‹ Œuvres de TissotChapitre 60 sur 160 · ARTICLE II. — DU TRAITEMENT DES CAUSES PRÉDISPOSANTES · texte numérisé non relu

ARTICLE II. — DU TRAITEMENT DES CAUSES PRÉDISPOSANTES

§ 95. Les maux de nerfs , qui sont le fruit de l'hérédité, de la nativité, de l'éducation, ne peuvent se guérir que par

les attentions les plus suivies sur loules les parties du régime, dirigées sur les indications fournies par les recherches les plus exactes sur le caractère des dérangements que ces trois causes peuventavoir produits. Il serait impossible d'entrer dans ces détails ; mais il suffit d'en avoir présenté le principe, et d'en donner un ou deux exemples. Consulté pour une fille de neuf ans, très-bien faite, dont tous les viscères paraissaient en bon état, mais qui avait le genre nerveux si mobile que la plus petite cause lui donnait des convulsions , je crus, a[)rès avoir examiné toutes les circonstances, que le mal ne pouvait dépendre que d'un principe d'humeur goutteuse, qui était extrêmement forte dans la famille de son père. Je lui ordonnai le régime le plus doux, l'usage du lait d'ânesse tous les matins pendant deux ans, de petites doses d'antimoine cru de quatre en quatre jours, et des demi-bains légèrement tièdes deux fois par semaine pendant les sept plus beaux mois de l'année. Elle suivit exactement ce régime, non-seulement pendant deux ans, mais pendant près de quatre, et j'ai su qu'à quatorze ans elle jouissait depuis long temps de la santé la plus affermie. On voit souvent des enfants d'une violence et d'un emportement qui étonne et cfl'raie dans un âge si peu avancé, et l'on a souvent trouvé que les mères et les nourrices avaient fait un excès de vin auquel on devait rapporter ce malheureux vice des enfants : j'en ai vu un qui, à l'âge de quatre ans, était furieux au moins quatre ou cinq fois par jour, et toujours agité; l'usage du petit -lait, des fruits fondants, de quelques laxatifs doux, et des bains tièdes continués jusqu'à le rendre extrêmement faible, le changèrent au point, non pas d'en faire l'enfant le plus souple, mais de faire dispar.iître toutes ses violences; je finis par qnelijues bains frais, pour lui redonner plus tôt des forces, et chasser une légère disposition à la tristesse (|ui paraissait une suite de laf.iiblesse. Indéjicndammeni du changement moral , il en arriva un physique très-frappant : c'est que sa peau, toujours rude auparavant, devint extrêmement souple, et est restée telle. — Quand quelque vice d'organisation parait être la cause première de l'irritation nerveuse, ou contribuer beaucoup à l'entretenir, il faut examiner attentivement s'il n'y aurait pasquelque moyen mécanique d'en diminuer les effets.

§ 96. Quand une crue trop prompte a

ET DE VEVRS MALADIES

laissë dans cet état de faiblesse , qui , comme on l'a vu ailleurs, occasionne tant d'accidents nerveux, les moyens les plus propres à y remédier sont un choix d'aliments nourrissants sous un petit volume , un ussge habituel de légers aromates et d'un peude vin plus tonique que spiritueux, l'eau à la glace , un air sec, un très - grand exercice et des bains trèsfroids. — Tons les dérangements produits par les erreurs dans l'usage des choses non naturelles doivent être corrigés, autant qu'il est possible de les corriger, par l'usage des conlnires; et cette loi est trop négligée, lors même que les circonstances permettraient de l'observer relativement à l'air, qui, étant un agent dont les effets sur l'homme ne sont jamais interrompus, est celui de tous dont les mauvais effets sont les plus marqués et les plus certainement nuisibles, si l'on ne se soustrait pas à sou action dans les époques oii elle est funeste (t). Les Anglais sont presque les seuls qui aient senti l'importance de cette règ'e : ils observent de chiinger de pays à mesure que la saison y amène un air nuisible pour leur état, et j'en ai vu un grand nombre, dans leurs tnmsmarchcs , qui ont évité par là les progrès des maux qui les auraient tués s'ils étaient restés chez eux , et qui enfin, par cet usage habituel d'un air convenable, et par le grand exercice, sont parvenus à dissiper des germes de maladies contre lesquelles les remèdes ne pouvaient rien. Dans les pays trèschauds , il y a des maux de nerfs que les chaleurs brûlantes de l'été ramènent toutes les années, et qui ne cèdent qu'au passage dans un air plus froid. Dans les pays oii les hivers sont froids, il y a d'autres maux de nerfs dont le froid renouvelle les accès , et que l'on ne peut prévenir que par le passage dans les pajs chauds. Dans le premier cas, les malades doivent se procurer des années sans été; dans le second , des années sans hiver : ils évitent par là les accès , et les nerfs n'étant point irrités ont le temps de re-

(i) On a une très-bonne disserlalion de M. Hoff'nan , De peregrinalionibus instituendis saiiitatls causa, mais li op peu lue, ainsi que lous les ouvrages de cet excellent médecin; et une autre non moins bonne de M. Stahl, qui est encore moins lue, parce que ses ouvrages, qui ne sont presque que des (lièses, ne sont pas encore réunis, quoique bien dignes de l'être.

prendre leurs forces. C'est surtout dans le cas oîi une humeur acre est une cause d'irritation nerveuse , renaissant tous les hivers, et occasionne des asthmes , des coliques , des accès d'hypochondrie, que l'on g.'igne infiniment à aller passer cette saison dans les pays chauds : quelquefois un seul hiver suffit pour amender considérablement l'élat du malade. En général, quand, comme les oiseaux de passage, on ne peut pas soutenir l'intempérie de certains climats , il faudrait pouvoir en changer comme eux. M. Lorry a va une femme délicate qui, appelée par les afi'iires de son mari à s'établir dans une ville maritime de la basse Allemagne , y était tourmentée de convulsions cruelles , qui finissaient dès qu'elle rentrait en France. Trois fois elle voulut essayer cet étrtblissemfut , et trois fois les convulsions la forcèrent de rentrer dans sa patrie, oii elle jouit d'une bonne santé (1). On voit tous les jours, de la façon la plus frappante, les effets sensibles des différents airs sur les personnes qui otit le genre nerveux très-sensible : la plus légère altération dans la chaleur, l'humidité, la pesanteur de l'air, un air trop enfermé, l'action de quelque miasme imperceptible pour d'autres, leur occasionnent des accideiits graves, qui devraient être une indication à faire changer d'air plus souvent; et les impressions de l'air sont peut-être plus de conséquence dans les maux de nerfs que dans les maux de poitrine. On a vu un homme délicat, qui était affecté désagréablement s'il y avait un linge mouillé dans la chambre oii il se trouvait (2).

§ 97. Les maux de nerfs produits par les évacuations excessives quelconques, saignées, hémorrhagie, diarrhées, pertes blanches, sueurs, etc., n'exigent ordmairement d'autres soins que ceux que l'affaiblissement indique : il faut fortifier sans irriter.

§ 98. Mais quand les maux de nerfs sont la suite d'une suppression accidentelle des règles, on ne peut point la traiter comme si les maux de nerfs ne subsistaient pas : tous les moyens irritants employés dans cette circonstance jettent tout le genre nerveux dans un érétisme qui aggrave tous les symptômes et qui affermit la suppression; c'est du temps, d'une grande attention à éviter tous les

(1) De Melancliolia, t. ii, p. 50.

(2) Journal de Paris, en janv. 1779.

aliments et toutes les boissons qui yeavent ou fatiguer l'eslomic , ou irriter le genre nerveux , ou épaissir les humeurs, d'un exercice très-fréquent, des frictions régulières sur les reins , le bas-ventre , les cuisses et les jambes , et d'un usnge circonspect d'eaux minérales acidulés, que l'on peut espérer quelques secours.

Il est surtout de la plus grande importance d'éviter les émétiquesel les purgatifs , que l'on prodigue ordinairement dans ces circonstances , et qui nuisent toujours, soit quand il y a des maux de nerfs, soit quand il n'y en a point. S'il y a une vérité démontrée en médecine par l'expérience , c'est que les purgatifs cimentent les suppressions; et quoique les émétiques produisent moins certainement C3 mauvais effet, ils en ont d'autres qui leur sont particuliers, et je ne connais aucun exemple d'une suppression guérie par leur usage. — Ce que l'on ne doit surtout jamais perdre de vue dans le traitement des suppressions , c'est leur cause, puisqu'il y a nombre de cas dans lesquels celte suppression n'est point un mal, comme toutes les fois que la malade a été affaiblie par quelque maladie aiguë , toutes les fois qu'elle a eu quelque liémorrhagie ou quelqu'autre évacuation considérable, toutes les fois qu'un état de langueur l'a forcée à une grande sobriété et à une inaction soutenue, enfin toutes les fois que la malade doit avoir fait moins de sang qu'à l'ordinaire; les règles cessant d'être nécessaires, leur suppression n'est souvent point un mal, et c'en serait un très - grand que de vouloir en forcer le retour : j'ai vu une multitude de personnes à qui l'on a fait par-là le plus grand mal ; tout ce que l'on doit faire alors , c'est d'employer les moyens les plus doux pour empêcher que, quand le besoin d'évacuation reviendra, la nature ne se fourvoie et ne détermine la pléthore ailleurs.

Quand la suppression est la suite des passions, on doit éviter avec encore plus de soin les emménagogues actifs : j'ai cité ailleurs un exemple frappant du danger d'oublier celte loi. Les calmants, les demi-bains, le mouvement, les frictions et le temps sont encore les meilleurs remèdes. Le régime , et même, en cas de besoin, la saignée remédieraient aux accidents graves que la pléthore pourrait produire. — 'Quand elle est la suite de quelque accident physique, comme l'humidilé , le froid, les veilles, des erreurs dans Içs aliments ou les boissons, ou peut

se permettre des secours un peu plus actifs que dans les cas précédents ; mais , je le ré,)èle, en général les suppressions ne veulent point de remèdes violents , et l'emploi des emménagogues dans ces circonstances détruit la santé des neuf dixièmes des femmes pour qui on les em- ])loie , et la détruit d'autant plus sùve-. ment qu'elles sont plus jeunes et plus délicates; il faut même bien faire attention que souvent la violence des accidents , qui est une preuve de l'extrême mobilité de la malade, ne devrait servir qu'a rendre plus circonspect sur l'emploi des remèdes actifs; mais au lieu de celle circonspection , elle produit souvent un effroi et un trouble qui font que l'on recourt aux moyens les plus nuisibles. — Quand la suppression est l'effet de l'âge, elle exige un traitement que j'ai promis de donner ici; mais pour en saisir les principes, on doit se rappeler ceux que j'ai établis sur les causes des maladies de cette époque : ils en sont une suite.

§ 99. La première attention qu'il faut avoir, c'est de ne point se tromper sur cet état ; l'époque, comme je l'ai dit, en commence souvent de très-bonne heure , et en général, quand, après quarante ans, on remarque, sans cause apparente , des irrégularités dans le cours des règles, soit quant au temps, soit quant à la quantité, on peut soupçonner que l'équilibre commence à s'altérer, que le temps de la cessation commence , et il faut bien se garder de vouloir rien forcer, mais on doit examiner attentivement l'état de la malade. On trouve quelquefois une cause accidentelle qui peut contribuer à ce désor.lre : si l'on y remédie , l'ordre se réiablit et se soutient souvent encore plusieurs années. Quand le dérangement est bien décidé, le grand but alors est de prévenir la pléthore, et pour cela il faut diminuer la nourriture et faciliter toutes les antres sécrétions. On doit encore bien faire altenlion, 1° que le genre nerveux étant très - sensible à cette époque ne soutient point les choses irritantes , ni un régime échauffant; 2" que trèssouvent la transpiration se dérange ; 3° que l'état de l'utérus ayant des influences très-marquées sur plusieurs organes, les dérangements qu'ils éprouvent ne sont très-souvent que sympathiques, et ne demandent d'autre traitement que celui qui est indiqué par la circonstance: si l'on veut, p ir exemple, et on ne le veut que trop souvent , traiter tous les dérangements de l'estomac par des remèdes qai

ET DE LED

seraient indiqués dans d'autres circonstances, et si l'on veut employer les étnctiqueset les puigalifs , on peut y)roduire les plus grands accidents. L'estomac souffre ordinairement alors, ou parce que les nerfs sont irrités sympalhiquement , ou parce que le sang, qui n'a plus son ancien cours , engorge les vaisseaux de l'estomac et des intestins , ce qui produit quelquefois la maladie noire ; et l'on sent combien seraient dangereux à cette époque les remèdes acres. Il peut cependant y avoir des circonstances qui exigent des évacuants , mais alors il faut choisir ceux dont l'action est la moins violente, et employer toutes les précautions pour qu'elle ne nuise pas.

D'après ce que j'ai dit, on comprend qu'indépendamment de la diminution sur la quantité des aliments, on doit choisir les moins nourrissanis et les plus doux. Les viandes blanches, les végétaux, un peu de lait , si on le digère bien , de l'eau pure pour boisson , sont la diète la plus propre à remplir toutes les indications, à moins que quelque circonstance particulière n'exige des exceptions qui doivent toujours être sous - entendues, quand on propose des règles générales. — Des lavements d'eau simple ou d'infusion de plantes émoUientes, sont extrêmement utiles quand il y a dégoût, constipation , chaleur dans le bas - ventre ou dans les urines, et feu à la tête. — Les bains tièdes, s'il n'y a point d'hémorrhagie , en facilitant la transpiration et en prévenant les engorgements et les spasmes , sont encore extrêmement utiles ; mais à cette époque il faut être très - circonspect sur l'usage des bains d'eaux thermales, qui sont un remède trop actif, aussi bien que la boisson de beaucoup d'eaux minérales, dont plusieurs femmes se sont trouvées très - mal. — Quand la suppression se fait lout-à-coup, et que la malade est pesante , engourdie , triste , qu'elle a des maux de reins ou de tête, de l'oppression, de la pesanteur dans la matrice, des hémorrhoïdcs, il faut nécessairement la faire saigner, afin de prévenir les accidents que le régime n'a pas le temps de dissiper. Souvent à cette époque la saignée dissipe sur-le-champ les accidents nerveux les plus forts , quand ils dépendent de l'engorgement sanguin des vaisseaux de l'utérus et du voisinage. Il y a des femmes qui craignent ridiculement la saignée , fondées sur le préjugé qu'elle dispose à l'hydropisie ; et ce qui dispose à l'hydropisie, ce SQUt les

obstructions qui se forment , les sécrétions qui se dérangent, l'action des vaisseaux qui s'établit par le trop de tension, l'absorption qui ne se fait pas par la même cause; et la saignée , qui remédie à ces différentes causes, devient ainsi le meilleur préservatif de l'hydropisie. J'ai vu plusieurs femmes que j'ai fait saigner tous les mois pendant les six premiers mois; alors le régime ayant eu le temps d'agir, j'ai pu éloigner successivement la saignée , mais quelquefois on ne peut la quitter tout-à-fait qu'au bout de plusieurs années.

Quand, chez une femme saine et d'un bon tempérament, ce sont des hémorrhagies Irès-considérables qui l'affaiblissent, il faut nécessairement, à moins que quelque circonstance particulière n'y mette obstacle , en venir à la saignée répétée aussi plusieurs fois, suivant le besoin , quelquefois à un régime tout végétal, et à un usage modéré des acides minéraux , qui sont presque le seul calmant siir dans ces sortes de cas. La crème de tartre et les tamarins , comme laxatifs doux et calmants tout à la fois , sont très-utiles, moyennant que l'on n'en abuse pas , et qu'il n'y a point d'acides dans les premières voies. — Chez les femmes d un tempérament faible , qui ont la fibre lâche et le sang dissous , chez qui cette dissolution du sang est la première cause des pertes , ce traitement ne vaudrait rien ;il faut bien, il est vrai, une grande sobriété , mais on doit faire usage d'aliments moins aqueux : l'alun à petites doses , mais continuées , et le kina sont nécessaires. On doit ordonner la rhubarbe ou le rhaponlic comme laxatifs, et les réitérer de temps en temps, puisque, dans les cas de jjertes utérines, les laxatifs sont presque toujours nécessaires; une tisane d'oranges amères , recommandée, je crois, parSeptal, le premier, et que j'ai très -souvent employée avec succès , est encore un secours fort bien indiqué. — Les bains froids sont quelquefois indispensablement nécessaires dans ce cas, au lieu que dans le premier, je ne les ai jamais employés que quand il n'y avait plus de pléthore; quand le régime avait diminué et adouci la masse des humeurs , et quand l'hémorrhagie ne paraissait se soutenir que par la raréfaction et par l'habitude , et dans ces cas-là j'en ai vu des effets très- prompts. Mais c'est toujours dans les intervalles que je les emploie : il ne faut y recourir, pendant le flux, que dans des cas où l'on aurait à

craindre pour la vie de la malade. — Quand des engorgements d^ns l'utérus ou dans les parties voisines sont présagés ou annoncés par les symptômes qui les caractérisent, c'est encore à la saignée, au petit-lait ou aux boissons délayantes, telles que la simple décoction de chiendent (1), aux bains fièdcs, aux lavements et à quelques légers laxatifs qu'il faut recourir; mais dans ce cas les acides minéraux ne sont pas indiqués , à moins qu'il ne survienne beaucoup de fièvre , et les nitreux sont à préférer. — Quand on ne peut trouver d'autre cause aux hémorrhagies qu'un principe d'àcreté , il faut recourir au lait d'ànesse, que j'emploie d'ailleurs peu à cette époque , parce que j'ai vu quelques femmes, qui l'avaient pris avec succès en d'autres temps, qui se plaignaient alors qu'elles le digéraient moins bien ; mais ce petit nombre d'observations ne doit point faire loi.

Il y a des cas d;ins lesquels l'hémorrhagie n'est enlrelenue que par le sp.isme; alors la saignée serait plus nuisible qu'utile, et le lait d'ànesse peut être trèsutile. J'ai souvent ordonné l'opium ou le sirop de pavot blanc à assez grosse dose pour arrêter sur le-champ l'hémorrhagie. — Quand le teint et les autres symptômes paraissent annoncer des embarras au foie , le régime tout végétal et un usaye très - suivi du petit-lait, enlremèlé de quelques laxatifs, tels que l'élecluaire de casse , les tamarins, les lavements de plantes savoneuses , les bains , sont les meilleurs remèdes. — Dans les érysipèles habituels, qui, comme je l'ai dit, sont aussi souvent une des suites de cette époque , le mêaïc traitement est le meilleur, aussi bien que dans les maladies cutanées. — Les sueurs, quand elles sont assez considérables pour épuiser ou assez fréquentes pour fatiguer beaucoup la malade , tiennent a une disposition au spasme dans les premières voies, que j'ai vu céder aux bains tièdes mieux qu'à aucun autre remède; et j'ai aussi donné quelquefois avec succès les eaux de Seltzer , coupées avec le lait écrémé. — Quand il s'est formé des engorgemenis qui pourraient devenir squirriieux , de tous les fondants , les mercuriels sont ceux qui réussissent le mieux : on peut alors les allier à des bains et à des eaux thermales un peu actives. Celles de Bourbonne et de Visbaden sont très bien in-

diquées, moyennant qu'il ne reste aucune disposition inflammatoire, que le squirriie ne soit point formé , qu'il n'y ait aucune disposition cancéreuse : dans ce dernier et funeste cas, le traitement est le traitement ordinaire de ce mal.

Doit-on indistinctement conseiller un cautère à toutes les femmes à cette époque, comme quelques médecins le font?

Je suis fort éloigné de le penser : je ne l'ai fait que très - rarement, et cela seulement dans les cas où il aurait pu leur être utile, indépendamment de cette époque. — M. Fothergill ne l'admet que quand il y a une âcreté bien décidée, ou des maladies cutanées ou glanduleuses; mais ses effets ne sont pas sûrs, môme dans ces cas; et dans tous les autres, il ferait plus de mal que de bien, en aff.iiblis^aut en pure pe -te, et en devenant souvent un centre de douleur, un foyer d'irritation, qui, chez des personnes très-sensibles, produit quelquefois de fréquents spasmes dans la partie, et de légers mouvements convulsifs , toutes les fois qu'on les panse. J'en ai rapporté un exemple ailleurs ( I), et je reparlerai du cautère en général dans le chapitre de l'épilepsie. — Si les règles sont supprimées accidentellement à l'approche de l'âge oii elles se suppriment naturellement , il arrive souvent qu'elles ne se rétablissent plus et que la suppression absolue est hâtée ; dans ces cas, il faut employer les mêmes secours que pour cette dernière époque, et surtout éviter les emménagogues, qui produiraient certainement des maux de matrice fâcheux.

§ 100. Quand les maux de nerfs sont la suite de la grossesse, du nourrissage, des pertes blanches , des hémorrhagies et des évacu;i lions excessives, ils n'exigent d'autre traitement que celui qui est indiqué par ces divers états , et que je ne dois point donner ici. Je parlerai, dans le chapitre de la consomption dorsale, des suites des excès vénériens; mais il y a encore d'autres causes dont le traitement exige quelques attentions particulières.

§ 101. Quand la faiblesse vraie de l'esloinac, son atonie, sa disposition à former des glaires, en détruisant la nutrition dans son principe, ont produit des maux de nerfs, on doit commencer par rétablir l'estomac : malheureusement il a toujours un degré de sensibilité qui fait que l'action des toniques devient très - aisé-

( 1 ) Gramen caniitum.

(t) Epistola Haltero,

ET DE LEURS MALADIES

ment irritanle; il faut cependant , malgré cette difficulté , le ranimer : dans ces cas, l'extrême sobtiéié et la plus granité attention à choisir des aliments qui sous un petit volume nourrissent siins stimuler, sont le premier secours; l'eau à la glace , l'exercice , les bains froids, qui, en agissant sur la peau , fortifient l'estomac, sont aussi très - utiles ; et enfin, quand la sensibilité de l'estomac est déjà diminuée, de petites doses de myrrhe , de fer et d'extraits amers sont les remèdes les mieux indiqués. Les vrais vins d'Alicante , ceux de Madère et de Malao^a doux, les vins muscats de France les mieux choisis, sont aussi quelquefois utiles.

§ 102. On a vu précédemment que râcrelé des humeurs était très- souvent la cause des maux de neris ; il y a des àcretés caractérisées, dont le traitement serait déplacé ici ; mais celle qui e=t le plus ordinaire , qui est uue des causes les plus fréquentes du dérangement de la santé, est cette espèce d'àcreté que l'on désigne presque partout aujourd'liui sous le nom de scorbutique, qui ne l'est cependant point , puisqu'elle diffère, dans ses causes, dans sa nature, dans ses caractères, dans ses symptômes et dans son traitement , du scorbut , et qui n'est qu'une vraie cacochymie dans le sens exact de ce mot ; elle est de tous les pays, de tous les temps , et elle attaque tous les âges (1). Elle se manifeste plus particulièrement sur les gencives, c'est sans doute ce qui l'a fait croire scorbutique , et produit premièrement dans les nerfs des dents, des joues, de toute la tête, ensuite de tout le corps , des irritations , d'abord simplement douloureuses, ensuite très-souvent spasmodiques ; des maux de gorge , des toux , des douleurs d'estomac, des coliques ; d'autres fois elle se porte à la peau , oii elle produit des boutons et des démangeaisons , et les autres organes sont mieux. Elle n'a aucun spécifique connu; elle n'en est pas même susceptible , parce qu'elle n'est pas uue, et l'on ne s'est point assez occupé

(1) Je n'envisage ici la cacociiymie que conime principe d'irritation ; parvenue à un certain point, elle a beaucoup d'autres effets, et dégénérée en cacliexie, elle est tnic des maladies les plus opiniâtres. Les médecins, depuis quarante ans, ont trop donné à l'état des solides et trop peu à çelui de la m^ssç du çang.

de son traitement ; on se contente d'ordonner des bouillons anti-scorbutiques, apéritifs, adoucissants, des eaux minérales, des bains, tout cela très-indistinctement , et sans aucune attention à ses causes; ces secours n'opèrent point ou opèrent mai ; le mal va en empirant, les symptômes qui n'étaient rien d'abord augmentent , on ne traite plus que les symptômes, et enfin les malades tombent dans la langueur, l'atrophie, le tremblement, et un marasme qui se termine par l'hydropisie ou par l'élisie. — Je ne puis point dire ici tout ce qu'il y aurait à dire sur cet état ; mais je ferai simplement quelques remarques qui pourront servir aux jeunes médecins appelés à voir des maux de nerfs qui leur paraîtront dépendre de cette espèce d'âcreté, prétendue scorbutique , mais qui ne l'est point, que les anti-scorbutiques les plus vantés aggravent quelquefois considérablement , et qu'il ne faut envisager et traiter que comme une cacochymie. -r— Il y a des parents cacochymes dont les sucs dépravés se transmettent à leurs enfants, qui, naissant avec ces humeurs mal élaborées et acres, en sont affectés dès leur [yremière enfance; mais souvent on peut être né sain , et tomber dans cette dégénération des humeurs qui me paraît dépendre le plus ordinairement, a des digestions viciées , et d'un mauvais régime long-temps continué ; b d'un dérangement dans la sécrétion de la bile : voilà sans doute pourquoi elle se produit souvent après les longs chagrins ; c des veilles opiniâtres ; d de la transpiration dérangée comme on l'éprouve souvent dans les airs malsains , après une vie trop sédentaire , après des veilles trop longues.

Ce n'est qu'en faisant attention à ces causes , et en cherchant à distinguer quelle est la véritable , que l'on peut se flatter de guérir cette disposition, qui, si on la laisse invétérer , altère les solides mêmes, et ensuite ne se déracine presque jamais complètement. Par ce que j'ai dit, on doit comprendre que c'est ordinairement en rétablissant les digestions, en faisant couler la bile , en observant un régime doux, et en facilitant lu transpiration que l'on peut se flatter de guérir. ■ — On comprend pourquoi souvent le lait, souvent les bouillons adoucissants et mucilagineux , souvent les bains tièdes font beaucoup de mal, quelquefois beaucoup de bien. Si l'on emploie les adoucissants pendant que la bile coule mal, si i'on

ordonne les bains tièdes dans un temps où il y a des amas dans les premières voies, et oii les solides ont déjà perdu leurs forces, ils nuisent. Quand on a rempli les deux premières indications , les adoucissants, et surtout le lait d'ânesse , réussissent très-bien , s'il n'y a point de faiblesse, et que les eaux minérales acidulés qui ne sont pas trop fortes opèrent de si bons effets , surtout si on les joint aux bains frais. Les eaux minérales fortes irritent quelquefois à un point étonnant. — S'il y a un remède qui convienne assez généralement dans tous les cas de cette maladie , c'est la décoction de racine de lampée , ou patience (1), prise dans la saison où elle a le plus d'efficacité, c'est-à-dire, depuis le milieu de mars justju'au mois de juin ; tonique , laxative , apéritive , elle purge doucement, elle fait très-bien couler la bile, elle donne de l'appétit, aide les digestions et rétablit la transpiration.

§ 1 03. Les efifets nervins d'une humeur âcre repercutée sont ceux des irritants locaux , des poisons , des remèdes trop violents qu'il faut envisager comme des poisons ; ils cèdent à un certain point aux secours généraux que l'on emploie contre ces causes , et à ceux qui rappellent l'humeur à un siège moins dangereux ; mais les nerfs gardent cependant , s'ils ont été violemment attaqués , une sensibilité qu'il est souvent très-difficile de dissiper.

§ 104. Quand on a été réellement empoisonné, que l'estomac et les intestins, dépouillés de leur mucosité, mis à nu, souvent légèrement ulcérés , ont acquis cette excessive sensibilité qui fait que tout aliment , toute boisson les irritent, un long usage du lait d'abord pur, ou coupé avec un peu d'eau commune, ensuite avec des eaux acidulés non martiales, très-légères, sont le meilleur remède ; on peut venir à le couper avec des eaux chalj'bées, quand il reste plus de faiblesse que de sensibilité. — Le régime doit être entièrement laiteux et farineux; les fruits fondants, les herbes savoneuses, sont alors des irritants. J'ai vu , il y a très-long-temps, une femme et un de ses fils qu'un spécifique contre les fièvres d'accès dans lequel il entrait certainement de l'arsenic , avait mis dans l'étal le plus fâcheux; après des vomissements et une diarrhée très-forte qui avaient duré onze jours chez la mère , dix-sept

(1) Lapatitum acutum.

chez l'enfant , il leur était resté une si grande sensibilité dans ces parties, que toutes les boissons et les aliments leur donnaient des douleurs cruelles , nonseulement à l'estomac, mais dans tout le corps, de l'étoufiFement , de vains efforts pour vomir, un ténesme habituel, et à la mère une soit inextinguible et une privation totale de sommeil, avec des douleurs des yeux qui l'empêchaient absolument de les ouvrir ; l'enfant avait de fréquents mouvements convulsifs et un effroi habituel. On avait malheureusement opposé d'abord à cet état de la thériaque et du vin rouge bouilli longtemps avec de la muscade ; je les mis pour toute boisson à de l'eau avec un quart de lait, et pour toute nourriture, à une bouillie très-claire ; le pain dans ces cas a trop d'acide , les farineux non fermentés valent beaucoup mieux. Le régime les soulagea peu à peu , et guérit enfin parfaitement l'enfant; mais la mère, qui s'en écarta peut-être un peu trop tôt, ne se remit pas aussi complètement. Dans une situation plus aisée, les gelées de veau, les blancs mangers , l'orgeat , tous lesfarineuxlesplus délicats, auraient pu servir à varier ce régime , le lait d'ânesse aurait adouci plus promptement que l'eau et le lait , et ensuite l'usage des eaux minérales , tel que je les prescris , aurait redonné plus promptement les forces; mais cependant ce traitement, qui est à la portée des plus pauvres , est le traitement essentiel. Les eaux thermales soufrées peuvent être très-utiles pour redonner les forces et rétablir les fonctions dans plusieurs cas (I). La décoction de cassia-lignea m'a servi avec le plus grand succès, chez un homme qui avait été empoisonné avec du vert-de-gris , à faire passer le lait qui ne passait pas avec l'eau. — Dans les accidents nervins qui dépendent des vers, la racine de valériane est extrêmement indiquée.

§ I05. Quand les maladies aiguës sont parfaitement jugées, le temps, le régime et l'exercice dissipent entièrement les maux de nerfs que l'on peut avoir eus dans la convalescence ; mais les erreurs de conduite à cette époque peuvent les prolonger. Quand les maladies ont été mai jugées, il est inutile de vouloir traiter les maux de nerfs jusqu'à ce que l'on ait remédié au désordre qui est resté

(1) M. Navier les recommande, et dit en avoir vu de bons effets. Contre-poiso?is de l'arsenic, du sublimé, çtç. ïn-12, 2 vol.

ET DE LEURS MALADIES

dans la machine, et cela est souvent difficile. Si l'on ne voit que les maux de nerfs, si l'on n'envisage cet élat que comme de simples vapeurs que le temps dissipera , ou auxquelles on n'oppose que des anti- hystériques, les malades vont de mal en pis , et quelquefois périssent. — J'ai vu périr, il y a quelques années, d'une fièvre lente, produite par un abcès dans le mésentère, à la suite d'une violente fièvre aiguë , un malade que pendant cinq semaines on avait traité avec la teinture de castor, parce qu'on le regardait comme un simple vaporeux ; et il o'est point fort rare que de petites vomiques , après des fièvres , occasionnent quelquefois de simples symptômes vaporeux , avant que de produire une fièvre lente ; quelquefois même elles peuvent être tout-à-coup mortelles au moment de leur rupture , sans que l'on se soit douté de leur existence , et sans que l'on ait vu autre chose que des langueurs nerveuses, auxquelles on n'opposait que des secours les plus contraires à ceux qui étaient nécessaires. Les méprises à cet égard sont si fâcheuses , qu'il m'a paru important de présenter ces observations, qui serviront à mettre en garde dans des cas de cette espèce. — Il y a de ces maux qui sont absolument incurables, quand ils sont la suite d'un dépôt formé à l'origine ou dans le trajet de quelque nerf important ; les surdités, les mutismes, les cécités, l'épilepsie , l'imbécillité même, qui arrivent quelquefois après la petite vérole , la rougeole , la fièvre scarlatine négligée , laissent peu d'espérance, à moins que l'on ne cherche à y remédier dès le premier moment , et que l'on ne suive le trailement avec la plus grande régularité.

§ 106. Quand les maux de nerfs sont la suite des maladies de langueur, ce sont ces maladies qu'il faut traiter, et ce traitement est étranger à cet ouvrage ; mais la sensibilité que les nerfs ont acquise, ne doit point être perdue de vue ; elle exige de grands ménagements et de grandes attentions dans le choix des remèdes ; parce que s'ils sont irritants, elle en pervertit entièrement l'effet : dans les obstruciions , les fondants actifs produisent des spasmes, qui, en agissant surtout sur les parties malades , aggravent l'engorgement , que des fondants plus doux auraient diminué, parceque n'étant point trop acres et n'irritant point les nerfs, leur action n'aurétit point été troublée. L'inattenlion presque inconcevable que l'on donne à cette observation produit

tous les jours les accidenls les plus graves, augmente les maladies les plus légères , rend incurables celles qui sont un peu plus fortes , et détruit les tempéraments les plus vigoureux. Si je reviens souvent à ces plaintes et à ces observalions , c'est qu'une multitude d'histoires de maladies que j'ai sous les yeux, de différents pays, me prouvent à quel point la plupart de ceux qui exercent la médecine sont encore peu attentifs, ou peu instruits sur le danger qu'il y a à négliger les mauvais effets de l'irritation des nerfs , dont j'ai rapporté un exemple ailleurs,

§ 107. Quand les maladies dépendent des lésions externes, on est moins exposé à des incertitudes sur leur cause, la marche du traitement est par-là même bien plus sûre, et je n'ai rien à en dire que ce qu'on pourra trouver dans le traitement des maladies particulières. Quand elles dépendent de causes morales, elles exigent quelques réflexions particulières que je présenterai en peu de mots.

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