‹ Œuvres de VauvenarguesChapitre 68 sur 264 · MAXIME DE PASCAL EXPLIQUÉE · texte numérisé non relu

MAXIME DE PASCAL EXPLIQUÉE

Le peuple et les habiles composent, pour l'ordinaire, le train du monde; les autres le méprisent, et en sont méprisés^ : maxime admirable de Pascal, mais qu'il faut bien entendre. Qui croirait que Pascal a voulu dire que les habiles doivent vivre dans l'inapplication et la mollesse, dans les goûts dépravés du monde, etc. , condamnerait toute la vie de Pascal par sa propre maxime ; car personne n'a moins vécu comme le peuple que Pascal à ces égards : donc le vrai sens de Pascal, c'est que tout homme qui cherche à se distinguer par des apparences singulières; qui ne rejette pas les maximes vulgaires parce qu'elles sont mauvaises, mais parce qu'elles sont vulgaires; qui s'attache à des sciences stériles, purement curieuses et de nul usage dans le monde; qui est pourtant gonflé de cette fausse science, et ne peut arriver à la véritable; un tel homme, comme il dit plus haut, trouble le monde '^, et juge plus mal que les autres. En deux mots, voici sa pensée, ex-

1 Vinet remarque le bonheur de ce mot tenter, qui, «ordinairement era- <( ployé dans le sens du mal, est ici approprié au bien. » — G.

2 On a vu plus haut que ce dernier mot sert de titre à la 16* Réflexion. — G. "' Pensées de Pascal, I" partie, art. VI, pensée XXV. — B.

^ [Un algébriste trouble-t-il le monde?— V.]

pliquée d'une autre manière : ceux qui n'ont qu'un esprit médiocre ne pénètrent pas jusqu'au bien, ou jusqu'à la nécessité qui autorise certains usages, et s'érigent mal à propos en réformateurs de leur siècle ' : les habiles mettent à profit la coutume bonne ou mauvaise, abandonnent leur extérieur aux légèretés de la mode, et savent se proportionner au besoin de tous les esprits.

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