SUR LA DIFFICULTÉ DE PEINDRE LES CARACTÈRES
Lorsque tout un peuple est frivole et n'a rien de grand dans ses mœurs, un homme qui hasarde des peintures un
« On a vu plus haut {Corneille et Racine, page 239), que ce reproche est un do ceux que Vauvenargues adresse au grand Corneille. — G.
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peu hardies doit passer pour un visionnaire. Ses tableaux manquent de vraisemblance, parce qu'on n'en trouve pas les modèles dans le monde ; car l'imagination des hommes se renferme dans le présent, et ne trouve de vérité que dans les images qui lui représentent ses expériences. Il faudrait donc, quand on veut peindre avec hardiesse , attacher de semblables peintures à un corps d'histoire, ou, du moins, à une fiction qui pût leur prêter, avec la vraisemblance de l'histoire, son autorité. C'est ce que La Bruyère a senti à merveille : il ne manquait pas de génie pour faire de grands caractères; mais il ne l'a presque jamais osé. Ses portraits paraissent petits, quand on les compare à ceux du Télémaque, ou des Oraisons de Bossuet ; mais il a eu de bonnes raisons pour écrire comme il a fait, et on ne peut trop l'en louer. Cependant c'est être sévère que d'obliger tous les écrivains à se renfermer dans les mœurs de leur temps ou de leur pays. On pourrait, si je ne me trompe, leur donner un peu plus de liberté, et permettre aux peintres modernes de sortir quelquefois de leur siècle, à condition qu'ils ne sortiraient jamais de la nature.
SUR OUELOUES CARACTÈRES