VIVE LA JOIE
(•uls-(]t‘-jallo nui, bardés et cuirassés, passaitml cuire les jaiTibes des buveurs comme de gros scarabées.
Enfin un troisième auditoire, le |dus bruyant, le plus jovial et le i)lus nombreux, encomlicait les bancs et les tables au milieu desquels pérorait et jurait une voix en llùte (pii s’échappait de dessous une iiesanle armure complète du casque aux éperons. L’indivitlu qui s’était ainsi vissé une panoplie sur le corps disparaissait tellement sous l’habit de guerre qu’on ne voyait plus ,de sa personne (pi’un lU'z elîronté, rouge, retroussé, une boucle de cheveux blonds, une bouche rose et des yeux hardis. Il avait la CA'inture pleine de dagues et de poignards, une grande épée au flanc, une arhalcle rouillée, à sa gauche, et uu vaste broc de vin devant lui, sans comptera sa droite une épaisse fille débraillée. 'Foutes les bouches alentour de lui riaient, sacraient et buvaient.
Qu’on ajoute vingt groupes S(‘coudaires, les tilles et les gardons de service courant avec des brocs en tète, les joueurs aixTOupis sur les billes, sur les merelles, sur les dés, sur les vachettes, sur le jeu passionni' du tringlet, les querelles dans un coin, les baisers dans l’autre, et l’on aura quelque idée de cet ensembl(',sur lequel vacillait la clarlé d’un grand feu flambant qui faisait danser surh's murs du cabaret mille ombres démesurées et grotesques.
Quant au bruit, c’était l'intérieur d’une cloche en grande volée
La K-chefrite, où pétillait une pluie de graisse, emplissait de son glapissement continu les intervalles de ces mille dialogues qm se croisaient d’un bout à l’autre de la salle.
11 y avait parmi ce vacarme, au fond d(^ la taverne, sur le banc intérieur de la (diemims;, un philoso|)hc ipii nualilait, les pieds dans la cendre et l’ceil sur les lisons. C’était Pierre Gringoire.
— Allons, vite! dépêchons, armi'z-vous! on se met eu marche dans une heure! disait Clopin Trouillefou à ses argotiers.
Une fille fredonnait :
Itmisoir, mon ptVe et ma mère!
Les derniers couvrent le feu.
Deux joueurs de cartes se disputaient. — Valet! criait le plus empourpré des deux, en montrant le poing à l’autre.
NOTRE-DAMK DE PARIS
jo vais te marquer au trèfle. Tn pourras remplacer Mistij;ri dans le jeu de caries de monseigneur le roi.
— Ouf! hurlait un normand, reconnaissable à .son accent nasillard, on est ici tassé comme les saints de Caillouville !
— Fils, disait à son auditoire le duc d’Egjpte parlant en fausset, les sorcières de France vont au sabbat sans balai, ni graisse, ni monture, seulement avec quelques paroles magiques. Les sorcières d’Italie ont toujours un bouc qui les attend à leur porte. Toutes sont tenues de sortir par la cheminée.
La voix du jeune drôle armé de pied en cap dominait le brouhaha. — ■ Noël! Noël! criait-il. Mes premières armes aujourd’hui! Truand! je suis truand, ventre de Christ! \ersez-moi à hoin;! — Mes amis, je m’appelle Jehan Frollo du Moulin, et je, suis gentilhomme. Je suis d’avis que, si Dieu était gendarme, il se ferait pillard. Frères, nous allons faire une belle expédition. Nous sommes des vaillants. .Vssiéger l’église, enfoncer h>s portes, en tirer la belle lille, la sauver des juges, la sauver des prêtres, dématiteler le cloître, brûler l’évêque dans l’évêché, nous ferons c<-la en moins de tem|)s (ju’il n’en faut à un honrgmestre pour manger une cuillerée de soupe. Notre cause est juste, nous pillerons Notre-Dame, et tout sera dit. Nous pendrons ()uasimodo. Connaissez-vous QuasinuHlo, mesdamoiselles’? L’avezvous vu s’essouffler sur le bourdon un jour de grande IVnlecôte’? Corne du Père! c’est très beau! on dirait un diable à cheval sur une gueule. — Mes amis, écoutez-moi, je suis truand au fond du cœur, je suis argotier dans l’àme, je suis né cagou. J’ai été très riche, et j’ai mangé mon bien. .Ma mère voulait me faire officier, mon père sous-diacre, ma tante con.seilkT aux enquêtes, ma grand’mère protonotaire du roi, ma grand’tanle trésorier de robe courte. Moi, je me suis fait truand. J’ai dit (ada à mon père qui m’a craché sa malédiction au visage, à ma mère (|ui s’est mise, la vieille dame, à pleurer et à baver comme cette bûche sur ce chenet. Vive la joie! je suis un vrai Bicêtre! Tavernière ma mie, d’autre vin! j’ai encore de (|uoi payer. Je ne veux plus de vin de Suresnes. 11 me chagrine le gosier. J’aimerais autant, corhœuf! me gargariser d’un panier!
Cc|)endant la cohue applaudissait avec des éclats de rire et, voyant i|ue le tumulte redoublait autour de lui, l’écolier s’écria : — Oh! le beau bruit! Populi drhacchantis popu-