TRAITEMENT DE LA MALADIE
§ 1 . La meilleure manière de l'attaquer dans les commencements, c'est d'évacuer à diverses fois les premières voies ; les émétiques sont ce qu'il y a de mieux pour cet effet.
§ 2. Les purgatifs ont aussi leur utilité, mais c'est particulièrement pendant le progrès de la maladie, et en général lorsqu'il y a lieu de conclure que la cause morbifique réside plutôt dans les intestins que dans l'estomac.
§ 3. Par rapport aux émétiques, le mieux serait de les donner en plusieurs doses jusqu'à ce qu'ils fissent leur effet , leur activité étant fort incertaine , vu l'influence de la propriété stupéfiante dq la cause morbifique.
§ 4. Les purgatifs ne doivent pas être des plus doux, mais de ceux qui peuvent mettre facilement en jeu l'irritabilité, et dont l'activité se développe beaucoup.
§ 5. Il n'est pas inutile, pour les malades qui paraissent avoir des vers, d'ajouter au jalap une portion de mercure doux.
§ 6. Quant aux vermifuges tirés du règne végétal, il se peut bien qu'il n'y aurait pas de la sûreté à employer de ceux qui ont en même temps quelque chose de stupéfiant; (elle est la tanaisie (l'absinthe), etc.
§ 7. Les siidorifiques sont aussi trèsutiles, surtout le vinaigre camphré.
§ 8. Les remèdes qui agissent sur les nerfs, tels que le quinquina, le camphre, le castor, r»ssa-fétida et la valériane, u«
PRÉCIS DES BELÀtÏoNS
promettent pas tous une utilité égale; il faudrait premièrement assigner les degrés (le cette utilité par des expériences exactes.
§ 9. Il paraît qu'il en coûterait trop pour faire avec le musc des expériences telles qu'il les faudrait pour pouvoir en déterminer quelque chose.
§ 10. L'opium ne promet absolument aucun bon effet tant que la cause morbifique est encore retenue dans les premières voies, ou que ces parties pèchent plutôt par défaut que par eicès de sensibilité.
§11. Les lavements ne peuvent jamais faire de mal dans le raphania ; mais aussi ils ne sont pas toujours nécessaires.
§ 12. Comme l'estomac et les intestins grêles sont vraisemblablement les parties sur lesquelles le poison agit avec le plus de force, dans les cas où elles seraient trop dépourvues de sensibilité pour communiquer l'impression que les nervins devi-aient faire sur elles à tout le genre nerveux , ce qu'il y aurait peut - être alors de mieux à faire pour parvenir à ce but, ce serait de faire passer de grandes doses de ces nervins dans les intestins par le moyen des lavements.
§ 13. Les saignées sont fort dangereuses , et c'est à celte évacuation qui est beaucoup trop du goût des gens de la campagne, qu'il faut attribuer en bonne partie les symptômes fâcheux et la longue durée de cette maladie.
§ 14. L'application des sangsues et celle des ventouses scarifiées sur les membres convulsés ne sont pas inutiles pour le soulagement de ces parties.
§ I 5. Mais on peut aussi tirer de grands avantages des fomentations et des bains tièdes.
§ 16. Un bain entier d'eau tiède , qu'on peut , en tout cas , imprégner des vertus médicinales de plantes appropriées à cet usage , promet de très-bons effets , vu la grande utilité qu'on retire d'un pareil bain dans d'autres maladies spaamodiques qui affectent tout le corps.
§ 17. Suivant l'analogie, on peut espérer beaucoup des frictions , et surtout de celles que l'on fait avec des remèdes nervins tels que le pétrole.
§ 18. Les emplâtres vésicatoires, à en juger par la plupart des témoignages qu'on en donne , sont un bon moyen de dégager les parties nobles, et pour ranimer le genre nerveux engourdi.
§ 19. On fait empirer cette maladie , si , dans commencmeuts, on ae fait
point d'exercice et qu'on garde le lit.
§ 20. Cependant il faut aussi éviter le froid, les mauvais temps, la pluie, etc.; parce qu'il pourrait en résulter la suppression de la transpiration , dont la continuation et l'entretien sont si salutaires dans cette maladie.
§ 21. Mais avant toutes choses, rien n'est plus utile que des aliments et des boissons d'une bonne qualité; ils sont même indispensablement nécessaires pour aider à l'effet des remèdes : tels sont le lait ou le lait de beurre à titre de boisson ; le pain et d'autres aliments farineux préparés avec de bon seigle, des soupes au vin , et des nourritures tirées de la viande à titre d'aliments solides.
§ 22. Peut-être que la méthode de Sydenham , qui consistait à donner quelque préparation d'opium après les évacuations, aurait aussi son utilité dans cette maladie.
§ 23. Les remèdes huileux donnés dans l'intervalle des évacuations paraissent convenir dans le raphania tout comme dans la colique de plomb.
§ 24. Il ne serait sans doute pas contraire à la dignité d'un médecin de chercher, par quelque supercherie utile , à gagner la confiance du paysan qui s'obstine si fort à ne pas reconnaître ce qui lui est avantageux.
§ 25. Il est à propos en particulier de ne pas employer seuls les remèdes dont les effets ne tombent pas sous les sens.
§ 26. En conseillant une saignée sous la langue ou derrière les oreilles, etc., comme devant être fort avantageuse, on tranquillisera très-bien un paysan, et on lui épargnera ainsi une forte saignée , laquelle, sans cela , il se serait fait faire en cachette , outre que cette petite saignée peut être réellement utile dans cer* tains cas.
§ 27. On peut aussi se promettre du succès des ulcères artificiels , vu qu'ils sont d'un si grand secours dans les autres maladies nerveuses.
PROPHïLACTlQnK Dtl RiPHAUfc
§ 1. Comme les graines qu'on ac<t de donner lieu à cette maladie n'acquîc" rent communément cette mauvaise qualité que dans certains champs , il serait à propos d'y cultiver des denrées d'un autre genre , telles que des pommes de terre, des lentilles, des fèves, etc.
^ 3, U ne faudrùt jamais faucber l9
stfR tt ràphania:
blé avant qu'il fût parfaitement mûr, ni le battre trop tôt.
§ 3. Il serait bien nécessaire de faire visiter les blés lorsqu'ils ont grené , pour voir s'il ne s'y trouve point de rouille ou de nielle, et si les autres plantes de seigle n'en sont point infectées , si les grains n'en sont point véreux , d'une vilaine couleur, etc.
§ 4. On devrait faire des expériences avec les graines suspectes , tandis qu'elles sont encore récentes, pour découvrir si elles sont nuisibles aux animaux.
§ 5. Lorsqu'on se serait assuré par ce moyen de leur qualité vénéneuse, il faudrait répéter ces expériences en présence des paysans : quant aux expériences curieuses que la chimie pourrait fournir, il se peut qu'elles seraient utiles, mais il se peut aussi qu'elles nuiraient à l'opinion qu'on voudrait accréditer-
§ 6. Il faudrait que les habilans de la campagne fussent pourvus de bon seigle, jusqu'à ce que celui qui est suspect eût eu assez de temps pour s'essorer ; après quoi il conviendrait de s'assurer, en renouvelant les expériences , s'il ne serait plus préjudiciable à la santé.
§ 7. Lors même qu'on n'aurait que de légers soupçons sur la qualité du seigle, il faudrait pourtant, avant que d'en faire usage, le cribler, le laver, ou même trier les grains suspects.
§ 8. Pour plus de siirelé, on pourrait le faire sécber au four avant que de le moudre, et néanmoins ne pas l'employer d'abord à faire du pain.
§ 9. Il faudrait lâcher de dissuader eeux dont l'appétit est trop vorace , de manger ce pain pendant qu'il est encore
frais , ou les en empêcher en leur fournissant quelque autre aliment.
§ 10. Ceux qui voudraient user de pain ou de farine qui ne seraient pas encore exempts de soupçon devraient chercher à se garantir des mauvais effets qui pourraient en résulter, en mangeant du beurre , du lard, etc. ; ou, en tout cas , une cuillerée d'huile de lin (1).
§ 11. Les pères du peuple devraient suppléer au défaut de ces secours, ou bien, ce qui vaudrait encore mieux, procurer au paysan une quantité sufi&sante de bon seigle.
§ 12. Il faudrait aussitôt enlever tout le grain suspect et le détruire.
§ 13. Il faudrait faire donner aux pauvres de la bonne farine, afin qu'ils n'eus sent pas besoin d'en acheter de meuniers peu consciencieux.
§ 14. Afin de pouvoir mieux secourir les pauvres malades, et d'être en état de mieux observer les véritables effets des remèdes , il conviendrait d'établir des maladreriesdonton donnerait la conduite à des chirurgiens de confiance sous l'inspection du médecin.
§ 16. Il faudrait aussi faire insérei dans l'almanach une instruction concer nant la qualité nuisible des mauvaiseî graines, avec les moyens d'y remédier, afin de diminuer l'empire des préjugés chez les paysans.
§ 16. On devrait avoir soin de cultiver un plus grand nombre de productions, afin qu'il fût d'autant plus facile de suppléer au défaut du grain.
(1) Je crois que la bonne huile d'olives ou de noix conviendrait également.
ê78 Ei
ments qui forment les lèvres de la glotte. Chacun de ces ligamenis est un ruban musculeux , large d'une ligne , long de dix ou douze , couvert d'une membrane très-tine, et que le jeu des différents cartilages qui composent le larynx peut tendre plus ou moins comme une cheville tend les cordes d'un violon , ou une clé celles d'un clavecin. Le son dépend donc des vibrations que l'air imprime à ces ligaments ou à ces cordes vocales, comme les appelle M. Ferein, et la différence des Ions dépend du degré de leur tension: dans le violon, on les change en tendant plus ou moins les cordes; ici c'est l'air qui fait l'oftice d'archet; et tout comme la plus ou moins grande force avec laquelle on le presse n'apporte pas une différence sensible au ton (1), de même la différente force de la poitrine ne change que la force du son, sans altérer la nature du ton.
L'org^ane de la voix est donc un instrument d'un genre entièrement nouveau , tel qu'on n'en connaissait point et que d'habiles physiciens avaient désespéré qu'on pût en connaître. M. Ferein , qui peut à juste titre passer pour en être l'inventeur, l'a nommé dicorde pneumatique. (2). — Je n'entrerai point dans le détail des raisons qui détruisent le système de M Dodard, et qui fondent celui de M. Ferein; ce serait un écart déplacé; l'exposition abrégée que j'en ai donnée suffit pour expliquer la mue de la voix ; et c'est tout ce qu'il en faut ici. Le dernier a pour lui l'approbation du plus grand nombre des académiciens et des physiciens les plus distingués de l'Europe. Il faut qu'il y eût bien peu de lieu
(1) Quoique insensible, celte différence est réelle; elle dépend de ce qu'en pressant beaucoup on tend davantage les cordes. M. Mondonville, si bon juge dans ces mati("!res, a trouvé que quand les cordes étaient lâches, elle allait jusqu'à un demi-ton; mais on ne s'en aperçoit pas dans lejeu d'un habile artiste, parce qu'il n'enfle son coup d'archet qu'imperceptiblement.
(2) Cet habile médecin a trouvé parmi les jouets de l'enfance ce que l'on demandait inutilement aux physiciens et aux musiciens, un instrument de la môme nature que l'organe de la voix, c'est-ùdire à vent et à corde; c'est un composé de deux pièces de bois et d'un ruban, qu'un souffle très -léger met en mouvement et qui r«nd un son.
à l'indécision, pour que l'on ait abjuré si promptement des idées qu'on avait sucées avec les éléments des sciences, et dont l'abjuration coûte toujours quelque chose à l'amour -propre. Un suffrage qui lui fait trop d'honneur pour l'omettre , c'est celui de cet homme illustre dont le génie égilement vaste, juste et fécond, paraît ne s'être exercé dans tous les genres que pour prouver, sinon à ses contemi)orains, du moins à l'équitable postérité, cette proposilion si s:itisfaisante pour l'humanité : L'universalilé des talents s'est troui'ée avec leur perfection (1). C'est donc sur les principes de M. Ferein que je fonderai l'explication de la mue; elle suppose qu'on en connaît de physiques que je rapporterai snns m'arrêter à les démontrer. Les lecteurs qui douteront de leur vérité en trouveront la démonstration dans plusieurs ouvrages physiques.
1 . Ce qui rend un son grave ou aigu , c'est le plus ou moins grand nombre de vibrations que fait le corps sonore dans un temps donné. Plus le nombre des vibrations sera grand , plus le son sera aigu.
2. Le ton le plus grave qu'on puisse entendre est celui qui est rendu par des corps qui font douze vibrations et demie dans une seconde : le plus aigu, par ceux qui en font six mille quatre cents. Audessous du premier terme , et au-dessus du second , on n'entend plus rien (2).
(1) Voyez les Bijoux indiscrets ; ce livre si ingénieux, si libertin, er encore plus philosophique.
(2) Bien des lecteurs, n'imaginant point comment on fait ces calculs, pourraient bien les traiter de suppositions arbitraires; ils sont cependant très-vrais.
On les doit à M. Sauveur. Pour les faire, il a établi un ton qu'il appelle le ton fixe; c'est celui-que rend un tuyau d'orgue de cinq pieds. Par une expérience trèsaisée, on compte le nombre de ses vibrations; il en fait cent par seconde. Deux autres expériences apprennent que le tuyau le plus long dont le ton soit sensible est de quarante pieds ; le plus court, de quinze seizièmes de pouce. Ces faits posés, par de simples règles de trois on trouve le nombre des vibrations de ces différents tuyaux. L'on pourrait prendre pour ton fixe le ton moyen entre ces deux extrêmes; c'est celui que rendrait un tuyau d'orgue de vingt pieds sept et demi seizièmes de pouce, et il répond à peu près au la mi la ordinaire.
StJR tA MtJE DE LA VOIX.
3. Dans les cordes de même longueur, et également tendues , la f^ravité du ton qu'elles rendent est en raison directe de leur diamètre; ou plus intelligiblement, le ton est d'autant plus grave qu'elles sont plus épaisses ; une corde , dont le diamètre (tout le reste égal) sera double de celle d'une autre , sonnera à l'oclave basse.
4. Dans les cordes de même longueur, de même tension et de même diamèire , la gravité du ton est comme la flr\ibililé de la matière : si l'on a deux i oïdes purfaitement égales, l'une d'or, l'autre de fer, celle d'or sonne à la quinte b.isse de celle de fer.
Après avoir exposé la façon dont la voix se forme, et établi les principes de musii|ue qui expliquent la difî'érence des tons, il me reste à rappeler les changements que subit tout le corps , dans le temps de la mue de la voix : c'est ce qu'on appelle les symplômes de puberté.
— Les chairs |)rerinent plus de fermeté; les mouvements des humeurs se font moins vite , mais avec plus de force; elles acquièrent plus de densité, plus de ténacité ; plusieurs organes, qui jusqu'alors étaient restés dans l'inaction , commencent à se mettre en jeu : chez les femmes, les seins prennent un accroissement qui ne se fait pas toujours sans douleur; le bassin augmente sensiblement. Chez les hommes, l'uccroissement est plus sensible dans la carrure, et surtout dans le larynx, dont l'augmentation est extraordinaire. L'amour commence à se faire sentir , et la nouveauté prête à ses premiers plaisirs un charme qui compense bien ce que l'art peut y ajouter dans la suite. Le corps en général acquiert plus de force ; l'âme , dont les changements tiennent si intimement à ceux du corps qu'on a bien de la peine à se défendre de les confondre, acquiert aussi plus d'étendue, plus de justesse, plus de solidité; l'imagination plus de feu; la mémoire plus de fermeté. De tous ces phénomènes , il résulte cette conséquence : c'est que les fibres cessant de s'étendre en longueur acquièrent plus de grosseur et de diamètre.
Après fout ce que je viens de dire , l'explication de la mue s'olFre d'ellemême. Les fibres qui composent les cordes vocales acquérant plus de diamètre sans augmenter de longueur, feront, par le troisième principe, moins de vibrations dans le même temps. Donc, par le premier , le ton qu'elles rendront
sera plus grave ; c'est précisément ce qui fait le changement de la voix. — Appliquons ce principe à quelques cas relatifs , soit aux circonstances qui accompagnent la mue , soit aux changements de la voix en général : ils dépendent du même principe. — Ce changement se fait peu à peu, parce que ce n'est que peu à peu que les fibres contractent une nouvelle épaisseur. — Pendant le temps de ce changement , la voix est faible et fausse , parce que les différentes fibres, étant inégalement tendues, ne frémissent plus ensemble; leurs vibrations ne sont plus isochrones; celte inégalité affaiblit le ton et le rend faux ; c'est un concert dont les instruments ne sont pas d'accord. — Dans les hommes, ce changement est plus considérable , parce que celui que la puberté produit chez eux est plus sensible à tous égards, et surtout, comme je l'ai dit, dans le larynx ; ce qui prouve que celui qui arrive aux cordes vocales doit l'être dans la même proportion. — Va\ conservant les hommes dans un état d'eiifatice , on prévient les changemenls que produit la ])uherté : la mue en est un
Pourquoi quelques personnes ont-elles la voix plus grave que d'autres? Parce que, ou 1° à égal diamètre les cordes vocales sont plus longues ou moins tendues, ou 2"= qu'à égale tension et longueur elles ont un diamètre plus considérable. — Pourquoi dans la même personne la voix est-elle quelquefois plus grave que d'aulres fuis .>* Parce que bien des raisons peuvent varier l'état des fibres. Suivant le quatrième principe, toutes choses d'ailleurs égales, la gravité est en raison de la flexibilité ; et par conséquent tout ce qui augmentera cette flexibilité rendra la voix plus grave; comme un rhume, un catarrhe, une angine aqueuse.
Tout ce qui la diminuera produira une voix plus aiguë, comme une esquinancie violente, dans laquelle la voix n'est quelquefois qu'un sifflet. Trop de rigidité peut cependant , en diminuant l'oscillabilité des fibres , et en empêchant la facilité de leurs vibrations , produire le même effet que trop de flexibilité , et rendre la voix grave; comme il arrive par l'échauffemeiit, la poussière, la vieillesse, la phlhisie, le marasme.
Il y a des personnes chez qui le fluide nerveux , étant d'une grande mobilité , produit des tensions spasmodiques dans diflférenles parties, dans les cordes vocales comme ailleurs ; ce qui les expose à