‹ Œuvres de TissotChapitre 59 sur 160 · PROPRES DES NERFS · texte numérisé non relu

PROPRES DES NERFS

J'ai réduit les maladies des nerfs mêmes à sept : leur trop grande faiblesse et leur trop grande tension ; 1 acreté des esprits animaux; les maladies du sensorium; les maladies do muscle ; celles des enveloppes des nerfs; celles des parties qui les entourent. Je dirai du traitement de chacune, non point tout ce qu'il y a à en dire, je le suppose connu d'ailleurs, mais ce (jui est plus particulièrement relatif à mon objet.

§ 90. Quand on a bien" constaté que les maux de nerfs sont un cflFet du trop grand relâchement ou de la trop grande tension, la méthode de les traiter est la même que celle que l'on emploie pour la

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fibre lâche et pour la fibre raide, et je ne dois point entrer dans le délai! de ces traitements, qui sont si bien exposés dans les ouvrages de M. Boerhaave et des médecins de son école. Je remarquerai seulement que dans les cas d'atonie, comme il arrive souvent que les nerfs de l'estomac, que tous les nerfs en généralont une exlrèuie sensibilité, il faut apporter une grande attention au choix des médicaments toniques, qui, s'ils ont de l'acrefé ou s'ils sont trop stimulants, ou trop astringents, agissent comme des irritants, et nuisentaloi-sau lieu d'être utiles. C'est donc dans les toniques les moins acres que l'on doit chercher des secours, et surtout dans le choix des aliments, dans celui des boissons, dans tous les autres objets diététiques , et principalement dans l'exercice et dans le choix de l'air. C'est ici encore où les frictions, dont je parlerai plus bas, sont un excellent secours, et il ne faut jamais perdre de vue, dans le cas où la mobilité dépend du relâchement, l'observation de M. Van Swieten : une jeune fille, la plus mobile qu'il se rappela d'avoir vue, à qui le plus petit bruit, une lumière un peu trop vive, donnaient des convulsions étonnantes, avec un sentiment de déchirement dans le bas ventre, avait éprouvé inutilement les remèdes nervins les plus vantés; enfin il lui fit embander les jambes, les cuisses et tout le bas-ventre jusqu'au sein, elle en éprouva d'abord le plus grand soulagement, et en continuant à la tenir embandée pendant quelques mois, les reuièJes, si inutiles auparavant, agirent, et elle se rétablit (1). Les bains froids sont aussi un des secours les pluseflicaces ; mais ils peuvent agir comme irritants, et exigent des précautions dont je parlerai à l'article particulier des bains. L'eau à la glace pour toute boisson, l'infusion de cassia lignea, qui est un mucilage tin et aromatique si bien indiqué, quand il y a tout à la fois faiblesse et mobilité des premières voies; l'extrait spiritueux de racine de valériane, les eaux minérales chalybées et gazeuses, la myrrhe, Tassa fœlida, le baume du Pérou, la lipiaille de fer la plus line, sontdes

(I) Ad. aph. 28, t. r, p. 55. L'usage des bandages, comme auxiliaires des forces affaibli'js, est loialement négligé et ne devrait pas l'être. M. de Gorier a donné les vrais principes de leur action, et a indiqué une pariic de leurs bons effets dans les Ac(a C. JV., t. is, p. 516.

toniques doux si on les donne à petites doses, mais dont, en les continuant, l'effet est presque sûr.

§91. C'est dans les maladies produites par le trop de raideur des fibres, par la viscosité inflammatoire des humeurs, par la diminution de la transpiration quand elle dépend de quelqu'une de ces causes, que l'on doit employer la méthode relâchante ; c'est dans ces cas où celle de M. Pome, qui est la plus relâchante possible, a opéré de si belles cures.

Les principaux moyens de celle méthode sont un régime tout végétal et le moins savoureux possible ; la privation de toute autre boisson qu'une boisson aqueuse, telle que l'eau fraîche pure, mais non pas à la glace, ou l'eau rendue légèrement mucilagineuse en la faisant bouillir avec un peu de veau ou de poulet : ce sont les boissons si connues de M. Pome (I ) ; ou avec quelques plantes niucilagineuses, comme l'althea, la mauve, la violette, la réglisse; la tisane d'orge, l'orgeat, l'eau et un peu de lait; les bains tièdes très - longs et très-fréquents , ou d'eau simple la plus d xice po-isible. telle qu'est ici celle du lac, ou d'eau ailoucie pardes plantes émollientes ; les lavements légèrement tièdes souvent répétés, un air doux, point d'idées ni d'actions fortes un long sommeil.

Le petit-lait est aussi un remède cxtrèmementindiqué dans ce cas; et lorsque ces maux de nerfs affreux que l'on attribue au dessèchement des nerfs dépendent de l'àcreté de la bile ou d'une disposition phlogistique dans les organes iDiliaires, ce qui est très-ordinaire, c'est le secours le plus prompt, le plus elïicace et le plus sûr, et je ne pourrais pas dire combien l'on voit de maux de nerfs guéris par son usage, soit en boisson, soit en lavements. — Cette même méthode est aussi très-utile dans les cas où le fluide nerveux est trop acre ; mais je reparlerai plus au long de l'àcreté en parlant du traitement des causes prédisposantes. — Les bains minéraux , à moins que ce ne soit de l'eau très -pure et seulement

(1) Viridel avait déjà dit que les bouillons de poulet ont quelque chose de spécifique pour calmer les vapeurs, p. 168, 169, 205; mais quel avantage peut il y avoir à écorciier ces pauvres animaux en vie? celle idée seule pourrait donner des maux de nerfs, et il ne peut résulter de celte praiique cruelle aucun etfel que l'on ne pûtobtenir par des moyens plus doux.

«ichaii.rfdo par la nature, sans nucin principp stimalant, tels que ceux de Pffeffers, de Sirtiigen - Baden , de B.iins, seraient nuisibles ; toutes les eaux chiilybées et gazeuses, aussi bien que les buins véritablement froids, irritent ; et il est étonnant de voir avec quelle facilité on ordonne ces remèdes; niais il est très - ordinaire d'en voir résulter les plus mauvais effets.

§ 92. Le sensorium , à moins qu'il ne soit attaqué par les vices du cerveau dont je parlerai dans le chapitre des maladies foporeuses, ne doit êlre envisagé que comme nerf: il éprouve donc les mêmes maux; ou plutôt les maux du sensorium et des nerfs sont la même chose, et exigent le même Iraitenient : on aurait pu ne pas faire un article à part de ces maladie ■.

§ 93. Quand l'irritabilité est viciée, les mêmes caractères qui servent à reconnaître ce vice servent à en faire découvrir les causes, et le traitement est une suiti' de la cause connue. J'ai vu une femme à qui l exccs des bains tièdcs avait donné une mobilité excessive, qui ne me parut dépendre que de l'irritabililé augmentée, que des bains très-froids ëuérirent promptement.

§ 94. En se rappelant ce que j'ai déjà (lit des maladies des enveloppes des nerfs, on comprend qu'elles sont souvent trèsdifficiles à connaître; ([ue, lors même qu'elles sotit connues, elles peuvent exiger des traitements très différents, et que le succès de ces traitements peut êlre très-ineei'tain. En (•énéral, les épanchemenls ou les endurcissements dans la cellulosiié sont frès-opimàtres, et il arrive quelquefois qu'ils sont produits par le virus vénérien ;un long usage des mercuriels est ce qui peut le mieux y remédier: ct'S mêmes mercuriels, les antimoniaux, les décoctions les plus pénétrantes, sans êlre trop acres, telles que celles des racines de saponaire et de buis de gayac, surtout s'il est possible d'en aider l'effet par des fomentations convenables le plus rapprochées que possible du mal, des bains même analogues, et surtout un régime très -sobre et très- fondant , ont quelquefois réussi dans des cas semblables ; ou eu trouvera des exemples dans les traités des maladies particulières.

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