‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 217 sur 264 · n'y a point de contradictions dans la nature · texte numérisé non relu

n'y a point de contradictions dans la nature

' Vur. : « Il est peu do leçons utiles dans les meilleuis livres, depuis que « la faiblesse de l'esprit humain est devenue le champ de tous les lieux-com- II muns des philosophes. »

- V<ir. : (( Je trouve plaisant que quelqu'un aspii'e à se faire admirer, en « insinuant que nous sommes des dupes d'estimer Alexandre ou Mair-Aii- " rèle. •> — Autre Var. : « Le plaisir le plus délicat des petites âmes est de " découvrir le défaut des jurandes ; on ne devrait point imi)oser par ce pauvre <■ p;enre d'esprit. Je ne puis admirer un auteur (|ui réclame en vors insultants

contre les vertus d'Alexandre. » — Ces deux variantes désignent clain^mcnt J.-B. Rousseau, que Vauvenargues a déjà attaqué sur ce point. (Voir l'article Rousseau, page 255.) — G.

"• Voltaire remarque que cette pensée et les deux précédentes vont droit ;i Pascal. — G.

290. Est-il contre la raison ou la justice de s'aimer soimême? Et pourquoi voulons-nous que l' amour-propre' soit toujours un vice ^?

291. S'il y a un amour de nous-mêmes naturellement officieux et compatissant, et un autre amour-propre sans humanité, sans équité, sans bornes, sans raison, faut-il les confondre"?

292. Quand il serait vrai que les hommes ne seraient vertueux que par raison, que s'ensuivrait-il? Pourquoi, si on nous loue avec justice de nos sentiments, ne nous louerait-on pas encore de notre raison? Est-elle moins nôtre que la volonté ^ ?

293. On suppose que ceux qui servent la vertu par réflexion, la trahiraient pour le vice utile ^ : oui, si le vice pouvait être tel, aux yeax d'un esprit raisonnable^.

29Zi. Il y a des semences de bonté et de justice dans le cœur des hommes. Si l'intérêt propre y domine, j'ose dire que cela est, non-seulement selon la nature, mais aussi selon la justice, pourvu que personne ne souffre de cet amour-propre, ou que la société y perde moins qu'elle n'y gagne.

295. Celui qui recherche la gloire par la vertu ne demande que ce qu'il mérite \

296. J'ai toujours trouvé ridicule que les philosophes aient forgé une vertu incompatible avec la nature de l' homme, et que, après l'avoir ainsi feinte, ils aient prononcé froide-

1 Amour-propre employé encore pour arj^onr de sot. — S.

--5-'i [Bien, très- bien. — V.]

^ Var. : « Point du tout : l'intérêt d'un esprit bien fait ne se trouve guère ^( dans le vice, et son inclination et sa raison y répugnent trop fortement. »

6-'? [Bien, très-bien. — V.] La plupart de ces idées se retrouvent, en substance, dans les 24= et li3^ chap. de \ Introduction à la Connaissance de l'Esprit humain. — G.

ment qu'il n'y avait aucune vertu. Qu'ils parlent du fantôme de leur imagination ' ; ils peuvent à leur gré l'abandonner ou le détruire, puisqu'ils l'ont créé : mais la véritable vertu, celle qu'ils ne veulent pas nommer de ce nom, parce qu'elle n'est pas conforme à leurs définitions, celle qui est l'ouvrage de la nature, non le leur, et qui consiste principalement dans la bonté et la vigueur de l'àme, celle-là n'est point dépendante de leur fantaisie, et subsistera à jamais, avec des caractères ineffaçables.

297. Le corps a ses grâces, l'esprit ses talents; le cœur n'aurait-il que des vices? et l'homme, capable de raison, serait-il incapable de vertu ?

298. Nous sommes susceptibles d'amitié, de justice, d'humanité, de compassion et de raison. 0 mes amis! qu'est-ce donc que la vertu?

299. Si l'illustre auteur des Maximes^ eût été tel qu'il a tâché de peindre tous les hommes , mériterait-il nos hommages et le culte idolâtre de ses prosélytes ?

300. Ce qui fait que la plupart des livres de morale sont si insipides, c'est que leurs auteurs ne sont pas sincères^; c'est que, faibles échos les uns des autres, ils n'oseraient produire leurs propres maximes et leurs secrets sentiments. Ainsi, non-seulement dans la morale, mais en quelque sujet que ce puisse être, presque tous les hommes passent leur vie à dire et à écrire ce qu'ils ne pensent

• \'<ir. : [« Certes, ils ont raison : le fantôme de leur invention ni n'existe, ni ne peut être; mais la vraie vertu, celle qui est au-dessus de leur esprit, comme au-dessus de leur cœur, et qui consiste principalement dans la supériorité des âmes fortes et tendres sur les âmes faibles, celle-là, dis-je, n'en est pas moins réelle, ni moins estimable. » ]

- La Rochefoucauld. — G.

^ Var. : « C'est qu'ils supposent toujours les hommes autres qu'ils ne sont,

c'est qu'ils les accablent de préceptes sévères et impraticables, c'est qu'ils « ne proposent point à la vertu de vrais et d'aimables motifs. La morale « serait pout-Otrc la plus agréable et la plus utile des sciences, si elle n'était (( pas la plus fardée, et ne rebutait pas ainsi les cœurs les mieux faits. »

point', et ceux qui conservent encore quelque amour de la vérité excitent contre eux la colère et les préventions du public.

301. 11 n'y a guère d'esprits qui soient capables d'embrasser à la fois toutes les faces de chaque sujet, et c'est là, à ce qu'il me semble, la source la plus ordinaire des erreurs des hommes. Pendant que la plus grande partie d'une nation languit dans la pauvreté, l'opprobre et le travail, l'autre, qui abonde en honneurs, en comnîodités, en plaisirs, ne se lasse pas d'admirer le pouvoir de la politique, qui fait fleurir les arts et le commerce, et rend les États redoutables

302. Les plus grands ouvrages de l'esprit humain sont très-assurément les moins parfaits : les lois, qui sont la plus belle invention de la raison, n'ont pu assurer le repos des peuples sans diminuer leur liberté'.

303. Quelle est quelquefois lafaiblesse et l'inconséquence des hommes ! Nous nous étonnons de la grossièreté de nos pères, qui règne cependant encore dans le peuple, la plus nombi'euse partie de la nation ; et nous méprisons en même temps les belles-lettres et la culture de l'esprit, le seul avantage qui nous distingue du peuple et de nos ancêtres.

30Zi. Le plaisir et l'ostentation l'emportent dans le cœur des grands sur l'intérêt : nos passions se règlent ordinairement sur nos besoins.

305. Le peuple et les grands n'ont ni les mêmes vertus, ni les mêmes vices \

' A(l(l. : [« Misérables victimes de leur circonspection, les entraves de leur « prudence retiennent leur courage, et leurs paroles énervées et languissantes « ne sont que l'image et la preuve de l'avilissement de leur cœur. ••]

- Var. : « N'ont pu rendre les peuples plus tranquilles et plus polis, « sans, » etc. — Voir la IS^*" Maxime, et la note qui s'y rapporte, p. 392, 393 — G.

•' ' \u nioitis, u'ont-ils pas les mêmes dehors. — V.;

306. C'est à notre cœur à régler le rang de nos intérêt?, et à notre raison de les conduire '.

307. La médiocrité d'esprit et la paresse font plus de philosophes que la réflexion.

308. Nul n'est ambitieux par raison, ni vicieux par défaut d'esprit \

309. Tous les hommes sont clairvoyants sur leurs intérêts; et il n'arrive guère qu'on les en détache par la ruse. On a admiré dans les négociations la supériorité de la maison d'Autriche, mais pendant l'énorme puissance de cette famille, non après. Les traités les mieux ménagés ne sont que la loi du plus fort ^

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