‹ Œuvres de TissotChapitre 67 sur 160 · SES GOMMES · texte numérisé non relu

SES GOMMES

§ 12i. Les gommes, dont l'usage est fort ancien, appartiennent aux toniques, aux stimulants et aux calmants , puisque réellement elles produisent souvent ces trois effets; mais le dernier, sans doute, est l'effet des premiers. Elles répriment les faux mouvements en détruisant les causes qui les entretenaient, et surtout en augmentant l'action utile des organes. C'est donc comme tot.iques et stimulantes qu'il faut les juger, et c'est à ce titre qu'il faut les employer. Elles sont sur-

(1) Empoisonné sans doute.

(2) Cette observation prouve l'ulililô de l'opium conire les spasmes, et confirme ce que j'ai dit dans la première partie de sa vertu septique.

tout indiquées dans les maux de nerfs qui reconnaissent pour cause première l'atonie des premières voies, la viscosité, les engorgements glaireux , les constipations qui viennent de l'une ou de l'autre de ces causes. Elles ont presque toutes les mêmes vertus, et ne diffèrent proprement que par le degré. La plus efticace est sans contredit i'assa-fœlida, que nous devons vraisemblablement aux Arabes : elle a été employée par les premiers médecins, qui, depuis eux, ont écrit sur les maux de nerfs. Sydenham, Boerliaa-ve, Hofman, en faisaient le plus grand cas; mais M. Whylt paraît celui qui l'a employée à la plus grande dose, avec le plus de succès. Je l'emploie tous les jours, et je ne crains pas de dire que c'est un des remèdes dont les effets sont les ])lus certains. Il faut cependant ne jamais oublier , en prescrivant les gommes , que c'est un remède actif , qu'il peut trop animer l'action; et il y a peu de médecins observateurs qui n'aient vérifié, sans doute, (jue quelquefois les gommes portent à la tête. Feu M. Burgrave avait même vu qu'elles occasionnaient à quelques personnes des traits de feu devant les yeux (1). Quand la sensibilité de l'estomac est très-grande, elles l'irritent, et elles sont insupportables. ;

DES ADOCCISSANTS.

§ 1 25. Je comprendrai sous ce mol tous les remèdes qui détruisent les causes de l'irritation. Les uns, et ce sont proprement ceux que l'on appelle adoucissants, opèrent cet effet en corrigeant ou en enveloppant les acres ; les autres, que l'on appelle proprement déraulcents , diminuent l'extrême sensibilité d'une partie sur laquelle les humeurs les plus douces agissent douloureusement. C'e.it ainsi qu'après un purgatif violent, qui a dépouillé les intestins de leur velouté , le chyle le plus doux, toutes les humeurs qui abordent dans le canal intestinal y agissent comme irritants, sans avoir aucune âcreté. Les remèdes propres à envelopper les nerfs trop à nu sont alors de véritables adoucissants, el ce sont les laiteux, dont je ferai un article à part , les huileux et les mucilagineux. Parmi ceuxci, je me suis presque toujours borné aux décoctions de racine d'althea ou desym-

(1) De terr, aq, et aere, Francofurt, In* 12, 1748.

phituni, ou à l'huile d'amandes douces , qui , donnée aussi à petites doses, opère d'excellents effets dans ces cas-là, et dans ceux où il y a un fort spasme dans les premiers intestins et dans les conduits biliaires. On la voit alors calmer les douleurs, arrêter les vomissements, rétablir le cours de la bile , et purger abondamment avec le plus grand succès. Le docleur Voodwart, célèbre parmi les physiciens par son ouvrage sur la structure de la terre, est, de tous les médecins , celui quia faille plus grand usage del'huile d'amandes douces. On peut même dire qu'il en abusait; mais, parmi les observations qu'il a publiées (l), il y en a de très-belles, et qui prouvent évidemment que, dans plusieurs cas, on trouve, duns un sage emploi de l'huile, des ressources que l'on chercherait vainement dans les autres classes de remèdes. — Quant aux remèdes adoucissants proprement dits, on comprend aisément qu'il y en a autant que de différentes espèces d âcreté; ainsi on ne peut indiquer aucun spécifique adoucissant général : les seuls remèdes indiqués dans toutes les àcretés, ce sont les simples délayants aqueux pris abondamment si aucune circonstance ne les contre-indique, et les légers mucilagineux qui émoussent tous les acres. L'eau simple, l'eau de poulet, l'eau de veau, le petit-lait, l'orgeat, sont les premiers de ces adoucissants, et ont très-souvent fait le plus grand bien. Yiridet a vu les laits préparés avec les semences froides diminuer les spasmes et ramener le calme dans les agitations nerveuses les plus considérables. L'eau d'orge, le petitlait, ont été justement vantés par un grand nombre de médecins. Les observations nombreuses de M. Pome démontrent toute l'utilité des eaux de poulet et de veau, que j'ai souvent employées avec succès. Mais, de tous ces remèdes, aucun n'est une panacée, et, quoiqu'excellents dans nombre de cas d'àcreté , il y en a beaucoup dans lesquels ils ne conviennent point. Pour réussir dans ces cas, la première attention est donc, 1" de rechercher la cause première de l'âcrelé : si elle tient à un vice des digestions , si elle dépend d'un dérangement dans la sécrétion de la bile , si elle est produite par une transpiration diminuée, ou par quelque autre excrétion troublée,

(1) Seleclscases in physick. Lond., iu-8°.

c'est du rétablissement de ces fonctions qu'il faut nécessairement s'occuper, sans quoi tous les adoucissants ne sont que des palliatifs momentanés, quelquefois même nuisibles ; 2° il faut examiner quels sont les caractères de l'àcreté dominante, et la combattre alors par les remèdes qu'elle indique.

J'ai vu plusieurs femmes chez lesquelles tout le dérangement des nerfs dépendait uniquement d'une acidité très-forte, adhérente à des matières glaireuses dans l'estomac, à qui tous les aqueux, les émollients, les mucilagineux , avaient nui ; à qui les absorbants ordinaires ne faisaient aucun bien, parce qu'ils n'étaient pas assez pénétrants, et que l'huile de tartre, par défaillance, soulageait promptemenl, et enfin guérissait radicalement. Oncomprendcombien cemêmeremède pourrait irriter dans toute autre circonstance. Parmi les adoucissants indiqués dans les cas d'acidité, les bouillons de tripes, ou ceux de ventre de veau, qui sont un mucilagineux très-doux, et en même temps un alcalescent, méritent la préférence sur tous les autres.

§ 12G. On doit placer, parmi les remèdes adoucissants, les mercuriels, et surtout le mercure doux, dont on se sert souvent avec succès dans les maux de nerfs les plus fâcheux. Il est vrai que c'est ordinairement quand l'àcreté se trouve combinée avec de la viscosité dans les humeurs et des obstructions dans les petits vaisseaux , que le mercure réussit si bien ; mais ces cas sont fréquents , ce sont ceux de beaucoup de maladies cutanées, et l'on a vu que l'acre des maladies occasionnait beaucoup de maux de nerfs. J'ai vu, il y a sept ans, une demoiselle âgée de vingt six ans , qui , depuis neuf mois, était sujette, sans aucun dérangement dans les fonctions , à une mobilité extrême et à de fréquents accès de convulsions qui duraient quelquefois plusieurs heures. Après avoir cherché tout ce qui pouvait occasionner cet état, je n'en pus soupçonner d'autre cause qu'un retour de virus dartreux qui s'était manifesté à dix-sept ans, avait occupé toute une cuisse pendant onze mois, et n'avait cédé qu'au mercure. Je me fixai à ce soupçon: je lui ordonnai des bains tièdes, deux grains de mercure doux soir et mdtin , et une boisson assez abondante de décoction de salsepareille.

Au bout de huit jours , elle était mieux ; et, au bout de six semaines, elle fut parfaitement bien.

ET DE LEURS MALADIES

DES FI.BURS d'aKNIOA, DE CARDAMINE ET DE ZINC.

§ 1 27. Je dois dire ici un mot de Irois spécifiques vanlés depuis quelques années dans les maux de nerfs ; ce sont les fleurs de cardamine , celles d'arnica et celles de zinc. Je parierai de quelques aulres spécifiques dans le chapitre de i'épilepsie , contre laquelle ils sont plus ordinairement employés que contre les autres maux de nerfs.

DES FLEURS d'ARNICA.

§ 12S. Les fleurs d'arnica (I) ont trop âe réputation, depuis le commencement de ce siècle , dans la paralysie , pour ne pas en parler ici. Je vois que déjà en ni 8, M. Junker s'en servit avec le plus grand succès pour une paralysie que les meilleurs secours ne pouvaient pas dissiper. Cet habile médecin assure que la simple infusion de celte plante lui a mieux réussi dans la paralysie que tous les autres remèdes , et Escliemhacli s'en servit avec succès pour guérir une hémiplégie ; mais ce n'est pas seulement dans la paralysie qu'on l'employait.

Schulze avait vu qu'on la donnait avec succès dans les accidents occasionnés par la colère ; les médecins de Bressau la conseillaient en 1724 pour I'épilepsie.

Quelques années après, Buchner s'en servit avec succès dans une affection spasmodique accompagnée de délire ; mais M. Collin, célèbre médecin à Vienne , est celui qui a fait le plus d'observations sur l'usage de cette plante, et Fa employée avec le plus grand succès, non-seulement dans la paralysie , mais dans la goutte sereine et les maladies convulsives les plus fâcheuses ; et cela si souvent , que l'on ne peut pas douter de son utilité dans plusieurs cas. Mais, pour apprécier exactement ce que l'on peut s^'en promettre dans les différentes espèces de maladies, il faut faire attention que ses effets généraux les plus orJinai-

(1) On peut consuller sur les caractères botaniques et les vertus de celle plante, qui est un Doronicum, Haller, Emtmerat.

siirp. helvet-, tom. i, p. 57. M. Murrai a donné son histoire et celle de ses effets avec plus d'étendue, dans un très-bon ouvrage inliîulé, Apparatus medicamentorum tam simplicium, etc., tom i, p. ICO; mais personne n'en a traité aussi en détail que M. Collin.

tes sont les vomissements , d'assez fortes angoisses, une action douloureuse sur presque tout le genre nerveux, qui s'étend jusqu'aux extrémités, et qui se fait sentir surtout sur les parties malades, et des sueurs abondantes; et il faut remarquer que, dans les pleurésies, on ne l'ordonnait qu'après avoir désempli les vaisseaux. On peut donc juger qu'elle agit en stimulant les organes, en augmentant leur action , et en brisant les matières bilieuses ou lymphatiques, visqueuses, épaissies, obstruantes. D'après cela , on comprend qu'elle peut être très utile dans tous les cas dans lesquels les remèdes stimulants, incisifs, émétiques, peuvent être utiles ; et l'usage de ces remèdes est fréquent dans les maladies paralytiques : l'arnica pourra donc y trouver place souvent ; mais il est bien plus rare dans les maladies convulsives. On emploiera donc bien plus rarement celle plante dans ces derniers cas, comme on y emploie rarement l'émétique , les eaux de Balaruc, les vésicatoires ; mais elle pourra quelquefois être ulile , et faire même de très belles cures. Je ne l'ai employée que dans la ])aralysic, et seulement trois fois. J'ordonnai un scrupule de la fleur, sur laquelle on versait douze onces d'eau bouillante , qu'on laissait infuser deux heures, et on en buvait le quart d'heure en heure. Un des malades vomissait constamment après la troisième et la quatrième tasse ; les deux autres ne vomissaient pas, ils urinaient davantage, et l'un suait constamment. Les uns et les autres avaient le pouls plus vile pendant plusieurs heures ; tous en éprouvèrent certainement des effets avantageux, mais tous trouvèrent son action désagréable. On comprend combien ce remède serait dangereux dans les maladies des nerfs qui sont accompagnées d'une extrême mobilité, dans celles qui exigent les adoucissants, les laiteux , les incrassanls ; et il est bon de faire remarquer qu'en 1736, à la fin de la première époque oii l'on s'est occupé de l'arnica , un des praticiens les plus célèbres alors en Allemagne, en déconseillait l'usage dans les maladies de la lête (l) , à cause des efforts pour vomir, et des autres violentes commotions qu'elle occasionne dans tout le corps.

(I) Burchard, dans la dissertation do Lohman , De affeclibus paralyticis , Rostoch, 1736, § 110, d. 64.

238 Dss

DES îXBnRS DE CARDAMINfi (1),

§ 129. Les fleurs de cardamine ont été indiquées pour la première fois, si je ne nie Irompe , au commencement de ce siècle, comme un remède anti - spasmodique , par M. Dales , célèbre médecin anglais , qui dit simplement qu'elles ont les vertus du cresson, et qu'il trouve dans un manuscrit du D. Tancred Robinson, que les /leurs étaient louées dans les convulsions : leur usnge s'était sans doute conservé traditionnellement à Londres chez quelques personnes. Et en 1763 , M. le clievalier Backer, médecin de la famille royale , et qui jouit à juste titre d'une grande célébrité en Angleterre, apprit qu'une jeune personne, qui était tourmentée de différents accidents nerveux , et entre autres d'un asthme convulsif, pour lesquels elle avait essayé beaucoup de remèdes différents sans succès , se trouvait fort soulagée depuis qu'elle faisait usage des fleurs de cardamine, dont un ami lui avait recommandé de prendre un scrupule soir et matin : il y avait six jours qu'elle avait commencé, et dès le quatrième jour, le mieux avait été marqué. M. Backer lui conseilla de continuer , et elle se guérit complètement. Encouragé par cet exemple, il ordonna demi-drachme des mêmes fleurs, soir et matin , à un jeune garçon et à une jeune fille, attaqués àuchorea-viti , qui avaient déjà fait un long et inutile usage de martiaux, de gommes, de bains froids, et dans moins d'un mois ils furent parfaitement guéris. Il se servit aussi avec succès du même remède pour une autre femme, dont j'ai déjà parlé ailleurs, qui éprouvait alternativement depuis long-temps des attaques de spasmes, qui portaient surtout sur la gorge, et de paralysies : les accès devinrent d'abord plus légers , elle acquit la faculté d'avaler, ses forces revinrent et sa santé se rétablit. Enfin il l'employa avec le plus grand succès chez une femme fort maladive, et attaquée de spasmes si constants dans les extrémités inférieures qu'elle n'en avait aucun usageetnepouvaitpoint régir leurs mouvements irréguliers : les gommes , le musc , le camphre , la valé-

(1) Cresson des prés, ou passerage sauvage , JVa.frîiî-fniw praleuse, magno flore, simplici. Dales, Pharmacologia , in-4"'.

Leide, 1751, p, 225. La première édition si de J708.

NERFS

riane, les volatils , lui avaient plutdt fait ' du mal que du bien. Les fleurs de cardamine,dontM. B. porta la dose jusqu'à une i drachme et demie , trois fois par jour, la soulageaient d'un jour à Taulre très-sensiblement, et sans doute l'auraient guérie, si une maladie aiguë ne l'avait pas emportée (1). Je ne connais rien de plus sur l'usage de ce remède ; mais ces observ;itions sont bien suffisantes pour lui mériter l'attention des médecins. Le caractère de la plante, le suffrage des mé-^ decins qui en ont parlé, et qui, depuis Galien jusqu'à M. Dales , s'accordent à dire qu'elle agit comme le cresson , nous assurent d'abord qu'il ne peut pas être dangereux. Il ne doit pas être désagrca- ■ ble ; et un remède qui réunirait une vertrt aussi anti spasmodique à celle des anti- i scorbutiques ne peut être qu'un remède ; utile, et qui , entre autres cas , réussira sans doute dans les convulsions occasionnées par des vers. On a vu qu'il a réussi dans un cas où les autres anti-spasmodiques les plus célèbres avaient échoué, et | c'est une forte raison de le conserver.

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