contre le mépris des choses humaines
[Le mépris des choses humaines détourne les hommes de la vertu, en leur ôtant ou l'espérance ou l'estime de la gloire; il décourage les jeunes gens, il afflige et dégoûte les vieillards, et, ne corrigeant aucun vice, il amollit toutes les vertus. Au contraire, l'estime des biens humains et des avantages proportionnés à notre nature excite les hommes à bien faire, dans tous les états et dans tous les âges; fait les grands capitaines, les bons citoyens, les magistrats éclairés, les ministres laborieux, les grands écrivains, les braves, les habiles et les vertueux ; elle apporte au monde le goût du travail, la fermeté dans le malheur, la modération dans la prospérité. Il a été un temps où l'ambition était un devoir et une vertu; on pouvait alors parler sûrement aux hommes de la gloire, parce qu'elle les touchait tous également. Les moindres citoyens avaient droit aux honneurs de leur patrie, et pouvaient aspirer sans présomption à s'en rendre dignes; mais le courage des hommes est devenu plus timide et n'ose s'avouer. Et cependant l'amour de la gloire est encore l'âme invisible de tous ceux qui sont capables de quelque vertu ; la gloire a les vœux secrets de tous les cœurs, jusque-là que ceux qui affectent le plus de la mépriser, sont plus soupçonnés que les autres d'y prétendre, et que, la négligeant dans les grandes choses, ils idolâtrent son nom et son apparence dans les petites. Us démentent leurs propres discours, ou parles secrets efforts qu'ils font pour l'obtenir, ou par leur jalousie contre ceux qui l'obtiennent'.]
' Rapprochez des deux Discours sur la Gloire, et du Discours sur le Caractère des différents siècles. — G.