‹ Œuvres de Vergniaud, Gensonné, GuadetChapitre 20 sur 26 · GUADET · texte numérisé non relu

GUADET

SUR. LE MAINTIEN DE LA CONSTITUTION assemblée législative. — Séance du 14 janvier 1762.

De tous les faits sur lesquels le comité diplomatique appelle l'attention de l'Assemblée *, celui qui m'a le plu3 frappé, c'est le projet de formation d'un congrès dont l'objet serait d'obtenir la modification de la Constitution française; projet annoncé depuis si longtemps dans les journaux, mais toujours repoussé sur son invraisemblance jusqu'au moment où le discours du ministre de la guerre et le rapport de votre comité diplomatique ont dû faire croire qu'il a quelque consistance.

Quel est donc ce complot nouveau formé contre la liberté de notre patrie, et jusques à quand souffrirons-nous que nos ennemis nous fatiguent par leurs manœuvres et nous outragent par leurs espérances.

i. Guadet prononça ce discours immédiatement après le Rapport de Gensonné que l'on a lu plus haut (p. 256). Il présidait l'assemblée ce jour là, et il demanda à l'Assemblée de quitter le fauteuil, . pour jui communiquer quelques réflexions que ce rapport ayait fait naître dans son esprit. »

Ces espérances sont folles, j'en conviens : les députés des nations réunis pour assurer la liberté du monde, voilà le seul congrès possible aujourd'hui en Europe, voilà le seul probable! (Applaudissements .)

Mais s'il est vrai, comme on l'assure, que le fil de cette intrigue est tenu par des hommes qui croient voir dans son succès le moyen de sortir de la nullité politique dans laquelle ils viennent de descendre; s'il est vrai que quelques-uns des agens du pouvoir exécutif, soit par attachement pour la maison d'Autriche, soit pour donner cette chance de plus à leur autorité secondent de toute la puissance de leurs relations cet abominable complot; enfin s'il est vrai que l'état de défense, état ruineux dans lequel on nous a mis sans vouloir peut-être permettre que nous en sortions ni par la paix ni par la victoire, n'ait d'autre but nue de nous amener par le découragement et par l'épuisement de nos finances à accepter comme une faveur cette honteuse médiation, l'Assemblée nationale doit-elle fermer les yeux sur de tels dangers? Non, messieurs; cette sécurité serait dangereuse et funeste; elle appellerait peut-être des crimes; il faut les prévenir.

Apprenons donc, messieurs, à tous les princes de l'Empire que la nation française est décidée à maintenir sa Gong' titution tout entière ! Nous mourrons tous ici...

A ces mots tous les membres, animés du même sentiment, se lèvent, s'écrient : Oui, nous le jurons! Ce mouvement d'enthousiasme se communique à toutes les âmes, échauffe tous les cœurs ; les ministres, les huissiers, les citoyens, les citoyennes présents à la séance s'unissent aux représentants du peuple, prêtent avec eux le :nême serment; les cris de vivre libre ou mourir! la Constitution ou la mortl se font entendre; la salle retentit d'applaudissements, et l'orateur répète • (Expression du procès-verbal.)

Oui nous mourrons tous ici plutôt que de perm^ttrej je

ne dis pas qu'on mette en question si le peuple français demeurera libre, mais seulement qu'il soit porté la moindre atteinte à la Constitution ! Apprenons aux intrigants qu'ils peuvent bien chercher à égarer le peuple, qu'ils peuvent essayer de jeter des soupçons sur les intentions de ses représentants, mais que ce sera en défendant cette Constitution même contre eux que nous répondrons à leurs calomnies ! ( Vifs applaudissements.)

En un mot, marquons à l'avance une place aux traîtres, et que cette place soit l'échafaud ! (Les applaudissements redoublent.)

Je propose à l'Assemblée nationale de déclarer dans l'instant même infâme, traître à la patrie, coupable du crime de lèse-nation, tout agent du pouvoir exécutif, tout Français, etc. » (Oui, oui! — Bravo ! bravo! — La Constitution ou la mort? — En prononçant ces mots tous les membres sont debout; ils tendent les bras, ils agitent leurs chapeaux : dans les tribunes publiques même altitude mêmes cris.)

Voici la rédaction :

« L'Assemblée nationale, considérant que dans un moment où la liberté du peuple français est menacée de ,toule part il importe que les représentants du peuple écartent par tous les moyens qui sont en leur pouvoir les efforts dirigés contre la Constitution française, décrète qu'il y a Urgence. »

L'Assemblée nationale, après avoir décrété l'urgence, décrète ce qui suit :

« L'Assemblée nationale déclare infâme, traître à la patrie et coupable du crime de lèse-nation tout agent du pouvoir exécutif, tout Français qui pourrait prendre quelque part directement ou indirectement soit à un crongrès dont l'objet serait d'obtenir la modification de la Constitution Française, soit à une médiation entre la nation française et les rebelles conjurés contre elle, soit enfin à une composition

avec les princes possessionnés dans la ci-devant province d'Alsace qui tendrait à leur rendre sur notre territoire quelqu'un des droits supprimes par l'Assemblée nationala constituante, sauf une indemnité conforme aux principes de la Constitution.

» L'Assemblée nationale décrète que cette déclaration sera portée au roi par une députation, et qu'il sera invité de la faire connaître aux puissances de l'Europe en leur annonçant, au nom de la nation française, que, résolue à maintenir la Constitution tout entière où à périr tout entière avec elle, elle regardera comme un ennemi tout prince qui voudrait y porter atteinte. ' »

Page 1