LIBERTÉ DE LHOMME
Celte mémoire est l'unique source de tout» les pensées. Cet le source commune aux animaux et aux liommes pourrait-elle produire la liberté ? Des idées réfléchi « dans un cerveau seraient-elles absolument d'une autre nature que des idées non réfléchies dans un autre cerveau ?
« 6. Les hommes ne sont-ils pas tous déterminés |>ar leur instinct? et u est-ce pas la raison pourquoi ils ne changent jamais de caractère ? Cet instinct n'est-il pas ce qu'on appelle le nolurtl?
- 7. Si on était libre «quel est l'homme qui ne changeât pas son naturel? Jdaisa-t-on jamais tu sur la terre un homme se donner seulement un goût ? A-t-on jamais vu un homme , né avec de l'aversion pour danser t se donner du goût pour la danse ? un homme sédentaire et paresseux, rechercher le mouvement ? et l'âge et les aliments ne diminuent- ils pas les passions que la raison croit avoir domptées ?
- 8. La volonté u'est-elle pas toujours la suite des dernières idées qu'on a reeues? Ces idées étant nécessaires, la volonté ne l'est-clle pas aussi ?
- 9. La liberté est-elle autre chose que le pouvoir d'agir, ou de u'agir pas? et Locke n'a-t-il pas eu raison d'appeler la liberté puissance ?
- to. Le loup a la perception de quelques moutons paissants dans une campagne; son instinct le porte à les dévorer; les chiens l'en empêchent. Un conquérant a la perception d'une province que son instinct le porte à envahir; il trouve des forteresses et des armées qui lui barrent le passage. Y a-t-il une grande différence entre ce loup et ce prince ?
m 11. Cet univers ne parait-il pas assujetti dans toutes ses parties à des lois immuables? Si un homme pouvait diriger à son gré sa volonté , n'est-il pas clair qu'il pourrait alors déranger ces lois immuables?
"ii. Par quel privilège l'homme ne serait-il pas soumis à la même nécessité que les astres, les animaux, les piaules , et tout le reste de la nature?
- 1 3. A-t ou raison de dire que dans le système de cette fatalité universelle les peines et les récompenses seraient inutiles et absurdes ? N'est - ce pa> plutôt évidemment dans le système de la liberté que parait l'inutilité et l'absurdité des peines et des récompenses ? En effet, si un voleur de grand chemin possède une volonté libre , se déterminant uniquement par ellemême , la crainte du supplice peut fort bien ne le pas déterminer à renoncer au brigandage; mais si les causes physiques agissent uniquement , si l'aspect de la potence et de la roue fait une impression nécessaire et violente, elle corrige alors nécessairement le scélérat, témoin du supplice d'un autre scélérat
- 14. Pour savoir si l'ame est libre , ne faudrait-il pas savoir ce que c'est que l'ame? Y a-t-il un homme qui puisse se vanter que sa raison seule lui démontre la spiritualité, l'immortalité de cette ame? Presque tous les physiciens conviennent que le principe du sentiment est à l'endroit où les nerfs
se réunissent dans le cerveau. Mais cet endroit n'est pas un point mathématique. L'origine de chaque nerf est étendue. Il y a là un timbre sur lequel frappent les cinq organes de nos sens. Quel est l'homme qui concevra que ce timbre ne tienne point de place? Ne sommes-nous pas des automates nés pour vouloir toujours , pour foire quelquefois ce que nous voulons , et quelquefois le contraire ? Des étoiles au centre de la terre, hors de nous et dans nous, toute substance nous est inconnue. Nous ne voyons que des appa-
« 1 5. Que dans ce songe on croie la volonté libre ou esclave , la fange organisée dont nous sommes pétris , douée d'une faculté immortelle ou périssable ; qu'on pense comme Épicure ou comme Socratc, les roues qui font mouvoir la machine de l'univers seront toujours les mêmes. »
Les éditeurs de Kehl avaient mis en note ce qui suit :
« Quelque parti que l'on prenne sur cette question épineuse , il est irapossible de ne pas convenir que , dans les actions qu'on appelle libres » l'homme a la conscience des motifs qui le fout agir. Il peut donc connaître quelles actions sont conformes k la justice, à l'intérêt général des hommes, et les motifs qu'il peut avoir de faire ces actions , et d'éviter celles qui y sont contraires. Ces motifs agissent sur lui : il y a donc une morale. L'espoir des récompenses, la crainte des peines sont au nombre de ces motifs; ces sentiments peuvent donc être utiles ; les peines et les récompenses peuvent donc être justes. S'il a cédé à un motif injuste, il en sera fâché, lorsque ce motif cessera d'agir avec la même force ; il se repentira , il aura des remords. Il croira qu'averti par son expérience, ce motif n'aura plus le pouvoir de l'entraîner une autre fois : il se promettra donc de ne plus retomber. Ainsi quelque système que l'on prenne sur la liberté, sans excepter le fatalisme le plus absolu , les conséquences morales seront les mêmes. En effet , suivant le fatalisme , tout homme était prédéterminé k faire toutes les actions qu'il a faites : mais lorsqu'il se détermine , il ignore à laquelle des deux actious qu'il se propose, il doit se déterminer ; il sait seulement que c'est à celle pour laquelle il croira voir des motifs plus puissants. »
Dans les éditions où est ce chapitre, la première partie se trouve avoir dix r ha pitres. B.