‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 1 sur 114 · ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR

“2(i, RUE RACINE, 20 Touii droils rêsei’vés.

Il y a quelques années qu’en visitant, ou, pour mieux dire, en furetant Notre-Dame, l’auteur de ce livre trouva, dans un recoin obscur de l’une des tours, ce mot gravé à la main siu' le mur :

’AN'Âl'KH.

Ces majuscules grecques, noires de vétusté et assez profondément entaillées dans la pierre, je ne sais quels signes propres à la calligraphie gothique empreints dans leurs formes et dans leurs attitudes, comme pour révéler que c’était une main du moyen-ége qui les avait écrites là, surtout le sens lugubre et fatal qu’elles renferment, frappèrent vivement l’auteur.

Il se demanda, il chercha à deviner quelle pouvait être l’àme en peine qui n'avait pas voulu quitter ce monde sans laisser ce stigmate de crime ou de malheur au front de la vieille église.

Depuis, on a badigeonné ou gratté (je ne sais plus lequel) le mur, et l’inscription a disparu. Car c’est ainsi qu’on agit depuis tantôt deux cents ans avec les merveilleuses églises du moyen-àge. Les mutilations leur viennent de toutes parts, du dedans comme du dehors. Le prêtre les badigeonne, l’architecte les gratte, puis le peuple survient, qui les démolit.

.\OTHE-l)AME DE l'AItlS.

Ainsi, lionnis le IVagile souvenir que lui consacre ici l’autenr de ce livre, il ne reste plus rien aujourd’hui du mot inystéiieux gravé dans la sombre tour de Notre-Dame, rien de la destinée inconnue qu’il résumait si mélancoliquement. L’homme qui a écrit ce mot sur ce mur s’est ellacé, il y a j)lusieurs siècles, du milieu des générations, le mot s’est à son tour efl'acé du mur de l’église, l’église elle-même s’eflacera bientôt peut-être de la terre.

(l’est sur ce mot qu’on a fait ce livre.

t'cvriiT ISÔI.

AJULTÉK A 1.’É1HTIU.\ DÉFIMTIVE (1852)

(/«si par «m-iir qiùm a aniumci; n-lt« «diiion «mnmr devant «Ire augmentée de plusieurs ehapitres nouveaux. 11 fallait dire inédits. Kn elTet, si par nouveaux on entend nouvellement faits, les ehapitres ajoutés à «elle édition ne sont pas nouveau.r. Ils ont idé éerits en niènie temps que le reste de l’ouvrage, ils datent de la même épo<jue et sont venus de la même pensée, ils ont toujours fait partie du manuseril de Notre-Dame de Paris. Il y a plus, l’auteur ne eomprendrait pas qu’on ajoutât apres eoup des déveliqq)ements nouveaux à un ouvrage (le ce genre. Cela ne se fait |ias à volontiC Un roman, selon lui, naît, d’une faiajii en quelque sorte m*eessaire, avec tous ses ehapitres; un drame naît avec toutes ses scènes. -\e erovez jtas qu’il y :iit rien d’arbitraire dans le nombre de parties dont se compose ce tout, ce mvsiérnmx micro<X)sme ([lie vous appelez drame ou roman. La greffe ou la soudure [ireunent mal sur des œuvres de celte natiue, qui doivent jaillir d’un seul jet et rester telles quelles. Une fois la chose faite, ne vous ravisez |ias. n’y relouetiez plus. Une fois (|ue le livre est publié, une fois que le sexe de l’œuvre, virile ou non, a été reconnu et proclamé, une fois que l’enfant a [joussé son premier cri, il est né, le voilà, il est ainsi fait, père ni mère n’y peuvent [dus rien, 'il appartient à l’air et au soleil, laissez-lc vivre ou mourir comme il i‘st. Votre livre est-il manqué? tant pis. N’ajoutez [las de chapitre à un livre manqué. Il est incomplet? ]1 fallait le compléter en l’engendrant. Votre arbre est noué? Vous ne le redresserez pas. Votre roman est phtisique? votre roman n’est pas viable? Vous ne lui rendrez pas le souffle qui lui nianijue. Votre drame est né boiteux? Croyez-moi, ne lui mettez pas de jambe de bois.

L’auteur attache donc un [irix [larticulier à ce qm; le public sache bien i|ue les chapitres ajoutés ici n’ont pas été faits exprès |K)ur celte réimpression. S’ils n’ont pas été publiés dans les pré-

NOTUK-DAMK DE PARIS.

céilenles cditiuii.s du livre, c’est par une raison Inen simple. .V réjKique où Notre-Dame de Paris s’imprimait jKiur la première fois, le dossier qui contenait ces trois chapitres s’effara, il fallait on les récrire ou s’en passer. L’auteur considéra que les deux seuls de ces chapitres qui eussent quelque imprtance par leur étendue, étaient des chapitres d’art et d’histoire (pii n’entamaient en rien le fond du dnune et du l'oman, que le public ne s’apercevrait pas de leur disparition, et qu’il serait seul, lui auteur, dans le secret de cette lacune. Il prit le parti de passer outre. El puis, s’il faut tout avouer, sa fiaresse recula devant la lâche de riicrire trois chapitres perdus. Il eût trouvé pins court de faire un nouveau roman.

Aujourd’hui, les chapitres se .sont retrouvés, et il .saisit la première occasion de les remettre à leur place.

Voici donc maintenant son ceuvre entière, telle qu’il l’a rêvée, telle qu’il l’a faite, bonne ou mauvaise, durable on fra"ile, mais telle qu’il la veut.

Sans doute ces chapitres retrouvés auront peu de valeur aux yeux des personnes, d’ailleurs fort judicien.ses, qui n’ont chrirché dans Notre-Dame de Paris que le drame, que le roman. Mais il est peut-être d’autres lecteurs qui n’ont pas li'ouvé inutile d’étudier la pensée d’esthétique et de |ihilusopliic caché(( dans ce livrts qui ont bien voulu, en lisant Notre-Dame de Pâtis, se plaire à (lémêler sou.s le roman autre chose ipie le roman, et à suivre, qu’on nous pas.se ces cxpre.ssions un peu ambilieii.ses, le système de riiistorien et le but de l'artiste à travers la ei-(‘alion telle quelle du jKiéle.

C’est pour ceux-là surtout que les chapitres ajoutés à celt(! édition compléUn'ont Notre-Dame de Paris, en admet lant que Notre-Dame de Paris vaille la peine d’être complétée.

L’auteur exprime et développe dans un de ces chapitres, sur la décadence actuelle de l’architecture et sur la mort. 'selon lui, aujourd'hui presque inévitable de cet art-roi, une opinion malheureusement bien enracinée chez lui et bien réfléebie. Mais il seul le besoin de dire ici qu'il désire vivement que l’avenir lui donne tort un jour. 11 sait que l'art, sous toutes ses formes, peut tout espérer des nouvelles générations dont on entend sourdre dans nos ateliers le génie encore en germe. Le grain est dans le sillon, a moisson certainement sera belle. Il craint seulement, et l'on pourra voir p)urquoi au tome second de celte édilion('), que la sève

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