expliipient tout comme ceux des hommes. L'humeur qu'elles perdent étant moins précieuse , moins travaillée que le sperme de l'homme, sa perte ne les affaiblit peut-être pas aussi proraplement; mais, quand elles vont jusqu'à l'excès , le genre nerveux étant plus faible chez elles, et naturellement plus disposé au spasme , les accidents sont plus vioIcnts.-Des excès subits les jettent dans des accidents analogues à celui d'un jeune homme dont j'ai parlé plus haut, page 405, et j'ai été témoin d'un trisle spectacle en ce genre. En 1740, une fille, âgée de vingt-trois ans, défia six dragons espagnols , et soutint leurs assauts pendant toute une nuit dans une maison aux portes de Montpellier! Le matin on l'apporta en ville, mourante : elle expira le soir baignée dans son sang qui ruisselait de la matrice. Il eût été in'-éressant de s'assurer si cette hémorrhagie était la suite de quelque blessure, ou si elle ne dépendait que de la dilatation des vaisseaux produite par l'action augmentée de cet organe.
SECTION viii. — Causes de danger, particulières à la masturbation.
On a vu plus haut que la masturbation
était plus pernicieuse que les excès avec les femmes. Ceux qui font intervenir partout une providence particulière, établiront que la raison en est une volonté spéciale de Dieu pour punir ce crime. Persuadé que les corps ont été astreints, dès leur création, à des lois qui en régissent nécessairement tous les mouvements, et dont la divinité ne change l'économie que dans un petit nombre de cas réservés, je ne voudrais avoir recours aux causes miraculeuses que quand on trouve une opposition évidente avec les causes physiques. Ce n'est point le cas ici : tout peut très-bien s'expliquer par les lois de la mécanique du corps et par celles de son union avec l'âme. Cette habitude de recourir aux causes surnaturelles a déjà été combattue par Hippocrate , qui, en parlant d'une maladie que les Scythes attribuaient à une punition particulière de Dieu, fait celte belle réflexion : « Il est vrai que celte maladie » vient de Dieu ; mais elle en vient com- » me toutes les autres : elles n'en vien- » nent pas plus les unes que les autres , » parce que toutes sont une suite des lois » de la nature, qui régit tout (1). »
Sanctorius, dans ses observations, nous fournit une première cause de ce danger particulier. « Un coït modéré est » utile, dit-il, quand il est sollicité par » la nature : quand il est sollicité par » l'imagination , il affaiblit toutes les fu- » cultes de l'âme, et surtout la mémoire (2). )) Il est aisé d'expliquer pourquoi. La nature, dans l'état de santé, n'inspire des désirs que quand les vésicules séminales sont remplies d'une quantité de liqueur qui a acquis un degré d'épaississement qui en rend la résolution plus diflicile, et cela dénote que son évacuation n'affaiblira pas le corps sensiblement. Mais telle est l'organisation des parties génitales, que leur action et les désirs qui la suivent sont mis en jeu , noti-seuletnent par la présence d'une humeur séminale surabomlanle , mais que l'imagination a aussi beaucoup d'influence sur ces parties; elle peut, en s'occiipant des désirs, les mettre dans cet état qui les produit, et le désir conduit à l'acte, qui est d'autant plus pernicieux qu'il était moins nécessaire. Il en est de l'organe de ce besoin comme de ceux de
(1) De aere, locis et aquisi Foesius, p,
(2) Sect. VI, apli, 33,
l'onanisme.
lous les autres, qui ne sont mis en jeu à propos que quand ils le sont par la nature. La faim et la soif indiquent le l)esoin de prendre des aliments et de la bjisson : si l'on en prend piusque ces sensations n'en exigent, le surplus nuit au eorps et l'affaiblit. Le besoin d'aller à la selle et d'uriner sont également marqués pir de certaines condilions p' ysiques, mais la mauvaise habitude peut si fort [lervertir la constitution des or^nnes, que la nécessité de ci's évacuations cesse d être dépendante de la ipianlité des matières à évacuer. On s'assujettit à des besoins sans besoin , et tel est le cas des maslurb, (leurs. C'est l'imagination, Tiiabitude , et non pas la nature , qui les sollicitent. Ils soustraient à la nature ce qui lui est nécessaire, et ce dont par là même elle se gardait bien de se défaire. Enfin, en conséquence de cette loi de l'économie animale , que Its humeurs se portent là oii il y a une irritation , il se fait au bout d'un certain temps un afiluv conliouLl d'humeurs sur ces parties ; il arrive ce qu'Hippocrale avait déjà observé : n Quand un homme exerce le coït.
» les veines séminales se dilatent, et at- )> tirent la semence (I). »
On peut rennirquer ici que l'onanisme a un danijer particulier pour les enfants, avant le lemps de la puberté : il n'esl pas commun , heureusement , de trouver des monstres de l'un ou de l'autre sexe, qui en abusent avant celte époque, mais il ne l'est que trop qu'ils abusent d'euxmêmes : un grand nombre de circonstan- Ci'S les éloignent d'un commerce débauché ou le modèrent; une débauche solitaire ne trouve point d'obstacle, et n'a point de bornes. — Une seconde cause, c'cit l'empire que celte manœuvre odieuse prend sur les sens, et qui est bien peint d.ins l'Onania anglais. « Cette iin- » pudicité, dit-il, n'a pas plus lôî subju- « gué le cœur, qu'elle poursuit le crimi- » nel partout; elle s'en saisit, l'occupe >' en tout temps et en tout lieu : au nii- » lieu des occupations les plus sérieuses, )' des actes de religion même, il est eu » proie aux désirs et aux idées lascives » qui ne l'abandouncnljamais (2). » Rien
Cl) De nalura pueri, (exi. 22. Foes., p.
(2) Pag. 17. On trouve un très -beau morceau sur la f(jrcc el les dangers des habitudes voluptueuses, dans le nouveau Traité de Pujaii, professeur à Padoue, et
n'affaiblit autant que celle tension continuelle de l'esprit, toujours occupé du même objet. Le maslurbateur , uniquemenl livré à ses méditations ordurières, éprouve à cet égard les mêmes maux que l'homme de lettres qui fixe les siennes sur une seule question, et il est rare que Cet excès ne nuise pas. Cette partie du cerveau , (|ui se trouve alors en action , fait un effort qu'on pourrait compaier » celui d'un muscle long temps et forlcnient tendu : il en résulle, ou une telle mobilité, qu'on ne peut plus ai rèter le jeu de cette partie, ni p.r là même détourner l'âme de relie idée; c'est bien le cas des m.i.sturbateurs, ou une incapacité d'action. Epuisés enfin par une fatigue continuelle, ces malades tombent dans tont'S les maladies du cerceau, mélancolie, catalepsie, épilepsie, imbécillité, perte des sens , fiiblesse du genre nerveux , et une foule de maux semblables (I). Celte cause fait un tort infini à plusieurs jeunes gens, en cerjue, lors même que leurs facullés ne sont ])a5 encore éteintes, l'usage en est perverti. Quelle que soit la vocation à laquelle ils se vouent , on ne réussit à rien sans un degré d'attention dont celle habitude pernicieuse les rend incapables. Parmi ceux mêmes qui ne se vouent à rien (cette classe n'est quetrop nombreuse), il en est qui n'y sont pas propres ; un air de distraction, d'embarras, d'étourdissenient, n'en fait que des oisifs déplaisants. Je pourrais en citer que cette incapacité de se fixer, jointe à la diminution des facullés, a mis hors d'état d'être jamais rien dans la société. Triste état qui met l'homme au-dessous de la brute, et qui le rend, à juste titre, l'objet du mépris plus encore que de la pitié de ses semblables.
De CCS deux premières causes , il en résulte nécessairement une troisième ; c'est la fréquence même des actes; l'âme cl le corps concourent , dès qu'une fois l'habitude a pris un \>cu de force, pour solliciter à ce crime. L'àine, obsédée par les pensées immondes , excile les mouvements lascifs; el, si elle est distraite quelques moments par d'autres idées, les humeurs actes qui irritent les organes de la génération la rappellent bientôt au
célèbre dès long-temps par d'excellents ouvrages. De vielu febricilanlium, p. 60.
(1) Voy. Gaubii, Institutiones pailiologicfc, § 529.
l'onanisme.
bourbier. Que ces vérités d'observation
seraient propres à arrêter les jeunes gens, s'ils pouvaient prévoir qu'ici un premier faux pas en entraîne un autre ; qu'ils sont presque maîtrisés par la tentation ; qu'à mesure que les motifs de séduction augmentent, la raison, qui devrait les contenir, s'affaiblira, et qu'enfin ils se trouveront en peu de temps plongés dans une mer de misère, sans avoir peut-être tin bout de planche pour les aider à s'en tirer ! Si quelquefois les infirmités commençantes leur donnent de forts avis , si le danger les effraie pour quelques moments, la fureur les replonge. On peut bien dire :
Virlutem videaiit, iutabcscantquc rclicta. {Pbrs. ]
Cependant le danger est proche, et le temps opportun de l'aïuendemeat est court.
j Cinis et mânes et fabula Hes,
Vive nieinoF Icthi, fugit hora, boc quod loquor inde esl.
(Pciis.)
Pendant que j'étudiais en philosophie à Genève, temps dont le souvenir me sera cher le reste de nies jours, un de mes condisciples était venu à cet état horrible qu'il n'était pas le maître de s'abstenir de ces abominations, même pendant le temps des leçons : il n'attendit pas long-temps son châtiment , et il périt misérablement de consomption, au bout de deuï ans. On trouve un fait semblable dans l'Onania (l ). L'ingénieux auteur qui a fourni l'extrait de l'édition latine de cet ouvrage, dans l'excellent jouri)al latin qui paraissait à Berne il y a quatre ans, raconte, à propos de cette observation , que tout un collège trompait quelquefois, par cette manœuvre , l'ennui , et cherchait à éviter un sommeil que leur inspiraient les leçons d'une métaphysique scolastique, qu'un très vieux professeur leur faisait en dormant (2J; mais cette historiette nie parait moins prouver ce que j'avance que l'horrible dissolution dans laquelle les jeunes gens peuvent tomber. — Le môme auteur vient de faire imprimer, dans un ouvrage que je n'ai pis l'avantage de pouvoir lire, mais qu'un excellent juge met à côté des meilleures | roductions de ce siècle , ce qui suit : On a découvert , il y a quel-
(2) Kxcerpium totius Italic.Tî et HelveticEe litieraturœ, pro ann. 1759, 1. 1, p. 93.
ques années , dans une ville , qu'une société entière de garnements de quatorze et quinze ans s'était réunie pour la pratifjue de ce vice, et toute une école en Cit encore infectée (1). — La santé d'un jeune prince se perdait journellement , sans qu''on pût en découvrir la cause.
Son chirurgien le soupçonna, l'épia, et le surprit en flagrant délit. Il avoua qu'un de ses valets-de-chambre l'avait instruit, et qu'il était retombé souvent. L'habitude était si forte , que les considérations les plus pressantes , présentées avec force, ne purent pas la déraciner. Le mal allait en empirant ; ses forces se perdaient journellement, el on ne put le sauver qu'en le faisant garder à vue jour et nuit , pendant plus de huit mois. — Un malade me peignait vivement les difficultés de la \ icloire dans une de ses lettres. « Il faut Lien des eÛ'orts, ce sont ses » termes , pour vaincre l'habitude qui )) nous est rappelée à chaque instant. Je » vous l'avoue en rougissant, la vue d'un « objet féminin, quel (|U'il soit, fait naî- » tre chez moi des désirs. Je n'ai pas » même besoin de ce secours; ma sale » âme n'est que trop portée à me repré- » senter sans cesse des objets de concu- » piscence. Celte passion ne s'allume » plus chez moi : il est vrai que je me » rappelle en même temps tous vos avis ; » je combats , mais ce combat mêmem'é- » puise. Si vous pouviez trouver le moyen » de détourner mes pensées de cet objet, » je crois que ma guérison serait bien » proche. »
On a déjà vu , dans l'extrait de l'Onania, que la réitération fréquente avait produit la fureur utérine chez une femme. L'habitude de n'être occupé que d'une idée rend incapable d'en avoir d'autres ; elle prend l'empire , et règne dcipotiqucment : des organes sans cesse irrités contractent une disposition morbifi([iie, qui devient un aiguillon toujours présent, indépendant de toute cause externe. Il y a des maladies des parties urinaires qui donnent une envie continuelle d'uriner ; l'irritation réitérée des organes de la génération y produit une maladie analogue. 11 n'est point éton-
(1) De l'Kxpérience, en .Tllemand, par Zinimerniann, t. ii, p. 400. Je lire ce fragment de ceux que son amitié pour moi l'a engagé à tradua-e en ma faveur; presque tous les aiilrcs orneront un ouvrage qui ne lardera pasà suivi'e celui-ci.
ÔIO
t'oNANISME.
nant si le concours de ces deux causes, morale et physique , réunies, jette dans cette liori'ible maladie. Que cette idée est propre à effrayer salutairement les personnes chez lesquelles il y a encore quelques vestiges de raison et de pudeur ! -—Une quatrième cause de l'épuisement des masturbateui s , c'est qu'indépendamment même des émissions de semence , la fréquence des érections, quoique imparfaites , dont ils se plaignent, lesépuise considérablement. Toute partie qui est dans un état de tension produit une dépense de forces, et ils n'en ont point à perdre ; les esprits s'y portent en plus grande abondance , ils se dissipent, ce qui affaiblit; ils manquent aux autres fonctions, qui parla même se font imparfaitement : le concours de ces deux causes a les suites les plus dangereuses. Un autre accident auquel cette quatrième cause rend les masturbateurs plus sujets, c'est une espèce de paralysie des organes de la génération , d'oîi naissent l'impuissance , par le défaut d'érection , et la gonorrhée simple, parce que les parties relâchées laissent échapper la véritable semence , à mesure qu'elle arrive, et suinter continuellement l'humeur que séparent les prostates; et qu'enfin toute la membrane intérieure de l'urètre acquiert une disposition catarrheuse , qui la dispose à fournir un écoulement de même nature que celle des pertes blanches des femmes: disposition, pour le dire en passant, moins rare qu'on ne pense, qui n'est point bornée à la membrane qui revêt les narines , la gorge, le poumon , mais qui attaque souvent tous les viscères creux, qu'on méconnaît, parce qu'on ne la soupçonne pas, et qu'on traite mal, parce qu'on la méconnaît. Il serait aisé de trouver, dans les observateurs, des exemples de cette maladie traitée pour une autre. — Un habile chirurgien me parlait un jour d'un homme qui , livré par une espèce dégoût singulier aux Vénus du plus bas étage , ne les connaissant guère que dans les coins des rues, et debout, tomba dans l'épuisement accompagné de maux de reins les plus cruels, et d'une atrophie ou dessèchement des cuisses et des jambes, jointe à une paralysie de ces parties, qui paraii^sait être une suite de l'attitude dans laquelle il s'était livré à ses sales voluptés. Ilmourut, après avoir gardé six mois le lit, dans un étal également propre à inspirer la pitié et l'effroi. Cette observation ne fomnit-elle pas unç cinquième cause des
dangers ordinairement particuliers à la
masturbation? Quand on perd ses forces par deux moyens à la fois, l'affaiblissement augmente bien considérablement.
Une personne qui est debout ou assise a besoin, pour se maintenir dans ces situalions, surtout dans la première, de faire agir un grand nombre de muscles, et cette action dissipe les esprits animaux. Les personnes faibles, qui ne peuvent pas se tenir un instant debout sans éprouver une faiblesse ; les malades, qui ne peuvent pas être assis sans éprouver le même accident, le prouvent bien évidemment. Pour être couché ou étendu, il ne faut point cet emploi de force. On sent par là même que le même acte, dans les unes ou dans les autres de ces attitudes, produira bien plus d'afiaiblissement dans les premiers que dans le dernier cas ; et Sanctorius avait déjà indiqué le danger de cette attitude : « Usus » coïtus stando, laedit ; nam musculos et « eorum utilem perspirationem dimi- )) nuit. »
D'autresobservations, bien constatées, fournissent une sixième cause, qui paraîtra peut-être bien faible, mais que des physiciens éclairés ne croiront pas volontiers nulle. Tous les corps vivants transpirent ; il s'exhale à chaque instant, par la moitié peut-être des pores de notre peau, une humeur extrêmement ténue, et qui est beaucoup plus considérable que toutes nos autres évacuations.
Dans le même temps une autre espèce de pores admet une partie des fluides qui nous environnent, et les porte dans nos vaisseaux. Ce sont des torrents invisibles, pour me servir de l'heureuse expression de Senac, qui sortent de notre corps, et qui y entrent (1). Il est démontré que, dans quelques cas, cetle inspiration est très-considérable. Les personnes fortes expirent plus ; les faibles, qui n'ont presque point d'atmosphère propre , inspirent davantage, et cette partie expirée, ou cette transpiration des personnes bien portantes, coa
(1) L'on peut voir la démonstration d cetle vériiè dans l'endroit que je cite 1. cccxLni, § 7, du Traité du cœur; ou vrage qui n'aurait rien laissé à désirer si son illustre auteur, en annonçant un seconde édition, ne nous avait pasappri qu'il pouvait le rendre encore plus par fait. Un grand homme peut se surpasse lui-même, et voir un point de perl'ectio que les autres ne défirent mèm^ pa«.
l'onanisme.
tient quelque chose de uourncier et de fortifiant, qui, inspiré par une autre , contribue à lui donner de la vijfueur.
Ce sont ces observations qui expliquent comment la jeune fille qui couchait avec David lui donnait des forces; comment cette même tentative a réussi à d'autres vieillards à qui on l'a conseillée; pourquoi cela affaiblit la jeune personne, qui perd sans rien recevoir, ou plutôt qui reçoit des exhalaisons faibles, corrompues, putrides qui lui nuisent. On transpire plus dans le temps du coït que dans un autre, parce que la force de la circulation est augmentée. Cette transpiration est peut-être plus active , plus spiritueuse que dans tout autre temps ; c'est une perte réelle que l'on fait, et qui a lieu , de quelque façon que se fasse l'émission du sperme, puisqu'elle dépend de l'agitation qui l'accompagne. Dans le coït, elle est réciproque, et alors l'un inspire ce que l'autre expire. Cet échange est mis hors de doute par des observations sûres. J'ai vu, il n'y a pas longtemps, un homme qui n'avait aucune gonorrhée, ni aucun symploiDC vérolique cutané, donner la maladie vénérienne à une femme, qui, dans le même instant , lui rendit la gale en échange. L'un, dans ce cas , compense les pertes de l'autre. Dans celui de la masturbation, le masturbateur perd et ne recouvre rien.
En observant l'effet des passions , on découvre une septième différence entre ceux qui se livrent aux femmes et les niasturbaleurs , différence qui est tout au désavantage de ces derniers. La joie qui tient à l'âme, et qu'il faut bien distinguer de cette volupté purement corporelle que l'homme partage avec l'animal , et dont elle diffère du tout au tout ; cette joie, dis-je, aide les digestions, anime la circulation , favorise toutes les fonctions, rétablitles forces, les soutient. Si elle se trouve réunie avec les plaisirs de l'amour, elle contribue à réparer ce qu'ils peuvent ôter de force, et l'observation le prouve. Sanctorius l'a remarqué. « Après un coït excessif, dit-il, avec » une femme qu'on aimait et qu'on dési- » rait, on u éprouve pas la lassitude qui » devrait être la suite de cet exès, parce » que la joie que l'âme éprouve augmente » la force du cœur, favorise les fonctions, » et répare ce qu'on a perdu. » C'est sur ce principe que Veneite, d;ins l'ouvr.ige duquel on trouve un chapitre sur le danger des plaisirs dç l'amour poussés à l'ex-
cès, établit que l'union avec une belle femme épuise moins qu'avec une laide.
)) La beauté a des charmes qui dilatent » notre cœur, et qui en multiplient les » esprits. 11 faut croire, avec saint Chry- » soslôme , que , s'excilant contre les lois » de la nature, le crime est beaucoup » plusgrandde ce côté-là que del'autre.» Et peut-on douter que la nature n'ait attaché plus de joie aux plaisirs procurés par les moyens qui sont dans ses voies , qu'à ceux qui y répugnent?
Loin des p'aisjirs que le remords doit suivre) Miscïi quorum gaudia crinien habcntl
Une huitième et dernière cause qui augmente les dangers de la masturbation, c'est l'horreur des regrets dont elle doit être suivie, quand les maux ont dessillé les yeux sur le crime et sur ses dangers. — Et s'il en est qui soient dans ce cas, ce sont les masturbaleurs. Quand le voile est tombé , le tableau de leur conduite se présente sous les faces les plus hideuses ; ils se trouvent coupables d'un crime dont la justice divine ne voulut pas surseoir la punition , et qu'elle punit sur-lechamp de mort , d'un crime réputé trèsgrand crime par les païens mêmes :
Hoc nihil eist puias: scclus esl, niibi crede, sedingenS| ' Quantum vix animo coucipis ipse tuo. (Mart»)
La honte qui les suit augmente infiniment leur misère. Tel est le degré de débordement dans quelques endroits, que les débauches avec les femmes n'y sont presque regardées que comme un usage; les plus coupables sur cet article n'en font pas mystère , et ne se doutent pas même qu'ils puissent en être plus méprisés. Quel est le masturbateur qui ose avouer son infamie? Et cette nécessité de s'envelopper des ombres du mystère ne doit elle pas être, à ses propres yeux, une preuve du crime de ces actes ? Combien n'en est-il pas qui ont péri pour n'avoir jamais osé révéler la cause de leurs maus ! On lit dans plusieurs lettres de l'Onania : « J'aimerais mieux mourir )) que de paraître devant vous après un M tel aveu. » L'on est en effet, et l'on doit être infiniment plus porté à excuser celui qui, séduit par ce penchant que la nature a gravé dans tous les cœurs, dont elle se sert pour conserver l'espèce, n'a de tort que celui de ne pas s'arrêter au point limité par la loi ou par la santé : c'est un homme emporté par la passion, qui s'oublie; l'on est bien plus porté à le justifier que celui qui pèche en violant
l'onanisme."
toutes leslois, en renversant tous les sentiments, toutes les vues de la nature- Sentant combien il devrait êlre en horreur à la société, s'il en était connu, celle idée doit le bourreler sans cesse. « Il me semble, » roc marquait un de ces criminels, dans la même lettre doiit j'ai cilé un fragment plus haut, « que chacun » lit sur mon visage l'infâme cause de « mon mal , et cette idée me rend la com- M pagnie insoutenable. » Ils tombent dans la tristesse et dans le désespoir : on oi a vu des exemples dans la quatrième section de cet ouvr.ige , et ils éprouvent tous les maux qu'entraîne une tristesse soutenue, sans avoir, ce qui est affreux pour un criminel, aucun priilexle àe justification, aucun motif de consolation.
Et quels sont ces effets de la tristesse? Le relâchement des fibres, le ralentissement de 1 1 circulation , l'imperfection des digestions , le manque de nutrition , les obstructions occasionnées par ces resserrements, qui paraissent être l'etÎL't le plus p irticulier de la tristesse, cesépanchements d'humeurs qui sont une suite des re-iserremenis ; « les couloirs du foie se ferment, dit de Senac, et la bile se répand par tout le corps ; » les sp ismes , les convulsions, les paralysies, les douleurs, l'augmenlalion de l'angoisse à l'infini : tous les accidents qui peuvent être une suite de ceux-ci. — Il est inutile de m'étendre davantage sur les dangers particuliers à la masturbation ; ils ne sont que trop réels et trop démontrés : je passe aux moyens de guérison.
ARTICLE m. LA CURAXION.
SECTio.v IX. — Moyen f de guerison proposes parles autres rnc'decins.
Il y a quelques maladies dans lesquelleson est presque siir du succès des remèdes. Celles qui sont les suites des épuisements vénériens, et, ii plus forte raison , de la masturbation , n'entrent pas dans celle classe; et le pronostic qu'on peut en faire, ([u<nil elles sont parvenues à un certain degré , n'a rien que d'elïr.iYanf.
Hippocr.ite a ;innonc(' la mort. « C'est M une misérable maladie, dit Boerhaave:
» je l'ai vue souvent , je n'ai jamais pu la » guérir. (I j. » Van Swieten traita sans succè", pendant trois ans, le mala'le dont il pirle. J'ai vu mourir misérablement de celle maladie. Il y a d'autres malades
que je n'ai pas même pu soulager. Cependant , ces exemples ne doivent pas décourager: l'on en a de plus heureux.
Il s'en trouve, dans la collection de l'Onania; daus les observations des médecins : ma propre pratique m'en a fourni quelques-uns.
Dans le même endroit oîi Hippocrale donne la description de la maladie, telle que je l'ai rapportée plus haut, il indique la curation. « Quand le malade se » trouve dans cet état, dit-il , faites-lui » des fomi ntations par tout le corps, cii- » saiîe donnez - lui un remi;de qui le » lasse vomir, après cela , un autre qui » purge la tête , ensuite un qui purge par » en bas. 11 faut entreprendre cette cure, » su tout au printemps. Après les i)urg i- )' tifs , l'on donne le petit-lait oîi le l;ut » d'ânesse ; après cela, le lait de VHclie » pcndiint quarante jours. Pendant qu'il » lioira le lait , il ne mangera point de » vi.iiiile, et on lui donnera !e soir une » bouillie de froment. Après avoir fini n l'usiige du luit, on le nourrii-a de vinudes » les plus tendres, en commençant par » une petite quantité, et on le rênurnis- » sera par ce moyen . Il évitera , i enriant » un an, toute débauche, tout exercice » vénérien , et tout autre exercice immo- » déré; il se bornera à des promenades , » dans lesquelles il évitera le froid et le » soleil. »
L'on voit qu'Hippocrate commence la cure par un vomitif et par une purgation: sou autorité pourrait faire loi; et cette loi . dans le plus grand nombre les cas , serait nuisible. Il est aisé de se retirer de cet embarras en remarquant qu'il n'ordonne la purgation que dans la vue de détourner la fluxion qu'il supposait se jetter de la tête sur l'épine du dos, et, que, dans un autre endroit, il met ceux qui sont malades après des excès vénériens, dans le catalogue des personnes auxquelles il tie faut donner aucun purgatif, <i parée fjue , non-seulement ils ne «peuvent leur faire aucun bien, mais » qu'au contraire ils peuvent leur faire » du mal (i ). » Ainsi , c'est celte dernière règle qui doit être regardée comme générale; la preuiiere fiuvie une execption, et une exception qui même parait fon.lee sur uuethéorie «tout l'eneurest reconnue aujourd'hui, et qui ne doit, par la même, avoir aucune tOi ce.
(1) Leçons sur les Instituts, § 776.
( 1) De raiione victus in morbis acnlis. Foes., p. 403, 406.
On trouve, dans la dissertation d'HofFniann , que j'ai déjà souvent citée , deux observations qui doivent renJre très-circonspect sur l'usage de l'éméti<[ue : je les rapporterai l'une et l'autre. Un homme de cinquante ans , s'étant livré pendant long-temps à des excès en femmes, tomba dans la langueur , la maigreur , Ja consomption ; sa vue diminua insensiblement ; enfin , il ne voyait les objets que comme à tr.ivers un nuage : ce fut à cette époque qu'il prit un éniéliqtie, pour prévenir la lièvre qu'il craignait, après un long usage de viande de cocbon fumée : le remède lui fit enfler la tête et le rendit totalement aveugle. Une prostituée publique, qui éprouvait un obscurcissement dans la vue toutes les fois qu'elle avait commerce avec un homme, ayant pris un émétique, perdit entièrement la vue(l).
Boerhaave paraît avoir voulu indiquer les difficultés de la guérison plutôt que les moyens de l'obtenir. « Il y a peu d'es- » pérance de guérison ; le lait passe trop )) facilement; l'exercice à cheval ne fait » aucun bien à ces sor'.es de malades, et » ils se plaignent que ces remèdes les afw faiblissent : effectivement , l'exercice }> rend , dans l'erreur de leurs songes , » l'écoulement de la semence plus abon- » dant , et leur ôte en même temps leurs )) forces. Lorsque le jour reparaît , ils ne )' quittent leurs lits que baignés de sueur V et affaiblis parle sommeil même; ils ne « peuventsupporter les aromatiques, dont » les effets sont aussi dangei-eux. Les scu- » les ressources , dans ce cas , sont les
bons aliments , un e.vercice modéré du » corps, les bains des pieds, et les frictions » faites avec précaution (2). » — Parmi les consultations de ce grand homme que de Ilaller a ajoutées à l'cditioii qu'il en a procurée, il y en a une pour un homme qui s'est rendu tout-k-fait inepte aux plaisirs de l'amour. "Un homme de trente ans s'est » si fort affaibli les organes de la généra- » tion , que le sperme s'écoule toutes les « fois qu'il a quelque commencement » d'érection; car elle n'est jamais com- )> plète (3), et la semence n'est point lan-
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» cée avec force, mais elle s'écoule goutte » à goutte, ce qui le rend impuissant : il }) a la mémoire, restomac, les reins et les «jambes totalement affaiblis. «
Boerhaave répondit: « Ces maladies «sont toujours extrêmement difficiles à «guérir, elles ne se déclarent presque » jamais que lorsque le corps affaibli fait » que les remèdes restent sans effet. On w peut essayer ce que produiront les sui- » vants : 1" Un régime sec et léger, com- » posé d'oiseaux , de viande de bœuf, de » mouton , de veau , de chevreau , rôtie » plutôt que bouillie, d'une petite quan- )) lilé de bière excellente, de peu de vin, » mais d'un vin très-fortifiant. 2» Beau- » coup d'exercice, augmenté peu à peu n jusqu'au commencement de lassitude , « et toujours à jeun. 3" Des frictions avec » une flanelle parfumée de la fumée d'en- » cens, sur les reins, le bas-ventre, le M pubis , les aines , le scrotum, faiies ré- » gulièrcraent le soir et le malin, i" Jl « faut prendre de deux en deux heures., » pendant le jour, une demi-draclmie de )> l'opiat suivant. — Jt. tcrrœ jnpon. dr. » IF ; opopanac- dr. V; corl. pcnw. dr. )) ri; coiLu rosai rubr. une. /; olihan. « dr. Il: suce. acac. une. ss.; sjrup. » Kenn. q. s.; f. l. a. coud. Et l'on boira « par- dessus une demi- once du vin méi> dicinal : R. Rad. canjopliiil. mont. » PtLit. mar. aa. une. i ; cort. rnd. capw par. tamarisc. aa. une. 1 ^.s-,; lig^n. » agalloeli. vert une. 1; vin. gall. ail). » libr. VI. f. l. a. vin. med. »
J'espère , ajoutait Boerhaave, que le maiadesera guéri, après en avoir fait usage pendant deux mois. Mais il ne voulut point s'en servir, et il mourut, au bout de quelques semaines, d'une dysenterie maligne. Quel eût été l'effet du remède ? C'est ce qu'on ne peut pas deviner. Zimmerman m'a écrit qu'il en avait fait faire usage à un malade pendant deux mois, sans aucun succès, — Hoffmann indique les précautions qu'il faut [)rendre , et les moyens qu'il faut employer. « Il faut éviter tous les remèdes qui ne )> conviennent pas aux personnes faibles, et qui peuvent affaiblir un corps déjà « énervé : tels sont tous les astringents; M ceux qui sont trop rafraîchissants, les j) saturnins, lesnitreux, les acides, etsur- « tout les narcotiques ; ils nuisent tou.s
(1) De morbis a nimia vencr et 20.
(■■2) Inslit. de med., t. vir, p. 2!5.
(5) Ce svmplôme est Irôs-fréquent par- , mi les personnes qui se sont épuisées, et | " ''«"^ de cette espèce, et malheu-
il contribue à entretenir l'épuisement; la J " ^■''"sement on ne laisse pas que d'en plus petite tentation produit un commen- i!|,« faire souvent usnge. — Le l)ut qu'on cernent d'érection, qui est suivie d'unM" doit se proposer , c'est de rétablir les écoulement, forces et de rendre aux fibres le ton
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l'onanisme.
j) qu'elles ontperdu. Les remèdes chauds, » volatils , aromatiques , ceux qui ont * une odeur forte et agréable , ne con- » viennent pas ici; il ne faut que des ali- » ments doux et propres à réparer cette 3) substance nutritive, gélatineuse, que » les évacuations immodérées ont dé- » truite ; tels sont les bouillons forts de » bœuf, de veau, de chapon, avec un peu )) de vin, de suc de citron, de sel, de noix » muscade, et de clous de girofle. On joint » avec succès à cet usage celui des remèdes j) qui favorisent la transpiration , et qui » raniment le ton languissant des fibres.»
Dans une autre consultation, pour un niastiirbateur , il ordonnait de prendre tous les matins une mesure de lait d'àr.esse , coupé avec un tiers d'eau de Seller. Il serait inutile de citer les préceptes on les observations d'autres nuteurs. Je me contenterai de rapporter un cas trèsutile , tel qu'il se trouve dans une thèse de VVeszprime , qui renferme quatorze observations toutes intéressantes (I). — W. Conybearc , âgé de trente ans , avait depuis six ans la vue si obscurcie , sans aucun vice apparent dans l'œil , qu'il voyait tous les objets comme au travers d'un nuage épais. 11 avait été successivement dans les trois hôpitaux les plus célèbres de Londres, Saint-ïhomas, Saint- Barlhélemy et Saint Georges : enfin , il y a deux ans qu'il se rendit dans le nôtre. Partout, après les autres remèdes, on avait essayé si la salivation mercurielie pourrait le guérir de cette espèce de goutte sereine. Les médecins étaient lassés et le nuilade entièrement découragé. L'interrogeant en particulier, et avec beaucoup de soin sur sa maladie, il me dit que de temps en temps il se sentait mal tout le long de l'épine du dos, surtout quand
(1) C'est la sepiième observation. Celte tlièsc, bien digne d'être lue, se trouve, avec un irûs-grand nombre d'autres pelits ouvrages presque tous excellents, et introuvables partout ailleurs, dans la belle collection des thèses pratiques, que Hal- 1er, qui désire l'avancement de la médecine avec autant de zèle que de discernement , s'est donné la peine de publiér sous ce litre : Disputationcs ad morbornm historiam et curaiionem facientes. Lausan., 173S. Le nom de l'éditeur est le garant du mérite de l'ouvrage, qui va devenir une des bases des bibliothèques de pratique. La pièce que je cite est Stephani Weszprbnij observationes medicce, Traieçti^ 175S. Y. t. VI, p. 804.
il se courbait pour prendre quelque chose j que ses jambes étaient si faibles, qu'il pouvait à peine êire debout une minute sans s'appuyer, autrement les jambes lui tremblaient, et il avait un vertige et un éblouissement ; que sa mémoire était si fort affaiblie , que quelquefois il paraissait stupide; et je vis moi-même qu'il était extrêmement décharné. Tout cela me lit soupçonner que la goutte sereine pourrait bien n'être qu'un symptôme d'une maladie plus fâcheuse, et que le malade était attaqué d'une véritable consomption dorsale.
Je le- sollicitai vivement à m'avouer s'il ne s'était jamais souillé de l'abominable crime d'Onan, qui détruit entièrement les parties balsamiques du fluide nerveux. Après bien des délais, il l'avoua en rougissant. Je lui ordonnai de prendre le soir deux pilules mercurielles, dont chacune contenait six grains de mercure doux , et le lendemain une once de sel purgatif, et de réitérer quatre fois dans quinze jours. Au bout de ce terme, je le fis vivre, suivant l'ordonnance d'Hippocrate dans un cas semblable , uniquement de laitage pendant quarante jours.
Dans le même temps il se faisait frotter deux ou trois fois par semaine, en se couchant. A la fin de cette cure, il revint de la campagne en beaucoup meilleur état que quand il était parti. Je lui conseillai ensuite le bain froid pendant trois semaines; il le prenait à jeun, à huit heures du matin, de deux jours l'un. Pendant deux mois, il prit deux fois par jour l'électuaire minéral et le julep volatil , auxquels il joignait les frictions et les bains de pieds. Ces secours rétablirent si bien sa santé , qu'il voulait reprendre l'exercice de sa profession , qui était la boulangerie ; mais je lui conseillai de se vouer à quelque autre, craignant que l'inspiration de la farine qui s'élève en pétrissant, ne formât, dans un estomac et dans une poitrine encore faibles, une colle, dont les effets auraient pu être dangereux.
Stchelin soulagea le malade dont j'ai parlé, section 2, p. 489 , par des bains forlilîants, la teinture de mars de Ludovic, et des bouillons apéritifs. — Les principaux remèdes de l'Onania sont des secrets qu'il s'est réservés. L'on voit en général, et cette observation est importante, qu'il n'employait aucun évacuant, et que les roborants seuls en étaient la base , sous le nom de teinture fortifiante , the strentheming tincture ,
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et de pondre prolifique, the proUfic powder. Ils agissent sans que leur action produise aucun efFet sensible , ce sont les termes de l'auteur, ils enrichissent , ils fortifient, ils nourrissent les parties génitales de l'un et de l'autre sexe; ils leur donnent une nouvelle force , ils favorisent la génération de la semence; ils relèvent puissamment les forces d'une nature accablée ( 1 ) ; en un mot, comme tous les secrets, ils opèrent tout ce qu'on leur demande. Il y a un troisième remède inconnu , sous le nom de potion restaurante , qui agit aussi très-efficacement ; et, en effet, si l'on doit ajouter foi à tous les témoignages qui déposent en faveur de ces remèdes, ils ont sans doute beaucoup de vertu. Outre ces trois arcanes , il donne quelques formules : l'une est une potion composée d'ambre, d'aromates et de quelques autres remèdes de la même classe ; une seconde est un Uniment composé d'hui.'es essentielles , de baumes , de teintures acres; l'une et l'autre de ces compositions me paraissent trop stimulantes, et, comme elles n'ont pour elles aucune expérience , j'en omets la description : il en indique deux autres qui paraissent plus convenables.