‹ Œuvres de TissotChapitre 65 sur 160 · DES CALMANTS · texte numérisé non relu

DES CALMANTS

§ 122. Il en est des calmants comme des autres remèdes dont je viens de parler : il y en a autant que de causes d'agitation (1). Ce qui calme dans une fièvre

(1) On a un petit ouvrage assez peu connu, .Sinapius, Deremedio doloris, in-12, dans lequel cette vérité se trouve bien saisie et assez bien développée. L'auteur dénombre les différentes causes de la

DES NEfiES

inflammatoire ne Calme pas dans une fièvre bilieuse ou putride, et l';is'italioa d'une femme lijslérique n'est pas de nature à céder aux remèdes qui abattent le délire d'un maniaque; et même des agitations qui dépendent de l'extrême sensibilité des nerfs, les unes cèdent bien mieux à un remède qu'à un autre: mais le calmant le plus général, c'estVopium, dont on a vu dans la première partie que l'efiet était de diminuer l'irrltubilité , et par-là même tous les mouvemenis convulsifs et tous les désordres hystériques; mais comme cet effet n'est pas le seul effet de l'opium , qu'il a nïème sou-vent ses dangers, et qu'il y en a toujours à réitérer fréquemment ce remède , on ne doit jamais se le permettre sans avoir comparé ses difl'érents effets aux difl'érentes circonstances du malade et de la maladie: la pléthore, l'engorgement duis le cerveau , une disposition à une phlogose lente(l), une grande àcrelé dans les humeurs ne permettent point d'en fdire usage. Mais quand il n'y a ni engorgement, ni inllammation , ni pulridité , on donne quel{[uefois l'opium avec un succès qui étonne ceux même qui sont le plus accoutumés à en voir les bons efl'e's. Il en a un qui lui est très-particulier, et qui le rend bien précieux : c'est d'agir dans les spasmes qui accompagnent souvent le j maladies désespérées et qui tour-

douleur; il assigne à cliacuae son remède, et prouve qu'il n'y en a aucun qui soit commun à toutes. Ce petit ouvrage mérite d'être lu.

(1) Il ne faut pas perdre de vue que l'opium est un remède trôs-cliaud, et qui a précisément l'action du vin. Celte vérité déjà vue par Doringius, dans son Traité del'ajnam, par Boniius, Plater, Sennert, Winkclman, Scliroder, Wepfer, Berger, etc. , a été dcmonirée par M. IValles, et n'admet plus de doutes. Il y a un passage dans Sennert, qui aurait dû servir de boussole à tous ceux qui l'ont ordonné depuis lui jusqu'à son illustre compatriote, M. Tralles. « Si cjus qualilaies et vires diligenler perpendauuis , calidum esse animadvertcmus : est enim amarum et acre, linguam vellicat, fauces inceodit, silim excilat, odorem gravcni liabet, facile inflammat, animum effort, veneremconciiat, prurilum excitât, sudorem ciet, dura emollit et discutit. » Pruc. medic, 1. i, part, ii, ch. i, p. 505. Je me suis étendu sur les effets de l'opium, dans ma lettre sur la petite vérole. £pislola Uallero,

mentent horriblement les malades, cl de faire cesser, souvent très-promptement , des sp;ismcs qui étaient trop forts pour cédera aucun aut-e remède. On trouve dans Viridet quelques observations qui démontrent ces deux vérités, et qui méritent d'être rapjiclées.

Une daine hydropique, pour qui il n'y avait plus d'espérance, clait travaillée par des spasmes qui occupaient différentes parties : il en survint un si violent qu'il mit sa palii nce à bout. Ce remède fit cesser ses douleurs , et ses forces augmentèrent si considérablement, qu'elle crut devoir vivre encore long - temps. Le même médecin l'a vu ôter les douleurs les plus vives et faire cesser tous les spasmes chez un homme qui mourait de la même maladie. Il reprit toute la liberté de son esprit ; il put en faire usage, et sa fin fut douce. Un troisième malade hypochondrc, et attaqué d'accidents cruels qui annonçaient urn: fin prochaine , prit du laudanum, qui le rendit doux et tranquille; le délivrj des vomissements, de la colii|ue, et de la toux qui le tourmentait, et lui rendit assez de force pour lui faire espérer une entière guérison, si uii médecin à secret n'eiit pas trouvé celui d'abréger sa carrière (I). On voit dans uneautre observation un emploi très snge, mais très- hardi de l'opium. Une dame dont les chagrins et les remèdes chauds avaient dérangé les nerfs depuis longtemps, ayant eu un nouveau chagrin, éprouva les accidents les plus effrayants : « son atla((ue commença par la privation "totale du mouvement et du sentiment :

« on ne put avoir que quelques gouttes de w sang par l'ouverture de la veine; les «frictions ne firent aucun bien, le pouls » ne paraissait que comme un filet; mais » étant dur, je compris que sou mal ve- «n iit d'un spasme universel, ce qui m'o- » bligea de lui donner l'opium et d'en » projiortionner la dose à l'élat oii je la » voyais, et aux changements qui lui sur- » venaient. Huit heures après, elle cotn- ;) mença à parler, en nous disant qu'elle » se sentait déchargée d'un poids itiimen- » se (2). » Il a vu ce même remédie servir d'éinétique doux , à doses réitérées , chez une dame dont le genre nerveux , extrêmement mobile, ne permettait aucun purgatif, et qui avait cependant très-souvent besoin d'être évacuée (3) , et il en rap-

(I) Dei vapeurs, p. 209.

£T DE LEURS MALADIES

porte un autre efifet bien sensible. Une dame prit un bouillon (1) qui fit de terribles eflels ; quoiqu'elle le garda peu de temps, les grands efforts qu'elle fit pour le rendre l'ayant épuisée, elle s'endormit, et à son réveil la gangrène parut dans tous les endroits où le corps était appuyé: à la tempe , à la main , à la cuisse el au genou droit. Elle était dans des anéantissements, des inquiétudes et des angoisses presque continuelles. Pour diminuer ses peines, on lui ordonna de l'opium, sans lequel elle ne serait vraisemblablement pas revenue de cet état; mais comme, pendant son opération , il ne se formait point de matière entre les cbairs mortes et les vives, on ne put le lui donner que de deux en deux jours (2j.

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