‹ Œuvres de TurgotChapitre 78 sur 108 · DE M. DE SA1NT-PERAVY · texte numérisé non relu

DE M. DE SA1NT-PERAVY

réfléchir sur l’influence des capitaux dans toutes les entreprises lucratives de culture, d’industrie, de commerce, et sur l'indispensable nécessité des avances pour toutes ces entreprises.

Qn'est-ee que ces avances, et d’où peuvent-elles provenir, sinon des épargnes du revenu? Il n’existe de richesses que les produits de la terre; les avances ne peuvent donc s’accroître que par la réserve d’une partie de ce que produit la terre, et d’une partie de ce qui n’est point affecté indispensablement à la reproduction. Il n’importe que cette portion soit mise en réserve par les entrepreneurs des classes laborieuses ou par les propriétaires. Les entrepreneurs, dans le premier cas, réservent sur leurs profits et se forment des capitaux qu’ils emploient à augmenter leurs entreprises ; mais il faut pour cela que leurs profits soient un peu plus considérables que ce qui est indispensablement affecté à la reproduction de l'année suivante, ce qui arrive de deux façons : 1° parce que, outre la rentrée actuelle et le remplacement de leurs avances, outre le salaire de leur travail et leur subsistance, ils ont encore droit à un intérêt de leurs avances égal à ce que leur produirait le même capital emplové de toute autre manière et sans travail de leur part , soit en acquisition de biens-fonds, soit en prêt à rente; de sorte qu'il suffit qu’ils aient commencé avec un capital quelconque, pour que les intérêts de ce capital s’accumulant avec lui, le grossissent dans une progression assez rapide, car leur droit à la subsistance pour leur travail est indépendant de celui qu’ils Ont de jouir des intérêts de leur capital ; 2° parce que le défaut de concurrence pour les entreprises met les entrepreneurs dans le cas de faire des profits plus considérables que ne l’exige la continuation de ces entreprises, et sur lesquels ils peuvent épargner beaucoup chaque année. Ces profits sont une portion du produit net que l'entrepreneur s’approprie au delà des reprises qui lui sont indispensablement dues, et aux dépens de la part du propriétaire. L’effet immédiat de l'épargne est l'accumulation des capitaux mobiliers; et ces capitaux ne s’accumulent que dans la vue de se procurer un revenu ou profit annuel, ce qui ne se peut qu'en employant ce capital. — L’effet de cette accumulation est de diminuer l'intérêt de l’argent prêté; d'augmenter la valeur vénale des biens-fonds ; de diminuer les reprises nécessaires des entrepreneurs en tout genre et les frais de toutes les entreprises; de rendre profitables, et par conséquent possibles, des entre-

Aie,

OBSERVATIONS SUR I N MEMOIRE

prises qui ne l’étaient pas; d'augmenter à proportion la somme des entreprises et des produits.

Ile tous les emplois de l'argent, celui qui exige le moinsde peine de la part des capitalistes, c'est le prêt à rente; le second dans cet ordre de la commodité est l’acquisition des terres; mais celui-ci est le premier dans l’ordre de la sûreté. Il n'y a que l’espérance d’un profit plus considérable qui puisse engager le possesseur d’un capital en argent à l’employer dans des entreprises incertaines et laborieuses. Le taux de l'intérêt de l'argent prêté est donc la première mesure donnée, le paramètre (si j’ose ainsi parler) d’après lequel s’établit la valeur vénale des fonds et les profits des avances dans les entreprises de culture, d'industrie et de commerce. Il est inutile de déclamer contre les rentes et leurs inutiles possesseurs : tant que cet emploi de l’argent, c’est-à-dire tant que le besoin d’emprunter existera, il aura la préférence, parce qu’il est dans la nature des choses qu’il l’ait. Ce n’est que le surplus qui peut servir à vivifier, par les avances, les entreprises laborieuses. C'est le lit du Nil, qui doit nécessairement se remplir avant que l’inondation se répande sur les campagnes et les fertilise. Il ne faut pas se plaindre que l’eau coule dans ce lit, car la loi de la pesanteur l’y détermine nécessairement. Il faut encore moins se plaindre de ce que les eaux se sont accumulées, car sans cette accumulation les campagnes ne seraient point arrosées. Le vrai mal est que le lit soit creusé au point d'absorber la plus grande partie des eaux ; le mal est que le gouvernement, par ses emprunts multipliés, présente sans cesse à l’argent un emploi que le possesseur trouve avantageux, et qui est stérile pour l'État; le mal est que, par cette opération ruineuse, il concoure avec le luxe des particuliers pour soutenir l’intérêt de l’argent à un prix haut en luimême, et plus haut que chez les nations étrangères. Mais ce mal une fois existant, ce n’est pas moins un bien que les possesseurs ou les copartageurs du revenu de l’État ne le dépensent pas tout entier, et en réservent chaque année pour le convertir en capital, puisque le bas intérêt de l’argent et toutes ses conséquences avantageuses résultent de la quantité de capitaux offerts par les prêteurs comparée avec la quantité de demandes des emprunteurs. Si la totalité du produit net avait été dépensée chaque année sans aucune réserve, jamais la masse des avances, je ne dis pas de la grande culture, mais de la culture la plus faible, n'aurait pu se former; jamais ces

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avances ne pourraient augmenter; la chose est de toute évidence Mais, dit-on, l’argent n’étant point rendu à la circulation, diminue les valeurs vénales et par contre-coup les reprises des fermiers

I II y a sur ce point quelque légère dilTérenee, et encore plus apparente que réelle, cuire ce que dit M. Turgot et ce que pensait M. Quesnay.

La grande nécessité d’épargner sur les revenus, et même autant qu’il serait possible sur les salaires, pour concourir à la formation des capitaux, ne saurait être contestée.

Mais la manière de faire ces épargnes n’est pas indilférente.

Si elle se fait pur thésaurisation, elle apporte quelque dérangement A l’ordre naturel des distributions, et quelque diminution dans le prix des productions, partant dans l’intérêt de les multiplier et d’en étendre la culture. — C’était l’opinion de M. Qucsuuy.

Mais, si les économies sont faites par l’emploi de l’argent à de nouveaux travaux utiles, comme la fabrication d’objets de jouissances durables, tels que des maisons, des meubles, des étoiles, surtout des plantations, des dessèchements, des directions d’eaux plus avantageuses, ou des prêts bien entendus à ceux qui font de l’argent ces profitables usages, l’argcut est dépensé, les récoltes débitées à profit, et cependant les richesses accumulées et les capitaux formés.

Lorsque les cultivateurs, et avant eux les chasseurs ou les pécheurs, ont épargné, ce qui certainement, et comme le remarque très-bien M. Turgot, a causé la première stabilisation de richesses, la première formation des capitaux, ce n’était pas en gardant de l’argent, car il n’v avait alors aucun argent en circulation ; mais les chasseurs ont amélioré et multiplié leurs armes, les pêcheurs leurs canots et leurs filets, les patres et les cultivateurs leurs bestiaux ou leurs bâtiments ; tous, leurs divers effets mobiliers ; et c’eat ce qu’ils font encore aujourd’hui. C’est même ce qui fait que les économies les plus profitables de toutes à la société sont celles des cultivateurs, parce que leur plus forte partie est en bétail. — Quand l’argent s’est introduit, et quand il a pris la qualité de monnaie, il a été un effet mobilier de plus et très-utile, parce qu’il a facilité les échanges, et aussi les très-petites économies, qui contribuent à la formation des capitaux, connue les ruisseaux à celle des rivières.

M. Quesnay a toujours reconnu les avantages de ces petites économies préliminaires et indispensables, avant que l’on puisse trouver à l’argent qu’elles rassemblent un emploi actif, soit productif, soit au moins transformateur d’un travail soldé en objets d’une jouissance prolongée.

II n’a blâmé que la thésaurisation qui empêcherait le débit de quelques productions ou en diminuerait le prix, et qui obligerait, pour maintenir ou rétablir la circulation, d’acheter à l’étranger plus de métaux qu’il n’en serait nécessaire, si les petites économies elles-mêmes étaient promptement consacrées A des emplois d’où résulterait du travail et de la consommation utile, et surtout si elles étaient presque de suite consacrées à un travail productif, tel que celui de la culture ou des autres exploitations qui font naître ou procurent des richesses nouvelles.

M. Turgot dit avec raison qu’il faut des économies, sans quoi les capitaux ne pourraient pas se former; et M. Quesnav, avec non moins de raison, qu’il ne faut pas de thésaurisation, sans quoi les capitaux seraient formés plus lard et moins utilement, attendu qu’il en résulterait un retard dans le travail et du désavantage, dans le débit. (Note de Dupont de Nemours )

OBSERVATIONS SUR UN MEMOIRE

qui, lorsqu’ils vendent moins cher qu'ils n’ont dii compter, payent le prix de leur bail en entamant leurs reprises,

A cela quatre réponses.

1° Cet argument prouverait trop, car il prouverait que la totalité de l’argent perçu par les propriétaires à titre de revenu doit toujours retourner immédiatement entre les mains du cultivateur, et c'est ce qui est absolument faux. Les partisans de la Philosophie rurale en conviennent eux-mémes, lorsqu'ils soutiennent avec tant fie force l'indifférence absolue de ce qu’on appelle la balance du commerce soldée en argent. Car certainement si, par la solde de la balance, il s’écoule chaque année chez l’étranger une partie de l’espèce pécuniaire qui circulait dans l'État, la totalité de cette espèce ne reviendra pas se mesurer dans la circulation avec les denrées produites par le cultivateur ; et, suivant la pensée de l’auteur, les denrées baisseront de prix. Cependant, l'auteur est persuadé que rien n’est plus indifférent que la manière dont se fait cette solde en argent.

2° Chaque année, la masse de l’or et de l’argent circulant dans l'univers s'accroît par le travail continuel des mines. L’argent que les mines donnent se répand d’abord dans l’État où les mines sont situées. Il faut ou qu’il y reste dans la circulation, ou qu’il y soit mis en réserve par les entrepreneurs, ou qu’il en sorte pour être échangé contre des flenrées. L’argent mis en réserve dans le fait ne tarde pas à rentrer bientôt dans la circulation, et il est dans la nature des choses que l'argent des mines sorte de chez les |ieuples propriétaires des mines pour s’échanger contre des denrées étrangères; car s’il restait dans le pars, les denrées augmenteraient si prodigieusement de prix, et l’argent s’avilirait si fort, que d’une part les mines cesseraient de présenter un prolit suffisant aux entrepreneurs pour balancer les frais d'exploitation, et la production nationale, manquant de valeur, cesserait bientôt; et que, de l’autre part, la différence du prix entre les denrées étrangères et les denrées du pays serait bientôt si forte que, malgré toutes les prohibitions du gouvernement, l’intérêt de chaque citoyen consommateur se réunirait avec celui des vendeurs étrangers pour forcer toutes les barrières que les préjugés de l’administration voudraient opposer ù la sortie de l’argent.

L'argent que les États propriétaires îles mines tirent du sein de la terre s’introduit, par la solde en argent de la balance du commerce, dans les États qui vendent leurs denrées aux propriétaire»

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