ARTICLES EXTRAITS DE L’ENCYCLOPÉDIE
sera pour toute la nation qu’une goutte d’eau répandue sur une vaste iner, et vous aurez l'ait à très-grands frais de très-petites choses. Et puis, faut-il accoutumer les hommes à tout demander, à tout recevoir, à ne rien devoir à eux-mêmes? Cette espèce de mendicité qui s’étend dans toutes les conditions dégrade un peuple, et substitue à toutes les passions hautes un caractère de bassesse et d’intrigue. Les hommes sont-ils puissamment intéressés au bien que vous voulez leur procurer, laisscz-les faire : voilà le grand, l’unique principe. Vous paraissent-ils s’y porter avec moins d’ardeur que vous ne désireriez, augmentez leur intérêt. Vous voulez perfectionner l’éducation : proposez des prix à l’émulation des pères et des enfants; mais que ces prix soient offerts à quiconque peut les mériter, du moins dans chaque, ordre de citoyens; que les emplois et les places en tout genre deviennent la récompense du mérite et la perspective assurée du travail, et vous verrez l’émulation s’allumer à la fois dans le sein de toutes les familles; bientét votre nation s’élèvera au-dessus d’elle-même; vous aurez éclairé son esprit, vous
de la nation, une éducation distinguée qu’aux enfants qui auraient annoncé de grands talents, et dont les parents éprouveraient l’indigence.
On y doit distribuer tous les ans des prix dans les petites écoles où les enfants auroul appris l’écriture, la lecture , les premiers éléments de la géométrie et du dessin, les principes de l’équité naturelle, de la morale, de la bonne foi, du véritable honneur.
Et la distribution de ees prix n’y sera pas uniquement arbitraire de la part des maîtres et des inspecteurs. Les voix des écoliers y seront comptées pour quelque chose.
Les élèves les plus remarquables, cl qui auront eu des prix particuliers dans leur petite école, concourront seuls dans la réunion des petites écoles au cbef-lieu du comté.
Nul ne pourra devenir élève de l’Étal, s’il n’a point eu de prix à ce grand concours.
Celui qui aura mérité le premier prix sera nécessairement adopté par la nation, et couduit aux dépens du public ù des éludes plus relevées, si ses parents sont dans l’indigence.
S’ils sont riches ou aisés, l'élève couronné aura le droit de nommer parmi ses camarades, dont les parents, ne pourraient p;ts eux-mêmes pousser plus loin l’éduealion, un de ceux qui auront obtenu des seconds prix. La nation s’en chargera et l’entretiendra au collège.
Ainsi, pour jouir de eel avantage, il faudra réunir à la pauvreté qui en aura besoin, les talents qui promettront le succès, et les vertus qui auront rendu digne de l’amitié.
Ce n’est point une fondation; e’csl une dépense publique prévue, pour empêcher que le germe d’un grand homme et d’un homme de bien reste enseveli sous le malheur de sa famille. (Note de Dupont de Nemouf's.)
FONDATION
lui aurez donné des mœurs, vous aurez fait de grandes choses, et il ne vous en aura pas tant coûté que pour fonder un collège.
L’autre classe de besoins publics auxquels on a voulu subvenir par des fondations, comprend ceux qu’on peut regarder comme accidentels, qui, bornés à certains lieux et à certains temps, entrent moins dans le système de l'administration générale, et peuvent demander des secours particuliers. Il s’agira de remédier aux maux d’une disette, d’une épidémie; de pourvoir à l’entretien de quelques vieillards, de quelques orphelins, à la conservation des enfants exposés; de faire ou d'entretenir des travaux utiles à la commodité ou à la salubrité d’une ville; de perfectionner l’agriculture ou quelques arts languissants dans un canton; de récompenser des services rendus par un citoyen à la ville dont il est membre, d’y attirer des hommes célèbres par leurs talents, etc. Or, il s’en faut beaucoup que la voie des établissements publics et des fondations soit la meilleure pour procurer aux hommes tous ces biens dans la plus grande étendue possible. L’emploi libre des revenus d'une communauté, ou la contribution de tous ses membres dans le cas où le besoin serait pressant et général ; une association libre et des souscriptions volontaires de quelques citovens généreux, dans le cas où l’intérêt sera moins prochain et moins universellement senti : voilà de quoi remplir parfaitement toutes sortes de vues vraiment utiles; et cette méthode aura sur celle des fondations cet avantage inestimable, qu’elle n’est sujette à aucun abus important. Comme la contribution de chacun est entièrement volontaire, il est impossible que les fonds soient détournés de leur destination. S’ils l'étaient, la source en tarirait aussitôt; il n'y a point d’argent perdu en Irais inutiles, en luxe et en bâtiments. C'est une société du même genre que celles qui se font dans le commerce, avec cette différence qu’elle n’a pour objet que le bien public; et comme les fonds ne sont employés que sous les yeux des actionnaires, ils sont à portée de veiller à ce qu’ils le soient de la manière la plus avantageuse. Les ressources ne sont point éternelles pour des besoins passagers : le secours n’est jamais appliqué qu’à la partie de la société qui souffre, à la branche de commerce qui languit. Le besoin cesse-t-il, la libéralité cesse, et son cours se tourne vers d’autres besoins. Il n’y a jamais de doubles ni de triples emplois, parce que l'utilité actuelle reconnue est toujours ce qui détermine la générosité des bienfaiteurs publics. Knlin, çette méthode ite re- , ' •*
;i08 ARTICLES EXTRAITS DE L’ENCYCLOPÉDIE.
lire aucun fonds de la circulation générale; les terres ne sont point irrévocablement possédées par des mains paresseuses, et leurs productions, sous la main d’un propriétaire actif, n’ont de borne que celle de leur propre fécondité. Qu’on ne dise point que ce sont là des idées chimériques : l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande sont remplies de pareilles sociétés, et en ressentent, depuis plusieurs années, les heureux effets. Ce qui n lieu en Angleterre peut avoir lieu en France; et quoi qu’on en dise, les Anglais n’ont pas le droit exclusif d’être citoyens. Nous avons même déjà dans quelques provinces des exemples de ces associations qui en prouvent la possibilité. Je citerai en particulier la ville de Bayeux, dont les habitants se sont cotisés librement pour bannir entièrement de leur ville la mendicité, et y ont réussi en fournissant du travail à tous les mendiants valides, et des aumônes à ceux qui ne le sont pas. Ce bel exemple mérite d’être proposé à l’émulation de toutes nos villes : rien ne sera si aisé, quand on le voudra bien, que de tourner vers des objets d’une utilité générale cl certaine l’émulation et le goût d’une nation aussi sensible à l’honneur que la nôtre, et aussi facile à se plier à tontes les impressions que le gouvernement voudra et saura lui donner.
fi" Ces réflexions doivent faire applaudir aux sages restrictions que leroi a mises, parson éditde 1749, à la liberté de faire des fondations nouvelles. Ajoutons qu'elles ne doivent laisser aucun doute surle droit incontestable qu’ont le gouvernement d’abord dans l’ordre civil, puis le gouvernement et l’église dansl’ordrede la religion, de disposer des fondations anciennes, d’en diriger les fonds à de nouveaux objets, ou mieux encore de les supprimer tout à fait. L’utilité publique est la loi suprême, et ne doit être balancée ni par un respect superstitieux pour ce qu’on appelle l 'intention des fondateurs , comme si des particuliers ignorants et bornés avaient eu droit d’enchaîner à leurs volontés capricieuses les générations qui n’étaient point encore; ni par la crainte de blesser les droits prétendus de certains corps, comme si les corps particuliers avaient quelques droits vis-à-vis de l’État. Les citoyens ont des droits, et des droits sacrés pour le corps même de la société; ils existent indépendamment d’elle; ils en sont les éléments nécessaires, et ils n’y entrent que pour se mettre, avec tous leurs droits, sous la protection de ces mêmes lois qui assurent leurs propriétés et leur liberté. Mais les corps particuliers n’existent point par eux-mêmes, ni pour eux; ils ont été formés pour la so-
FONDATION
ciété, et ils doivent cesser d’exister au moment qu’ils cessent d’ètre utiles.
Concluons qu’aucun ouvrage des hommes n’est fait pour l’immortalité; et puisque les fondations , toujours multipliées parla vanité, absorberaient à la longue tous les fonds el toutes les propriétés particulières, il faut bien qu'on puisse à la lin les détruire. Si tous les hommes qui ont vécu avaient eu un tombeau, il aurait bien fallu, pour trouver des terres à cultiver, renverser ces monuments stériles et remuer les cendres des morts pour nourrir les vivants.
FIN DBS ARTICLES EXTRAITS DE l’bNCVCLOPÉDIE.
QUESTIONS SUR LA CHINE
MlRESSÉES