‹ Œuvres de TurgotChapitre 76 sur 108 · DE M. DE SAINT-PERAVY · texte numérisé non relu

DE M. DE SAINT-PERAVY

genre ne peuvent être employées utilement que pour donner une idée plus nette de lu marche de lu circulation.

L’auteur raisonne et calcule plus bas, d’après une supposition qn’il a déjà mise en principe, que la proportion des avances annuelles de la culture, à son produit total, est comme 2 à 5. — Les incertitudes de celte supposition n’affaiblissent point ce qui a été dit précédemment pour démontrer que l’impôt indirect retombe entièrement sur les propriétaires, parce que cette vérité ne résulte que de l'impossibilité d’entamer sans ruine les avances et les salaires des classes cultivatrice et industrieuse, qui ne peuvent payer qu’aux dépens des propriétaires, les seuls qui recueillent la portion disponible des fruits, celte portion gratuite que la terre rend au delà du prix du travail. Mais, dans ce qui va suivre, où l’on voudrait apprécier la surcharge de l’impôt indirect par l’effet que doit produire la diminution des avances, comme on part, pour calculer cet effet, de la proportion supposée de 2 à 5 entre les avances annuelles et la production totale, il est nécessaire d’examiner cette supposition.

Je veux accorder que cette proportion a été établie sur le calcul exact des avances et des produits de quelques fermes en grande culture, dans un pays fertile, dont l’auteur ou ceux qui lui ont fourni des Mémoires ont été à portée de s'assurer. Mais on n’est pas en droit de tirer de ce calcul particulier aucun résultat général ; il ne faut qu’un peu de réllexion pour sentir qu'il ne peut pas y avoir de proportion constante entre les avances et les produits. Les avances, qui ne sont qu’une dépense, n’ont par elles-mêmes aucune fécondité ; elles n’ont pas même cette fécondité de convention que le taux courant des spéculations d’intérêt donne à l’argent prêté. Si 20,000 livres mises en rente rapportent 1,000 francs, l’on en peut conclure que 40,000 en rapporteront 2.000. Mais, de ce que 2,000 livres d’avances annuelles mises dans une ferme font naître pour 5,000 francs de productions, l’on ne peut en conclure que 2,000 autres livres employées sur un autre terrain donneront également 5,000 francs, ni que 4,000 employées dans la même ferme en donneraient 10,000. — Les dépenses de la culture consistent à donner aux terres les préparations les plus propres à les rendre fécondes. Or, il s’en faut beaucoup que le succès de ces préparations, dont dépend la production, soit proportionné à la dépense : l’intelligence

OBSERVATIONS SL R UN MEMOIRE

du cultivateur rend la même dépense plus ou moins productive, suivant qu'il l'applique d’une manière plus ou moins appropriée à la nature du sol et à toutes les circonstances de la saison. Si l’on donnait à une terre légère autant de labours qu’à une terre forte, on dépenserait davantage, et peut-être recueillerait-on moins. Si le système de Tull a quelque vérité, on peut gagner sur la production en économisant beaucoup sur la semence ; alors les avances annuelles diminueront, et la production augmentera. La production suppose des avances; mais des avances égales dans des terres d’une inégale fécondité donnent des productions très-diirérentes, et c'en est assez, pour faire sentir que les productions ne peuvent être exactement proportionnelles aux avances; elles ne le sont même pas, placées dans le même terrain, et l’on ne peut jamais supposer que des avances doubles donnent un produit double. La terre a certainement une fécondité bornée, et en la supposant labourée, fumée, marnée, fossovée, arrosée, sarclée autant qu’elle peut l’être, il est évident que toute dépense ultérieure serait inutile, et que telle augmentation pourrait même devenir nuisible. Dans ce cas, les avances seraient augmentées sans que le produit le fût. Il y a donc un maximum de production qu’il est impossible de passer, et lorsqu’on y est arrivé, les avances non-seulement ne produisent pas 230 pour 100, mais ne produisent absolument rien.

En accordant à l’auteur du Mémoire que, dans l'état de la bonne culture ordinaire, les avances annuelles rapportent 250 pour 100, il est plus que probable qu’en augmentant par degrés les avances depuis ce point jusqu’à celui où elles ne rapporteraient rien, chaque augmentation serait de moins en moins fructueuse. Il en sera dans ce cas de la fertilité de la terre comme d'un ressort qu’on s’efforce de bander en le chargeant successivement de |a>ids égaux. Si le poids est léger et si le ressort n’est pas très-flexible, l’action des premières charges pourra être presque nulle. Quand le poids sera assez fort pour vaincre la première résistance, on verra le ressort céder d’une manière sensible et se plier; mais, quand il aura plié jusqu’à un certain point, il résistera davantage à la force qui le comprime, et tel poids qui l'aurait fait plier d’un pouce ne le fera plus plier que d’une demi-ligne. L’effet diminuera ainsi de plus en plus. Cette comparaison n’est pas d'une exactitude entière ; mais elle suffit pour faire entendre comment, lorsque la terre approche beau-

DE >1. 1)E SAhVr-l’EKAW .

coup de rapporter tout ce qu'elle peut produire, une très-forte dépense peut n'augmenter que très-peu la production

Si, au lieu d'augmenter les avances par degrés égaux au-dessus du point où elles rapportent le plus, on les diminue au contraire, on doit trouver le même changement dans la proportion. Il est non-seulement concevable, mais il est certain que de très-faibles avances donnent un profit beaucoup moindre que des avances très-fortes, et cela dans une proportion bien plus grande que celle des avances. Si 2,000 livres rapportent 3000, 1,000 n'en rapporteront peut-être pas 1,500, et 500 ne rapporteront pas 000.

I,a semence jetée sur une terre naturellement fertile, mais sans aucune préparation, serait une avance presque entièrement perdue. Si on y joint un seul labour, le produit sera plus fort: un second, un troisième labour pourront non pas simplement doubler et tripler, mais quadrupler et décupler le produit, qui augmentera ainsi dans une proportion beaucoup plus grande que les avances n’accroissent, et cela jusqu’à un certain point où le produit sera le plus grand qu’il soit possible, comparé aux avances.

Passé ce point, si on augmente encore ces avances, les produits augmenteront encore, mais moins, et toujours de moins en moins jusqu’à ce que, la fécondité de la terre étant épuisée et l'art n’v pouvant plus rien ajouter, un surcroît d’avance n'ajouterait absolument rien au produit.

J’observerai que ce serait une erreur d'imaginer que le point où les avances rapportent le plus qu’il est possible soit le plus avantageux où la culture puisse atteindre, car quoique de nouvelles augmentations d’avances ne rapportent pas tout à fait autant que les augmentations précédentes, si elles rapportent assez pour augmenter le produit net du sol, il v a de l'avantage à les faire, et ce sera toujours de l’argent très-bien placé. Si par exemple on suppose, avec l'auteur, que les avances annuelles d’une bonne culture rapportent 250 pour 100, une augmentation qui rapporterait 225 pour 100 serait encore infiniment profitable. Car, l'intérêt des avances primitives et la rentrée des premières avances annuelles étant déjà prélevés sur les 250 pour 100, et ce prélèvement laissant encore un produit net

’ M. Itossi a développé, avec la profondeur de vues qui le caractérise, toutes ces judicieuses réflexions de Turpot, à la lin de la septième leçon du tome I" de son Court d'économie politique. E. fl.)

OBSERVATIONS SUR UN MEMOIRE

Aîï

très-honnête, si l’on prélève sur le produit des nouvelles avances 100 pour leur rentrée annuelle et 10 pour les intérêts de la première mise, qui devient une augmentation des avances primitives, dont les avances de la première année font toujours partie; si donc on prélève ces 110 pour 100 sur les 225 produits par les nouvelles avances, on aura un produit net de 115 pour 100 de ces nouvelles avances, et qui viendra s’ajouter à celui des 250 pour 100 des premières avances; et ainsi du reste.

.le me suis étendu sur la discussion de ce point, parce qu’il est important de ne pas se livrer trop facilement à l’espérance d’apprécier avec une entière précision la dégradation des produits par la diminution des avances, lorsqu'elles sont entamées par l’impôt indirect. Ici les calculs de l’auteur paraissent porter sur une base fausse, puisqu'il suppose que la reproduction est toujours aux avances dans la proportion de 5 à 2, et calcule sur ce pied In diminution des produits. Il est évident, par ce qui a été dit ci-dessus, que l’elTct destructif de la diminution des avances doit être moindre lorsque la culture est au delà du point où les avances rapportent le plus qu’il est possible. Si, au contraire, cette diminution ne commence qu'au point où les avances donnent le plus grand produit, la dégradation doit être plus grande; mais au-dessous, il doit aussi y avoir un point où la dégradation des avances ne diminue la production que dans une moindre proportion encore. En un mot, la dégradation des avances doit diminuer la production dans le même rapport que l’accroissement graduel des avances l’avait augmentée.

Le principe fondamental du Mémoire, que les reprises du cultivateur ne peuvent être entamées, et qu’il ne peut diminuer ses avances sans diminuer la production, est indubitable; mais la mesure précise de cette diminution ne paraît pas pouvoir être exactement fixée.

Le rentier est un marchand d'argent. La rente est le prix du capital. Le capital ne rap|>ortant point par lui-même, mais seulement en vertu de la convention des contractants, un impôt sur les rentes est exactement semblable à tout impôt sur les marchandises. Si vous prenez une partie du prix de quelque marchandise que ce soit, il est évident que vous empêchez ce prix de baisser au proüt de l’acheteur de tout ce que vous demandez au vendeur. C’est donc l'acheteur, lequel est ici en dernière analyse le propriétaire des

Page 1