SUR LA VÉRITÉ ET L ÉLOQUENCE
Deux études sont importantes : la vérité et l'éloquence; la vérité, pour donner un fondement solide à l'éloquence, et bien disposer notre vie; l'éloquence, pour diriger la conduite des autres hommes, et défendre la vérité. La plupart des grandes affaires se traitent par écrit ; il ne suffit donc pas de savoir parler : tous les intérêts subalternes, les engagements, les plaisirs, les devoirs de la vie civile, demandent qu'on sache parler; c'est donc peu de savoir écrire. Nous aurions besoin tous les jours d'unir l'une et l'autre éloquence ; mais nulle ne peut s'acquérir, si d'abord on ne sait penser; et on ne sait guère penser, si l'on n'a des principes fixes et puisés dans la vérité. Tout confirme notre maxime : l'étude du vrai la première, l'éloquence après.
lA. — SUR l'expression dans le style.
Combien toutes les règles sont-elles inutiles , si on voit encore aujourd'hui des gens de lettres qui, sous prétexte d'aimer les choses, non les mots, ne témoignent aucune estime pour la véritable beauté de l'expression dans le style ' ! Je n'admire pas l'élégance, lorsqu'elle ne recouvre que des pensées faibles, et n'est point soutenue de l'éloquence du cœur et des images ; mais les plus mâles pensées ne peuvent être rendues que par des paroles , et nous n'avons encore aucun exemple d'un ouvrage qui ait passé à la postérité sans éloquence dans l'expression. La méprisera-t-on, parce qu'on n'écrit pas comme Bossuet et comme Racine? Quand on n'a pas de talent, il faudrait, au moins, avoir du goût.