‹ Œuvres de VoltaireChapitre 116 sur 182 · LES PRÉCIEUSES RIDICULES · texte numérisé non relu

LES PRÉCIEUSES RIDICULES

Comédie en un acte et en prose, jouée d'abord en province , et représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre du Petit-Bourbon, au mort de novembre 1659.

Lorsque Molière donna cette comédie , la fureur du bel esprit était plus que jamais à la mode. Voiture avait été le premier en France qui avait écrit avec cette galanterie ingénieuse dans laquelle il est si difficile d'éviter la fadeur et l'affectation. Ses ouvrages,

• Livre III , ode ix , vers 1 . B.

où il se trouve quelques vraies beautés avec trop «le faux brillants, étaient les seuls modèles; et presque tous ceux qui se piquaient d'esprit n'imitaient que ses défauts. Les romans de mademoiselle Scudéri avaient achevé de gâter le goût : il régnait dans la plupart des conversations un mélange de galanterie guindée, de sentiments romanesques et d expressions bizarres, qui composaient un jargon nouveau, inintelligible, et admiré. Les provinces, qui outrent toutes les modes, avaient encore renchéri sur ce ridicule : les femmes qui se piquaient de cette espèce de bel esprit s'appelaient précieuses. Ce nom, si décrié depuis parla pièce de Molière, était alors honorable; et Molière même dit dans sa préface qu'il a beaucoup de respect pour les véritables précieuses , et qu'il n'a voulu jouer que les fausses. 4

Cette petite pièce, faite d'abord pour la province, fut applaudie à Paris, et jouée quatre mois de suite. La troupe de Molière fît doubler pour la première fois le prix ordinaire, qui n'était alors que de dix sous au parterre.

Dès la première représentation, Ménage, homme célèbre dans ce temps-là, dit au fameux Chapelain: a Nous adorions vous et moi toutes les sottises qui «viennent d'être si bien critiquées; croyez-moi, il « nous faudra brûler ce que nous avons adoré. » Du moins c'est ce que l'on trouve dans le Ménagiana ; et il est assez vraisemblable que Chapelain , homme alors très estimé, et cependant le plus mauvais poète qui ait jamais été, parlait lui-même le jargon des Précieuses ridicules chez madame de Longueville , qui présidait,

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à ce que dit le cardinal de Retz, à ces combats spirituels dans lesquels on était parvenu à ne se point entendre.

La pièce est sans intrigue et toute de caractère. Il y a très peu de défauts contre la langue, parceque, lorsqu'on écrit en prose, on est bien plus maître de son style; et parceque Molière, ayant à critiquer le langage des beaux esprits du temps, châtia le sien davantage. Le grand succès de ce petit ouvrage lui attira des critiques que l'Étourdi et le Dépit amoureux n'avaient pas essuyées. Un certain Antoine Bodeau fit les véritables Précieuses : on parodia la pièce de Molière; mais toutes ces critiques et ces parodies sont tombées dans l'oubli qu'elles méritaient.

On sait qu'à une représentation des Précieuses ridivules un vieillard s'écria du milieu du parterre: « Courage, Molière ! voilà la bonne comédie. » On eut honte de ce style affecté, contre lequel Molière et Despréaux se sont toujours élevés. On commença à ne plus estimer que le naturel , et c'est peut-être l'époque du bon goût en France.

L'envie de se distinguer a ramené depuis le style des Précieuses : on le retrouve encore dans plusieurs livres modernes. L'un * , en traitant sérieusement de nos lois, appelle un exploit, un compliment timbré. L'autre b, écrivant à une maîtresse en l'air, lui dit : a Votre nom est écrit en grosses lettres sur mon cœur.... a Je veux vous faire peindre en Iroquoise, mangeant « une demi-douzaine de cœurs par amusement. » Un troisième c appelle un cadran au soleil, un greffier so-

» Tourrril. - b Foutenellr. — c l-a Motte.

DE MOLIÈRE. l^Sc). 407

laire ; une grosse rave , un phénomène potager. Ce style a reparu sur le théâtre même, où Molière l'avait si bien tourné en ridicule; mais la natiou entière a marqué son bon goût en méprisant cette affectation dans des auteurs que d'ailleurs elle estimait ».

LE COCU IMAGINAIRE, Comédie eu un acte et eu vers , représentée à Paris le a 8 mai 1660.

Le Cocu imaginaire fut joué quarante fois de suite , quoique dans Tété, et pendant que le mariage du roi retenait toute la cour hors de Paris. C'est une pièce en un acte, où il entre un peu de caractère, et dont l'intrigue est comique par elle-même. On voit que Molière perfectionna sa manière d'écrire par son séjour à Paris. Le style du Cocu imaginaire l'emporte beaucoup sur celui de ses premières pièces en vers : on y trouve bien moins de fautes de langage. Il est vrai qu'il y a quelques grossièretés :

La bière est un séjour par trop mélancolique,

Et trop malsain pour ceux qui craignent la colique *.

Il y a des expressions qui ont vieilli. Il y a aussi des termes que la politesse a bannis aujourd'hui du théâtre, comme carogne, cocu, etc.

Le dénoûment, que fait Villebrequin , est un des inoins bien ménagés et des moins heureux de Molière. Cette pièce eut le sort des bous ouvrages, qui ont et

» Il est à croire que cet alinéa, qui contient uu trait contre Foutenellt', ne se trouvait pas sur le manuscrit qui lui fut soumis en sa qualité Je censeur, et qu'il ne fut fait , comme je lai déjà dit page 386 , que pour l'édition de Hollande. B.

>3céue xvii. tt.

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de mauvais censeurs et de mauvais copistes. Uu nommé Doneau fit jouer à l'hôtel de Bourgogne la Cocue imaginaire 1 , à la fin de 1661.

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