‹ Œuvres de TissotChapitre 132 sur 160 · ARTICLE IV. — MALADIES ANALOGUES · texte numérisé non relu

ARTICLE IV. — MALADIES ANALOGUES

SECTio?) XI. — Les Pollutions nocturnes.

J'ai montré les dangers d'une évacuation trop abondante de semence par ks excès vénériens et par la masturbation , et j'ai dit, au commencement de cet ouvrage , qu'elle se perdait aussi par les pollutions nocturnes dans des songes lascits , et par cet écoulement connu sous le nom de gonori hée simple ; j'examinerai brièvement ces deux maladies. — Telles sont les lois qui unisfent l'âme au corps, que, lors même que les sens sont enchaînés par le sommeil, elle s'occupe des idées qu'ils lui ont transmises pendant le jour.

Sc% quœ in vita usurpent liomincs, cogilaiit, curant^ YÎdi nt,

Quœqiic aiuiit vigilantes agilautquc, ea si cul in somno

accidunt, Minus mil'um est. Ace.

(1) Voy. De l'Éducation, t. ii, p. 232; t. iii, p. 255. (1) De Diut. morb., 1. 1, proera., p. 27.

536 t'oNANlSME.

Une àutre loi de cette union , c'est que, sans troubler cet enchaînement des autres sens, ou, pour ôter toute équivoque, sans leurrendre la sensibilité aux impressions externes , l'âme peut, dans le sommeil, faire naître les mouvements nécessaires à l'exécution des volontés que les idées dont elle s'occupe lui suggèrent.

Occupée d'idées relatives aux plaisirs de Tamour, livrée à des songes lascifs, les objets qu'elle se peint produisent sur les organes de la génération les mêmes mouvements qu'ils y auraient produits ]iendant la veille, et l'acte se consomme idiysiquement, s'il se consomme dans l'imagination. L'on sait ce qui arriva à Horace dans un des gîtes de son voyage à Brindes.

Hic ejîo mcndacein stultissimiy usque puellaia Ad niedialii nocteni expectn ; fomiius tameii aufert liitentum veiicri : luni iinriiutido soninia visu Nocturiiaaj vcbluni maculant veiitrciuqut; tupinum.

Ces organes, à leur tour, irrités les premiers , ne réveillent quelquefois que l'imagination, et suscitent des songes qui se terminent comme les précédents. — Ces principes servent à expliquer les différentes espèces de pollutions. — La première est celle qui vient d'une surabondance de semence; c'est celle des gens dans la force de l'âge, qui sont sanguins, vigoureux, chastes. La chaleur du lit venant à raréfier les humeurs, et la liqueur sperniatique étant plus susceptible de raréfaction qu'une autre, les vésicules irritées entraînent l'imagination, qui, dénuée des secours qui lui feraient voir l'illusion, s'y livre tout entière: l'idée du coït en produit l'effet dernier, l'éjaculation. Dans ce cas, cette évacuation n'est point une maladie; c'est plutôt une crise favorable, un mouvement qui débarrasse d'une humeur qui, trop abondante et trop retenue , pourrait nuire; et , quoique quelques médecins , qui n'ajoutent foi qu'à ce qu'ils ont vu , l'aient nié, il n'en est pas moins vrai que celle liqueur peut, par son abondance, produire des maladies dilïorentesdu priapisme ou de la fureur utérine.

Qu'on me permette une courte digression sur cette question ; elle n'est p;is étrangère à mon sujet.

« A semme retento multos produci morbos memorat Galenus (1) , et exemplum in historia monstrat. Ille novit vi-

rum et mulierem quibus hujusmodî erat natura , qui prœ viduitate a libidinis usu abstinentes, torpidi, pigrique, facti sunt. Homo cibi cupiditatem amisit , atque ne exiguam quidem ciborum partem concoquere potuit; ubi vero se ipsum cogendo , plus cibi ingerebat , protinus ad vomitum excitabatur : mœstus eliam apparebat , non soli\m bas ob causas, scd etiam ( ul melancholici soient) citra manifeslam occasionem : mulier vero,praeler caetera mala, nervorum quoque distinlione vexabalur. Yerum hi quam celerrime liberati sunt, ad pristinam consuetudinem reversi. Dum ftiontis-pessulani eram , obscrvationem fera persimilem vidi. Mnlier valens , qu.idragesimum œtalis suae annum complens, exiguo post tempore vi Jua ; quœ aiilea cum viri concubitu gauderet,hoc omnino post obitum ejus fuerit privata , incidit tam violenter in affectu hyslerico, ul deficere viderelur actiones sensuum : cum nullum remedium in ea accessus tolerare potuerat, nisi titillalio parlium ginilalium (veluti percoïlum usu venire solet). Inde agitabatur loto corpore, et a copiosa poilutione serninis evacuabalur, quo laclo libéra est mnlier a moleslia sua. »

« Aliam observatioiiem Zaciilusfl) rcfert : ex eadem causa paliebatur j)uella , quœ ex inlervallis paroxysmo itaconvel- Icbatur, ut accedenle dit'licili res|)iratione , Iota convulsa , sine sensu ullo , occulis dislortis, nimio dentium stridore praecedente cum lingua tremula, animam efflare videretur. Cui cum plurima auxilia qiiœ in hac occasione utilia sunt, non juvarent, pessaria ex acri coiifccta utero applicanda curavit , ex quorum admotione, lilillationc et fervorc quodam in ulero concitaîo , copiosum semen exccrnens, ab accessione sœva supeistes remansit. «

« Hisloriam monialis Iloffuianniis enarrat, quai ob eamdcm causam, ab eadem evacualione, aliquolies paroxysmum solvebat. »

« Homincsduo, inquit Zacutus , cum concubitu quo anlea creberrime ulebantur, privarentur, in gravissima damna incurrere ; aller in otio et niollitie educaîus cum labi esset propinquus , a coïtu cum cessarit, huic sensim, et sine sensu umbilicus intumuil. Nuj)tus, ctad concubitum rcversus , sanilatem recuperavil.

Aller vero nobilissimus, adco erat coïlus

(1) Delocis affeclis, 1. v;, c. v; Cliarler, t. VII, p. 919.

(1j Prax. adniiraiid., 1. ii, obs. 85.

studio dedîtiis , ut lassatus et debilis cogeretur hac de ciiusa ad tempus lecto qiiiescere. Ecce post sex menses, nausea correptus , vcrtigine concutitur, et post paucos dies epilepsia sa;va opprimitur.

Ab accessione auxiliorum ope levatus , inedicoriim pra;sidia expostulat. lli,sympatliicam epilepsiam a vitio ventriculi siiborlam rati , tonum et venlriculum a ■vitiosis hiimoribus expurgant, et roborant, scd frustra. Nam malo ferocius infestante, post paucas horas velut sideratus exliuctiis est. Disseclo corpore , nullum vitiiim in slornacbo , cerebro, reliquisque parlibus inventum, praîlerquam in cavilate vasis semen in penein deferentis et ulcerilius sordidis, ab liac virulenta stibstantia retenla coiicretis. »

« Dom. Zinde (l) disseitationem Basileaî publicavit, jani quindecim abhinc annis, ubi observationes moil)orum a seinine reletito acri produclis in unum collieit, qiiœ lectu Jion indigna; sunt. — Hic subjici potesl quae Dom. Sauvages dixit de mulierura castitate ; quae pudori litant, sed tanta veneris cupidiiale incendiuitur, et eo ardenlius ac niiserabilius fl.igrant, quo ardofem saura regunl ac'^ curalius : inde mœror, agrypnia, anorexia , macies , poliutiones fréquentes. Ilie celebris medii us puellam novit hujusccmodi quœ ad senis putidi et inliceti pedes prostata et accerrime su;im calamitem deplorans , interea bii-ce iiivilis serninis piofluviis erat obiioxia, a duobus annis his miseriis cruciata , et castinioniani mentis intemeralara servans : immane patiebatur veneris desiderium sensitivum cui constanter reluctabatur voluntas. »

Un médecin respectable par son savoir et par son âge, (|uia suivi long-temps les armées aulricliienncs en Italie, m'a dit avoir remarqué que ceux des soldats allemands qui n'étaient pas mariés, cl qui vivaient sagement, éiaientsouvent attaqués d'épilepsie, de priapisme, ou pollutions nocturnes; accidents qui venaient d'une sécrétion trop abondante de semence , et peut-être de ce qu'elle avait plus d'àcrelé dans un climat plus chaud que leur pakie, et oii la diète est plus succulente.

Le docteur Jacques , que j'ai déjà cité ailleurs, avait fait une thèse (2J sur les

(1) ISicolaus Zindelius, De morbîs ex casiiiale nimia oriundis. Basilea;, 1745.

(2) Il est bon de remarquer que la tbùse de M. Jacques ne fut point soute-

isME. ' • 637

maladies produiles par la privation du plaisir vénérien. Reneaume en a fait un autre sur la vir^inilé claustrale, , dont l'objet est le même. — Enfin, sans parler de quelques autres , Gaubius met la continence excessive dans la classe des causes des maladies. Il est rare, dit-il, qu'elle produise quelques maux ; on l'a vue cependant chez quelques hommes nés avec beaucoup de tempérament, et qui forment beaucoup de semence , et chez quelques femmes (I) ; il fait ensuite l'énumération de ces maux. L'on ne doit donc point en nier l'existence , mais l'on peut en aflirnier la rareté, surtout d;ins ce siècle , qui paraît être celui de la faiblesse, et l'on se trompe tous les jours, en attribuant indistinctement à cette cause toutes les malailies qui attaquent les personnes nubiles du sexe, en leur conseillant le mariage pour tout remède, reinèfle souvent mal indiqué, et souvent nuisible , parce qu'il ne ])eut pas détruire les vices qui entretenaient la maladie, et qu'il ne fait qu'ajouter aux maux passés ceux que la grossesse et les couches produisent ordinairtnient chez les personnes languissantes. Je reviens aux pollutions. — L'on a vu que la première espèce, produite par une surabondance de semence qu'elle évacue, n'était pas un mal en elle-même ; mais elle peut le devenir en revenant trop fréquemment, et lors même qu'il n'y a plus de surabondance nuisible. J'ai déjà observé qu'une évacuation disposait à une suivante, tant est grande la force de l'habitude, qui consiste en ce quela réitération des mouvements les rend plus faciles, et qu'ils se produisent par la plus légère cause ; observation d'une grande utilité pour l'intelligence de l'économie animale, sur laquelle Galien, et surtout Maty (2j, ont

nue ; il y eut un arrêt de défense du parlement. De la Meiirie traduisit cette thèse en français, ou plutôt la fit imprimer, car elle était déjà traduite, et l'inséra dans celte satire cruelle et odieuse des médecins de Paris; ouvrage qui fait autant de tort à la vérité qu'à son esprit.

(() lustilutiones pailiologica;, § 5G3.

(2) Galcnus, libro dû Consuctudinibus.

Charter, t. vi , p. 541 ; Rtaly, Dissertalio do consuetiidinibus efllcacia in corpus liiimnnum. Leid., 1740. Pujati a aussi doin)é de très-bonnes réllexions sur celle matière dans son Traiié de la diète des fiévreux, p. 57, etc. Les mélapliysiciens qui paraissent l'avoir mieux saisie sont ,

l'onanisme.

dit d'excellentes choses, mais qui n'a cependant pas encore été pleinement traitée; et il en résulte cet inconvénient, c'cstque les évacuations en deviennent une suite, indépendamment du besoin , et lors même qu'il n'existe pas. Alors elles sont très-lâclieuses , et elles ont tous les dangers de l'évacuation excessive procurée par d'autres moyens. Satyrus, surnommé Gryp:ilopex, demeurant k ïhasus, eut, dès i'âije de vingt-cinq ans, de fréquentes pollutions nocturnes ; quelquefois même la semence s'écouluit pendant le jour. Il mourut de consomption dans sa trenlième année (1).

Zimmermana me parle d'un homme d'un très-beau pénie, à qui les pollutions avaient fait perdre toute l'activité de son esprit , et dont le corps était exactement dans l'état décrit par Boerhaavp. L'on a vu, plus haut, les maux qu'Hoffmann observa après des pollulions. Les symptômes les plus ordinaires , quand le mal n'a pas fait encore de bien grands progrès , c'est un accablement continuel , plus considérable le matin , et de vives douleurs de reins. L'on me consulta, il y a quelques mois, pour un vigneron âgé de cinquante ans, Irès-robusle auparavant, et que des pollulions fréquentes depuis trois ou quatre mois avaient si prodigieusement alTaibli, qu'il ne pouvait travailler que quelques heures par jour; souvent même il en était empêché par des douleurs de reins qui le retenaientau lit , et il maig'rissait journellement. Je donnai quelques conseils, dont j'ai ignoré l'exécution et l'effet. — ■ J'ai connu un homme devenu sourd j)endant quelques sem iines, après un longriiume négligé, qui, quand il avait une pollution nocturne, était beaucoup plus sourd le lendemain, avec beaucoup de malaise ; et un autre affaibli par plusieurs causes, qui, après la pollution, se réveille dans un engourdissement si général, qu'il est

Locke, Essai, etc., 1. i, c. xxxii ; de Condillac, Traité des animaux, p.^g. 2, c. II el IX ; et l'auteur anonyme des Éléments de psycliologic, c. lxi, lxii, i.xiii, Lxiv. Je connais un liomme qui, ayant été éveillé, il y a plus de vingt ans, à une heure après minuit, par le bruit d'un incendie, s'est constamment réveillé toutes les nuits, dés cette époque, précisément à la même heure.

(1) Epidem., 1. vi, sect. viii, ». 52, Foes. 1201.

comme paralytique pendant une heure , et fort abattu pendant plus de vingtquatre. — L'on peut mettre dans cette première classe les pollutions de ceux qui, ayant été accoutumés à de fréquentes émissions, les suspendent lout-à-coup. Telles étaient celles d'une femme dont parle Galien ; elle était dans le veuvage depuis quelque temps, et la rétention du sperme lui procurait des maladies de l'utérus; elle eut, dans le sommeil, des mouvements des lombes , des bras et des jambes, ([ui étaient convulsifs, et qui furent accompagnés d'une émission abondante de sperme é|!ais , avec la mêmâ sensation que dans le coït (I). Une danseuse fut blessée par hasard près du seia gauche, fort légèrement; le chirurgien lui prescrivit une diète assez sévère , et lui défendit des plaisirs dont elle était en usage de jouir souvent. La troisième nuit de cette privation, à laquelle elle se soumit, en négligeant la diète, elle eut une pollution qui , revenant plusieurs fois toutes les nuits suivantes, la maigrissait à vue d'œil, et lui causait de violents maux de reins. La plaie ne laissait pas de guérir, et l'eût été tout-à-fait, si elle s'était ménagée pour les aliments et la boissop. Le chirurgien , ferme dans ses principes, continuait son interdiction, la saignait et la purgeait. Ennuyée et affaiblie , elle laissa les remèdes , reprit son ancien train ; la f liblesse et les douleurs se dissipèrent bien vile.

Mais qu'on se garde bien de conclure de celte observation l'inutilité du précepte des plus grands maîtres en cliirurgie, qui, fondés surd'autres observations, interdisentsévèremeiit le coït aux blessés; il n'y a point de praticien qui n'ait pu se convaincre par soi-nièuie combien il leur est nuisible. J'en rap[)orterai un seul exemple dans lequel la masturbation fut niorlelle , et dont G. Fabrice de Ilildea nous a conservé l'histoire. Cosme Sotau avait coupé la main à un jeune homme qui l'avait eue meurtrie par un coup de feu; comme il le connaissait très-ardent , il lui défendit sévèrement tout commerce avec sa femme, qu'il avertit aussi du danger. Riais quand tous les accidents furent dissipés, et que la guérison était en bon train, le malade se sentant des désirs auxquels sa femme ne voulut pas répondre; il se procura, sans

(1) De senoinc, lib, ii, Charler, t. m, p. 213.

l'onanisme.

coït , une émission de semence qui fut immédiatement suivie de fièvre, de délire, de convulsions, et d'autres accidents violents , dont il mourut au bout de quatre jours (1). — J'ai vu un jeune marié , qui , se jetajit étourdiment du siège d'un cabriolet, tomba à côté; la roue de derrière lui passa sur le pied , entre le talon et la clieville; il n'eut ni fracture, ni luxation, mais une forte contusion ; se trouvant bien au bout de cinq jours, il se conduisit comme s'il n'eût point eu d'accident. Deux heures après, toute la jambe enfla , avec des douleurs inouïes, et une forte fièvre qui dura près de trente heures. Revenons. — Ce que j'ai dit au commencement de cette section , sur la liaison entre les rêves et les idées dont l'àme s'est occupée pendant le jour, sert à expliquer pourquoi les masturbateurs sont si sujets aux pollutions nocturnes : leur âme , occupée pendant tout le jour d'idées vénériennes, se représente pendant la nuit les mêmes objets, et le songe lascif tst suivi d'une évacuation qui est toujours prête à se faire quand les organes ont acquis un degré considérable d'irritabilité. — Il est important de prévenir de bonne heure les progrès de l'habitude, et, quelle que soit la première cause des pollutions, de ne pas les laisser invétérer. Quand elles ont duré long-temps , elles se guérissent très- difficilement. « Il n'y a point de » maladie, dit Iloflfmann, qui tourmente j) plus les malades et donne plus de peine )) aux médecins, que des pollutions noc- » turnes qui ont duré long-temps, et qui » sont devenues habituelles, surtout si » elles reviennent tous les jours. L'on » emploie les meilleurs remèdes pres- » que toujours inutilement , souvent 5) même ils font plus de mal que de » bien (2) ».

Tous les médecins qui ont écrit sur cette maladie en ont dit la guérison très-difficile, et tous les médecins qui onteu occasion de la traiter l'ont éprouvé eux-mêmes , et l'on ne doit point en être surpris. A moins que l'on ne pût, ou redonner aux organes leur force, ou diminuer leur irritabilité pendant le temps qui s'écoule entre deux pollutions, ce qui est impossible, ou prévenir tout-à-coup le retour des songes lascifs, ce qui n'est pas plus aisé , on doit être sûr que la

(Ij Observât, clair., cent, i, obs. 22. (2) Conf. 102.

pollution reviendra , et qu'elle détruira presque tout le bien que peut avoir opéré la quantité de remèdes qu'on a employée depuis la dernière. On ne peut donc gagner d'une pollution à l'autre qu'un infiniment petit , et il faut en accumuler un grand nombre avant que d'oj)tenir un effet sensible. — Cœlius Aurelianus a rassemblé tout ce que les anciens ont dit de mieux sur le traitement, il veut : 1° que le malade évite, autant qu'il est possible, toute idée vénérienne; 2" qu'il soit couché sur un lit de matière dure et rafraîchissante ; qu'il applique sur ses reins une mince plaque de plomb ; qu'il applique sur toutes les parties qui sont le siège de la maladie des éponges trempées dans de l'eau et du vinaigre, ou des choses rafraîchissantes, comme les balaustes, l'acacia, l'hypociste, lepsillium ; 3° qu'il ne fasse usage que d'aliments et de boissons qui rafraîchissent et qui resserrent; il lui conseille , 4° les fortifiants ; 5° l'usage du bain froid; G" de ne jamais se coucher sur le dos , mais toujours sur le côté ou sur le ventre. Ce conseil est plein de bonnes choses ; mais voyons plus distinctement quelle est l'inilication qui se présente ; c'est de diminuer la quantité de la semence, et de prévenir les rêves. La diète et le régime général sont beaucoup plus propres à la remplir que les remèJes. Les aliments les plus convenables sont ceux qui sont tirés du règne végétal , les légumes et les fruits ; parmi les viandes, celles qui contiennent le moins de substance. Dans l'une et l'autre classe , il faut faire choix de ceux qui n'ont aucune àcreté. L'on a déjà vu plus haut l'influence de ce régime sur la tranquillité du sommeil; on ne peut trop le recommander aux personnes affligées de pollutions! nocturmes, à qui cette tranquillité est si nécessaire. Elles doivent surtout renoncer au souper, ou au moins ne souper que très-légèrement ; cette seule attention contribue plus à opérer la guérison que tous les remèdes.

J'ai vu, il y a plusieurs années, un jeune homme qui avait presque toutes les nuits une pollution nocturne, et qui avait déjà eu quelques accès de cauchemar. Un chirurgien-barbier lui ordonna de boire, en se couchant, quelques verres d'eau chaude, qui, sans diminuer les pollutions , augmentèrent la dernière maladie ; les deux maux se réunirent et revinrent toutes les nuits ; le fantôme du cauchemar était une femme, qui occasionnait ea même temps la pollution.

l'onanisme.

Aflfaibli par cette double maladie, et par la privation d'un sommeil tranquille, il maichaità (grands pas vers une consomption. Je lui ordonnai de ne prendre à souper qu'un ])eu de pain et quelques fruits crus, de souper de bonne heure , et de prendre, en entrant au lit, un verre d'eiiu fraîche , avec quinze gouttes de liqueur anodine minérale d'Hoflmann. 11 ne tarda pas à reprendre un sommeil tranquille; les deux maladies se dissipèrent entièrement, et il recouvra bientôt ses forces. — Les viandes indigestes et les viandes noires, surtout le soir, sont un véritable poison pour ce mal ; et, je le répète, sans la privation d'un souper, surtout animal, les autres remèdes ne sont d'aucune utilité. Le vin, les liqueurs, le café, nuisent par plusieurs endroits. La meilleure boi?ison est l'eau pure, sur chaque bouteille de laquelle on peut dissoudre avec succès une drachme de nitre. J'ai cependant vu, il n'y a [las longtemps , un malade à qui le nitre nuisait, en lui procurant de plus fréquentes pollutions : j'attribuai cet effet à deux causes : l'une, c'est qu'il avait les nerfs Irèsfaibles, et dans ces tempéraments le nitre agit comme irritant ; l'autre, c'est qu'il augmentait considérablement les urines : la vessie se remplissait plus promptement pendant la nuit, et l'on sait que la tension de la vessie est une des causes déterminantes des pollutions.

Le précepte que donne Cœlius d'éviter les lits mous est de la plus grande importance; il n'y faut point souffrir de plume ; la paille serait de beaucoup à préférer au crin , et j'ai vu quelques malades qui se sont bien trouvés de couvrir le matelas d'un cuir. Le conseil de ne pas se coucher sur le dos est également nécessaire ; cette situation nuit, en contribuant à rendre le sommeil plus agité, et en échauffant davantage les parties génitales. Enfin, comme l'habitude a ici une très-grande influence , et qu'il importe de la rompre, l'observation suivante pnnrra fournir un moyen d'y réussir. Je la tiens d'un Italien, respectable par ses vertus, et l'un des plus excellents hommes que je me rappelle d'avoir vus. Il me consultait pour une maladie très-différente; mais afin de mieux ni'instruire , il me fit toute l'histoire de sa santé. Il avait été incommodé , cinq ans auparavant, de pollutions fréquentes qui l'épuisaient totalement. Il résolut tortenient le soir de se réveiller au premier moment où une femme frapperait

son imagination, et s'occupa longf-femps de cette idée avant que de s'endormir.

Le remède eut le plus heureux succès ; l'idée du danger, et la volonté de se réveiller , unies étroitement la veille k l'idée d'une femme, se produisirent, au milieu du sommeil , en même temps que cette dernière ; il se réveilla à temps , et cette précaution, réitérée pendant quelques soirs, dissipa le mal.

Mais que ces deux derniers cas n'inspirent ])as trop de sécurité ; il en est contre lesijuels les meilleurs remèdes échouent : celui qu'Hoffmann rapporte (ijen est un exemple, et l'on doit d'avance donner aux malades l'avis qu'il donnait au sien ; c'est que , sans une longue persévérance dans l'usage des remèdes, on ne doit en attendre aucun effet ; ou plutôt dans ce cas, où le régime est l'essentiel, ce n'est souvent qu'en l'observant long-temps qu'on peut éprouver nu soulageuient sensible. Si l'on emploie des remèdes, ils doivent être fondés sur la même indication que le régime. Il n'y a pas long-temps que j'ai vu une saignée assez abondante emporter le mal. Les poudres nitreuses , la limonade, les esprits acides, les laits d'amande, peuvent être d'un bon usage. — Hoffuiann employa pour le maslurbaleur qui , après avoir quitté ses infamies , tomba dans des pollutions, la poudre suivante : R. C. C. pp/iicè. ppa/l. assis, sepiœ aa. une S. ; siiccini cuin inslillal. olei tartar. per deliquium ppat. dr. II ; carcar. rlr. I., dont il prenait une drachme le soir avec de l'eau de cerises noires ; le matin , les eaux de Selter et le lait ; pour boisson , une tisane de santal, de racities d'esquine , de chicorée, de scorsonère et de cannelle. Moyennant ces secours et une diète convenable , le malade guérit en quelques semaines. Zimmermannaguéri, par l'usage de la même poudre, des pollutions très-fréquentes, suivies des langueurs ordinaires, et qui avaient duré quelques années chez un jeune homme de vingt-un ans. Il n'est pas aisé d'expliquer comment cette poudre , qui n'est qu'un simple absorbant, fait du bien ; mais j'ai vu de bons effets du camphre. — Une autre espèce de pollutions, ce sont celles des hypochondriaques. La circulation , chez eux, se fait lentement, surtout dans les veines du bas-ventre; par là même, les parties d'oîi elles rapportent le sang

(1) Cas 102.

l'onanisme.

sont souvent engorgées ; les nerfs sont aisément mis en mouvement ; leurs humeurs ont un caractère d'àcrelé trèspropre à irriter; leur sommeil est orilinairement troublé par des songes : voilà bien des raisons de pollutions ; aussi ils y sont extrêmement sujets. «L'imaginajï) tion , dit Boerhaave, produit souvent, î»pendant,le sommeil, des émissions de » semence. Les gens de lettres les plus » assidus, et les rateleux, sont sujets à » cet accident, et l'écoulement de la se- » mence est souvent si considérable qu'ils >) tombent dans l'atrophie (I). » Celte toaladie a pour eux des suites d'autant plus fâcheuses qu'ils ne se livrent jamais i quelques excès dans ce genre , sans en ;tre extrêmement incommodés. Fleming 'a heureusement exprimé :

Non vencri crebro licel unquani iuipune lilai-e,

Tl n'y a qu'un moyen de curation , c'est l'attaquer la maladie principale. L'on :ommence par détruire les engorgenents; ensuite l'on emploie les bains roids, et celle salutaire écorce que Dieu veuille nous conserver. C'est alors vériablement le cas de ces deux puissants ■emèdes, auxquels on peut quelquefois Hier le mars. Si les attentions sur le ilioix des aliments sont nécessaires dans DUS les cas, elles le sont plus particulièement dans celui-ci. Les hynochondria- [ues font généralement très-mal les di- ;estion3; les aliments mal digérés pro- [uisent des gonflements flatueux , qui, roublant la circulation, les disposent ux pollutions de deux façons : 1« en ênnnt le retour du sang dans les veines énitales ; 2° en troublant la tranquillité I M sommeil, et en disposant par là même

I ux rêves. On sent par là la raison de la éfense que Pythagore faisait à ses disci-

! lies , de manger des aliments flatueux ,

, u'il regardait avec raison comme nuisi-

j lies, tant à la netteté et à la force des

II jnctions de l'âaie, qu'à la chasteté. Ou- .| re les deux raisons que j'en ai données, [ ouri-ais-je hasarder d'en indiiiuer une ,; roisième, que j'ai eu fortement lieu de ij oupçonner chez deux malades? C'est (S expansion de l'air dégagé des fluides I ans les corps caverneux , ce qui pi o- ^ uisait une érection et le prurit véné- , ien. Personne n'ignore que toutes nos

queurs sont imprégnées de ce fluide,

(1) Institut., § 776.

mais que, tant qu'elles sont parfaitement saines , il est comn)e incarcéré et privé de toute élasticité. De grands physiciens avaient cru qu'il n'y avait que deux moyens de la lui rendre ; un degré de chaleur plus considérable qu'on ne l'observe jamais dans le corps animal, et la putréfaction. Mais une foule d'observations de maladies produites par l'air ainsi dilaté ont prouvé qu'indépendamment de ces deux causes, il y avait d'autres altérations dans les fluides qui opéraient le même effet; et ces altérations paraissent plus fréquentes chez les hypochondriaques : ainsi, il n'est point élonnant que les corps caverneux soient le siège de ce développcmeiit d'air maladif; il n'y a , au conlraiie , point de iiarlie qui jiaraisse devoir y êlre plus exposée : si l'on n'y a pas fait attention plus lot, c'est vraisemblablement manque d'observateurs, plutôt que d'observations.

Celles - ci font senlir toute la nécessiié d'éviter ces aliments qui , plus chargés d'air que les autres , incommodent , et par celui qui s'en sé[)ai e dans les premières voies , et par celui qu'ils portent dans le sang. Tout le monde sait que la bière nouvelle, qui est extrêmement flatueuse, occasionne de violentes éreclions; et j'ai vu, depuis la dernière édition de cet ouvrage, que Thierry, un des plus savants médecins , et des plus célèbres praticiens de France , a connu ces érections flatueuses.

L'on peut placer ici, comme analogue à cette dernière espèce de pollution , et attaquant principalement les mélancoliques , une maladie qu'on pourrait appeler fureur geiiiiale : elle diffèi e du priapisme et du satyriasis : je la jieindrai par une observaiion que j'avais déjà publiée dans la première édition latine de cet ouvrage , et omise dans la française. Un homme âgé de cinquante ans en était atteint depuis plus de vingt-quaire ; et, daîis ce long terme, il n'avait pas pu se passer vingt-qualre heures de fennue, ou de l'iiorrihle supplément de l'onanisme; et il réiléiait ordiiiaireiiient les actes plusieurs fois par jour. Le sperme était clair, âcre , stérile; rév.icualion très- prompte. Il avait les nerfs excessivement affaiblis; des accès de mélancolie, et des vapeurs très-violenles ; les f.icullés abruties, l'ouie très-pesanle, les yeux exti êmement faibles : il est mort dans l'étal le plus tiisle. Je ne lui ai jamais conseillé de remèdes; il en avait pris m grand popbre ; plusieurs ne lui

l'onanisme;

avaient rien fait ; tous ceux qui étaient cliauds lui avaient nui; le seul quinquina infuse dans du vin, que lui avait ordonné Albinus, l'avait soulagé; et l'autorité de ce grand médecin est un nouveau témoignage bien respectable en faveur de ce remède. On trouve parmi les consultations de Hoffmann un cas à peu près semblable ; le prurit vénérien était presque continuel , et l'âme et le corps étaient également énervés (1).

SECTION xn. — Gonorrhee simple.

« La gonori'hee , dit Galien , qui ne » connaissait que la simple, est un écou- » lement de semence. » Plusieurs auteurs de tous les siècles en parlent, et Moïse , le plus ancien de tous. L'on trouve, dans les observations d'Hippocrate, l'exemple d'un montagnard dont la maladie paraît avoir été un marasme , et qui avait un écoulement involontaire d'urine et de semence (2). Boerhaave paraît cependant mettre cette maladie au nombre des choses douteuses. « On lit, dit-il, dans » quelques livres de médecine , que la j) semence s'est quelquefois écoulée sans » qu'on l'ait sentie. Mais cette maladie j> doit êtce très-rare ; et je ne sache pas 3) que la semence se soit écoulée sans )> quelque chatouillement , ou ce n'était » pas de la vraie semence séparée dans » les testicules , et accumulée dans les » vésicules séminales, quoique j'aie vu » la liqueur des prostates s'écouler (3), » Cette autorité est sans doute bien respectable , mais, outre que Boerhaave ne décide point positivement, il a contre lui tous les médecins; et, pour ne point sortir de son école, l'un de ses plus illustres disciples, Gnubius , admet l'évacuation de semence sans sensation. Mes propres observations ne me laissent pas douter de l'existence de l'une et de l'autre maladie.J"ai vu des hommes qui, après une gonorrhée virulente, après des excès vénériens ou des masturbations, avaient un écoulement continuel par la verge , mais qui ne les rendaient pas incapables d'érection et d'éjaculation : ils se plaignaient même qu'une seule éjaculation les afFaiblissait plus qu'un écoulement de quel-

(1) Consull., cent, n et ni, Oper., t. m, p. '•21/1.

(2) Epid., L VI, sect. m, n. 13, Foes, J173.

(3) Ibid. ha. Mettrie, t. vu, p. 214.

ques semaines; preuve évidente que la liqueur de ces deux évacuations n'était pas la même, et que celle qui sort par la gonorrhée ne vient que des prostates , de quelques autres glandes qui entourent l'urètre , des follicules répandues dans toute sa longueur, ou enfin des vaisseaux exhalants dilatés. J'en ai vu d'autres qui avaient, comme les premiers, un écoulement qui les affaiblissait beaucoup plus, qui les rendait incapables de tout prurit vénérien , de toute érection , et par là même de toute éjaculation, quoique les testicules ne parussent point hors d'état de faire leurs fonctions. Il me paraît démontré que, dans ces derniers , la vraie semence lesticulaire s'écoulait sans sensation. Et quand on connaît la structure des parties génitales, l'on^ se persuadera aisément que la première maladie doit être beaucoup plus fréquente que la dernière ; mais l'on comprendra très-bien l'existence de celle ci. Les auteurs exacts ont appelé gonorrhée vraie, celle dans laquelle ils ont cru que la matière de l'écoulement était la vraie, semence ; et l'autre, gonorriie'e bâtarde ou calarrhale.

Les dangers de cet écoulement sont très-considérables ; l'on a vu plus haut le tableau qu'Arétée en fait : « Comment, dit-il au même endroit, ne serait- » on pas faible, quand ce qui fait la force » de la vie se perd continuellement ? La )) seule semence est ce qui fait la force » de riiomme. » Celse , qui vivait avant Arétée , dit positivement que l'écoulement de semence sans sensation vénérienne, mène à la consomption (Ij. Jean, fils de Zacharic, plus connu sous le nom d'Acluarius, dans l'ouvrage qu'il composa en faveur de l'ambassadeur que l'empereur de Constantinople envoyait dans le Nord, pense comme les auteurs que j'ai déjà cités. « Si l'écoulement de » semence qui se fait sans érection et j> sans sensation dure quelque temps , il )) produit nécessairement la consomption » et la mort, parce que la partie la plus w balsamique des humeurs et les esprits )) animaux se dissipent (2). » — Les auteurs les plus modernes pensent comme^ les anciens. « Tout le corps maigrit, dit. M Sennert , et surtout le dos ; les malades 5> deviennent faibles, secs, pâles; ils lan-

(1) De medicina, 1. iv, c. xxi.

(2) Medicus , sive do raetliodo me* dendi, 1, i, ç. jssii.

l'onanisme.

» guïssent; ils ont des douleurs de reins; » les yeux se creusent (l). » Boerhaave range" celte gonorrhée parmi les causes de la paralysie ; et l'on remarquera que, dans cet endroit, il admet la gonorrhée de véritable semence. « La paralysie, dit- )) il, qui vient de la gonorrhée, est incu- » rable, pai ceque le corps est épuisé (2).» On trouve dans une très-bonne dissertation de Koempf des observations fort intéressantes (3).

Celte maladie peut dépendre de plusieurs causes éloignées. La cause prochaine est presque toujours combinée d'un vice dans les liqueurs qui s'écoulent, qui sont trop ténues et souvent trop acres, et d'un grand relâchement des parties. Le vice des liqueurs dénote un défaut d'élaboration , qui dépend d'une faiblesse générale , qui exige les toniques , que la fiiblesse des organes indique aussi ; les circonstances concourantes décident sur le choix. 11 serait hors de place d'entrer ici dans tous ces détails , sur lesquels on trouvera de bonnes choses dans plusieurs auteurs, et surtout dans Sennert , l'auteur du meilleur abrégé de médecine-pratique qu'on ait. — Les mêmes remèties indiqués dans le courant de cet ouvrage , contre les autres suites de la pollution , le sont contre celle ci ; le bain froid , le quinquina, le mars, les autres roborants. Boerhaave dit que Fépathiiiue produit d'excellents effets, eg^regios sanè prœslat mus, dans la gonorrhée invétérée, qui dépend du relâchement des organes (I).

Quelquefois, pour détourner la tendmce que l'habitude donne aux humeurs sur la même partie, on peut commencer par quelques laxatifs ; il y a même de grands médecins qui leur ont attribué une effi-

(1) Praxis medica, lib. m, part, ix, sect. 17, c. ]V.

(2) De morb. nervor., p. 717. Cet ouvrage, recueilli de ses leçons depuis 1750 jusqu'en 1735, et postérieur parla même de quelques années aux leçons recueillies par de Haller, prouve que Boerhaave avait changé de senliment sur la possibilité de la gonorrhée vraiment sûminale; et l'on sait que ce grand homme était toujours prêt à abjurer ses anciennes idées pour en adopter de nouvelles, dès qu'il était convaincu qu'elles étaient plus justes.

(3) G.-L. Koempf, De morbis es atrophia, fiâle, 175(5.

(4) Historia planlaruiU; etc., p. 5!.

cacité presque spécifique conlre cette maladie; l'expérience, plus encore que la raison, m'a prouvé le contraire. Et ceux qui se donneront la peine de lire les auteurs que j'ai nommés plus haut, verront qu'ils n'ordonnent rien de laxatif.

Actuarius ordonne des choses qui foi'-« tifient sans échauffer (1).

Aretée , qui veut qu'on y remédie incessamment, vu le danger dont elle menace, n'ordonne que des fortifiants, l'abstinence des plaisirs de l'amour , et le bain froid (2).

Celse, des ouvrages duquel l'un et l'autre ont profité , ordonne des frictions et surtout le bain d'une eau extrêmement froide ( lautionesque quam frigidissimce ) ; il veut que tout ce qu'on mange et qu'on boit, on le prenne froid; qu'on évite tous les aliments qui peuvent engendrer des crudités , des venis , et augmenter l'àereté de la semence. Fernel ordonne des aliments succulents, aisés à digérer, et des électuaires restaurants (3j.

Si la promesse de Languius , qui osait jurer que des purgatifs et la diète guériraient cette maladie est vraie, ce ne peut être que dans le cas oii elle serait produite par une mauvaise diète , qui aurait donné lieu à des obstructions dans le basventre , et fait dégénérer toutes les humeurs, sans que les solides eussent encore reçu d'atteintes bien considérables; et il n'a eu en vue que ce cas ; car, s'ils avaient reçu une atteinte un peu considérable , les purgatifs devraient nécessairement être aidés par les roborants.

Telle était la gonorrhée que Régis observa , et dont Graanem nous a conservé le détail, n Un homme , dit-il , d'un îem- » pérament piluiteux , ayant fait long- » temps usage d'aliments humectants , » fut attaqué d'un écoulement d'une huj) meur aqueuse, crue , visqueuse, qui » sortait sans sentiment. Il maigrissait , » ses yeux se cavaient ; il perdait tous les » jours ses forces. Régis commença par » les purgatifs , pour évacuer ces hu- 1) meurs pitnileuses ; » ensuite il lui ordonna les forlitianis, et les aliments desséchants; enfin, si cela ne suffisait pas j il conseillait un caustique à chaque jambe (4). Mais cette méthode des purgatifs

(1) Ibid. , 1. IV, c. vin.

(2) Page 131.

{">) Oper. omn., p. 544, (4) Voyez J.-J. Mangeti, Bibliolheca mediço-practiça, t. ji, p. 625.

ne peut jamais convenir, quand celle maladie est la suite des excès vcncrlen's , et qu'elle dépend, comme dit Sennert , « de la faiblesse que les vésicules sémi- » nales ont conlraclée par les allernaii- » vessi fféquentes de réplétion et d'inac- » tion. »

Le détail de quelques cas fera mieux saisir la véritable curalion. — ïimée en fouriiilun qui ne peut être mieux placé qu'ici. « Un jeune hoiiime , dit-il , éludiant en « droit , d'un tempérament sanguin , se )' polluait manuellement deux 0!i trois w fois par jour, et quelquefois plus soun vent : il tomba dans une gonorrhée , » accompagnée d'une faiblesse de tout le » corps. Je regardai la gonorrhée comme » une suite du relàcliement occasionné » dans les vaisseaux séminaux ; et la fai- » blesse dépendait de la fréquente effu- )) sion de semence, qui avait dissipé la » chaleur naturelle , amassé des cru- » dités , lésé le genre nerveux, abruti w l'âme et aff.iibli tout le corps. » Il lui ordonna un vin fortilianl, avec les astringents, et les aromatiques infusés dans le gros vin rouge , un opiat de même nature, et un onguent composé d'huiles de roses, de mastic, de nilre, de bol d'vVrménie, de lerre sigillée, de balaustes et de cire blanche. « Le malade fut guéri w au bout d'un mois de ce mal honteux , » et je l'avertis de s'abstenir à l'avenir de w cette infâme débauche et de se souve- V iiir de la menace de l'Eternel ; qui ex- 1) dut les mous du royaume des cicux.

» Cor. 1, c. 6 (Ij. »

« Un des meilleurs médecins que nous )) ayons en Suisse, me marque Zimmer- }> niaiin , G. M. Wepfer, de Schaffouse, » dont l'autorité ne peul-êire que d'un w Irès-grand poids , assure avoir guéri » lin écoulement continuel de semence, » suite de la masturbation, par la teinture » de mars de Ludovic. Veslin, de Zur- » zach , m'a confirmé la même chose sur » sa propre expérience. Pour moi, ajoute » mon ami, je n'en ai pas vu d'aussi bons » effets. »

Le pi ofeseur Stehelin parle d'un homme leltré qui était affligé d'une effusion involontaire de semence, sans idées vénériennes, et qu'il a guérie par l'usage d'un vin avec le mars et le quinquina. Les remèdes , et entre autres les eaux de Swalbac, et la douche d'eau froide sur le pubis et le périnée , n'eurent pas les mèuies succès chez un jeune homme qui

(1) Ibid., p. C24.

s'était attiré ce mal parla masturbation. Il ajoute que le docteur Bongars , fameux praticien de Maseych , a guéri deux personnes attaquées d'une débilité des vésicules séminales, en leur faisant prendre trois fois par jour huit à dix gouttes de laudanum liquide de Sydenhain , dans une tasse de vin de Pontac , et en leur faisant boire une décoction de salsepareille. Stehelin remarque que , quoique l'opium soit un remède contraire aux indications, il a cependant toujours été conseillé par Etmuller contre l'éjaculalion trop prompte qui dépend d'une semence trop spiritueuse. Qu'il me soit permis d'ajouter qu'en eximiinant atlenlivement le conseil de ce fameux praticien et en comparant la nature du mal , dans certains cas , avec les effets de l'opium , on concevra aisément que ce remède peut quelquefois être utile, mais non pas dans le cas dans lequel il le conseille. Il dislingue avec beaucoup de soin les différentes espèces d'écoulements , il assigne les causes et le traitement de chaque espèce; et, passant ensuite à l'éjaculation qui vient dès le commencement de l'érection , nimi's cilam, il en donne deux causes : 1° le relâchement des vésicules séminales : 2° une liqueur séminale trop bouillante, trop spiritueuse et trop abondante ; c'est dans ce cas qu'il ordonne l'opium (I). Mais à quel titre? L'opium, dont la vertu aphrodisiaque est si bien démontrée ; vertu qu'EtmuUer lui-même indi(jue , et dans son petit ouvrage sur ce remède, et dans l'endroit même oîi il donne ce conseil , ne peut qu'augmenter la cause de la maladie, et par là même en aggraver les symptômes. Les cas oii il est utile, c'est au contraire quand les humeurs sont crues , ténues , aqueuses ; et les nerfs en même temps excessivement mobiles. L'on sait qu'il remédie à ces différents accidents , qu'il suspend l'irritabilité, et qu'il arrête toutes les évacuations , excepté la transpiration.

Mais, on ne peut trop le redire, l'on doit être attentif à ne l'ordonner qu'à propos, sans quoi il deviendrait nuisible. Tralles , dans son excellent ouvrage sur ce remède, nous fournit une observation, et l'on en trouve de semblables ailleurs, qui doit nous obliger à beaucoup de circonspection. Un homme, dit-il, qui dès sa jeunesse avait eu du penchant aux pullulions, ce qui l'avait rendu exlrêuicmcii t

(1) Colleg. praçt. spéciale, c. ii; l. h p. 459.

L*ONANISME

faible, ne prenait jamais de l'opium, soit pour modérer une toux ou une diarrhée, ou dans qiieiqu'autre but, qu'il n'eùtpendatit la nuit, et à son griind dommage, des songes lascifs, accompagnés d'une émission spermatique (I). Qu'on me permette une réflexion qui se présente naturellement; c'est que l'erreur d'Elmullcr prouve bien évidement, 1° combien une théorie exacte a d'influence sur la pratique, qui, sans son secours, ne peut être que très-souvent fausse et erronée; 2° combien par là même un homme qui réunit l'un et l'autre doit avoir d'avantage sur celui qui n'est guidé que par quelques observations, ou qui se livre à une théorie systématique; enfin, 3° combien la lecture des meilleurs auteurs de pratique , qui ont été dénués de cette théorie exacte , due à notre siècle, ])eut tromper ceux qui, en les lisant, ne peuvent avoir qu'une foi implicite , et qui ignorent ces principes qui doivent servir de pierre de touche pour discerner en médecine ce qui est de bon ou de mauvais aloi.

Je finirai par deux de mes observations ; un plus grand nombre serait superflu. — Un jeune homme de vingt ans , qui avait eu le malheur de se polluer, était atlaqué depuis deux mois d'un écoulement muqueux continuel , et de pollutions nocturnes, de temps en temps accompagnées d'un épuisement considérable ; il avait de fréquents et violents maux d'estomac ; il se sentait la poitrine extrêmement faible, et suait très aisément. Je lui ordonnai l'opiat suivant :

R. Conditi rosar. rubr. une. III ; condil. nnthos. cort. perw. aa. une. I; niaslices dr. II; cath. dr. olei. cinnam. ç,lt. III ; sirup. cort. aur. q. s. f. electnr. solid.

Il en prenait un quart d'once deux fois pur jour. Au bout de trois semaines il se trouva bien à tous égards ; et l'écoulement n'avait jdus lieu qu'après les pollutions nocturnes, qui étaient beaucoup moins fré([ueiilcs. La continuation du même remèile pendant quinze jours le remit tout à-fait. — Deux époux étrangers, que je n'ai jamais connus, attaqués presque dans le même temps , et b;en sîirs qu'il n'y avait point de virus, d'un écoulementaccomiiagné de fail)ksse et de douleurs tout le lo.ng de l'épine du dos, ne pouvaient accuser que des excès

(1) Ususopii salubrisct noxius, p. tôt.

conjugaux. L'écoulement était beaucoup plus considérable chez le mari. Ils avaient essayé différents remèdes très-inutilement, et entre autres des pilules mercurielles, qui avaient augmenté l'écoulement. Ils me firent consulter. Je leur ordonnai les bains froids , un vin de quinquina , d'acier et de fleurs de roses rouges. Ils prirent régulièrement le remède ; c'était dans l'été de 1758 ; les pluies coutinuelles rendaient l'usage des bains de rivière très-difficile; la femme n'en prit que deux ou trois, le mari une douzaine. Au bout de cinq semaines, ils me firent dire qu'ils étaient presque totalement rétablis. J'ordonnai la continuation jusqu'à parfaite guérison , qui ne tarda pas. — Ces succès heureux ne peuvent point servir à fonder un pronostic général et favorable; cette maladie est le plus souvent extrêmement rebelle, quelquefois même incurable. Je n'en donnerai qu'un seul exemple, mais démonstratif. Un des plus grandspraliciena qu'il y ait aujourd'hui en Europe, et qui enrichit la médecine par des ouvragestous excellents , est affligé , depuis plus de quinze ans , d'une gonorrhi'e simple, que tout son art, et celui de quelques autres médecins qu'il a consultés, n'ont pu dissiper; cette triste incommodité le consume peu à peu, et fait craindre de le perdre long-temps avant le terme auquel il serait à souhaiter qu'il parvîut, et auquel il pourrait parvenir dans le cours ordinaire des choses. — Il serait inutile de m'élendre davantage ; j'ai lâché de ne rien omettre de ce qui peut ouvrir les yeux aux jeunes gens sur les horreurs de l'abîme qu'ils se préparent. J'ai indiqué les moyens les plus propres à remédier aux maux qu'ils se sont attires; je finis par réitérer ce que j'ai déjà dit dans le cours de cet ouvrage , que quelques cures heureuses ne servent pas à leur faire illusion ; le mieux guéri recouvre difficilement sa première vigueur , et ne conserve une santé passable qu'à force de mi-nagement ; le nombre de ceux qui restent dans la langueur est décuple de ceux qui guérissent, et quelques exemples de gens, ou qui n'avaient été que peu malades, ou chez lesquels un tempi'rauient plus vigoureux a pu se relever plus aisémmt, ne doivent point être regardés comme faisant une règle générale.

. . . Non benc rîpic crtiîitur \ Ipse arii'i cliam uutic vcUera siccat.

Page 1