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NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT
Enfin, le premier-ministre arracha la démission de Malesherbes, par une scène d’humeur habilement ménagée. Cet autre homme de bien, abreuvé de dégoûts au sujet des réfor- * mes qu’il proposait dans son département, n’avait conservé son portefeuille que sur les instantes prières de Turgot. 11 disait avec douleur à quelques amis : « Les peines que prend Turgot, les épargnes qu’il effectue, ne tourneront pas au profit du peuple : il n’y a pas de remède possible au gaspillage. » La retraite de Malesherbes laissa alors le champ d’autant plus libre aux manèges de Maurepas, qu'on prétend que le contrôleur-général, pour lui causer moins d’ombrage, évitait de travailler seul avec le roi. De ce moment, Louis XVI témoigna la plus grande froideur à Turgot ; et ce dernier, au lieu des explications loyales qu’il parait avoir provoquées de la part du prince, n’en reçut qu’un avis indirect de se démettre de ses fonctions. Mais, blessé de cette injustice, il répondit qu’il attendrait l’ordre de son renvoi, et ne se retira, en effet, que devant cet ordre, qui lui fut apporté, le 12 mai, par l’ancien ministre Bertin'.
à l’intervention du ministre principal, car le directeur de la poste ne serait pas resté longtemps en place, s’d eût voulu s’en tenir à la lettre de l’institution.
1 Les lettres suivantes servent de commentaire aux événements qu’on vient de résumer :
Lettre de M. de Maurepat à Turgot.
Ce tl mai 1776.
Si j'avais été libre, Monsieur, de suivre mon premier mouvement, j’aurais été chez vous. Des ordres supérieurs m’en ont empêché. Je vous supplie d'être persuadé de toute la part que je prends à votre situation. M”" de Maurepas me charge de vous assurer qu’elle partage mes sentiments. On ne peut rien ajouter à ceux avec lesquels j'ai l’honneur d’être, etc.
Hépo nse de Turgot.
A Paris, le 13 mai 1778.
Je reçois, Monsieur, la lettre que vous m’avez fait l'honneur de m’écrire. Je ne doute pas de la part que vous avez prise à l’événement du jour, et j’en ai la reconnaissance que je dois.
Les obstacles que je rencontrais, dans les choses les plus pressantes et les plus indispensables, m’avaient depuis quelque temps convaincu de l'impossibilité où j’étais de servir utilement le roi , et j’étais résolu à lui demander ma liberté. Mais mon attachement |>our sa personne eut rendu cette démarche pénible. J’aurais
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La consternation avait frappé tout le Limousin, quand cette province sut qu’elle allait perdre son intendant. Versailles et les salons de Paris poussèrent des cris de joie, dès qu’ils ap-
craint de me reprocher un jour de l’avoir quitté. Le roi m’a ôté cette peine , et la seule que j'aie éprouvée a été qu’il n’ait pas eu la bonté de me dire lui-même ses intentions.
Quant à ma situation dont vous voulez bien vous occuper , elle ne peut m'affecter que par la perte des espérances que j’avais eues de seconder le roi dans ses vues pour le bonheur de ses peuples. Je souhaite qu’un autre les réalise. Mais, quand on n’a ni honte ni remords, quand on n’a connu d’autre intérêt que celui de l’État, quand on n’a ni ' déguisé , ni tu aucune vérité à son maitre , on ne peut être malheureux.
Je vous prie de vous charger de tous mes remerciements pour M“* la comtesse de Maurepas , et d’être persuadé qu’on ne peut rien ajouter aux sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur, etc.
Lettre de Turgot au roi.
* A Paris, le 18 mai 1776.
Sire, je profite de la liberté que Votre Majesté a bien voulu me donner d’avoir l’honneur de lui écrire.
M. Berlin, en s’acquittant des ordres qu’il avait, m’a dit qu’indépeudamment des appointements attachés au titre de ministre, Votre Majesté était disposée à m’accorder un traitement plus avantageux, et qu’elle me permettait de lui exposer mes besoins.
Vous savez, Sire, ce que je pense sur tout objet pécuniaire. Vos bontés m’ont toujours été plus chères que vos bienfaits. Je recevrai les appointements de ministre , parce que sans cela je me trouverais avoir environ un tiers de revenu de moins que si j’étais resté intendant de Limoges. Je n’ai pas besoin d'être plus riche, et je ne dois pas donner l’exethple d’èlro ù charge à l’État.
Je supplierai Votre Majesté de réserver les grâces qu’elle me destinait pour dédommager quelques personnes qui, après avoir fait le sacrifice de leur état pour m’aider dans mon travail, perdront par ma retraite celui que je leur avais procuré, et se trouveraient sans ressource, si elles n’éprouvaient les bontés de Votre Majesté. J’espère qu’elle approuvera que j’en laisse des notes à M. de Clugnv, qui les lui mettra sous les yeux.
Quant à moi, Sire, je dois regretter votre confiance et l’espérance qu’elle me • donnait d’être utile à l'État. La démarche que j'ai faite, et qui parait vous avoir déplu , vous a prouvé qu’aucun autre motif ne pouvait m’attacher à ma place, car je ne pouvais ignorer le risque que je courais , et je ne m’y serais pas exposé, si j’avais préféré ma fortune à mon devoir*. Vous avez vu aussi dans mes lettres com-
‘ Quelle était la démarche dont parle Turgot? — C’est ce que n’expliqne aucun historien, à moins toutefois qu'il ne s'agisse ici, ce qui parait assez vraisemblable du reste, de l’anecdote suivaute :
«Turgot avait obtenu de Louis XVI la promesse qu’aucune ordonnance de comptant ne serait délivrée pendant un certain temps. Peu de jours après, un bon de 500, OoG livres, au nom d’une personne de la cour, est présenté an Trésor. Turgot va prendre
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prirent la chute du ministre de l'intérêt général. Paix allait être enfin rendue au régime du privilège et du monopole. On s’en applaudit avec indécence à la cour ; et l’on s’en félicita hautement dans les promenades et dans les lieux publics. Un petit
bien il m’était impossible de servir utilement dans cette place, et par conséquent d’y rester, si vous m’y laissiez seul et sans secours. Votre .Majesté savait que je ne pouvais y être retenu que par mon attachement pour sa personne. J’espérais qu’elle duignerait me faire connaître elle-même ses intentions.
Je ue lui dissimulerai pus que la forme dans laquelle elle me les a fait notifier m’a fait Tessentir dans le moment une peine très-vive. Votre Majesté ne se méprendra pus sur le principe de cette impression, si elle a senti là vérité et l’étendue de l’attachement que je lui ai voué.
Si je n’envisageais que l’intérêt de ma réputation, je devrais peut-être regarder mon renvoi comme plus avantageux qu’une démission volontaire ; car bien des gens auraient pu regarder cette démission comme un trait d'humeur déplacé. D’autres auraient dit qu'après avoir entamé des opérations imprudentes etembarrassé les affaires , je me retirais au moment où je ne voyais plus de ressource: d’autres , persuadés qu'un honnête homme ne doit jamais abandonner sa place quand il y peut faire quelque bien, ou empêcher quelque mal, et ne pouvant pas juger comme moi de l’impossibilité où j’étais d’être utile, m’auraient blâmé par un principe honnête, et moi-même j’aurais toujours craint d’avoir désespéré trop têt, et d’avoir mérité le reproche que je faisais à M. de Malesherbes. Du moins étant renvoyé, j’ai la satisfaction de n’avoir pas un remords à sentir, pas un reproche A essuyer.
J’ai fait, Sire, ce que j’ai cru de mon devoir, en vous exposant avec une franchise sans réserve et sans exemple les difficultés de la position où j’étais , et ce que je pensais de la vôtre. Si je ne l’avais pas fait, je me serais cru coupable envers vous. Vous en avez sans doute jugé autrement, puisque vous m'avez retiré votre confiance ; mais, quand je me serais troni|(é, vous ne pouvez pas, Sire, ne point reudre justice au sentiment qui m’a conduit.
Tout mon désir, Sire, est que vous puissiez toujours croire que j’avais mal vu, et que je vous montrais des dangers chimériques. Je souhaite que le temps ne me justifie pas, et que votre règne soit aussi heureux, aussi tranquille et pour vous, et pour vos peuples, qu’ils se le sont promis d’après vos principes de justice et de bienfaisance.
Il me reste. Sire, une grâce à vous demander, et j’ose dire que c’est moins une grâce qu’une justice.
Le bien le plus précieux qui me reste A conserver est votre estime. J’y aurai toujours des droits. On travaillera certainement à mêla faire perdre. On essayera de noircir dans votre esprit et mon administration et moi-même, soit en inventant des faits faux, soit en déguisant et envenimant des faits vrais. On peut faire parvenir journellement à Votre .Majesté une foule de récits adroitement circonstanciés, où l’on aura su donner à la calomnie l'air de la plus grande vraisemblance. Votre
les ordres du roi et lui rappelle la parole qu'il en avait reçue, « On m'a surpris, dit le « roi. — Sire, que dois-je faire? — Ne payez pas. » Le niinslre obéit : sa démission suivit de trois jours le refus de payement.» (M. Bailly, Histoire financière, tome II, page Mt.)
NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT
nombre d'hommes éclairés iremblèrent seuls pour l'avenir, et
la plume de Voltaire, interprète do leurs sentiments, protesta contre la disgrâce du ministre par l’ÊpUre à mi homme.
« Le 12 mai 1 770, jour du renvoi de Turgot », dit un historien, dont le coeur et l'intelligence ont dignement apprécié le caractère et les opérations de ce grand homme. « est une des époques les plus ta l aies pour la France. Le ministre supérieur à son siècle, voulait faire sans secousse, par la puissance d'un roi législateur, les changements qui pouvaient seuls nous garantir des révolutions. Ses contemporains, égoïstes et superficiels, ne le comprirent point; et nous avons expié, par de longues calamités, leur dédain pour les vertus et les lumières de cet homme d'Ktat »
Après Turgot, vinrent Cliigny. Tahoureau, Necker, Joly de Fleury, d'Ormesson, Calotmy, Hricnnc. puis le banquier Necker encore ; mais ce n’étaient pas de tels hommes qui pouvaient conjurer la tempête révolutionnaire, et les destins s’accomplirent.
Presque toutes les réformes opérées par Turgot disparurent sous ses successeurs. Mais ce qu'ils n’eurent pas la puissance d'anéantir, ce fut l’esprit qui les avait dictées et qui devait , malgré tous leurs efforts , fonder en France le prin-
Majesté le» dédaignera peut-être d’abord ; mai», à force de le» multiplier , on fera nailre à la tin dans son esprit des doute», et la calomnie aura rempli sou objet, sans que j’aie pu parer se* coup» que j'aurai ignoré».
Je ne la crains point. Sire, tant que je serai mis à portée de la confondre. Je ne puis plus avoir de défenseur auprès de Votre Majesté, qu'elle- même. J’attends de sa justice qu’elle ne me condamnera jamais dans son cœur sans m’avoir entendu, et qu’elle voudra bien me faire connaître toutes les imputations qui me seront faites auprès d’elle ; je lui promets do n’en laisser passer aucune sans lui en prouver la fausseté, ou sans lui a\ouer ce qu’elle pourra contenir de v r.ii ; car je n'ai pas l’orgueil de croire que je n’aie jamais fait de fautes. Ce dont je suis sur, c’est qu’elles n'ont été ui graves , ni volontaires. '
J’ose prier encore Votre Majesté de vouloir bien faire passer celte communication par M. d’Angiviller , dont elle connaît l’Iionnètelé et la discrétion , et sur t’arnitié duquel je puis compter.
Il veut bien se charger de mes lettres , et me mande que Votre Majesté l’a trouvé bon.
Permettez-moi , Sire , de vous eu témoigner ma reconnaissance.
Je suis avec le plus profond respect, etc.
1 M. Droz, Histoire du régne de Louis .Y/7, tome 1, page 210.
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ripe de l'égalité civile, acheté par nos pères au prix de sacrifices sanglants que le génie du ministre de Louis XVI avait prévus, et voulait leur épargner.
Turgot quitta le ministère sans autre regret que celui de ne pouvoir plus être utile à son pays et à l’humanité. C'était la seule impression dont fût susceptible une âme d’une trempe telle que la sienne. Ayant à peine franchi le seuil de l’hôtel du contrôle-général, l’homme d’État resté philosophe plaisantait ainsi sur sa disgrâce, dans une de ces lettres où rien n’oblige à dissimuler ses sentiments : « Je vais être à présent en pleine liberté de faire usage des livres que vous m’envoyez et de tout le reste de ma bibliothèque. Le loisir et l’entière liberté formeront le principal produit net des deux ans que j’ai passés dans le ministère. Je tâcherai de les employer agréablement et utilement (22 juin 1776)'^»
Les sciences exactes et naturelles, la philosophie et la littérature furent’, en effet, les seules occupations de Turgot pendant l’intervalle trop court qui a séparé sa mort du moment où il cessa de prendre part aux affaires publiques. Il employait
' Lettres inédites, XXI, tome II, page 83t.
■* L’activité intellectuelle de Turgot, vraiment prodigieuse, s’était appliquée de très-houne heure à l’étude des sciences mathématiques et naturelles. En 1760, il avertissait l’astronome l.acaille de l’apparition d’une comète près du genou oriental d’Orion. Dès 1748, il adressait à BufTon des observations importantes sur sa Théorie de la terre. (Voyez t.eltre à fluffon, II, page 78î.) L’article f.'xpansibilité, de la grande Encyclopédie, témoigne de ses connaissances en physique. Il avait étudié la chimie sous Rouelle, et la géologie avec Desmarets. Sa correspondance inédite est pleine de détails qui prouvent le vif intérêt que lui avaient inspiré toutes ces sciences.
En littérature, il était grand admirateur des ancieus. Il a laissé une traduction du I” livre des Géorgiques et de quelques Odes d'Horace, qui ne sont pas des œuvres sans mérite. Il ne put, toutefois, se défendre d'une innovation malheureuse, celle de substituer les vers métriques aux vers rimés, et de traduire dans celte forme, repoussée par la nature de notre langue, le IV* livre de V Enéide, et les Égtoguts de Virgile. (Voyez les curieux détails que renferme, à cet égard, la correspondance inédite.)
Tout le monde sait que Turgot est l’auteur de ce beau vers, destiné au portrait de Franklin :
Eripuit cœlo fulmcn sceplrumque lyrannis.
Il avait été nommé membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres le t" mars 1776.
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les loisirs de sa retraite à étendre le cercle des hautes connaissances qu’il possédait en géométrie, en astronomie, en physique, en chimie, en géologie, dans la société des Bossut, des d’Alembert, des Condorcet, des Lavoisier, des Rouelle, des Rochon, lorsqu’une cruelle attaque de goutte, après l’avoir arraché pendant longtemps à ces nobles travaux, vint l’enlever à la France le 20 mars 1781 1 .
« Quelques hommes», dit Condorcet, «ont exercé de grandes vertus avec plus d’éclat, ont eu des qualités plus brillantes, ont montré dans quelques genres un plus grand génie; mais peutêtre jamais aucun homme n'a-t-il offert à l’admiration un tout
' Toujours occupé de pensées nobles et utiles, ce fut Turgot qui provoqua, quelque temps après sa sortie du ministère, l’acle honorable par lequel le gouvernement français déclara qu’en cas de guerre le vaisseau du capitaine Cook serait respecté par notre manne. Sartine avait soumis cette proposition au roi, sur le vu de la Note suivante, dont il ne connaissait pas l’auteur, qui était son ancien collègue.
Note sur le royage du capitaine Cook.
Le capitaine Cook, un des plus habiles officiers de la marine royale d’Angleterre, après avoir fait deux fois le tour du globe, après avoir, dans le cours de ces deux voyages, donné le premier à l’Europe une connaissance exacte de l’hémisphère austral, perfectionné la navigation, enrichi la géographie et l’histoire naturelle d’une foule de découvertes utiles, a entrepris d’en faire un troisième, dont l'objet est de reconnaître et de décrire les côtes, les Iles et les mers situées au nord du Japon et de la Californie.
Il est parti de Plvmoutli au mois de juillet 1776, sur le vaisseau la Résolution , le même qu’il avait commandé dans son second voyage.
Ce vaisseau, du port de quatre à cinq cents tonneaux, et d’un peu plus de cent hommes d'équipage, n’est point un bâtiment propre aux opérations militaires ; il avait été construit originairement pour le commerce du charbon de terre.
Le capitaine Cook est vraisemblablement en chemin pour revenir en Europe.
Son expédition n’ayant pour but que les progrès des connaissances humaines, intéressant par conséquent toutes les nations, il est digne de la magnanimité du roi de ne pas permettre que le succès en puisse être compromis par les hasards de la guerre. — Dans le cas de rupture entre les deux couronnes, on propose à Sa Majesté d’ordonner à tous les officiers de sa marine, ou armateurs particuliers, qui pourraient rencontrer le capitaine Cook, de s’abstenir de toute hostilité envers lui et son bâtiment, de lui laisser continuer librement sa navigation, et de le traiter à tous les égards comme il est d’usage de traiter les officiers et les navires des nations neutres et amies, en lui faisant connaître cette marque de l’estime du roi pour sa personne, et le prévenant que Sa Majesté attend de lui qu’il s’abstiendra de son côté de tout acte hostile.
Il parait convenable de donner connaissance de cet ordre aux ministres de sa majesté britannique.
NOTICE HISTORIQUE SUR TL'RGOT
plus parlait et plus imposant. 11 semblait que sa sagesse et sa force d’âme, en secondant les dons de la nature, ne lui eussent laissé d'ignorance, de faiblesse et de défauts, que ce qu’il est impossible à un être borné de n’en pas conserver. C’est dans cette réunion si extraordinaire (pie l’on doit chercher la cause et du peu de justice qu’on lui a rendu, et de la haine qu’il a excitée. L’envie semble s’attacher encore plusàcequi approche de la perfection qu’à ce qui, en étonnant par la grandeur, lui offre, par un mélange de défauts et de vices, une consolation dont elle a besoin. On peut se flatter d'éblouir les yeux, d’obtenir le titre d'homme de génie, en combattant ou en flattant avec adresse les préjugés populaires; ou peut espérer de couvrir ses actions du masque d’une vertu exagérée; mais la pratique constante de la vertu simple et sans faste, mais une raison toujours étendue, toujours inébranlable dans la route de la vérité; voilà ce (pic l’hypocrisie, ce que le charlatanisme désespéreront toujours d’imiter, et ce qu’ils doivent tâcher d’étouffer et de détruire. »
Il serait difficile de mieux louer Turgot, si Condorcet luimême, par l’application qu'il a faite à ce grand homme de ces trois vers de Lucain, ne lui eût consacré le plus court et le plus beau des éloges :
SecUi fuit servarc modtim, tinemtjiie lenerc,
Naiurnmque sequi, patriæqtic im pondéré vilain:
Non sihi, sed loti genilum se credere mundo Phar» lih. II.
- Eue. DAIRE.
1 Kpiwrapht' (le la Pir <h ’ ’/'iirgut, par Condorcrl.