LES REMÈDES
Je suivrai le même ordre que dans l'article précédent. J'indiquerai les remèdes qu'on doit éviter, avant que de parler de ceux qu'on doit suivre. J'ai déjà indiqué une première classe de ceux qu'on doit exclure ; ce sont ceux qui irritent, les remèdes chauds et volatils. Il y en a une seconde très-opposée, et également nuisible, les évacuants. J'ai déjà dit que les sueurs, la salivation, les urines abondantes épuisaient le malade. Je ne reparlerai pas de cts évacuations , l'on sent que tous les remèdes qui les exciteraient doivent être b^innis : il reste à examiner la saignée , et les évacualionsdes premières voies. L'indication étant de redonner des forces, pour juger s'ils conviennent, il ne s'agit que de savoir si ces évacuations sont propres à la remplir. Je serai court. Il y a deux cas daus lesquels la saignée rétablit les for-
ces , dans les autres elle les ôte : ou quand on a trop de sang, ce n'est pas le cas des personnes en consomption ; ou quand le sang a acquis une densité inflammatoire qui, le rendant impropre à ses usages, détruit promptement les forces; c'est la maladie des gens vigoureux, de ceux qui ont les fibres raides , et la circulation forte : nos malades sont précisément dans le cas contraire; la saignée ne peut que leur nuire, « Toutes » les gouttes de sang, dit Gilchrist, sont « précieuses aux personnes qui sont en » consomption ; la force assimilante qui » le répare est détruite, et ils n'en ont » que ce qu'il leur faut pour soutenir la » circulation très-faiblement (1 j. » Lobb, qui a très -bien approprié les effets des évacuations , est positif. « Dans les » corps, dit-il, qui n'ont que la quan- » tité de sang nécessaire, si on la dimi- » nue par les saignées ou par les au- M très évacuations , on diminue les for- » ces, on trouble les sécrétions, et on «produit plusieurs maladies (2). » La façon dont Senac parle de la saignée lui donne encore plus sûrement l'exclusion dans ce cas. « Si la matière dense j) ou rouge manque, les saignées sont » inutiles ou pernicieuses ; on doit donc « les interdire aux corps exténués, dont » le sang est en petite quantité ou a peu » de consistance; quand il ne sort des )) vaisseaux qu'une liqueur qui à peine » peut donner de la couleur au linge ou î> à l'eau (3). » L'on a vu que tel était l'état du sang des masturbateurs ; et c'est généralement celui des personnes faibles et valétudinaires. Que ceux qui travaillent à les guérir par la saignée comparent leur méthode à ce précepte fondé sur la théorie la plus éclairée, et les observations pratiques les plus nombreuses et les mieux réfléchies, ce sont les baseâ de l'ouvrage dont je le tire, et qu'ils jugent des succès auxquels ils doivent s'attendre.
Les remèdes qui évacuent les premières voies fortifient; quand il se trouve dans ces parties, ou des amas de matières si considérables que par leur masse
(1) On sea voyage, p. 117.
(2) A leltcr slie wingt wiiat, is the proper préparation of persons l'or inoculation, § 4.
(3) Traité du cœur, 1, iv, ç. i, § % t. w. p. 263.
l'onanisme.
elles gênent les fonctions de tous les viscères, ou quand il y a dans l'estomac et dans les premiers intestins des matières putrides, dont l'effet ordinaire est une grande faiblesse. Dans ces cas -là, on peut employer les évacuants, si rien ne les contre-indique, s'il n'y a point d'autres moyens de débarrasser les premières voies , ou s'il y a du danger à ne pas les évacuer promptemcnt. Ces trois conditions se trouvent rarement chez les personnes qui sont dans un état de consomption , chez lesquelles la faiblesse, l'atonie des preinières voies est une contre-indication toujours présente auï purgatifs ou aux émétiques. Jl y a le plus souvent un autre moyen d'en procurer l'évacuation successive ; c'est d'employer les toniques non astringents. Tels sont un grand nombre d'amers, qui, en redonnant du jeu auv organes, produisent le double bon elîtt de digérer ce qui peut l'être et d'évacuer le superflu. Il y a, enfin , rarement du danger à ne pas les évacuer promptement; ce danger a lieu quelquefois dans les maladies aiguës; l'àcrelé des matières que la cbaleur augmente et la prodigieuse réaction des fibres peuvent occasionner des symptômes violents , qui n'ont jamais lieu dans les maladies de langueur, dans lesquelles les évacuants proprement dits ne sont par là même jamais, à beaucoup près, aussi nécessaires, et sont, comme je l'ai dit, très-souvent contre-indiqués. L'atonie, le manque d'action , sont la cause des amas; quand il s'en fait, qu'on les vide par un purgatif, l'effet est dissipé ; mais la cause qui la produit est considérablement augmentée ; l'on a à réparer le mal existant, et celui que le remède a fait. Si l'on ne parvient pas à y remédier promptemcnt, l'efl'et se produit plus vite qu'auparavant; et, si l'on se laisse aller à employer de nouveau les purgatifs, on augmente une seconde fois le mal. L'on fait d'ailleurs contracter aux intestins une paresse qui les empêche de faire leurs fonctions; l'on parvient au point de ne plus avoir d'évacuations que par art; en un mot, les purgatifs, dans les embarras des premières voies, chez les personnes faibles, ne produisent une diminution dans l'effet qu'en augmentant la cause, ne soulagent pour le moment qu'en empirant la maladie. L'on ne suit cependant ([ue trop celte méthode; les malades l'aiment, elle paraît plus prompte ; et effectivement, pourvu que la chute des forces ne soit pas trop consi-
dérable , ils se trouvent soulagés pour peu de jours. Le mal , il est vrai , revient , mais on aime mieux l'attribuer à l'insuffisance qu'à l'opération du remède auquel on s'affectionne; d'ailleurs les malades sont pour le soulagement présent, et peu de médecins ont le courage de s'y opposer : il est cependant bien important , en médecine comme en morale, de savoir sacrifier le présenta l'avenir; la négligence de cette loi peuple le monde de malheureux et de valétudinaires. Il serait à souhaiter que l'on pût inculquer à tant de médecins et à tant ; de malades le beau morceau qu'on trouve dans la Pathologie de Gaubius , sur ' tous les maux que cet abus des purgatifs , entraîne (l). '
]N"y a-t-il point des cas, dira-t on, dans lesquels les émétiques et les purgatifs puissent être admis pour les malades doi.'t je parle? Sans doute, il en est quelquesuns, mais très-rares; et il faut bien de l'attention pour ne pas se laisser tromper aux signes qui paraissent indiquer les évaciiants, et qui souvent dépendent d'une cause qu'on doit attaquer par tous autres remèdes. Je n'entrerai point dans i j le détail de ces distinctions , il serait | hors de place ; et il me suffit d'avoir ] averti que les évacuants doivent rare- j \ ment avoir lieu dans cette maladie. Le- ! j "wis croit qu'un émétique doux peut | préparer uiileinent les premières voies i pour les autres remèdes ; mais il ne veut i pas qu'on aille au-delà. Plusieurs cas m'ont appris qu'on pouvait et qu'on devait très souvent s'en passer ; et j'ai rap- j ])orté plus haut deux observations de , , Iloffmaun , qui prouvent tout le danger , de ce remède. Sans ex))érience , le seul , bon sens persuade qu'un remède qui } , donne des convulsions, doit peu conve- i nir dans des maladies qui sont l'effet des ; < convulsions réitérées. — C'est en com- ! j battant la cause qu'on détruit le mal; j pour peu qu'on en enlève chaque jour, |i on est sûr (|ue l'elTet disparaîtra sans { \ crainte de retour. Si l'on n'agit que sur j l'effet, le travail de chaque jour est nonseulement inutile au jour suivant, mais presque toujours nuisible. — Après avoir indiqué ce qu'on doit éviter, que doit-on ^ faire:' J'ai marqué plus haut les carac- ' ., tèi es que doivent avoir les remèdes : for- \ tifier sans irriter. Il en est quehiues-uns L, qui peuvent remplir ces deux indica- ' j
(1) Page 484.
l'onanisme.
lions : cependant le catalogue n'en est pas long, et les ileuv plus elficaoes sont, sans coiiti-edil, le quinquina elles bains froids. Le premier de ces remèdes est , depuis près d'un siècle, regardé, indépendamment de sa vertu fébrifuge, comme l'un des plus puissants fortifiants, et comme calmant. Les médecins modernes les plus célèbres le regardent comme spécifique dans les maladies des nerfs.
L'on a vu qu'il entrait dims l'ordonnance de Boerhaave, rapportée plus haut; et Vandermonde s'eri est servi avec beaucoup de succès dans le traitement d'un jeune homme que des débauches en femmes avaient jeté dans un état trèsl'àcheux (l). Lewis le préfère à tous les autres remèdes ; et Siehelin, dans la lettre dont j'ai déjà parlé plusieurs fois, dit qu'il le croit le plus efficace de tous. — Vingt siècles d'expériences exactes et raisonnées ont démontré que les bains froids possédaient les mêmes qualités.
Le docteur Baynard en a prouvé l'usage plus parliculièrement dans les désordres produils par la masturbation et les excès vénériens, surtout dans un cas où, indépendamment de l'impuissance et d'une gonorrhée simple, il y avait une si grande faiblesse, augmentée, il est vrai, par les saignées et les purgatifs, qu'on regardait le malade comme au bord du tombeau (2). — Lewis ne craint pas d'affirmer encore plus positivement leur efficacité :
« De tous les remèdes, dit-il, soit inter- « nés, soit externes, il n'y en a aucun qui » égale les bains froids. Ils rafraîchis- » sent, ils fortifient les nerfs, et ils ai- » dent la transpiration plus efficacement » qu'aucun remède intérieur; bien mé- » nagés , ils sont plus efficaces, dans la » consomption dorsale , que tous les au- » très reniL'des pris ensemble (3j. » L'on doit même remarquer que les bains froids ont, comme je l'ai déjà dit de l'air, un avantage particulier ; c'est que leur action dépend moins de la réaction, c'està-dire, des forces de la nalure, que celle des autres remèdes; ceux-ci n'agissent
(1) Recueil périodique d'observations de médecine, etc., t. vi, p. 65. L'on trouve, dans le second volume de ce même ouvrage, la description d'une maladie produite par la même cause, qui mérite d'cire lue.
(2) ^rXPOAYSIA or ihe hislory of cold balbing, p. 254, 281.
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Tissol,
]iresque que sur le vivant, les bains froids donnent du ressort même aux fibres mortes.
L'union du quinquina et des bains froids est indiquée par la parité de leurs vertus; ils opèrent les mêmes eflels, et étant combinés, ils guérissent des maladies que tous les autres remèdes n'auraient fait qu'empirer. Fortifiants, sédatifs, fébrifuges, ils redonnent les forces, diminuent la chaleur fébrile et nerveuse, et Calment les mouvements irréguliers, produits par la disposition spasmodique du genre nerveux. Ils remédient à la faiblesse de l'estomac , et dissipent trèspromplement les douleurs qui en sont la suite. Ils redonnent de l'appétit, et facilitent la digestion et la nutrition; ils rétablissent toutes les sécrétions, et surtout la transpiration , ce qui les rend si efficaces dans toutes les maladies catarrhales et cutanées. En un mot, ils remédient à toutes les maladies causées par la faiblesse, pourvu que le malade ne soit attaqué ni d'obstructions indissolubles , ni d'inflammations , ni d'abcès ou d'ulcères internes , conditions qui n'excluent, même nécessairement, ou presque néi:essairement, que les bains froids, mais qai permettent souvent le quinquina.— J ai vu, il y a quelques années, un étranger, âgé de vingt-trois ou vingtquatre ans, qui, dès sa plus tendre enfance, était tourmenté par des maux de tête cruels et pres(|ue continus, vu la fréquence et la longueur des accès, qui étaient toujoursaccompagiiés d'une perte totale de l'appétit. Le mal avait considérablement empiré par l'usage des saignées, des évacuants , des eaux purgatives, des bains chauds, des bouillons et d'une foule d'autres remèdes. Je lui ordonnai les bains froids et le quinquina. Les accès devinrent en peu de jours plus faibles et beaucoup moins fréquents. Le malade, au bout d'un mois, se crut presque radicalement guéri; la cessation des remèdes et la mauvaise saison renouvelèrent les accès, mais infiniment moins violemment qu'auparavant ; il recommença la même cure au printemps suivant, et la maladie vint à être si légère qu'il crut n'avoir plus besoin de rien. Je suis persuadé que les mêmes secours, réitérés une ou deux fois, le guériront radicalement. — Un homme de vingthuit ans était désolé , depuis bien des années, par une goutte inégulière, qui se jetait toujours à la tête , et occasionnait des désçrdres eifrayauls sur le vi-
l'onakisme.
sage. Il avait cons!uU(^ plusieurs médecins, et essayé des remèdes de plusieurs espèces : depuis peu, un vin médicinal, composé des aromates les plus pénétrants, infusés dans le vin d'Espagne; tous, et surtout le dernier, avaient aug^menté le jiial; l'on avait appliqué des vésicatoires anv jambes, qui occasionn.iiunt des symptômes violents, et ce fut h celte époque que je fus mandé. Je lui conseillai une forte décoction de quinquina et de camomille, qu'il continua pendant six semaines, et qui lui redonna plus de santé qu'il n'en avait eu depuis bien des années. Il serait inutile de rapporter un plus grand nombre d'exemples , surtout étrangers à la matière , pour prouver la vertu fortifiante de ces remèdes, si bien démontrée depuis long -temps , et dont tout indique l'usage dans cette maladie , usage dont les plus heureux succès ont contirmé l'utililé.
Quand j'ai employé le quinquina en forme liquide, j'ai ordonné la décoction d'une once avec douze onces d'eau, ou, suivant l'indication , de vin rouge, cuit pendant dei'.x heures, dans un vaisseau Lien fermé, pour en prendre trois onces, trois fois par jour. Je place les bains froids le soir, quand la digestion du dîner est entièrement finie; ils coniribuent à procurer un sommeil tranquille. J'ai vu un jeune masturbalcur qui pass iit les nuits dans l'insomnie la plus inquiète, et qui élait baigné, tous les matins, dans des sueurs colliquatives ; la nuit qui suivit le sixième bain il dormit cinq heures, et se leva le matin sans sueur et beaucoup mieux. — Le mars est un troisième remède, trop employé dans tous les cas de faiblesse, pour qu'il soit nécessaire d'insister sur son efficacité comme fortifiant; comme il n'a rien d'irritant, il est extrêmement approprié à nos malades ; on le donne, soit en substance, soit en infusion ; mais la meilleure préparation, ce sont les eaux martiales préparées par la nature, et surtout les eaux de Spa, l'un des plus puissants toniques qu'on connaisse, et un tonique qui, bien ioin d'irriter, adoucit tout ce que les humeurs peuvent avoir de trop acre. Les gommes, la myrrhe, les amers, les aromates les plus doux , sont aussi d'usage. Ce sont les circonstances qui doivent décider sur le choix entre ces dilTorents remèdes. Les premiers que j'ai indiqués méritent généralement la préférence; mais il peut se trouver des cas qui en exigent d'autres : on peut , en grénéral , les choisir
dans toute la classe des nervïns, en prenant pour boussole, dans ce choix, les précautions que j'ai indiquées plus haut. C'est une maladie de nerfs , on doit la traiter comme telle, et souvent on l'a fait, et on a réussi , sans en connaître la cause. Il est vrai, et des observations incontestables me l'ont démontré , que l'ignorance de cette cause, et par là même la négligence des précautions qu'elle exige, a d'autres fois rendu infructueux les traitements les mieux indiqués en apparence , sans que les médecins pussent pénétrer la cause de ce peu de succès. — J'ordonnai au jeune homme , dont le cas est écrit dans un fragment de ses lettres , des pilules , dont la myrrhe faisait la base , et une décoction de quinquina , qui eurent le plus heureux succès ( 1 ). « Je m'aperçois chaque ))jour, m'écrivait -il, seize jours après » avoir commencé ces remèdes , du » grand bien qu'ils me font; mes maux j) de têle ne sont plus si fréquents, ni sL » violents; je ne les ai jdus que lorsque » je m'attache trop : l'estomac va mieux; » je n'ai plus que rarement les douleurs 3) dans les membres. «Au bout d'un mois la guérison fut compièle, à cela près qu'il n'avait pas et n'aura peut-être jamais les formes qu'il aurait eues sans sa mauvaise conduite. L'échec que la machine reçoit dans le temps de l'accroissement a des conséquences qui ne se réparent jioint.
Puissè cette vérité être bien imprimée dans l'esprit des jeunes gens! elle a été depuis peu fortement prêchée. « La jeu- » nesse, dit Linnœiis , est un temps iin- » portant pour se former une santé ro- « buste. Rien n'est plus à craindre que » l'usage prématuré ou excessif des plai- » sirs de l'amour : il en naît des faibles- )) ses dans la vue, des vertiges , la dimi- >> nution de l'appétit, et même l'affaiblis- » sèment de l'esprit «t de la raison. Un )) corps énervé dans la jeunesse n'en » revient plus ; sa vieillesse est prompte » et infirme, et sa vie courte (2). » Seize
(1) R.Myrrli.elec. unc.ss.; gum. galban.
cxlr. trifol. sibr. terr. Japon, aa. dr. 2. Str. Cort. aur. q. s. f. pil gr. 111 sept, une heure avant le déjeûuer, le dîner et le souper, avec trois onces de la boisson U. cort. peruv. une. 2; Corl. rad. capp. une. 1; cinnani. acul. dr. 11; limât, mort, in nedul. lax. une. ss. cum. aq. font, lib. Il, ss. 1. a. f. dccoct.
(2) Ce morceau est tiré d'une disserta-
L'ONANtSME.'
«enlâ ans avant ce gtand naturaliste, Plutarque, dans son bel ouvrag-e sur l'éducation des enfants, avait recommandé la formation de leur tempérament comme une chose extrêmement importante.
« L'on ne doit, dit-il, négliger aucun des » soins qui peuvent contribuer à l'élé- » gance et à la force du corps (les excès » dont je traite nuisent autant à l'une » qu'à l'autre); car, ajoute-t-il , le fon- » dément d'une vieillesse heureuse, c'est » une bonne constitution dans la jeu- » nesse; la tempérance et la modération, » à cet âge, sont un passeport pour vieil- » lir heureusement (1). »
A l'observation précédente , dont le succès paraît dû au quinquina, j'en joindrai une autre dans laquelle les bains froids furent le principal remède. Un jeune homme d'un tempérament bilieux, instruit au mal dès l'âge de dix ans, avait toujours été dès ce temps-là faible, languissant, cacochyme; il avait eu quelques maladies bilieuses qui avaient eu beaucoup de peine à se guérir; il était extrêmement maigre, pâle, faible, triste. Je lui ordonnai les bains froids, et une poudre avec la crème de tartre, la limaille, et très-peu de cannelle, dont il prenait trois fois par jour. Dans moins de six semaines il acquit une force qu'il n'avait jamais connue auparavant. — Un grand avantage des eaux de Spa et du quinquina, c'est que leur usage fait passer le lait. Les eaux de Spa partagent cet avantage avec quelques autres eaux. L'on a vu plus haut qu'Hoffmann ordonnait le lait d'ânesse avec un tiers d'eau de Selter. De la Mettrie nous a conservé une belle observation de Boerhaave.
« Ce Duc aimable, je traduis mot à mot, » s'était mis hors du mariage, je l'ai re- » mis dedans par l'usage des eaux de » Spa avec le lait (2) ».
La faiblesse de Testomac , qui rend la digestion trop lente, les acides, le peu d'activité de la bile, les engorgements dans les viscères du bas-ventre, sont les principales causes qui empêchent la digestion du lait , et qui n'en permettent
tîon de cet illustre naturaliste, sur les fondements de la santé. Voyez Mercure danois, juillet 1758, p'. 95.
(1) De puerorum institut., c. x.
(2) Supplément à l'ouvrage de Pénélope, c. 1, p. 35. Amabilis ille Dux se posuerat extra matrimonium; ego illum reposui intra,
pas l'usage. Les eaut , qui remédient k
toutes ces causes, ne peuvent qu'en faciliter la digestion ; et le quinquina, qui remplit les mêmes indications, doit aussi se marier très-bien au lait. L'on peut employer ces remèdes, ou avant, pour préparer les voies , ce qui est presque toujours nécessaire, ou en même temps.
— Je rétablis parfaitement en 1753 un étranger, qui s'était tellement épuisé avec une courtisane , qu'il était incapable d'un acte de virilité : son estomac était aussi extrêmement affaibli , et le manque de nutrition et de sommeil l'avait réduit à une grande maigreur. — A six heures du malin, il prenait six onces de décoction de quinquina, à laquelle on ajoutait une cuillerée de vin de Ganarie ; une heure après, il prenait dix onces de lait de chèvre qu'on venait de tirer, et auquel on ajoutait un peu de sucre , et une once d'eau de fleur d'orange. Il dînait d'un poulet rôti froid , de pain, et d'un verre d'excellent vin de Bourgogne , avec autant d'eau. A six heures du soir, il prenait une seconde dose de quinquina ; à six heures et demie, il entrait dans un bain froid, dans lequel il restait dix minutes, et au sortir duquel il entrait dans son lit. A huit heures, il reprenait la même quantité de lait, et il se levait depuis neuf heures jusqu'à dix. Tel fut l'effet de ces remèdes, qu'au bout de huit jours il me cria avec beaucoup de joie , quand j'entrai dans sa chambre , qu'il avait recouvré le signe extérieur de la virilité', pour me servir de l'expression de Buffon. Au bout d'un mois, il avait presque entièrement repris ses premières forces. — Quelques poudres absorbantes, quelques cuillerées d'eau de menthe, souvent la seule addition d'un peu de sucre , quelques pilules, avec l'extrait de quinquina, peuvent aussi contribuer à prévenir la dégénération du lait. L'on pourrait aussi employer cette gomme nouvellement introduite dans quelques endroits d'Angleterre, sous le nom de gummi rubrum Gambiense , et sur laquelle on trouve une petite dissertation dans l'excellente collection que publie la nouvelle société de médecins formée à Londres (1) ; elle fortifie et elle adoucit : ce sont les deux grandes indications dans les maladies dont il est question.
(1) Médical observations and inquiries, t. 1, p. 26.
632 l'onai
Enfin si , quelque soin qu'on prenne , il étail impossible de soutenir le luit , on pourrait essayer le lait de beurre ; je l'ai conseillé avec succès à un jeune homme, pour lequel un principe d'hypochondrialgie me faisait craindre le lait entier. Les bilieux le boivent avec plaisir, et s'en trouvent toujours bien : on doit le préférer au lait, toutes les fois qu'il y a beaucoup de chaleur , un peu de fièvre , une disposition érysipélaleuse ; et il est surtout d'un très-grand usage , quand les excès vénériens produisent une fièvre aiguë , telle que celle dont mourut Raphaël.
Malgré la faiblesse , les toniques nuiraient ; la saignée est dangereuse. Le fameux Jonston , mort baron de Ziebendorf , il y a plus de quatre-vingts ans, l'avait déjà défendue positivement dans ce cas (1). Les cures trop rafraîchissantes ne réussissent pas, comme Vandermonde le prouve, et comme je l'ai vu moi-même; mais le lait de beurre réussit très-bien , pourvu qu'il ne soit pas trop gras. Il calme, il délaie, il adoucit, il désaltère, il rafraîchit, et en même temps il nourrit et il fortifie; ce qui est bien important dans ce cas, dans lequel les forces se perdent avec une promptitude dont on n'a point d'idée. Gilchrist, qui ne fait J)as grand cas du lait dans l'étisie, loue extrêmement le lait de beurre dans la même maladie (2). — Depuis la dernière édition de cet ouvrage, faite il y a quelques an nées, j'ai été consul té par plusieurs personnes énervées. Quelques-unes ont été entièrement guéries, un assez grand nombre considérablement soulagées ; d'autres n'ont rien gagné ; et, quand le mal est parvenu à un certain point, tout ce qu'on peut espérer , c'est que les remèdes arrêtent les progrès du mal : j'ai ignoré une partie des succès. — Le lait, dans presque toules ces cures, a été l'aliment principal ; le quinquina, le fer, les eaux martiales et le bain froid, ont été les remèdes. J'ai mis quelques malades enlièremenl au lait, d'autres n'en prenaient qu'une ou deux fois par jour. — Le malade , dont j'ai délaillé la maladie dans la section Y, oii j'en ai promis le traitement, ne vécut, pendant trois mois, que de lait, de pain bien cuit, d'un ou deux œufs sortant du ventre delà poule, par jour, et d'eau fraîche, au moment oii
(1) In febre ex venere cavendum a Vense seciione syntagma, 1. i, lit. ii, Ç, i.
(2) On sea voyage, p. J19.
on l'apportait de la fontaine. Il prenait du lail quatre fois par jour ; deux fois au sortir du pis, sans pain ; deux fois chauffé, avec du pain. Le remède était un opiat, composé de quin((«in;i, de conserve d'écorce d'orange , et de sirop de menthe. Il avait l'estomac couvert avec un emplâtre aromatique ; on lui frottait tout le corps avec une flanelle tous les matins ; il prenait le plus d'exercice qu'il pouvait à pied et à cheval, et surtout il vivait beaucoup en plein air. Sa faiblesse et ses maux de poitrine m'empêchèrent de lui conseiller les bains froids à celle époque. Le succès des remèdes fut tel y que les forces revinrent, l'estomac se rétablit ; il put , au bout d'un mois , faire une lieue de chemin à pied. Les vomissements cessèrent entièrement; les douleurs de poitrine diminuèrent considérablement, et il continue, depuis plus de trois ans, à être dans un état fort tolérable. 11 revint peu à peu aux aliments ordinaires, parce qu'il se dégoûta du lait.
Les parties génitales sont toujours celles qui recouvrent le plus lentement leurs forces; souvent même elles ne les recouvrent point , quoique le reste du corps paraisse avoir recouvré les siennes. L'on peut prédire à la lettre, dans ce cas, que la partie qui a péché sera celle qui mourra. — J'ai toujours trouvé plus de facilité à guérir ceux qui se sont épuises par de grands excès , en peu de temps , dans l'âge fait, que ceux qui se sont épuisés à la longue par des pollutions plus rares , mais commencées dans la première jeunesse , et qui ont empêché leur accroissement, et ne leur ont jamais laissé acquérir toutes leurs forces. On peut envisager les premiers comme ayant eu une maladie très-violente, qui a consumé toutes leurs force; ; mais les organes ayant acquis toute leur perfection, quoiqu'ils aient beaucoup souffert, la cessation de la cause, le temps, le régime, les remèdes peuvent les rétablir.
Les seconds n'ont jamais laissé former leur tempérament; comment le rétabliraient ils? Il faudrait que l'art opérât, dans l'âge de maturité, ce qu'ils ont empêché la nature d'opérer dans l'enfance et dans la puberté. On sent combien cet espoir est chimérique, et les observations me prouvent tous les jours que les jeunes gens qui se sont livrés à celte souillure dans l'enfance, à l'époque du développement delà puberté, époque qui est une crise de la nature, pour laquelle toutes ses forces lui sont néces-
l'ona
saires ; l'observation me prouve, dis-je, que ces jeunes gens ne doivent point espérer d'être jamais vigoureux et robustes , et ils sont très-heureux quand ils peuvent jouir d'une santé médiocre, exempte de grandes maladies et de douleurs.
Ceux qui ne se repentent que tard , dans un âge où la machine se conserve, quand elle est bien montée, mais où elle ne se répare que péniblement , ne doivent pas non plus avoir de grandes espérances. Au-dessus de quaninte ans, il est rare de rajeunir. — Quand j'ordonne le quinquina avec du vin, je ne fais pas vivre uniquement de lait, mais je fais prendre le remède le matin, et ilu lait le soir. J'ai trouvé quel([ues malades pour lesquels il a fallu changer cet ordre : le vin , pris le matin , les faisait constamment vomir. — Quand j'emploie les eaux minérales, j'en lais boire quelques bouteilles pui es avant que de les mêler avec du lait. — Quand le mal est invétéré , il dégénère ordinairement en cacochymie, et il faut commencer parla détruire avant que de travailler au rétablissement des forces. C'est dans ce cas que les évacuants sont quelquefois indispensablement nécessaires , et opèrent trèsefficacement. Les fortifiants, les nourrissants, le lait, ordonnés dans ces circonstances, jettent dans une fièvre lente, et le malade perd ses forces à proportion de l'usage qu'il en fait. — Quand des excès prompts jettent tout à-coup dans des faiblesses si considérables qu'on a lieu de craindre pour la vie du malade , il faut recourir aux cordiaux actifs, donner du vin d'Espagne avec »in peu de pain, des bouillons succulents, avec des ceufs frais ; mettre le malade au lit, et lui appliquer sur l'estomac des flanelles trempées dans du vin , chauffé avec de la thériaque. — Dans le cas où les excès vénériens ont occasionné une fièvre aiguë, on ne doit employer la saignée que quand elle est indiquée par la plénitude et la dureté du pouls, et il vaut mieux en faire deux petites qu'une grande. La décoction blanche de l'eau d'orge , avec un peu de lait, quelques prises de nitre, des lavements avec une décoction de fleurs de bonhomme , quelques bains de pied tièdes, et pour nourriture des bouillons de veau farineux , sont les remèdes véritablement indiqués, et ceux qui ont réussi très-promptement dans les cas où je les ai employés.
Les symptômes demandent rarement
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un traitement particulier , et ils cèdent au traitement général. On peut cependant joindre quelquefois les fortifiants externes aux fortifiants internes, quand on veut fortifier plus particulièrement une partie ; et j'ai souvent conseillé avec succès des épithêraes ou des emplâtres aromatiques sur l'estomac, et il n'est pas inutile d'envelopper les testicules dans une fine flanelle , trempée dans quelque liquide fortifiant, et de les soutenir par l'usage d'un suspensoire. — L'on peut placer ici ce que dit Gotler : « J'ai quel- » quefois guéri la goutte sereine, occa- » sionnce par des excès vénériens, en » employant les fortifiants internes, et » des poudres nasales céphaliques , qui, » par l'irritation légère qu'elles produi- » saient , déterminaient un plus grand » afflux des esprits animaux sur le nerfi » optique (l) ». — Il serait inutile d'entrer dans de plus grands détails sur la cure; quelque étendue que je leur donnasse, ils ne pourraient jamais servir à guider les malades sans le secours d'un médecin, pour lesquels ils seraient inutiles. Je me suis plus étendu sur le régime , parce que , quand le mal n'a jias fait de grands progrès, joint à la cessation de la cause, il peut seul opérer la guérison, et que chacun peut s'y astreindre sans aucun danger. Il ne me resterait, pour terminer cette partie , qu'à joindre la cure préservatoire : j'ai senti que cet article manquait à la première édition de cet ouvrage, et que c'était un vide essentiel. Un homme célèbre dans la république des lettres par ses ouvrages, et plus respectable encore par ses talents, ses connaissances et ses qualités personnelles, que par son nom et par les emplois qu'il remplit si dignement dans une des premières villes de Suisse, Iselin , secrétaire d'état à Bâie (il voudra bien me permettre de le nommer) , m'a fait sentir ce vide d'une manière bien polie. Je rapporterai le fragment de sa lettre avec d'autant plus de plaisir, qu'il marque précisément ce qu'il faudrait faire. «Je souhaiterais, m'écrit-il, de » voir de votre main un ouvrage dans » lequel vous expliqueriez les moyens » les plus sûrs et les moins dangereux, » par lesquels les parents , pendant le )> temps de l'éducation , et les jeunes « gens , lorsqu'ils sont abandonnés à leur » propre conduite, pourraient le mieux
(1) De perspir. insensib., p. 514, 515.
r> se préserver de cette violence des désirs, » qui les porte à des excès dont naissent » des maladies si horribles, ou à des déj) sordres qui troublent le bonheur de la » société, et le leur propre. Je ne doute » pas qu'il n'y ait une diète qui favorise » particulièrement la continence. Je crois » qu'un ouvrage qui nous l'enseignerait, :» joint à la description des maladies 3) produites par l'impureté , vaudrait les M meilleurs traités de morale sur celte » matière. »
Il a , sans doute , bien raison ; rien ne serait plus important que cette addition qu'il désire; mais rien de plus difficile en la séparant des autres parties de l'éducation , non - seulement médicinale, mais morale. Pour traiter cet arlicle à part, si l'on voulait le traiter bien , il faudrait établir un grand nombre de principes,qui prolongeraient beaucoup trop ce petit ouvrage, et qui lui sont d'ailleurs très-étrangers. Quelques préceptes généraux, isolés des principes et des divisions nécessaires , non -seulement seraient peu utiles, mais pourraient môme de venir dangereux ; ainsi il vaut mieux renvoyer ce traité à fiiire partie d'un plus considérable sur les moyens de former un bon tempérament, et de donner aux jeunes gens une santé ferme : matière qui, quoique traitée par d'habiles gens , n'est pas encore épuisée , tant s'en faut , et sur laquelle il y a une foule de choses extrêmement importantes à ajouter, aussi bien que sur les maladies de cet âge. Ainsi , malgré moi, je ne toucherai point ici cet arlicle. Tout ce que je puis dire, c'est que l'oisiveté, l'inaction , le trop long séjour au lit , un lit trop mou , une dièle succulente, aromatique, salée, vineuse, les amis suspects , les ouvrages licencieux , étant les causes les plus propres à porter à ces excès, on ne peut les éviter avec trop de soin. La diète est surtout d'une extrême importance, et l'on n'y fait pas assez d'attention. Ceux qui élèvent les jeunes g-ens devraient avoir présente la belle observation de saint Jérôme: « Les forges de Vulcain , les volcans du 3) Vésuve, et le mont Olympe, ne brii- 3) lent pas plus de llammesque les jeunes j) gens nourris de mets succulents et » abreuvés devin. » Menjot, l'un des médecins de Louis-le-Grand , dès le milieu jusqu'à la fin du siècle dernier, parle de femmes que l'excès d'hypocras jeta dans une ej tase vénérienne. L'usage du vin et des viandes est d'autant plus fâcheux , qu'en augmentant la force des aiguillons
l'onanismé.
de la chair, îl affaiblit celle de la raison, qui doit leur résister. Le vin et les viandes he'bêlent Came, dit Plutarque dans son Traite du manii^er des viandes, ouvrage qui devrait être généralement lu.
Les plus anciens médecins avaient déjà connu l'influence du régime sur les mœurs; ils avaient l'idée d'une médecine morale ; et Galien nous a laissé sur cette matière un petit ouvrage, qui est peutêtre ce que l'on a de mieux jusqu'à présent. L'on sera convaincu, après l'avoir lu , de la réalité de sa promesse. « Que » ceux qui nient que la différence des ali- M menls rend les uns tempérants, les au- 1) très dissolus; les uns chastes, les autres » incotitinenls ; les uns courageux , les 3) autres poltrons; ceux-ci doux, ceux-là » querelleurs; d'autres modestes, les der- » niers présomptueux, que ceux, dis-je, » qui nient cette vérité, viennent vers 3) moi ; qu'ils suivent mes conseils pour )) le manger et pour le boire, je leur pro- » mets qu'ils en retireront de grands se- » courspourlaphilosophie morale; ilssen- 3) liront augmenter ks forces de leur âme; 3) ils acquerront plus de génie, plus de mé- » moire, plus de prudence, plus de dili- 3) gence. Je leur dirai aussi quelles bois- 3) sons, quels vents, quelle température » de l'air, quels pays ils doivent éviter ou » choisir (1). » Hippocrate, Platon, Aristote, Plutarque, nous avaient déjà laissé de très-bonnes choses sur cette importante matière; et parmi les ouvrages qui nous restent dn pythagoricien Porphyre, ce zélé anti-chrétien du troisième siècle, il y en a un de V abstinence des viandes , dans lequel il reproche à Firraus Castricius , à qui il l'adresse, d'avoir quitté la diète végétale, quoiqu'il eût avoué qu'elle était la plus propre à conserver la santé et à faciliter l'élude de la philosophie; et il ajoute: Depuis que vous mangez de la viande , votre expérience vous a appris que cet aveu était bien fondé. Il y a de très -bonnes choses dans cet ouvrage.
Le préservatif le plus eflicace, le seul infaillible, c'est, sans contredit, celui qu'indique le grand homme quia le mieux connu ses semblables et toutes leurs voies; qui a vu, non-seulement ce qu'ils sont, mais ce qu'ils ont été, ce qu'ils devraient être, et ce qu'ils pourraient encore devenir; qui les a le plus véritablement aimés; qui
(1) Quod animi mores corporis tem-
perarnenla sequantur, ç, t. V, p. 452.
jx, Cliarlerius,
l'onaj
a fait les plus grands efforts en leur faveur ; qui s'est sacrifié pour eux, et qui en a été le plus cruellement persécuté. « Veillez avec soin sur le jeune homme ; )) ne le l.iissez seul ni jour ni nuit ; couw chez tout au moins dans sa chambre.
» Dès qu'ilaura contracté cette habitude, » la plus funeste à laquelle un jeune hom- » me puisse être assujéli , il en portera j> jusqu'au tombeau les tristes effets; il 3) aura toujours le corps et le cœur éner- » vés. M Je renvoie à l'ouvrage même pour lire tout ce qu'il y a d'excellent sur cette matière (i).
La peinture du danger, quand on s'est livré au mal, est peut-être le plus puissant motif de correction; c'est un tableau effrayant , bien propre à faire reculer d'horreur. Rapprochons - en les principaux traits. Un dépérissement général de la machine ; l'affaiblissement de tous les sens corporels et de toutes les facultés de l'âme; la perle de l'imagination et de la mémoire, l'imbécillité , le mépris , la honte, l'ignominie qu'elle eniraîne après soi ; toutes les fonctions troublées, suspendues , douloureuses ; des maladies longues, fâcheuses, bizarres, dégoûtantes; des douleurs aiguës et toujours renaissantes; tous les maux de la vieillesse dans l'âge de la force ; une inaptitude à toutes les occupations pour lesquelles l'homme est né ; le rôle humiliant d'être un poids inutile à la terre ; les mortifications auxquelles il expose journellement; le dégoût pour tous les plaisirs honnêtes; l'ennui, l'aversion des autres et de soi, qui en est la suite; l'horreur de la vie , la crainte de devenir suicide d'un moment à l'autre ; l'angoisse pire que les douleurs ; les remords pires que l'angoisse, remords qui, croissant journellement et prenant sans doute une nouvelle force quand l'âme n'est plus affaiblie par les liens du corps , serviront peut-être de supplice éternel, et de feu qui ne s'éteint point : voilà l'esquisse du sort réservé à ceux qui se conduiront comme s'ils ne le craignaient p :is.
Avant que de quitter l'article du traitement, je dois avertir les malades (et cet avis regarde également tous ceux qui ont des maladies chroniques , surtout quand elles sont accompagnées de faiblesse), qu'ils ne doivent point espérer que l'on puisse réparer dans quelques jours des