‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 12 sur 264 · XXXVIII ÉLOGE DE VAUVENARGUES · texte numérisé non relu

XXXVIII ÉLOGE DE VAUVENARGUES

«'i-t-il pas comme un secret pressentiment^ et n'est-ce pas sa destinée qui venait l'avertir qu'en effet il perdait là son bon génie , ou, comme il le dit lui-même, la douer espérance du reste de ses jours? Oui, s'il pouvait être donné à quelqu'un de contenir Voltaire, c'était à ce jeune homme, si digne, si imposant, et capable d'inspirer le respect, parce qu'il se respectait lui-même.

Vauvenargues a compté sur le cœur; le cœur lui en a gardé reconnaissance. Sa gloire, il ne l'a pas connue; elle n'a pas été cette ovation bruyante, et sujette parfois à d'amers retours, (jue composent les voix de tout un peuple, et qui fait le soudain retentissement du nom et des œuvres ; elle ressemble à ce murnmre de l'estime, plus discret mais plus sûr peut-être, qui, se poursuivant d'âge en âge, récompense les beaux génies inspirés par de belles âmes. Telle sera la part réservée à ce jeune homme attachant entre tous les autres, aimable en sa gravité, à la fois calme et passionné, et qui n'aura pas rêvé en vain l'immortalité; car le moraliste aura laissé une trace profonde , l'écrivain des pages durables, et l^homme un grand exemple de courage et de lésignation. La gloire de Vauvenargues, c'est la plus touchante de toutes les gloires : c'est le respect tendre, c'est l'admiration récueillie, on est tenté de dire que c'est l'amitié des bons esprits et des bons cœurs.

D.-L. Gilbert.

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