‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 4 sur 114 · I.A CIUNIfSAl.l.K · texte numérisé non relu

I.A CIUNIfSAl.l.K

l‘rfniii‘r(!iiinil, la jjrando l'toilo onllamraéc, larf^o d’un piod. liaute d’une coudée, qui tomba, comme chacuu sait, du ciel sur le Palais, le 7 mars après ininuiU lleuxièmemeul, le quairain de Théophile ;

Oi'les, ce fut un triste jeu

Quand à Paris dame. Justice,

Pour avoir maneé trop d’épiee.

Se mit tout le palais en feu.

Quoi <|u’on |)ense de celle Iriple ex|)licalion politique, |)hysique, poétique, de rincendie du Palais de Jusiice en IfilS, le Fait malheureusement certain, <ée.sl l’incendie. Il reste bien peu di* <-hose aujourd'hui, «ràce à celle catastrophe, jjràce surtout aux diverses reslauralions succ<>ssives (|ui ont achevé ce qu’elle avait épargné, il reste bien peu c|e chose de cette premièrt' demeure des rois de Franc<‘, de ce palais aîné du Louvre, déjà si vieux du teirqis de Phili])pe le bel qu’on y cherchait les traces dt‘s magnifiques bâtiments élevés j)ar le roi Robert (d décrits par Helgaldus. Pre.sque tout a disparu. Qu’est devenue la chambre de l.i chaticellerie où saitit Louis consomma son mariage? le jardin où il rendait la jusiice. « vèlii d’une cotte de camelot, d'un surent de tiretaine sans manches, et d'un niant(‘au pardessus de sandal noir, couché sur des tapis, avec Joinville Où est la chambre de l’f>nq>ereur Sigismond’.* eelli- de Charles IV? celle de Jean sans Ferre'? Où est l'escalier d’oîi Charles VI promulgua son édit de grâce? la dalle où Marcel égorgea, en présence, du dau|)hin, Robert do Clermofit et le maréchal de Champagiu'? le guichel où furent lacérées les huiles de l’antipape Rénédict, et d'où re|)artin'nt ceux qui les avaietit apportées, chapés et milrés en dérision, et faisant amende hon.arahie par tout Paris? et la grand’salle, n\cc sa dorure, .son azur, ses ogives, ses statues, ses piliers, son immens(‘ voûte toute déchi(|ii(‘tée de sculj)tures? et la chamhn' dorée? et le lion de pierre (|ui se tenait à la porte, la létc baissée, la (|ueue entre les jambes, comme les lions du trône de Salomon, dans l'altitude humiliée (jiii convient à la force devant la jusiice? et les belles portes? et les beaux vitraux? et les ferrures ciselées (|iii décourageaif'ul Riscornelte? et les délicates menuiseries de Du llancy?... Qu’a fait le temps, qu’ont fait les hommes de ces merveilles? Que nous a-l-on donné pour tout cela, pour toute cette histoire

l'i XOTllE-DAME UE PAItlS.

j;aulois(“, [loiir tiinl cet art (,'otliique? les lourds cintres surbaissés de M. de Brosse, ce gaucbe architecte du portail Saiiit-dervais, voilà pour l’art; et t|uant à Ihisloire, nous avons les souvenirs bavards du gros pilier, encore tout retentissant des coinincrages des Patrus.

Ce n'est pas gratid’chose. — Bevenons à la véritable grand’salle dn véritable vieux Palais.

Les deux extrémités de ce gigantes(jne parallélogramme étaient occupi'es, l une par ta faniense table de marbre, si longue, si large et si épaisse (|iie jamais on ne vit, disent les \ienx papi'-rs terriers, dans nn style (|ui eût donné appétit à (iargantna, pareille tranehe de marbre au mande; l’autic, par la chapelle oii bonis \1 s'était fait sculpter à genoux devant la Vierge, et on il avait fait transporter, sans se .soucier de laisser deux niches vides dans la iile des statues royales, les statues de Charlemagne et de saint bonis, deux saints (|u’il supposait fort en crédit an ciel comme rois de France. Cette chapelle, neuve encore, bâtie à peine depui.s six ans, était toute dans a* goût charmant d'arcbitectim^ délicate, d(“ sculpture merveilleuse, de fine et jirofonde ciselure i|ui marque chez nous la lin de l’ère gotbiipie et .se perpétue jusipie vers le milien du seizième siècle dans les fantaisies féerii|ues de la renaissance, ba jictite rosace à jour percée au-dessus du jiortail était en particulier un chef-sl’miivre de. ténuité et (le grâce; on eût dit une étoile de dentelle.

An milieu d(( la salle, vis-â-vis la grande porte, une estrade de brocart d'or, adossée an mur, et dans laqnelb' était prati(|née une entrée particulière au moyen d'une b'iu'tre du couloir de la cbambn* dorée, avait été élevéx* |ionr les envoy«'s llamands et les autres gros personnagi's convi(‘s â la représentation du mystère.

C'est sur la table do marbrt! (jU(( d(“vait, selon l'usagt*, ('•tre re|»résenté le mystère. F.lle avait été disposi'e pour cela dès le matin; sa riche planche de marbre, tonte rayée par les talons de, la bascKlie, snpjiortait une cage de cbaqiento assez élevée, dont la surfaix; supérieure, accessible aux regards de toute la salle, devait .servir de. théâtre, et dont l’intérienr, masqué par des tapisseries, iboait tenir lien de vestiaire aux personnages de la pièce. Une échelle, naïvement placée en dehors, devait établir la communication entre la scène et b* vestiaire, et prêter ses roides échelons

1,A (iRAND’SALIÆ.

aux entrées comme aux sorties. Il ii'y avait pas de personiiafte si imprévu, pas de péripétie, pas de coup de théâtre (|ui ne fût tenu de monter par cette échelle. Imiocente et vénérable enfance de Part et des machines!

Quatre sergents du bailli du l'alais, gardiens obligés de tous les plaisirs du peuple les jours de fête comme les jours d’exécution, se tenaient debout aux cpiatre coins de la table de marbre.

Ce n’était qu’au douzième coup de midi .sonnant à la grande horloge du l'alais que la pièce devait commencer. C’était bien tard sans doute pour une représentation théâtrale; mais il avait fallu preiidre riienre des ambassadeurs.

Or toute cette juullitude attendait depuis le matin. lion nombre de ces honnêtes curieux grelottaient dès le point du jour devant le grand degré du Palais; quebiues-uns même affirmaient avoir passé la nuit eu travers de la grande porte pour être sûrs d’entrer les premiers. La foule s'épaississait à tout moment, et, comme une eau qui dépasse son niveau, commençait à monter le. long des murs, à .s’enfler autour des piliers, à déborder sur les entablements, sur les corniches, sur le.s appuis des fenêtres, sur toutes les saillies iK* l’architecture, sur tous les reliefs de la .sculpture. Aussi la gêne, l’impatience, l’ennui, la liberté d’iiii jour de cynisme et de folie, les querelles nui éclataient à tout propos pour un coude iiointn ou un soulier ferré, la fatigue d'une longue attente, uonnaient-elles déjà, bien avant l’heure où les ambassadeurs devaient arriver, un accent aigre et amer à la clameur de ce peuple enfermé, emboîté, pressé, foulé, étouffé. On ii’entciidait ipie plaintes et imprécations contrit les flamands, le prévôt des marchands, le cardinal de Bourbon, le bailli du Palais, madame Marguerite. d’Autric he, les sergents à verge, le froid, le chaud, le mauvais temps, l’évêcpie de Paris, le pape des fous, les piliers, les statues, cette porte fermée, aHte fenêtre ouverte; le tout au grand amusement des liaudes d’écoliers et de laquais disséminées dans la ma.sse, qui mêlaient à tout ce mécontentement leurs taejuineries et leurs malices, et piquaient, pour ainsi dire, à coups d’épingle la mauvaise humeur générale.

Il y avait entre autres un groupe de ces joyeux démons qui, après avoir défoncé le vitrage d’une fenêtre, s’était hardiment assis sur rentablenieiit, et de là plongeait tour à tour ses regards et ses railleries au dedans et au dehors.

NdTUK-ÜAME DE I‘ARES.

dans la l'oulf de la salU* el dans la ronit* de la place. \ leurs jicsles de parodie, à leiiivs rires éclalatils, aux appels "ugiicnards iju’ils (•cliangeaient d’un boni à l aulre de la salle avec leurs camarades, il était aisé de juger que ces jeunes clercs ne parlageaieni pas rennni el la Faligue du reste des assistants, et qu ils savaient l'orl liien, pour leur plaisir particidier, extraire de ce (|ii ils avaient sous h's y<>ux un spectacle qui leur l'aisail attendre patiemment l’antre.

— - Sur mon âme, c’est vous, Jnauiiex Frollo de Molendino! criait 1 nn d’eux à une espèce de petit diable blond, à jolie et maligne figure, a<'croehé aux acanthes d’un chapiteau; vous êtes bien nommé .lelian du .Moulin, car vos deux bras el vos deux jambes ont l’air de quatre ailes qui vont an vent. — Depuis combien de temps êtes-vous ici’fj

l'ar la miséricorde du diable, ré|)ondit Joannes Kridlo, \oilà plus de (pialrii beures, el j e.sj)è-re bien (ju’elles me .seront comptées sur mon temps de purgatoire. J ai entendu les huit chantres du roi de Sicile l•nlonner le premier verset de la haute messe de sept heures dans la Sainle-tihapelle.

De beaux chantres, reprit l'autre, et (|ui ont la voix encore plus pointue ipie leur bonnet! Avant de loiider une • messe à monsieur saint .lean, le roi aurait bien dû s’inrormer si monsieur saint Jean aime b‘ latin psalmodié av<>c accent provençal.

— (. est 'pour employer ces maudits chantres du roi de Sicile (|u’il a fait cela! cria aigrement une vieille remme dans la foule an bas de la fenêtre. Je vous demaudt’ un pni ! mille livres jiarisis pour une messe! el .STir la ferme du poisson de mer des balles de Paris, encore!

— Paix! vieille, reprit un gros et grave |)ersonnage (|iii .se bouchait le nez à cote de la marchande de poisson; il fallait bien fonder une messe. Vouliez-vous pas que le roi retombât malade?

— Dravemeiil parlé, sir (iilles l.ecornu, maitn^ pelletierfourreur des robes du roi ! cria le petit écolier cranqtonné au chapiteau.

I n éclat de rire de tous les écoliers accueillit le nom malencontreux du pauvre |)ellelier-Fonrreur des robes du roi.

— Lecornu! Gilles l.ecornu! disaient h'S uns.

- Coniiilwt el liirsiiliis, reprenait un autre.

lié ! sans doute, continuait le jietit démou du chapileau. (Ju’out-ils à rire? Honorable homme Gilles l.ecornu.

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