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Le commerce est l'école de la tromperie

311. A voir comme en usent les hommes, on serait porté quelquefois à penser que la vie humaine et les afl'aires du monde sont un jeu sérieux, où toutes les finesses sont permises pour usurper le bien d' autrui à nos périls et fortune, et où l'heureux dépouille, en tout honneur, le plus malheureux ou le moins habile ^.

312. C'est un grand spectacle de considérer les hommes méditant en secret de s'entre-nuire, etforcés, néanmoins, de s'entr'aider, contre leur inclination et leur dessein.

313. Nous n'avons ni la force ni les occasions d'exécuter tout le bien et tout le mal que nous projetons.

' [Mauvais. — V. j

- La l'c édition ajoutait : Xi sai/e par vhoi.r, et Voltaire demandait : pourquoi donc? — G.

■" [Bien. — V.] — Dans la V édition, les trois pensées de cette Maxime étaient séparées ; leur liaison n'est peut-être pas assez étroite; cependant, la seconde est la confirmation de la première, et la dernière, la conclusion. Pour prouver Vinipuissance de la r?/sg,Vauvenargues cite la maison d'Autriche, dont la supériorité diplomati(|ue n'a duré qu'autant qu'a duré sa supéi iorité militaire, et il en conclut ([n'eu dépit des négnciateni-s, c'est la force (|ui traite. — G.

* Var. : « iXtitic vie irssemble à lui jeu où toutes, -- rie. — [Bien.— \. '

31/î. Nos actions ne sont ni si bonnes ni si vicieuses que nos volontés.

315. Dès que l'on peut faire du bien, on est à même de faire des dupes ; un seul homme en amuse alors une infinité d'autres, tous uniquement occupés de le tromper. Ainsi, il en coûte peu aux gens en place pour surprendre leurs inférieurs; mais il est malaisé à des misérables d'imposer à qui que ce soit. Celui qui a besoin des autres les avertit de se défier de lui ; un homme inutile a bien de la peine à leurrer personne.

316. L'indifférence où nous sommes pour la vérité dans la morale vient de ce que nous sommes décidés à suivre nos passions, quoi qu'il en puisse être; et c'est ce qui fait que nous n'hésitons pas lorsqu'il faut agir, malgré l'incertitude de nos opinions'. Peu importe, disent les hommes, de savoir où est la vérité, sachant où est le plaisir.

317. Les hommes se défient moins delà coutume et de la tradition de leurs ancêtres, que de leur raison '.

318. La force ou la faiblesse de notre créance dépend I plus de notre courage que de nos lumières ^ : tous ceux qui . -^ se moquent des augures n'ont pas toujours plus d'esprit

que ceux qui y croient.

1 Var.: « Et c'est là ce qui fait que nous n'hésitons pas dans la pratique, « malgré l'incertitude de notre créance. » — Dans la version définitive, cest ce qui fait porte sur le dernier membre de phrase [nous sommes décidés à suivre nos passions)^et non sur le premier {Vindiffére)ite ou nous sommesX. — G.

2 Var. : « Nous avons plus de foi à la coutume et à la tradition de nos pères « qu'à notre raison. » — Dans cette Maxime, dans les huit ou dix qui suivent, et dans la 918'", on voit clairement les hésitations de Vauvenargues sur les matières de foi; il oppose la raison à la tradition, et, d'un autre côté, il ne voit pas que ceux qui se moquent des augures aient plus d'esprit que ceux qui y croient ; il s'explique la foi, par Vintérét du cœur, ou par les fantômes de la pfur, et, par contre, il ne peut s'expliquer Vintrépidité d'un homme incrédule. — Voir, sur ces alternatives, la dernière note de la Méditalion sur ta Foi, page 230. — G.

"> Var. : « Dépend plus do notre âme que de notre esprit. «

319. Il est aisé de tromper les plus habiles, en leur proposant des choses qui passent leur esprit, et qui intéressent leur cœur'.

320. Comme il est naturel de croire beaucoup de choses sans démonstration, il ne l'est pas moins de douter de quelques autres, malgré leurs preuves.

321. Qui s'étonnera des erreurs de l'antiquité, s'il considère qu'encore aujourd'hui, dans le plus philosophe de tous les siècles, bien des gens de beaucoup d'esprit n'oseraient se trouver à une table de treize couverts'?

322. L'intrépidité d'un homme incrédule, mais mourant, ne peut le garantir de quelque trouble, s'il raisonne ainsi : Je me suis trompé mille fois sur mes plus palpables intérêts, et j'ai pu me tromper encore sur la religion. Or, je n'ai plus le temps ni la force de l'approfondir, et je meurs...

323. La Foi ^ est la consolation des misérables, et la terreur des heureux.

32/4. La courte durée de la vie ne peut nous dissuader de ses plaisirs, ni nous consoler de ses peines.

325. Ceux qui combattent les préjugés du peuple croient n'être pas peuple : un homme qui avait fait à Rome un argument contre les poulets sacrés, se regardait peut-être comme un grand philosophe; mais les vrais philosophes se moquaient d'un fou qui attaquait inutilement les opinions

• Vauvenai'guos a exprimé la même idée dans le Discours sur le Carailère des différents siècles. Lçs diverses éditions donnent, à la suite, une pensée reprise mot pour mot du même Discours. — Voir la note l''", page 15.3. — G.

- Var. : « Quand je vois qu'un iiomnio d'esprit, dans le plus éclairé de tous < les siècles, n'ose se mettre à table si l'ouest treize, il n'y a plus d'erreur, ni

ancienne ni moderne, qui m'étonne. »

"' [Plutôt : la nelifjion. — V.] — Dans la 6*" lettre à Saint-Vincens, Vauvenargues dit de même : « Cette Foi, qui est la consolation des misérables, est le '< supplice des lieuroux. » — (1.

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(lu peuple, et (lésar, qui, probablement, ne croyait pas aux aruspices, ne laissa pas d'en faire un traité '.

326. Lorsqu'on rapporte sans partialité les raisons des sectes opposées, et qu'on ne s'attache à aucune, il semble qu'on s'élève en quelque sorte au-dessus de tous les partis. Demandez cependant à ces philosophes neutres, qu'ils choisissent une opinion, ou qu'ils établissent d'eux-mêmes quelque chose; vous verrez qu'ils n'y sont pas moins embarrassés que tous les autres. Le monde est peuplé d'esprits froids, qui, n'étant pas capables par eux-mêmes d'inventer, s'en consolent en rejetant toutes les inventions d' autrui, et qui, méprisant au dehors beaucoup de choses, croient se faire plus estimer '.

327. Qui sont ceux qui prétendent que le monde est devenu vieux? je les crois sans peine. L'ambition, la gloire, l'amour, en un mot, toutes les passions des premiers âges, ne font plus les mêmes désordres et le même bruit. Ce n'est pas peut-être que ces passions soient aujourd'hui moins vives qu'autrefois; mais c'est qu'on les désavoue et qu'on les combat. Je dis donc que le monde est comme un vieillard qui conserve tous les désirs de la jeunesse, mais qui en est honteux, et s'en cache, soit parce qu'il est détrompé du mérite de beaucoup de choses , soit parce qu'il veut le paraître.

328. Les hommes dissimulent par faiblesse, et par la crainte d'être méprisés, leurs plus chères, leurs plus constantes, et quelquefois leurs plus vertueuses inclinations \

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