LES MARTIAUX
§ 119. Le fer paraît être un des moyens que la nature emploie pour donner de la force aux fibres animales et végétales qui en ont besoin, puisque plusieurs expériences autorisent à pensée que le fer entre dans ces fibres à proportion de leur degré de force; il u'tst donc point étonnant si, ordonné comme remède, il est le plus puissant des toniques, puisqu'on rend par là à la fibre, et sous ce nom je comprends aussi le sang des animaux , IVlément de sa composition qui lui manque, et dont la privation fait sa faiblesse. Cette réflexion prouve q ue le fer est un des toniques le plus répandus dans le système de la nature , et il n'est point surprenant que ce soit un de ceux qui réussissent presque toujours le mieux dans les maux qui viennent de la vraie iitonie des fluides et des solides, et ce cas se présente dans le traitement des maux de nerfs ; aussi le fer en a fait depuis long-temps une partie essentielle.
Roderic a Castro le recommandait déjà beaucoup contre les vapeurs (I); Terenzoni le recommande aussi; Sydenham en faisait le plus grand usage, et l'on sait avec quelle sagesse et quel succès il exerçait la pratique, avec quelle attcnsion il observait l'eft'et des remèdes, et avec quelle bonne foi il abandonnait ceux dont il remarquait de mauvais ef fets. Ainsi on ne peut qu'êire surpris qu'un célèbre médecin français, qui avait vu quelquefois de mauvais effets du fer, ait conclu que Sydenham n'avait jamais pu eu voir de bons , et l'ait assuré avec confiance (2). 11 est difficile de croire qu'un médecin comme Sydenham se soit si fort attaché à un remède qui ne faisait jamais que du mal, et M. Viridct, en examinant sa méthode , paraît avoir apprécié très- exactement les effets de l'acier et du fer : « Ils conviennent véri- » tablement, dit-il, en ces maladies, mais « ils donnent souvent trop de niouve- » ment au sang, et il est arrivé quelque- » fois à mes malades tant de sp ismes k )) leur occasion , que j'ai été obligé de » recourir h d'autres remèdes (3). » On
(1) Demorb. mnlier., p. 165.
(2) M. Raulin, p. 502. . Son remède favori, dit- il, était la limaille de fer; mais quel effet en oblenait-il? Des symptômes plus violents et inullipliés par l'irritation que le fer occasionnait. »
(3) Des vapeurs, pag. 195. Sydenliam
s'en sert tous les jours avec le succès le plus marqué ; aussi depuis Sydenliam on a continué à l'employer, ftî. Robinson le préfiirail à tous les autres fortifiants ; mais il remarque que si on le donne mal à propos, quand il y a des matières amassées dans les preniièrts voies, il produit des enflures de cuisse qu'un émétique ou un purgatif dissipent (I). M. WerlLofT, que l'on nomme quand on veut citer un médecin instruit et un praticien heureux, en l'ait le plus grand cas. M. Scliebbeare le recommande avec les aromates (2), et il y a peu de méilecins qui n'aient vu plusieurs fois des fenimes, des enfants, et surtout de jeunes tilles âgées de huit ou neuf ans, faibles, bâches, pâles, et d'une si grande m.ibililé qu'elles étaient plusieurs fois par jour prêtes à preniire des convulsions, soul.igées très-piomplement , et ensuite totalement guéries par l'usage de la limaille de fer, ou seule, ou associée à quelque tonique (3J.
Les autres remèdes martiaux peuvent cire employés à la place de la limaille. Sennert recommande déjii , d'après les chimistes, le vittiol de mars, à la dose d'un ou deux grains par jour (4) Rivière Je loue également (6j. Cliesnau cite une femme qu'il guérit de vapeurs très-invétérées par l'usage du même remède, et M. Boerhaave en faisait le plus grand cas. Il est aisé d'apprécier les eflets des autres préparations : ainsi je me borne à remarquer que si le fer est le plus puissant des toniques, il est aussi celui dans l'usage duquel il est le plus dangereux de se tromper. Si une fièvre lente, si une tension considérable d.ins les vaisseaux, si des anitis bilieux étaient la cause de l'irritation nerveuse, les préparations martiales opéreraient les plus mauvais tftets.
l.ES VOLATILS ET LES AUTRES IRIÎITA.NTS.
§ 120. Les remèdes volatils et stimulants paraissent encore moins indiqués
avait bien vu lui-même qu'il y avait plusieurs cas dans lesquels ils ne convenaient pas; niais il a dû les voir plus rarement que les médecins français.
(1) Pag. 38 'i.
(•2) T. Il, p. 508.
(3) On a Irôs-bien dit : « un sang aqueux n'est point élastique, et il faut qu'il le soit; ainsi le fer lui est nécessaire. • Dihliothêvie de pliysique, t. ii, p. 287.
(4) :'rax. medic, t. iv, p; 305.
(5) Oper. omit., p. 58'/.
que les toniques simples, au genre desquels on peut les rapporter, puisque leur effet est d'augmenter l'action, et qu'ils ne diffèrent des toniques queparce qu'ils gagnent en vitesse ce qu'ils perdent en durée. En effet, là où l'on voit tant de mouvements irréguliers et violents, tant d'agitation , de spasmes , de convulsions, de chaleur, on n'a pas dû naturellement penser aux remèdes volatils et spiritueux, surtout quand on a vu que des odeurs un peu fortes, telles que celle des roses, des jacinthes, des tubéreuses, des lis, de l'ambre, de la vanille, du musc, donnent des maux de tète, des vertiges, des accès de vapeurs, des convulsions même à des personnes délicates (I). Aussi plusieurs très-habiles médecins les ont absolument bannis, et en boisson, et même en odeur: Mercatus avait déjà averti que tous les médicaments stimulants augmentaient le mal ; mais Viridet paraît être celui qui a le [dus insisté sur leurs dangers : Quelle apparence, dit-il, après avoir parlé des violents spasmes , que les sels volatils, pris intérieurement en ces occasions , puissent servir ? Et ne doit-on pas plutôt craindre qu'ilsaugmententle mal, comme il arriva à une dame de ce lieu, à qui on en donna pendant mon absence, pour faire cesser une colique, (|ui la mirent plusieurs fois à l'agonie; de façon que j employai bien des adoucissants pour calmer cette irritation. Il ajoute ailleurs qu'il a vu plusieurs fois des convulsions particulières devenir générales, et de générales mortelles, qui ne l'auraient pas été si on ne s'était pas servi d'essences et de sels volatils (2). Robinson les improuve toutes les fois qu'il y a jnobilité : Rien d'actif, ditil, n'est supporté par ces nerfs. M. Raulin, M. Pome et bien d'autres les Vejeltent absolument. Cependant, en faisant attention que si les maux de nerfs sont souvent caractérisés par la tension, |)ar les convulsions, par les crampes, ils le sont auasi pur tous les symptômes qui caractérisent le manque d'action le plus corn jilet, perle de sentiment, de mouvement, deehdeur,
(1) J'ai connu une dame qui n'est point vaporeuse, et que l'odeur des gouttes minérales d'Hofman incommode au point de la faire évanouir, si elle est forte ; une seconde chez qui l'eau de -lavande produit le même effet, et une troisième à qui celle de Cologne, si généralemcnl agréable, donne des maux de cœur qui vont jusqu'à la faire vomir.
(2j P. lyi, 198, etc.
ET DE LEURS MALADIES
on comprendra comment on a dû souvent recourir aux toniques les plus prompts, c'est-à-dire aux spiritueux et aux volatils. Si, quand on a vu des gens affectés par des odeurs agréables, on leur en a fait sentir de fétides, on aura conclu que ces dernières pourraiefftWen être utiles dans les mêmes accidents, quoique produits par une cause dift'érente : de lîi l'usage de tous les remèdes de cette classe dans les maladies hystériques, et l'on ne peut pas disconvenir que très-souvent ilsont eu du succès. H est donc certain que s'il y a des cas de maux de nerfs dans lesquels ces remèdes nuisent, il y en a aussi dans lesquels on peut se les permettre, et ce sont tous ceux dans lesquels il est bien constaté que la cause première est la faiblesse ; mais toujours on doit s'en servir avec modération, et très-ordinairement un vinaigre très fort, employé extérieurement, est équivalent à tous les autres remèdes.
Quand je me suis déterminé à les employer, la teinture spiritueuse de succin dans quelque eau distillée , ou le sel volatil de C. de G., m'ont toujours réussi. Je parlerai dans le chapitre de l'épilepsie, du camphre et du musc qui sont des remèdes qui appartiennent à cette classe.
§ 121. 11 y a une autre espèce d irritants : ce sont les vésicatoires , dent je dirai peu de chose ici, parce qu'il me paraît que cet article sera mieux placé dans le chapitre de la paralysie, qui est le genre de maladies nerveuses dans lequel on les emploie le plus ordinairement, quoique souvent on s'en serve avec le plus grand succès dans les maladies convulsives, pour détourner l'humeur àcre, qui produit la maladie en irritant le genre nerveux, et quelquefois l'eflet en est très-prompt. J'ai vu il y a bien longtemps un enfant de cinq ou six ans à qui de l'onguent blanc de Rliases, appliqué derrière les oreilles, qui étaient en suppuration, arrêta l'écoulement au bout de quelques heures, et occasionna des vomissements qui duraient depuis sept heures.
Je fis bassiner les parties malades pendant un quart d'heure, et ensuite appliquer de foris vésicatoires. Au bout d'une heure, l'enfant se plaignit des oreilles et les von)issemenls finirent ; son estomac s'en ressentit cependant plus d'un an. Mais il ne faut pas se méprendre sur l'emploi des vésicatoires : excellents quand il n'y a ni séchcres e ni mobilité essentielle, ils peuvent faire le plus grand mal quand la délicatesse du genre nerveux est générale, et surtout quand la peau est extrêmement
sensible. J'ai déjà donné ailleurs des exemples frappants de cette sensibilité, et je vois actuellement une dame étrangère à qui un simple emplâtre de poix blanche entre les épaules occasionna une intlammation et des douleurs si fortes, que pendant quinze jours elle ne dormit point et ne pouvait pas tourner la tête. Quelquefois les vésicatoires peuvent stimuler quelque organe sécréloire et occasionner une évacuation étonnante. J'ai vu une dame très-délicate à qui l'on avait appliqué des vésicatoires derrière les oreilles pour des maux de dents, et chez qui ils produisirent une salivation très abondante et continue, qui dura plusieurs jours et la laissa extrêmement affaiblie par l'évacuation même et par le manque de sommeil et de nourriture. — Ce serait aussi le lieu de parler des anli- paralytiques et des anii-spasmodiqucs ; mais on peut rappeler ici une réflexion qui a déjà été faite, et qui n'est malheureusement que trop vraie : c'est que ces noms généraux, par lesquels on a voulu désigner les remèdes qui conviennent à certaines maladies, ou aux maladies de certaines parties, comme anti - pleurétiques , antisjtasmodiques, céphaliques , stomachiques, etc., sans faire attention que la même maladie a plusieurs causes différentes, et que la même partie est susceptible de jjlusieurs maladies très- difl'érenles ; ces mots, dis-je, ont fait un très-grand mal, et il seiait à souhaiter qu'on les abandonnât. Il y a autant d'anti-paralytiques que de causes de paralysies , autant d'anti - spasmodiques que de causes de spasmes. Ainsi partout le remède naît de la cause prochaine, sans faire attention au nom de la maladie, et l'indication générale des anti-paralytiques et des antispasmodiques ne peut, par là même , se trouver que quand , en traitant de ces deux maladies, j'aurai fait l'énumération de leurs différentes causes.