FOIRES ET MARCHES
partout des bureaux. On ne peut trop saisir toutes les occasions de combattre ce système fatal à l'industrie; il s'en trouvera plus d’une dans l’ Encyclopédie. Les foires les plus célèbres sont, en France, celles de Lyon, de Bordeaux, de Guibray, de Bcaucaire ', etc. ; en Allemagne, celles de Leipsick, de Francfort, etc. Mon objet n’est point ici d’en faire l'énumération, ni d'exposer en détail les privilèges accordés par différents souverains soit aux foires en général, soit à telle ou telle foire en particulier; je me bornerai à cjuclqnes réflexions contre l’illusion assez commune, qui fait citer à quelques personnes la grandeur et l’étendue du commerce de certaines foires comme une preuve de la grandeur du commerce d’un Etat.
Sans doute, une foire doit enrichir le lieu où elle se tient et faire la grandeur d’une ville particulière, et lorsque toute l’Europe gémissait dans les entraves multipliées du gouvernement féodal, lorsque chaque village pour ainsi dire formait une souveraineté indépendante, lorsque les seigneurs" renfermés dans leurs châteaux ne voyaient dans le commerce qu'une occasion d’augmenter leurs revenus, en soumettant à des contributions et à des péages exorbitants tous ceux que la nécessité forçait de passer sur leurs terres, il n'est pas douteux que ceux qui les premiers furent assez éclairés pour sentir qu’en se relâchant un peu de la rigueur de leurs droits ils seraient plus que dédommagés par l'augmentation du commerce et des consommations, virent bientôt les lieux de leur résidence enrichis, agrandis, embellis. Il n’est pas douteux que, lorsque les rnis et les empereurs eurent assez augmenté leur autorité pour soustraire aux taxes levées par leurs vassaux les marchandises destinées poulies foires de certaines villes qu’ils voulaient favoriser, ces villes devinrent nécessairement le centre d’un très-grand commerce et virent
I la-s foires de Lyon et de Bordeaux ne subsistent plus. Les seules qui aient encore de nos jours quelque importance sont, celles de Iteaueaire, de Guibray (faubourg de falaise) d’abord, et ensuite de Caeu et de Chatons.
En Angleterre, les principales foires se tiennent à Bristol, Exeter, Weybill dans le Hatnpshire, Ypswieh et WooiJstock. Les foires d’Allemagne les plus renommées, et que l’on peut qualifier de fuires européennes et même universelles , sont celles de Franefort sur le Mcin, Francfort sur l’Oder, et surtout de Leipsig. C'est â Sinigaglia, dans les Elats du pape, qu’a lieu la plus célèbre des foires d’Italie.
II se tien! en Russie un très-grand nombre de foires très-fréquenlées. La pins importante de toutes est celle de Nijni-.Novogorod. (Voyez, pour plus de détails, l’article Foires du Dictionnaire dit commerce et des marchandises publié par M. Guillaumin.) (E. D.)
ARTICLES EXTRAITS J)E L'ENCï CLOPELH E .
accroître leur puissance avec leurs richesses; mais depuis que toutes ces petites souverainetés se sont réunies pour ne former qu’un grand État sous un seul prince, si la négligence, lu force de l’habitude, la difficulté de réformer les abus lors même qu’on le veut, et la difficulté de le vouloir, ont engagé à laisser subsister les mêmes gênes, les mômes droits locaux et les mêmes privilèges qui avaient été établis lorsque chaque province et chaque ville obéissaient à différents souverains, n’est-il pas singulier que cet effet du hasard ait été non-seulement loué, mais imité comme l’ouvrage d’une saine politique? N’est-il pas singulier qu'avec de très-bonnes intentions et dans la vue de rendre le commerce florissant, on ait encore institué de nouvelles foires, qu’on ait augmenté encore les privilèges et les exemptions de certaines villes, qu’on ait même empêché certaines branches de commerce de s’établir au sein des provinces pauvres, dans la crainte de nuire à quelques autres villes enrichies depuis longtemps par ces mêmes branches «le commerce? Et qu’importe «|ue ce soit Pierre ou Jacques, le Maine ou la Bretagne, «jui lubri— quent telle ou telle marchandise, pourvu que l’État s'enrichisse et que îles Français vivent? Qu’importe qu’une étoffe soit vendue à Beaucaire ou dans le lieu de sa fabrication, pourvu que l’ouvrier reçoive le prix de son travail? Une masse énorme de commerce, rassemble dans un lieu et amoncelée sous un seul coup d’œil, frappera d’une manière plus sensible les yeux des politiques superficiels. Les eaux rassemblées artificiellement dans des bassins et des canaux amusent le voyageur par l'étalage d'un luxe frivole; mais les eaux «|ue les pluies répandent uniformément sur la surface des campagnes, que la seule pente du terrain dirige et distribue dans tous les vallons pour y former des fontaines, portent partout la richesse et la fécondité. Qu’importe qu'il se fasse un grand commerce dans une certaine ville et dans un certain moment, si ce commerce momentané n’est grand que par les causes mêmes qui gênent le commerce, et qui tendent à le diminuer dans tout autre temps et dans toute l’étendue de l’État? « Faut-il, «lit le magistrat citoyen auquel nous «levons la traduction de Child (M. de (lournay) et au«|uel la France devra peut-être un jour la destruction des obstacles que l’on a mis aux progrès du commerce en voulant le favoriser, — faut-il jeûner toute l’année pour faire bonne chère à certains jours? En Hollande il n'y a point de foires; mais toute l'étendue de l’État et tonte l’an-
FOUIES ET MARCHES.
née ne forment (tour ainsi «lire qu'une foire continuelle, parce que le commerce y est toujours et partout également florissant. »
On dit : « L’État ne peut se passer de revenus; il est indispensable, pour subvenir à ses besoins, de charger les marchandises de différentes taxes. Cependant, il n’est pas moins nécessaire de faciliter le débit de nos productions, surtout chez l’étranger, ce qui ne peut se faire sans en baisser le prix autant qu’il est possible. Or, ou concilie ces deux objets en indiquant des lieux et des temps de franchise, où le bas prix des marchandises invite l’étranger et produit une consommation extraordinaire, tandis que la consommation habituelle et nécessaire fournit suffisamment aux revenus publics. L’envie même de profiter de ces moments de grâce donne aux vendeurs et aux acheteurs uu empressement que la solennité de ces ijrandes routes augmente encore par une espèce de séduction, d’où résulte une augmentation dans la masse totale du commerce. » Tels sont les prétextes qu’on allègue pour soutenir l’utilité des grandes foires. Mais il n’est pas difficile de se convaincre qu’on peut, par des arrangements généraux, et en favorisant également tous les membres de l’État, concilier avec bien plus d'avantages les deux objets que le gouvernement peut se proposer. En cfl'ct, puisque le prince consent à perdre une partie de ses droits et à les sacrifier aux intérêts du commerce, rien n’empêche qu’en rendant tous les droits uniformes, il ne diminue sur la totalité la même somme qu'il consent à perdre ; l’objet de décharger des droits la vente à l’étranger, en ne les laissant subsister que sur les consommations intérieures, sera même bien plus aisé à remplir en exemptant de droits toutes les marchandises qui sortent; car enfin ou ne peut nier que nos foires ne fournissent à une grande partie de notre consommation. Dans cet arrangement, la consommation extraordinaire qui se fait dans le temps des foires diminuerait beaucoup; mais il est évident que. la modération des droits, dans les temps ordinaires, rendrait la consommation générale bien plus abondante ; avec celte différence que, dans le cas du droit uniforme, mais modéré, le commerce gagne tout ce que le prince veut lui sacrifier : au lieu que dans le cas du droit général plus fort, avec des exemptions locales et momentanées, le roi peut sacrifier beaucoup, et le commerce ne gagne presque rien, ou, ce qui est la même chose, les denrées ou les marchandises peuvent baisser de prix beaucoup moins que les droits ne diminuent,