‹ Œuvres de Victor Hugo NotreDame de Paris 1482Chapitre 87 sur 114 · VE LA JOIE · texte numérisé non relu

VE LA JOIE

L(' lecteur ii'a |)eut-èlr(! pas oublié qu’une j)artie de la Cour des Miracles était enclose nar l’ancien mur d’enceinbî d(! la ville, dont bon nombre ne tours commençaient dès cette époque à tomber en ruine. L’une d(î ces tours avait été convertie en lieu de plaisir par les truands. 11 y avait cabaret dans la salle basse, et le reste dans les étafjes supérieurs. Cette tour était le point le plus vivant et par conséquent le plus hideux de la truanderie. C’était une sorte de ruche monstrueuse qui y bourdonnait nuit et jour. La nuit, <piaiid tout le surplus de la gueuserie dormait, (piand il n’y avait |)lus une fenêtre allumée sur les façades terreuses de la place, quand on n’entendait plus sortir un cri de c<;s innombrables maisonnées, de ces fourmilières de voleurs, de fdles et d’enfants volés ou bâtards, on reconnais.sait toujours la joyeuse tour au bruit qu’elle faisait, à la lumüre écarlate (pii, rayonnant à la fois aux soupiraux, aux fenêtres, aux fissures des murs lézardés, s’échappait pour ainsi dire de tous ses pores.

La cave était donc le cabaret, (tu y descendait par une porte basse et par un escalier aussi roide qu’un alexandrin classique. Sur la porte il y avait en guise d’enseigne un merveilleux barbouillage représentant des sols neufs et des poulets tués, avec ce calembour au-dessous : Aux Honiicitrii pour les Irépasse's.

Uu soir, au monieut où le couvre-feu sonnait à tous les beffrois de Paris, les sergents du guet, s’il leur eût été donné d’entrer dans la redoutable Cour des Miracles, auraient pu remarquer qu’il se faisait dans la taverne des truands plus de tumulte encore qu’à l’ordinaire, qu’on y buvait plus et qu'on y jurait mieux. Au dehors, il y avait dans la place force groupes qui s’entretenaient à voix basse, comme lorsqu’il se trame un grand dessein, et çà et là un drôle accroupi qui aiguisait une méchante lame de fer sur un pavé.

Cependant dans la taverne même, le vin et le jeu étaient une si puissante diversion aux idées qui occupaient ce soir-là

NOTRK-KAME DE l'AHlS.

la IruaiuliTÎi', (|u’il eût tUé diflicilc de deviiuT aux |)ro|)(ts des buveurs de i|uoi il s’agissait. Seuleiiient ils avaient l'air plus gai (|uo de eoiitume, et on leur voyait à tous reluire quelque arme. entre les jambes, une ser[x‘, une eognee, un gros estramaeon, ou le croc d'uiK^ vieille haccjucbute.

La salli', de forme ronde, e'iait 1res vaste, mais les tables étaient si pressées et les buveurs si nombreux, que tout ce (pie contenait la taverne, hommes, femmes, bancs, criudies à bière, et; (jui buvait, ce qui donnait, a; cpii jouait, b's bien portants, les éclopés, semblaient entassés pêle-mêle avec autant d’ordre et d'harmoniii (pi’un tas d’écailles d’buitres. Il y avait (pitdques suifs allumés sur les tables; mais le véritable luminaire de la taverne, ce tpii remplissait dans l(! cabaret le n'de du lustre dans une salle d’opéra, c’était le feu. Cette cave était si humide qu’on n’y laissait jamais éteindre la cheminée, même en plein étc; ; une cheminée immense à manteau sculpté, toute hérissée de lourds chenets de fer et d'appareils de cuisine, avec un de ces gros feux mêlés de bois et de tourbe cpii, la nuit, dans les rui's de village, font saillir si rouge sur les murs d’en face le spectre des fenêtres de; forge. Un grand chien, gravement assis dans la cendre, tournait devant la braise une broebe chargée de viandes.

Quelle (|ue fût la confusion, après le premier coup d’uni, on pouvait distinguer dans celte multitude trois groupes principaux, (jui se, pressaient autour de trois j)ersonnages ({uc le lecteur connaît déjà. L’un de ces personnages, bizarrement accoutré de maint oripeau oriental, était Matbias Hungadi Spicali, duc d’Egvple et de Bobême. 1a? maraud était assis sur une table, les jambes croisées, le doigt en l’air, et faisait d’une voix haute distribution de sa scienct* eu magie blanche et noire à mainte face béante ipii l’entoul’ait. Une autre cobue s’épaississait autour de notre ancien ami, le vaillant roi de Tbunes,armé jusqu’aux dents. Clopin Trouillefou, d’un air très sérieux et à voix basse, réglait le pillage d’une énorme futaille pleine d’armes , largement défoncée devant lui, d’où se dégorgeaient en foule haches, ('p(à’s, bassinets, cottes de mailles, platers, fers de lance et (rarchegayes, sageltes et viretons, comme pommes et raisins d’une corne d’abondance. Uhacun prenait au tas, qui le morion, qui l’estoc, (|ui la mistTicorde à poignée en croix. Les enfants eux-mêmes s’armaient, et il y avait jusqu’à des

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