ESSAI SCR LA MUE DE LA VOIX
de fréquents changements de voix , suivant les différents degiés de cette tension , et à des aphonies totales quand le spasme est violent. — Les plaisirs de l'amour influent extrêmement sur la voix. Cette influence dépend de la sympathie qui se trouve entre leurs organes. L'on pourrait juger des moments heureux d'un musicien à son ton (l); et les acteurs d'opéra conserveraient bien plus longtemps la beauté de leur voix , s'ils pouvaient préférer ta fumée des applaudissements publics à la réalité des plaisirs particuliers. — Qu'est-ce qui détermine l'étendue de la voix humaine ? C'est la différente nature des cordes vocales.
Entre celles qui donnent le ton le plus grave et celles qui donnent le ton le plus aigu, on compte trois octaves de différence (2). Il est aisé de déterminer le rapport qu'il y a entre le nombre des vibrations qui donnent ces deux extrêmes. — L'on s'attend sans doute que je
(1) C'est une observation d'Hippnr.r.nlc vérifiée dans tous les temps, et qui entre dans la classe des sympathies par la communication des nerfs. On peut consulter sur celle niaiiôre M. de Haller , Linneœ phijsiologicœ, § 555 : l'ouvrage de M. Rega, De sijmpatliia , ot une Irès-belle disserlalion de M. Langi)ans, médecin bernois:
Dissertatio inauguralis de consensu pnriium corporis humani, auct.Dan. Lunghans. Gœlling, 1749.
(2) On divise cette étendue en six classes qui diffèrent les unes des autres de demi-oclave, et qui renferment les différenlcs voix, la basse-taille, dont la plus basse s'appelle basse-contre ; le concordant, la taille et la haule-conire, qui esl la plus haule voix d'homme ; le basdessus et le dessus, qui est la plus liante voix de femme. Voyez Éléments de mic nique théorique et pratique de M. d'Alembert, p. 102. 11 y a des personnes dont la voix extrêmement étendue parcourt à peu près toutes ces classes.
dirai quelque chose de la mue des oiseaux. Je commencerai par une remarque sur la formation de leur voix; c'est que l'on n'a point pu étendre le système de M. Ferein jusqu'à eux. Leur glotte cartilagineuse paraît peu propre à former un instrument à corde ; et comme on ne l'explique pas plus heureusement dans le système de M. Dodart , il faut attendre du temps des expériences qui nous en dévoilent la mécanique. Ce qu'on appelle mue chez les oiseaux est line maladie qu'ils éprouvent, les uns une, les autres deux fois par an. Ils sont tristes, abattus, faibles; ils mangent peu ; quelquefois ils sont pris de la diarrhée ; d'autres fois, au contraire, ils sont très-resserrés : ils perdent leurs plumes ; ils ne chantent que peu ou point, et ils n'ont guère alors qu'une espèce de cri assez désagréable. Cet état est une maladie critique , que ces petits animaux essuient annuellement , et à laquelle ils sont sujets , comme les hommes à bien d'autres. Quelle que soit la cause de cette maladie, quelle que soit la mécanique de leur voix, elle doit influer sur son organe comme sur tous les autres , et en déranger les fonctions.
L'on dit que les quadrupèdes muent, quand ils perdent leur poil, ce qui arrive en été : la nutrition se fait moins bien ; les bulbes poileux , relâchés par les sueurs , laissent échapper le poil qu'ils contenaient, et cet état dure jusqu'à ce que la diminution des chaleurs les remette dans leur état naturel. Si on les observait attentivement, je ne doute point qu'on ne remarquât d'autres symptômes que cette chute de poils. — Je fiuis par une remarque générale sur les deux systèmes : c'est que l'impossibilité d'expliquer, dans celui de M. Dodart, les phénomènes dont celui de M. Ferein rend si naturellement raison forme un argument bien fort contre le premier , et bien favorable au second.
FIN DÈS OEDVrES DE ÏISâOT.