‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 204 sur 264 · On ne fait pas beaucoup de grandes choses par conseil · texte numérisé non relu

On ne fait pas beaucoup de grandes choses par conseil

133. La conscience est la plus changeante des règles^, 13/i. La fausse conscience ne se connaît pas.

135. La conscience est présomptueuse dans les sains, timide dans les faibles et les malheureux, inquiète dans les

' [Bien. — V.] Cette Maxime dément la 123% car les passions sont la nature, et le jugement c'est la raison; or, l'auteur dit ici que les passions font plus de fautes que le jugement. — M. — Je crois qu'il faut entendre par lapremière de ces deux Maximes, que la raison noustrompe, proportion gardée, plus souvent que la nature, Vauvenargues croyant, comme il l'établit dans la seconde Maxime, que la raison a moins souvent occasion de faire des fautes que la nature, parce que le nombre des actions qu'elle dirige est beaucoup moins considérable. — S.

- [Très-beau. — V.j — Voltaire dit ailleurs, à piopos de cette Maxime : « C'est ainsi que, sans le savoir, Vauvenargues se peignait lui-même. » — Aimé-Martin remarque, à son tour : « M'"*' de Lambert avait dit : Rien ne <( peut plaire à l'esprit^ qu'il n'ait passé par le cœur; Vauvenargues dégage « cette pensée de ce qu'elle a d'étroit et de brillant; il dit : Les (/randes pen- « sées viennent du cœur; et voilà une âme qui se peint, et tout le monde « retient cette ligne, qui est l'expression du sublime. » — G.

5 [Bien. —V.]

'<■ [C'est grand. — V. |

•*-'i rBien. — V. 1

indécis', etc. : organe obéissant du sentiment qui nous domine, et des opinions qui nous gouvernent'.

13(5. La conscience des mourants calomnie leur vie^

1 37. La fermeté ou la faiblesse de la mort dépend de la dernière maladie '' .

138. La nature, épuisée par la douleur, assoupit quelquefois le sentiment dans les malades, et arrête la volubilité de leur esprit; et ceux qui redoutaient la mort sans péril, la souffrent sans crainte \

139. La maladie éteint dans quelques hommes le courage, dans quelques autres la peur, et jusqu'à l'amour de la vie ''.

l/iO. On ne peut juger de la vie par une plus fausse règle que la mort".

1 /il. 11 est injuste d'exiger d'une âme atterrée et vaincue parles secousses d'un mal redoutable^, qu'elle conserve la même vigueur qu'elle a fait paraître en d'autres temps. Est-on surpris qu'un malade ne puisse plus ni marcher, ni veiller, ni se soutenir? Ne serait-il pas plus étrange qu'il fût encore le même homme qu'en pleine santé? Si nous avons la migraine, si nous avons mal dormi, on nous excuse d'être incapables ce jour-là d'application, et personne ne nous soupçonne d'avoir toujours été inappliqués : refuseronsnous à un homme qui se meurt le privilège que nous accordons à celui qui a mal à la tête ? et oserons-nous assurer

« Add. : « Plus {rompeuse que la raison et la uaiurc. »

- [Très-bien. — V.] — .Montaigne avait déjà dit {Essais^ livre I", ch. 22) : ■ Les lois de la conscience, que nous disons naistre de la nature, naissent '< de la coustume. » Ainsi, Vauvenargues tombe d'accord avec Montaigne, aussi bien qu'avec Voltaire, qui bat dos mains; mais J.-J. Rousseau n'est pas loin, qui va déclarer que la conscience est l'instinct divin. — G.

'' Montaigne a dit : « La pénitence demande àcbarger.)- — S. — Voir \\4reriisseinent, page 373. — G.

4..i G.7 [Bien. • — V. — IV/r. ; <. Nous jugeons de la \ie d'une manière troj) ■' désintéressée, quand nous sommes forcés de la quitter; nous n'en pensc- ' rions pas de même, si nous obtenions d'y rentrer. »

** Var. : ^," D'une maladie mortello. "^ Wi'ivenargue^ ;n ait le pressentiment de sa fin iirocliainf. — G.

qu'il n'a jamais eu de courage pendant sa santé, parce qu'il en aura manqué à l'agonie?

l/i2. Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir '.

1/13. La pensée de la mort nous trompe, car elle nous fait oublier de vivre '.

llili. Je dis quelquefois en moi-même : La vie est trop courte pour mériter que je m'en inquiète; mais si quelque importun me rend visite, et m'empêche de sortir ou de m'habiller, je perds patience, et je ne puis supporter de m'ennuyer une demi-heure.

l/i5. La plus fausse de toutes les philosophies est celle qui, sous prétexte d'affranchir les hommes des embarras des passions, leur conseille l'oisiveté, l'abandon et l'oubli d'euxmêmes ^

1/16. Si toute notre prévoyance ne peut rendre notre vie heureuse, combien moins notre nonchalance^' !

Iâ7. Personne ne dit le matin : Un jour est bientôt passé, attendons la nuit; au contraire, on rêve, la veille, à ce que l'on fera le lendemain. On serait bien marri ^' de passer un seul jour à la merci du temps et des fâcheux ; on n'oserait même laisser au hasard la disposition de quelques heures, et l'on a raison; car qui peut se promettre de passer une heure sans ennui, s'il ne prend soin de remplir à son gré ce court espace? Mais ce qu'on n'oserait se promettre pour une heure, on se le promet quelquefois pour toute la vie, et l'on dit : Si la mort finit tout, pourquoi se donner tant de soins? Nous sommes bien fous de nous tant inquiéter de l'avenir; c'est-à-dire : Nous sommes bien fous de ne pas

i--' [Très-bien. —V.] — \o\r ï Avertissement. , page 373. — G.

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